• Faire de la politique…

    Par les temps qui courent, faire de la politique est bien délicat, et on a même en prime la quasi-certitude de se tromper. Mais c’est tout de même une obligation morale que de tenter de réformer une société qui semble aller de travers et ne promettre que des ennuis aux générations futures. Le problème est d’autant plus ardu que les partis dits de gouvernement qui ont des députés, des journaux et des tribunes un peu partout semblent assez loin des sujets importants.

    Les raisons des s’indigner sont très nombreuses, et tous les jours on en voit arriver de nouvelles. Chacun a son point de vue, les uns essaient d’agir pour que la guerre en Syrie ne devienne pas un piège pour la France, d’autres se mobilisent contre le Front National. C’est beaucoup d’énergie et selon moi dépensée en pure perte, ça sert à masquer le degré de confusion dans lequel nous vivons.

    Bien sûr l’engagement de Hollande sur la Syrie, soutenu d’ailleurs et curieusement par Le Monde, ne nous plait pas beaucoup et le FN non plus. Mais il me semble que la question syrienne est pour Hollande une sorte de dérivatif qui l’excuse un peu de sa politique très droitière depuis qu’il a été élu.

    Je n’ai guère de certitude, mais il me semble que si nous voulons faire un peu de politique autrement, il faut commencer par penser ce qui est important et directement compréhensible. Deux sujets me semblent devoir être traités en priorité : le premier est celui de l’économie et le second celui des institutions et de leur fonctionnement.

     L’économie

     Si ce thème est important, c’est parce que depuis environ une trentaine d’années, on vit dans une insécurité économique de plus en plus grande. Le chômage augmente, les salaires sont orientés à la baisse et les déficits se creusent. Je ne vais pas analyser les raisons de tout ça ici, globalement c’est le résultat de la contre-révolution conservatrice initiée par les affreux Reagan et Thatcher au début des années quatre-vingts et qui s’est traduite par la déréglementation tout azimut des marchés. Mais il me semble que cette politique économique ne fonctionne pas, même du point de vue des critères de l’économie la plus bornée : les crises se succèdent, la croissance est en berne et le bien-être se délite. Il est tout de même curieux que ceux qui sont les plus acharnés à défendre les idées de croissance et de compétitivité proposent finalement que des politiques économiques qui amènent la décroissance et le chaos. Je suis favorable à l’idée de décroissance en général, une décroissance assumée et non pas subie comme aujourd’hui, mais je n’en parlerai pas ici pour la bonne raison que les conditions politiques de son avènement ne sont pas réunies.

    Si on doit s’intéresser à l’économie, ce n’est donc pas forcément à la manière des économistes qu’on le fera. On doit partir, il me semble, de ce qu’on peut constater facilement à l'aide d’une observation simple de la réalité de tous les jours. Ainsi ce n’est pas tant le chiffre du chômage qui importe, et la façon dont on le calcule, mais plutôt le fait que le chômage augmente sans frein.

      

    Mais le chômage n’est pas la seule variable qui se dégrade, il y a aussi la croissance. Elle est très faible depuis des années dans la zone euro. On remarque que si on rapproche la faiblesse de la croissance et la montée du chômage, il n’y a pas de lien entre chômage et fonctionnement du marché du travail, et donc que toutes les politiques qui visent à déréglementer le droit du travail pour que le marché soit plus fluide, visent en réalité autre chose, l’accroissement de la part des profits pour le capital. De manière mécanique la faiblesse de la croissance entraîne une montée du chômage et aussi des moindres rentrées fiscales et de cotisations sociales, ce qui plombe les déficits publics.

    La faiblesse de la croissance s’accompagne d’une montée des inégalités. Les inégalités de revenus sont alimentées à la fois par le chômage et par les réformes fiscales qui, dans le monde entier et depuis trente ans, sont favorables aux hauts revenus et aux entreprises, les baisses d’impôts pour ces catégories étant compensés par une hausse de la TVA, impôt le plus injuste qui soit.

     

    Ainsi il vient que le programme économique minimal de gauche doit se centrer sur les questions suivantes :

    - comment combattre le chômage d’une manière sérieuse, sans pour autant proposer des emplois au rabais (mini jobs à l’allemande par exemple) ;

    - comment combattre les inégalités, limiter la progression de celles-ci, autrement dit comment redistribuer de la richesse vers les plus démunis ;

    - comment limiter les dégâts causés par la trop grande concentration du capital Au passage il me semble qu’il faut s’attaquer directement à la finance en la mettant sous tutelle, mais encore à des monopoles prédateurs comme ces sociétés d’autoroutes qui usent et abusent de leur situation pour rançonner les automobilistes.

    Evidemment les voies de la réforme doivent s’inscrire dans des institutions, et au besoin, si celles-ci résistent, il faudra en changer. C’est bien pour ça que périodiquement en France on bouleverse les règles et les constitutions, que ce soit en 1789, en 1945 ou encore en 1958.  Est-ce que le programme que j’ai défini ci-dessus est compatible avec nos institutions ?

     

    Le fonctionnement des institutions

     

    Discuter du fonctionnement des institutions est une tentative de repenser le cadre dans lequel s’exerce le pouvoir politique. La question se pose de plus en plus avec la disparition progressive de la démocratie la plus élémentaire. Depuis 2005 et la victoire du « non » au référendum sur le TCE, l’oligarchie se moque ouvertement de nous, en France, au Pays-Bas et ailleurs en Irlande où on refait voter les Irlandais jusqu’à ce qu’ils votent correctement, c'est-à-dire « oui ».  Mais ce hold-up sur la démocratie parlementaire va tout de même un peu plus loin. Lorsque Hollande a été élu, il l’a été, qu’on le veuille ou non, pour faire une politique différente de celle de son prédécesseur, pour renégocier les traités, produire une réforme fiscale qui irait dans le sens d’un peu plus de justice. Et c’est bien pour cette raison que sa cote de popularité est encore plus basse que celle de son prédécesseur pourtant très détesté.

    Alors évidemment dès qu’on va parler des institutions, on en revient à la lancinante question de savoir qui a le droit d’exercer le pouvoir et de définir les règles de la vie sociale et économique. On est habitué en France depuis au moins 1789 avec l’idée selon laquelle le pouvoir doit refléter la volonté populaire. Certes cette idée est le plus souvent restée à l’état de vœu pieu, mais c’était encore souvent à l’abri du suffrage universel : au fond quand on avait des hommes politiques nuls, et bien on ne pouvait s’en prendre qu’à notre incapacité à en trouver de meilleurs. Donc, jusqu’à une date récente on vivait avec la démocratie bourgeoise, et avec ses limites. Mais aujourd’hui cette démocratie bourgeoise est en train de disparaître sous nos yeux. Elle est de plus en plus remplacée par l’idéal de « gouvernance » qui émane des organismes bureaucratique comme la Commission européenne, le FMI et quelques autres boutiques à la solde du grand capital. Le mot de gouvernance n’a pas été utilisé au hasard, même si beaucoup de ceux qui l’emploie ne comprenne pas le sens de ce mot d’origine anglaise. Il signifie qu’une politique économique est neutre par rapport aux hommes politiques, à l’électorat et à l’opinion. C’est le gouvernement par les experts.

    Les mécanismes institutionnels sont critiqués, à la fois parce qu’ils ne semblent pas tenir compte du peuple et de l’opinion, c’est la coupure des élite, et parce qu’ils fonctionnent sur la base de l’expertise. Mais également le fonctionnement des institutions européennes montrent tous les jours que cela ne marche pas. La question syrienne a vu encore une fois les pays de l’Union européenne s’opposer sur la nécessité d’agir, incapables de définir un semblant de politique commune. Et pourtant, l’Union européenne s’est dotée en 2009 d’un président, Herman Van Rompuy, et d’un ministre des affaires étrangères, Catherine Ashton, ces nominations étant censées compensé le vide politique du fonctionnement des institutions européennes.

      

    Les charismatiques Van Rompuy et Ashton entraînant l’Union européenne vers la joie, le bonheur et l’unité

     La conclusion est que la tâche la plus urgente est de se réapproprier la parole en quelque sorte, aussi bien pour proposer des nouvelles formes institutionnelles que pour amener une nouvelle politique économique et sociale qui change la réalité morose de manière significative.

     La tâche la plus urgente

     Il va de soi que tous les problèmes que nous connaissons aujourd’hui ne peuvent être réglés facilement et en même temps. Il y a des priorités, et cela d’autant plus que certains problèmes, comme le chômage ou la dette, sont dépendant plus généralement de l’organisation de la production et de la distribution des revenus. L’action politique ne peut s’appuyer que sur un programme simple et clair, qui soit compréhensible par tout le monde, puisqu’en effet si on vise à une démocratie véritable, on ne peut pas reproduire indéfiniment cette coupure entre les élites qui savent et ceux qui doivent leur faire confiance parce qu’ils ne sauraient rien.

    Pour ma part je pense que la sortie de l’euro est la tâche la plus urgente. La raison est double :

    - d’une part pour combattre le chômage et les déficits ;

    - et d’autre part pour retrouver une autonomie pour faire de la politique, par exemple une réforme fiscale digne de ce nom et lutter contre les inégalités.

    Le premier point a été traité de manière significative par Jacques Sapir, et les résultats de ces simulations sont regroupés dans l’étude publiée par ResPublica. Sans entrer dans le détail, une sortie de la France de l’euro permettrait de recréer entre 1,5 millions et 2 millions d’emploi en un an à peu près. Cette création massive d’emplois changerait évidemment le contexte. Les pauvres seraient moins nombreux, les déficits publics moins profonds, et le moral des Français serait aussi bien meilleur. Mais en outre, les emplois recréés se trouveraient dans l’industrie, ce serait des emplois ouvriers, ce qui est toujours bon pour la conscience de classe et l’avancée vers le socialisme.

     Le second point est qu’une sortie de l’euro permettrait de revenir au débat politique. En effet depuis environ 3 ans maintenant le débat politique est obscurci par la lancinante question des déficits et du sauvetage de l’euro. On ne parle plus de rien d’autre, toute réflexion sur le modèle de société souhaitable est renvoyé à après, après l’assainissement des comptes publics. La sortie de l’euro ferait directement apparaître la question des déficits pour ce qu’ils sont vraiment, un leurre destiné à mobiliser l’opinion, comme la question de la sécurité, des roms et autres conneries qui permettent facilement à la droite d’avoir la maîtrise du débat politique.

    Contrairement à ce qui se dit ici et là, la France ne serait pas isolée dans cette voie, car si la France abandonnait l’euro, non seulement l’euro apparaîtrait enfin pour ce qu’il est, une monnaie construite par les Allemands pour les Allemands, mais en outre, cela donnerait l’exemple aux peuples qui souffrent peut-être encore plus que les Français des absurdités bruxelloises. La part de la population qui est aujourd’hui contre l’euro est très importante, comme le démontre le fait qu’en Suède cette monnaie n’a pas été adoptée parce que la volonté populaire y a été respectée.

    On peut imaginer que cette idée de sortir de l'euro s'impose par la voie d'un référendum, ce qui serait un jugement populaire sur la politique économique et sociale qu'on suit de façon aveugle depuis trente ans. Il est à noter également que cette volonté de sortir de l'euro peut recréer un consensus d'un type nouveau puisqu'elle transcende les clivages traditionnels entre la gauche et la droite.

    « Note sur le Front NationalQuand l’acier fut rompu, Marcel Marïen, Les lèvres nues, 1957 »
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 22 Septembre 2013 à 11:31
    Haro sur l'euro ?
    Parfois la volonté de bien faire, fait des dégâts, la fable de l’ours qui tue son maitre pour le protéger… Sortir de l’euro est devenu un thème actuel qui espère naïvement qu’un retour au bon vieux franc donnerait de l’indépendance économique à la France et résoudrait chômage, niveau de vie, indépendances de décision et retour à la démocratie. Pourtant si je regarde le Royaume Uni, hors de l’euro, ils ne semblent pas vivre un quotidien bien meilleur que le notre, et si notre euro était si catastrophique pourquoi tant de pays souhaitent y entrer. L’Euro n’est qu’un outil d’échange, ce qui cloche ce n’est pas l’outil mais ceux qui le gèrent, un symbole : Trichet pourtant lié au scandale du crédit Lyonnais fut longtemps à la tête de la banque européenne. Des faits : La mise en place de système totalement non démocratique tels que le MES destiné non pas à soutenir le niveau de vie des citoyens mais celui des banques ! Les principes économiques actuels dont construits sur des absurdités : Exemple, la croissance censée apporter la réussite économique, or nous n’avons pas besoin de plus de quantité de vie mais de plus de qualité de vie. Et envisager la croissance infinie dans un monde fini est invraisemblable. On nous fait prendre la croissance (quantitatif) pour du progrès (qualitatif) ! L’écologie planétaire meure d’une telle bêtise ! Autre exemple : Celui qui prête de l’argent est forcement celui qui en en trop, sinon il l’utiliserait, celui qui emprunte, en manque forcément, sinon le sien lui suffirait. Or avec les taux d’intérêts, on exige que celui qui n’a pas assez rajoute dans le poche de celui qui en a trop ! Mathématiquement c’est divergent donc ca ne se termine qu’en crise et blocage économique ! Quand vous avez trop à dans votre assiette et que votre voisin en manque que faites vous ? Vous lui en donnez et ensuite vous lui en reprenez encore plus ? Autres exemples : … J’en ai des wagons, (propriété, entreprises, énergie, compétitivité, travail…) mais réfléchissez, ne confondez pas les objets et ceux qui les manipulent, changer l’arme du prédateur ne réduit pas sa vindicte, sortir de l’euro ne changera rien de ces pratiques, pire encore : que seront les possibilités d’indépendance de notre pays isolé face aux puissances de ce monde. Vous aurez monté des murs fort fragiles pas des ponts pour s’entraider ! Ce qu’il faut faire ? Sortir l’Europe des griffes de ces prédateurs financiers, semer de la démocratie, de l’intelligence, de la solidarité, la laïcité a séparé les affaires publiques des croyances et des dogmes, nous avons oublié que certains principes économiques pouvaient être des dogmes plus destructeurs encore de notre vivre ensemble. Tout ceci est développé sur www.trazibule.fr !
    2
    Dimanche 22 Septembre 2013 à 18:10
    L'euro
    Sortir de l'euro donnerait les mains libres pour sortir de la finance (rebattre monnaie sans emprunter), se dégager des dettes souveraines, et si nécessaire nationaliser les grandes banques(contrôle).
    3
    Lundi 23 Septembre 2013 à 10:11
    L'Europe sans avenir
    Vouloir faire fonctionner une autre Europe équivaut à vouloir vider la mer avec une cuillère à café. Il n'y a pas de place pour une Europe démocratique, parce que les traités qui sont très difficiles à faire évoluer, sont fait pour éviter justement que la démocratie remette en question les choix de l'oligarchie. Par ailleurs les chiffres montrent que l'euro n'est pas neutre, ni en ce qui concerne la croissance, ni en ce qui concerne l'emploi. Ce n'est pas un simple outil, c'est une arme de guerre dans les mains de l'Allemagne.
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