• Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

     Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

    Voilà un nouvel ouvrage anti-Macron, et donc tous les ouvrages de ce type sont les bienvenus. Il y avait celui de Juan Branco[1], ou encore celui de Charlot et Pinçon-Charlot[2] qui montraient clairement que les relations sociales de Macron ne pouvait en faire qu’un serviteur zélé de la classe des hyper-riches, et que  son ascension ne résultait en rien ni du talent du petit banquier, ni du hasard. Pourquoi ces pamphlets nous plaisent ? Ce n’est pas à sa figure d’antipathique que nous en avons, même si son regard fixe de psychopathe ou ses tics de cocaïnomane nous répugnent. Mais bien au malheur qui s’est abattu sur la France en mai 2017. Le fait qu’un imbécile doublé d’un arriviste hors normes soit malencontreusement devenu président, avec toutes les conséquences négatives que cela entraîne pour notre pays. Eric Stemmelen développe une idée qui n’est pas tout à fait nouvelle : selon lui, Emmanuel Macron a été une fabrication de la canaille des milliardaires qui, ne faisant plus confiance aux politiques – on se demande bien pourquoi d’ailleurs – ont décidé de fabriquer une créature qui serait à leur service exclusif de jour comme de nuit. Il parait que Macron ne dort pas beaucoup. Donc ils vont d’abord s’emparer de tout ce qui compte un peu dans le paysage médiatique et lancer ensuite Macron sur le marché de la politique. Stemmelen montre que cela commence en réalité dès la nomination de Macron au poste de ministre de l’économie, il laisse échapper d’ailleurs que dès 2008 il était pour certains, notamment le comploteur Henry Hermann dans les tuyaux. Cette thèse est assez connue et s’appuie sur la débauche d’articles et de couvertures de magazines qui ont été consacrées à ce sinistre individu, anticipant sans le faire payer une campagne pour les présidentielles. Stemmelen s’appuie sur une analyse de ce qui s’est passé entre 2014 et 2017 et qu’on peut retrouver dans la presse de ces années-là.  

    Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

    Donc Stemmelen va montrer et prouver que très tôt les milliardaires se sont intéressés à Macron et l’ont promu comme leur porte parole. C’est un fait qui n’est guère contestable et qui est bien connu. Cependant, l’ouvrage ne s’arrête pas là : il va montrer – ou tenter de montrer – que Macron était dès le départ le candidat des milliardaires, autrement dit que l’émergence de la candidature Fillon n’était qu’un leurre. L’idée est celle d’un billard à trois bandes, considérant que Sarkozy est foutu – à cause du nombre incalculable de problèmes judiciaires – et Juppé ne convenant pas à un ensemble de grands milliardaires plus proche idéologiquement de la Manif pour tous, ils vont susciter celle de Fillon qui leur permettra de placer ensuite leur poulain plus facilement. Il est vrai qu’il est étonnant que les milliardaires, cornaqués par Jean-Pierre Jouyet, comploteur en chef, marié lui-même à une riche héritière Taittinger, ami des milliardaires, et très copain avec Hollande, aient accepté très tôt et rapidement cette candidature exprès[3]. Stemmelen va montrer ensuite que pour se débarrasser de Fillon, le parquet financier va diligenter des enquêtes assassines sur la cupidité sans bornes de François Fillon, faux châtelain, mais vrai arriviste. Je ne partage pas tout à fait cette vue. D’abord parce que Macron et Fillon avaient tous les deux exactement le même programme, et d’ailleurs ils étaient soutenus tous les deux par l’Institut Montaigne puissant lobby du capitalisme financier qui en France réunit l’Assurance et la Banque[4]. Certes il y avait forcément des clans, les uns pour Macron, les autres qui préféraient Fillon en qui ils avaient plus confiance, et donc ils œuvraient chacun pour leur poulain. Je ne partage pas cette idée selon laquelle dès le début les milliardaires ne voulaient pas de Fillon, mais je crois qu’en effet le clan Macron – par l’intermédiaire de Jouyet dont la biographie de crapule reste à faire – a  sur se servir des difficultés de Fillon pour l’éliminer. Autrement dit en ayant deux fers au feu, les lobbies de la finance étaient sûr de l’emporter. Les programmes étaient les mêmes. Car contrairement à ce qui a été dit, Macron avait bien dès le départ un programme ultra-libéral et il ne s’en cachait très peu.  

    Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

    En vérité au début de la campagne présidentielle, Fillon bénéficiait lui aussi d’une débauche de campagne médiatique. C’est dans ces occasions qu’on comprend à quoi sert d’investir massivement et apparemment à perte dans les médias. Par contre, je suis d’accord avec Stemmelen quand il suggère que les milliardaires ne voulaient pas de Juppé qu’ils ne trouvaient pas assez hargneux, sans doute pensaient-ils que Juppé chercherait le consensus plutôt que l’affrontement. A l’inverse on savait que Fillon chercherait l’affrontement violent pour imposer les « réformes ». Macron ne le disait pas ; mais outre que c’est ce qu’il fera une fois au pouvoir, il avait donné déjà des gages avec la loi El Khomri. Même si on démontre que c’est le clan Jouyet-Macron qui a scellé le sort de cette canaille de Fillon, tout cela ne veut pas dire que la classe des hyper-riches était unanimement rangée derrière Macron et complotait pour lui. Evidemment une fois que Fillon était pris dans la nasse, tout le monde – je veux dire le petit monde des milliardaires – s’est rangé derrière Macron qui avait l’air plus moderne, moins renfrogné. Fillon lui s’était donné l’air de sortir directement du XIXème siècle. Il cachait mal son jeu. Macron, sans doute l’un des plus grands menteurs que la politicaillerie ait fournis, s’affichait souriant, il allait à Las Vegas, parlait de start up. Il était le candidat du jeunisme contre la France rabougrie représentée par l’homme aux gros sourcils. En vérité tout cela n’était qu’un coup de peinture sur des vieilleries : les deux gangsters avaient le même programme. Ce n’était pas le leur d’ailleurs. Que ce soit Fillon ou Macron, ces deux êtres excessivement  cupides n’ont jamais eu le début d’une idée, ils ne sont là que pour mettre en œuvre, comme le rappelle fort justement Stemmelen, les GOPEs concoctées à Bruxelles à la gloire du capitalisme débridé et financier par des bureaucrates surpayés, mais sans talent. D’ailleurs Macron avait déjà commencé à accélérer le programme de désindustrialisation européiste de la France, notamment en vendant Alstom à General Electric avec les conséquences dramatiques sur l’emploi que l’on sait[5].

    Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

    Comme on le voit, l’ouvrage traite de cette débauche éhontée de moyens en faveur d’un candidat finalement intellectuellement assez mal équipé. Stemmelen souligne combien la campagne en faveur de Macron dans les médias a été basée sur le mensonge, ou plutôt sur les mensonges. On a menti sur son couple. Par exemple on a souligné que Brigitte Trogneux n’avait que 20 ans de plus que son mari, qu’elle l’aurait connu à l’âge de 17 ans et qu’elle avait été son prof de français. C’est un triple mensonge : quand elle l’a connu, elle avait 39 ans et lui 14. C’est clairement une relation pédophile. Pour beaucoup c’est ce traumatisme qui l’aurait rendu complètement cinglé. Elle n’était pas son prof de français, mais son prof de théâtre, c’est là qu’il a appris son métier de président, tout dans l’emphase. Cette femme ambitieuse s’habillait de longue date chez Louis Vuitton – autant dire chez Arnault dont elle avait la charge dans un lycée catholique d’éduquer les filles. Or cette menteuse très ambitieuse prétend que ces tenues sont seulement prétées par Arnault pour qu’elle représente la France à l’étranger. En vérité c’est au minimum de la corruption passive. Ces dessous sont bien peu ragoutants. Mais ça ne fait rien les journalistes ont pris leur gomme et gommé tout ce qui pouvait permettre de raconter une autre histoire. Si j’examine la réalité de ce couple cupide, qu’est-ce que je vois : d’un côté un raté complet qui a échoué à faire l’ENS et qui a dû se contenter au deuxième coup de rejoindre l’ENA, médiocre école de formatage des élites du néolibéralisme. Macron est très ignorant de tout, de l’économie comme du reste, Stemmelen le souligne, c’est une autre fable que de laisser croire que ce type est instruit et intelligent – Stemmelen rappelle fort justement qu’il ne connait pas la géographie, situant Villeurbanne dans la banlieue de Lille, ou encore désignant la Guyane comme une île. Rappelons nous ce qu’il avait dit : « On est tous des enracinés et donc, parce que nous sommes des enracinés, il y a des arbres à côté de nous, il y a des rivières, il y a des poissons, il y a des frères et des sœurs »[6]. De l’autre nous avons une autre ratée, Brigitte Trogneux, une ambitieuse dont les dents rayent le parquet et qui se servira de la folie de son amant pour satisfaire sa volonté de gloire. Il est probable que sans elle et sans son entregent on n’aurait jamais entendu parler de Macron. L’histoire de ce couple cupide et vulgaire c’est aussi l’histoire de la dégénérescence de la bourgeoisie française. 

    Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

     Le mari, l’épouse et l’amant 

    Mais par contre on se perd en conjectures : pourquoi des milliardaires auraient-ils choisi cet imbécile comme porte-drapeau ? Il est probable que vu la merde qu’il a mis dans l’économie française, certains regrettent de l’avoir aidé. Mais ce n’est pas sûr. En soutenant Macron, les milliardaires ont eu un retour sur investissement très rapide et très fort et en plus quelqu’un qui les flattent en les désignant comme les premiers de cordée[7]. Et puis il accélère à la fois le détricotage de la protection sociale en France, mais aussi la destruction de la nation, permettant aux lois du marché de remplacer celles de l’Etat. Stemmelen avance qu’il travaille essentiellement pour l’Allemagne, on pourrait dire que le traité d’Aix-le-Chapelle en détachant l’Alsace et la Lorraine de la France, en en faisant une région européenne plus ou moins autonome, est le début de cette vente à la découpe. Rappelons que pour l’Allemagne c’est presqu’un projet millénaire que de se réapproprier l’autre rive du Rhin. Dans la réalité, cette politique de la brute qui verse dans la dictature, crée cependant plus de problèmes qu’elle n’en résout, y compris pour les milliardaires. Il faut donc se poser la question : soit les milliardaires sont des imbéciles et se sont laissés duper par le bagout de marchand de voitures d’occasion de Macron, soit ils avaient anticipé ce qui allait se passer et ont sciemment engagé la guerre sociale. Personnellement je penche pour la première hypothèse, car comme l’a montre François Ruffin dans son film Merci patron, un milliardaire comme Arnault est facile à duper pour peu qu’on s’en donne les moyens.

      Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

    Je pense que les milliardaires qui ont mis en avant cet hurluberlu, se retrouvent dans la position du docteur Frankestein : leur créature leur échappe parce qu’ils n’avaient pas envisagé que Macron était aussi fou. Il est en même temps serviable et dévoué, et incontrôlable, à moitié fou. Cependant et quoi qu’on en dise, Macron est l’image de la dérive d’un capitalisme arrogant et de plus en plus autoritaire qui se moque des libertés individuelles : quand les milliardaires en sont à engager des pantins de ce calibre, c’est qu’ils n’ont rien de mieux pour les servir, cela devrait les inquiéter. Stemmelen pointe la dérive des journalistes qui, de L’obs à Libération en passant par Le monde, travaillent à dézinguer les opposants, qu’ils s’appellent Mélenchon ou Marine Le Pen, mais qui mettent l’éteignoir sur la fin des libertés fondamentales en France. La presse est aux ordres, c’est bien le moins quand on coûte si cher, la justice l’est tout autant, voir comment Remy Heitz, le procureur nommé par Macron lui-même, enterre les à-côtés de l’affaire Benalla. La police s’est transformée en milice et devient le bras armé d’une dictature qui est de plus en plus impopulaire. En décembre dernier je me demandais si les milliardaires n’allaient pas finir par virer leur créature du pouvoir : on ne peut même plus boire l’apéritif tranquillement au Fouquet’s depuis Macron. Mais ça s’est tassé, le président-fou a obtenu un sursis semble-t-il. L’autre question que je me pose est : pourquoi Hollande a-t-il introduit le loup dans la bergerie ? Certes on peut toujours invoquer la roublardise de cette crapule de Jouyet, mais enfin, c’est un peu court. Maintenant ce lamentable Hollande remâche ses rancœurs envers le petit banquier qui lui pisse contre et qui le fait savoir.  

    Eric Stemmelen, Opération Macron, Editions du cerisier, 2019

    Le plus problématique dans tout cela c’est que le livre de Stemmelen n’a pas été publié en France, toutes les maisons d’édition l’ont refusé, mais en Belgique. Il y a un moment qu’on s’inquiète maintenant aussi de la dérive du système éditorial français qui ressemble de plus en plus à la servilité de la presse. Sans doute cela provient du fait que ces dernières années les milliardaires ont aussi investi dans le secteur de l’édition. On peut reprocher à Stemmelen d’avoir personnalisé son attaque. Pour ma part je trouve que c’est la bonne approche puisque Macron aime autant attirer la lumière sur lui, voyons ce que cela cache. « Qu’ils viennent me chercher » disait l’idiot. C’est donc un bon livre dont la lecture est enrichissante et qui nous conforte dans notre anti-macronisme primaire. La conclusion est que nous devons nous débarrasser de ce sinstre personnage, restaurer la République et mettre au pas l’oligarchie… par tous les moyens y compris une révolution s’il le faut.



    [3] Un épisode très obscur montre que Jouyet a piégé Fillon lorsque celui-ci est venu lui demander de l’aide pour dézinguer Sarkozy. C’était en 2016. A ce moment-là Fillon aurait dû être un peu plus méfiant et ne pas croire qu’il manipulerait si facilement cette vieille canaille de Jean-Pierre Jouyet. https://www.nouvelobs.com/politique/20161012.OBS9721/hollande-remet-une-piece-dans-l-affaire-fillon-jouyet-sarkozy.html

    [6] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/video-presidentielle-on-a-tente-de-decrypter-le-langage-macron-en-vain_2118771.html Il était interviewé par Pascal Canfin qui sera plus tard récompensé d’un poste de député européen. Celui-ci ne lui a pas demandé d’explication, il a fait comme s’il comprenait ce que voulait dire cette logorrhée verbale. Cette partie de l’interview est souvent reprise sur les réseaux sociaux pour démontrer que Macron n’a pas vraiment toute sa tête.

    [7] Macron est toujours très obséquieux avec les très riches, et méprisant avec les pauvres qu’il passe son temps à injurier. Cette attitude veule est son principal trait de caractère.

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