• Evolution de la situation politique en Allemagne

      Evolution de la situation politique en Allemagne

    Ces dernières heures, après l’échec de la coalition dite Jamaïque, l’Allemagne semble s’orienter à nouveau vers une coalition entre le SPD et la CDU-CSU. A priori on pourrait dire que cette solution est raisonnable, que les deux partenaires se connaissent depuis longtemps, et que de toute façon ils représentent une majorité centriste qui a réuni 53,5 % des voix. Il est également assez visible que les deux partis sont à peu près sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’économie et le social. Le SPD de Gerhard Schröder a fait les réformes libérales que Merkel n’a fait finalement qu’appliquer. Contrairement au SPD qui n’arrête pas de se droitiser depuis quarante ans, elle n’a été innovante en rien, sauf sur un point qui est maintenant jugé comme une catastrophe par les Allemands eux-mêmes, l’ouverture des frontières aux migrants en 2015. Autrement dit, la CDU-CSU n’a pas bougé de son immobilisme foncier depuis des années, c’est le SPD qui l’a rejoint en acceptant contre des postes et des avantages de devenir le supplétif d’une politique économique et sociale qui est en train de détruire non seulement l’Allemagne, mais aussi l’Europe. Le premier problème est que cette coalition entre deux partis en fort déclins – à eux deux ils ont perdu plus de 100 sièges au Bundestag – ne va pas être populaire, elle décevra aussi bien la droite que la soi-disant « gauche » représentée par le SPD. 

    Mise en scène 

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    Après l’échec de l’ubuesque coalition Jamaïque, nous en sommes donc maintenant aux tractations entre Martin Schulz et Angela Merkel[1]. Ces tractations sont difficiles à mener, non pas parce que la reddition des sociaux-démocrates est déjà actée, mais parce qu’il faut faire semblant que les deux parties négocient quelque chose et font des compromis. C’est évidemment le SPD qui a quelque chose à demander. Donc il faut qu’il se présente comme un parti qui va arracher quelque chose de décisif à la réactionnaire coalition CDU-CSU pour expliquer son retournement. Les négociations sont apparues encore plus compliquées depuis que l’Allemagne a voté pour la prolongation du glyphosate par la voie de son ministre de l’agriculture Christian Schmidt[2]. Merkel aurait désavoué son ministre, mais ce faisant, elle montre déjà que son autorité n’existe plus vraiment, qu’elle appartient au passé. Le SPD ne revendiquant plus rien sur le glyphosate, c’est à mon sens la preuve qu’il est prêt à rejoindre d’ores et déjà Merkel. Pour le reste sur la question européenne, ils sont assez à l’unisson pour rejeter ensemble les propositions farfelues de réforme suggérées par Emmanuel Macron.  

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    Alors que peut-il revendiquer qui puisse laisser entendre qu’il est un parti différent de la CDU ? Martin Schulz va sans doute présenter comme une grande victoire deux éléments négociés : l’extension d’une complémentaire santé pour tous qui améliorerait la couverture sociale des travailleurs, et des investissements dans les infrastructures comme l’école et le logement, l’ensemble serait financé par une hausse des impôts sur les hauts revenus[3]. C’est un saupoudrage qui est acceptable pour Merkel si elle veut conserver sa charge Evidemment la droite de la droite va crier au chantage, mais elle n’a pas vraiment le choix si elle ne veut pas retourner devant les électeurs. Or de nouvelles élections législatives pourraient encore plus fragiliser les deux principaux partis de gouvernement qui non seulement ne présentent pas de grandes différences entre eux, mais qui en outre ont du mal à s’entendre… pour la répartition des postes ministériels ! 

    Risques à moyen et long terme 

    Tout le monde s’accorde pour dire qu’il n’y aura pas de gouvernement stable avant le mois d’avril, soit plus de six mois après les élections législatives ! Les discussions avec le SPD ne seront effectives qu’en janvier. En attendant l’Allemagne n’est plus gouvernée comme vient de le démontrer le sinistre épisode de la prolongation du glyphosate. Et si l’Allemagne n’est plus gouvernée, alors l’Union européenne se trouve également dans l’immobilisme. Mais à plus long terme les risques sont encore plus élevés. En effet, le retour de la grande coalition sur le devant de la scène va démontrer encore un peu plus que le SPD et la CSU-CDU ne sont qu’un seul et même parti, comme en France le PS et LREM-LR. Cela va renforcer mécaniquement l’AfD dans ses velléités de sortir de l’Union européenne et Die Linke dont le programme est très imprécis sur la gauche. Et cela d’autant qu’il semble bien que l’Allemagne ait mangé son pain blanc sur le plan de la bonne santé économique.

    L’autre risque est que la valse-hésitation du SPD n’accélère un peu plus sa propre décomposition, en effet, ils ont dit et répété partout qu’ils ne voulaient plus participer à une coalition qui au final les tue, et puis voilà qu’ils manifestent la volonté d’y retourner ! Il va leur être de plus en plus difficile de présenter ce retournement de veste comme une volonté de réduire les inégalités sociales et d’avancer vers plus d’harmonie entre les classes. Car ici comme ailleurs dans les pays développés, c’est la classe moyenne qui a explosé et les classes populaires qui ont le plus souffert, les possibilités d’ascension sociales se sont réduites comme peau de chagrin. 

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    Un des problèmes sur lequel butte l’Allemagne, c’est que les pauvres sont de plus en plus nombreux, c’est le résultat le plus sérieux qu’ont amené les lois Hartz. C’est un sujet bien connu maintenant et bien documenté[4]. Certes la pauvreté augmente de partout dans le monde développé, et surtout la part des travailleurs pauvres, c’est-à-dire la part de ces travailleurs qui restent en dessous du seuil de pauvreté bien qu’ils aient un emploi. Mais ce qui rend la situation encore plus délicate en Allemagne, c’est que l’Etat n’a pas daigné se pencher sur le sort des pauvres travailleurs allemands, alors qu’il a dépensé des milliards pour l’intégration des migrants. Tandis que les salaires et les aides de l’Etat pour les travailleurs allemands se restreignent, l’Allemagne engagerait d’ici à 2020 environ 100 milliards d’euros de dépenses nouvelles[5] pour intégrer ces nouveaux migrants dont la fraction qui arrive à travailler tire forcément les salaires vers le bas. Dans les soupes populaires, dans les distributions des organismes de charité, on voit en effet de plus en plus de blancs, un peu âgés. Cette situation ne peut nourrir que le ressentiment, en Allemagne comme en France où on trouve un double langage : d’un côté on dit aux vieux Allemands comme aux vieux Français qu’on a mis à la casse pour obsolescence qu’ils ne doivent pas être des assistés, qu’ils doivent se prendre en charge, et de l’autre qu’il est de la mission de l’Allemagne de dépenser beaucoup pour intégrer un peu ces nouveaux migrants, pour en faire des travailleurs aptes à payer plus tard les retraites d’une population vieillissante[6].  

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    L’échec patent de la politique de Merkel c’est celui du mondialisme qui apparaît comme un système à bout de souffle. Et si cela nous intéresse, c’est parce que les répercussions sur l’Union européenne vont se faire sentir. La différence entre la France et l’Allemagne se sont les institutions. La France a des institutions plus solides en ce sens que Macron peut devenir président de la république avec 24% des votants et se maintenir au pouvoir – sauf accident – avec 30% de satisfaits. Mais il ne faut pas se faire d’illusion, les deux formes de « démocratie » sont complètement à bout de souffle. A force de travailler pour les « premiers de cordée » comme dit le cynique Macron, ils ont complètement dégouté les électeurs de la politique : ils sont totalement discrédités. Dans les deux pays les partis s’écroulent. LREM a donné pendant quelques mois l’impression d’une recomposition politique, mais outre son positionnement mondialiste et pro-business, l’amateurisme de ses élus l’a déjà discrédité sur la plupart des dossiers.

    L’immobilisme politique de la France et de l’Allemagne qui alimente le mécontentement, ne peut être rompu que dans la rupture du cadre institutionnel qui le tolère, par exemple dans l’effacement de l’Union européenne et dans un retour vers la souveraineté des Etats. Cette détestation de l’Union européenne n’est pas de la maniaquerie, elle ressort d’un constat, c’est que son fonctionnement mène à un immobilisme qui est seulement compatible avec les intérêts des très hauts revenus. Dès lors deux solutions sont possibles pour sortir de cette impasse :

    - soit la fuite en avant vers le fédéralisme, c’est le vœu affiché  de Macron, mais cette solution a deux défauts, le premier est que l’Allemagne justement n’en veut pas, et même si Merkel l’acceptait[7], elle ne pourrait pas la réaliser dans la position de faiblesse où elle se trouve, et le second est qu’elle amènerait l’Union européenne à se contracter sur son noyau dur en se séparant de fait des pays les plus pauvres, comme la Grèce et les pays de l’Est.

    - soit la dissolution plus ou moins accélérée des institutions de l’Union européenne, car cela permettrait effectivement de réformer le modèle de développement en allant un peu plus vers le social et un peu plus vers un mode de production et de consommation plus respectueux de l’environnement. On sait l’urgence qu’il y aurait à aller dans ce sens.

    Pour toutes ces raisons, il se pourrait que très rapidement ce soit l’Allemagne qui rejoignent le concert des nations souhaitant sortir de l’Europe, même si pour l’instant il est clair qu’elle est un des très rares pays à tirer avantage de la monnaie unique. Pour le reste, même si Merkel est reconduite au printemps dans ses fonctions, elle est finie, sans imagination et sans perspective d’évolution pour l’Allemagne, elle est condamnée à gérer les affaires courantes.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/01/merkel-rencontre-le-patron-des-sociaux-democrates-pour-sortir-de-l-impasse_5222919_3214.html

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/29/glyphosate-angela-merkel-desavoue-le-vote-allemand_5221994_3244.html

    [3] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/11/27/le-spd-se-veut-offensif-avant-d-aider-merkel-a-sortir-de-l-orniere_5220880_3214.html

    [4] https://www.marianne.net/monde/risque-de-pauvrete-en-allemagne-meme-le-fmi-met-en-garde-berlin

    [5] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/14/l-allemagne-pourrait-depenser-93-milliards-d-euros-pour-les-refugies-d-ici-2020_4919851_3214.html

    [6] La situation est la même en France, elle est décrite dans la dernière partie du livre de Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2014.

    [7] Je rappelle qu’elle s’est déjà prononcée contre les propositions de Macron avant les élections de septembre : https://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/exclusif-angela-merkel-sur-macron-nous-travaillons-bien-ensemble-5248427

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