• Enseignements d’un scrutin

    Le Front National ne perce pas

     Enseignements d’un scrutin

    Bien que le FN batte son record de voix, il ne parvient à remporter aucune région. Les électeurs de ce parti trouveront cela injuste puisque c’est le premier parti de France, mais c’est logique non seulement parce que le battage médiatique contre le Front National a été d’une intensité très grande, mais aussi parce que les dérives autoritaires de ce pays irritent. C’est un échec très grave pour ce parti qui peut certes s’enorgueillir d’un grand nombre de conseillers régionaux qui renforceront son implantation, mais c’est un échec. Cela est dû à la mobilisation des électeurs de gauche qui ont préféré voter pour Xavier Bertrand, l’homme qui annonce ouvertement la fin du droit du travail, ou même pour le douteux Christian Estrosi qui par le passé voulait une alliance avec le FN. Si ce parti ne perce pas, c’est que ce qui reste des électeurs en ont une peur bleue. Et c’est bien sur cette peur que peut prospérer encore, dans le dégout et dans la honte une classe politique pourtant complètement discréditée. Les deux tiers des Français rejettent le Front National. Ce résultat contrairement à ce que pourraient laisser entendre quelques bons résultats comme dans le Vaucluse par exemple, va structurer la vie politique pour de nombreuses années encore. Le Front National a encore un autre problème, c’est que l’échec de Marine Le Pen risque de relancer la guerre pour la direction du parti entre ceux qui veulent d’une extrême-droite pure et dure, identitaire et proche des milieux intégristes et ceux qui préfèrent une approche plus moderne, plus accès sur les problèmes économiques et sociaux.

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    Blocage politique, la France ingouvernable 

    Le Front National, à quelque niveau que ce soit, a un problème tactique quasiment insoluble : il n’a pas de réserves de voix. Il ne peut donc pas gouverner, ni au niveau régional, ni au niveau national. En effet s’il passait des alliances nationales avec les Républicains par exemple dont certains de ses élus ont sur le plan des « valeurs » des thèses similaires, il se discréditerait complètement puisque sa prospérité relative vient justement du fait qu’il refuse l’euro et qu’il rejette les directives libérales de Bruxelles. Mais également il faut bien comprendre que les Républicains se discréditeraient aussi. Le Front National ne peut proposer une alliance avec les Républicains que si ce parti est minoritaire à droite. Ce qui ne peut pas être dans un délai assez court. Mais cela pourrait se faire si Sarkozy arrivait par son incompétence à casser le parti en deux et si son approche désordonnée de la politique faisait grimper des partis croupions comme l’UDI. Ce serait le cas s’il gagnait la primaire pour représenter son parti aux élections présidentielles de 2017. Ce qui n’est pas joué, étant donné que ceux qui comme Pécresse, Estrosi ou Bertrand qui se sont passés de lui pour leurs meetings, s’en sont finalement bien sorti. De plus en plus incompréhensible, il est très critiqué maintenant dans son propre parti.

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    Mais il y a un autre résultat. La gauche dans son ensemble – si on se fie aux résultats du premier tour – devance la droite. On aurait ainsi un FN à 28%, un bloc de droite LR-UDI-MODEM à un peu moins de 27% et une gauche à 35%. Ce qui veut dire clairement que malgré les turpitudes du quinquennat Hollande il y a encore des électeurs de gauche en grande quantité qui voudraient bien que les choses changent, et ce bloc peut être considéré comme d’autant plus important que de très nombreux transfuges de la gauche votent maintenant pour le FN. Cela interdit à la droite de se réjouir, mais en même temps vu l’écart grandissant entre les partis dits de gauche, il y a une impossibilité pour que celle-ci soit à nouveau unie. Stéphane Le Foll avançait que lorsque la gauche était unie, elle gagnait, ce n’est pas pour aujourd’hui en tous les cas. Probablement elle le sera, mais après 2017 quand le PS fera son aggiornamento et virera de sa direction la second gauche façon Valls, Macron et Hollande 

    L’erreur tactique du PS 

    Je passe sur les conneries de Bartolone parlant de la « race blanche » pour discréditer Pécresse, et qui dans le contexte post-attentats a fait plutôt mauvais effet. Le PS a misé sur un désistement sans condition en faveur de la droite. C’est une grave erreur qui se paiera très cher en 2017 dès qu’il faudra reconstruire la gauche après la défaite programmée aux présidentielles. En effet, les résultats dans la région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, montrent que même en maintenant sa candidature, la liste de gauche ne parvient pas à faire battre la droite, et le FN n’y arrive pas plus. La différence n’est pas que le maintien des listes dites de gauche eût pu empêcher la droite de gagner, mais plutôt que dans les régions où la gauche s’est désistée, l’opposition à la droite n’est plus représentée que par l’extrême droite. C’est le cas en PACA et dans le Nord où aucun conseiller régional de gauche ne siégera. En termes d’image, c’est désastreux.  

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    L’autre aspect de cette question est que le PS perd énormément d’élus à chaque élection depuis 2012, ce qui dans les années à venir va causer des gros problèmes de financement à ce parti. Il faut dire que les élus du PS, qui était et de très loin le plus nombreux de ce point de vue, ont été plutôt maltraités par Hollande qui non seulement fait une politique de droite, mais par l’intermédiaire de Valls appelle à voter directement pour la droite. Cela accrédite un peu plus l’idée d’ailleurs avancée par le FN que l’UMPS est un seul et même parti qui, fonctionnant en symbiose avec la sphère médiatique, se débrouille pour confisquer les postes avantageux. En outre, dans la mesure où dès la clôture du scrutin les ténors de les Républicains ont recommencé à s’en prendre à Hollande et à son gouvernement – même pas la reconnaissance du ventre – le PS passe pour un parti faible et sans colonne vertébrale, cocu et content ! En politique cela ne pardonne pas. 

    L’avenir politique 

    Le FN n’a pas un grand avenir politique. C’est un fait. Il est seulement le révélateur des limites d’un système politique à bout de souffle. Plusieurs voies sont possibles, sauf grave crise économique – ce qui n’est pas exclu. La première est un changement institutionnel qui verrait un remplacement de la démocratie représentative par une autre forme de démocratie plus directe. Beaucoup de gens militent aujourd’hui dans ce sens. Mais c’est une voie à laquelle je ne crois pas parce qu’essentiellement les gens ne veulent pas s’encombrer du fardeau de se prendre eux-mêmes en charge. La seconde voie, la plus plausible selon moi est, après la victoire de la droite en 2017, une recomposition politique de la gauche qui, non seulement se débarrasserait de la seconde gauche – que certains appellent d’ailleurs la deuxième droite – mais qui modifierait son programme dans le sens d’une souveraineté nationale de nouveau revendiquée. Ce dernier point est possible, non seulement parce que l’échec de Tsipras en Grèce est de plus en plus évident, mais aussi parce que dans les élections futures, il faudra de plus en plus tenir compte qu’on le veuille ou non de la question des frontières et des migrants. En outre les élections en Espagne devraient voir la défaite du PSOE, l’équivalent de notre malheureux PS. 

    Il ne semble pas que la France se soit pour l’instant suffisamment enfoncé dans la crise – tant sur le plan social que sur le plan économique – pour amener l’émergence rapide de nouveaux partis comme Podemos ou Syriza. Le système se délite encore un peu plus dans une ambiance morose et un rien désespérée.

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