• Encore une fois sur Charlie

    La marche de dimanche dernier

      

    Mobilisation à Marseille

     

    L’unanimisme de dimanche est une chose suffisamment rare pour qu’elle soit soulignée. Comme toujours un tel mouvement de foule a un sens. Certes on comprend bien que les récupérateurs de tout bord se trouvaient là eux aussi, à commencer par les politiques. Une telle foule compacte et déterminée n’était pas là pour suivre tel ou tel mot d’ordre, mais d’abord pour signifier que les actes barbares de ces derniers jours étaient fortement rejetés, mais aussi qu’ils ne gangrèneraient pas tout le corps social.

    Cet unanimisme a été rompu. Curieusement on trouve dans ce même sac soit disant critique Jean-Marie Le Pen, qui décidemment veut faire du tort à sa fille, Dieudonné, mais aussi les gauchistes du type NPA, trotskards, ex-maos, ça ne leur convient pas de montrer son empathie pour des Juifs qui se sont fait massacrer dans un supermarché casher, ou pour des caricaturistes à la plume acidulée – alors qu’ils se mobilisent si facilement pour le combat très lointain de la Palestine, soutenant au passage le Hamas. Et bien entendu c’est là qu’ils révèlent ce qu’ils sont. Ils visent d’abord à diviser et à se démarquer des mouvements populaires qu’ils ne contrôlent pas, qu’ils ne peuvent pas contrôler.

    Que les politiciens aient voulu se mettre en avant, c’est un fait désolant, et on peut préférer les regroupements plus spontanés qui ont eu lieu avant cette grande démonstration. Mais c’est un peuple dans son entier qui s’est mobilisé. On remarquera que ceux qui manifestaient n’avaient pas hésité à sortir le drapeau bleu, blanc, rouge, alors que la foule mêlait allègrement la droite et la gauche dans une défense de ce qu’on voudrait conserver, la République.

      

    On n’avait jamais vu tant de monde dans les rues d’Aix-en-Provence

     

    Le second aspect c’est que quelques-uns se sont faits remarquer par leur absence, les trotskistes de NPA pourtant toujours partant pour défendre tel ou tel conflit lointain, et puis on a bien remarquer que la communauté musulmane ne s’était pas beaucoup mobilisée. C’est le cas à Marseille où la manifestation a réuni 60 000 personnes, alors qu’à Aix, une ville 5 fois plus petite 40 000 personnes s’étaient rassemblées et que Lyon comptait une foule de 300 000 personnes.

     

    Lutter contre le communautarisme et l’intolérance religieuse

     

    Dans l’ambiance qui est aujourd’hui celle d’une avant-guerre, il va de soi que toute reculade mènera au conflit ou à la guerre civile. Et les reculades ont déjà commencées. Le Pape François qui ferait mieux de la fermer à commencer à dire qu’il ne fallait pas insulter la foi de quelqu’un, quelle que soit cette foi. Il sous-entendait que les caricatures de Charlie certes ne méritaient pas la mort, mais que tout de même… Et puis on a vu le CFCM , mis en place je le rappelle par cette canaille de Sarkozy, lui-même financé par le Qatar. Ce CFCM juge la dernière une de Charlie inadmissible. S’ils n’admettent pas qu’en France on dessine le prophète, un cochon ou je ne sais quoi, il faut être très ferme, qu’ils s’en aillent, on ne les retient pas.

    Ce qui en question ici c’est l’essence même de la République : aucune communauté basée sur une religion ne peut imposer en dehors des lois de la République ce qui est admissible et ce qui ne l’est pas. On voit bien ici ce qu’on paye : quarante années de régression qui ont laissé la place à une montée parallèle des religions, au nom de la tolérance, celles-ci s’immiscent dans le débat public et le pollue pour ne pas dire plus. Je rappelle qu’en France on a mis plusieurs siècles pour marginaliser la religion catholique qui nous pourrissait la vie, ce n’est pas pour qu’aujourd’hui on se laisse dominer par les représentants d’un Islam fut-il modéré. Mon but n’est pas de dire qu’il faille interdire les religions, mais seulement que celles-ci ne doivent plus se mêler de vouloir influencer l’Etat et ses représentants. Qu’elles s’occupent du spirituel dans l’intimité, et qu’elles n’interfèrent plus dans la vie civile dans ce qu’elle a de visible.

    Se méfier des religions et les combattre c’est tout de même l’essence du combat socialiste. Marx parlait d’ « opium du peuple ». Restons-en là. Il est incroyable que des soi-disant communistes ou socialistes comme NPA par exemple n’aient pas une position plus ferme sur la religion. Prompts à manifester pour les victimes de la guerre à Gaza, sans craindre de soutenir du même coup le Hamas, ils se sont explicitement désolidarisés de Charlie sous des prétextes futiles.

    Ces derniers jours on a remarqué aussi que dans de nombreuses écoles de jeunes enfants ou adolescents non seulement trouvaient des excuses aux tueurs de chez Charlie, mais refusaient de se soumettre à une minute de silence, se mettant ouvertement contre la France. Cela en dit long sur les difficultés qui attendent les enseignants dans les zones dites sensibles.

     

    Pendant ce temps-là, les réfractaires

    Les sondages donnent une quasi-unanimité en France pour condamner les meurtres de Charlie, à 97%, gauche et droite confondues. Mais il  y a aussi des réfractaires qui aiment à se faire remarquer en affirmant qu’ « ils ne sont pas Charlie ». On trouve parmi cette mouvance les traditionnels de l’antisémitisme ouvert, Dieudonné, ou encore Shlomo Sand qui bien que Juif et Israélien, passe son temps à expliquer combien il ne veut pas être Juif et que d’ailleurs le peuple juif n’existe pas. On trouve parmi ces gens-là des anciens gauchistes, abonnés au soutien de la cause palestinienne. Ceux-là aiment bien le « oui » « mais ». Ça donne des discours assez répugnants du type, oui nous condamnons les meurtres, mais nous n’approuvons pas les caricatures de Charlie. Car maintenant que l’émotion retombe un peu, certains se laissent aller à des penchants naturels plus ou moins lâches, comme si on pouvait trouver des excuses à ces actes barbares ! On a commencé à voir fleurir des tribunes stupides notamment dans Le monde pour nous expliquer combien nous devions au contraire mieux accueillir cette religion, enfermant les « Arabes » obligatoirement dans une identité religieuse qu’après tout ils ont bien le droit de rejeter comme nous avons bien le droit de n’être ni musulman, ni juif, ni catholique. On saluera ici la prise de position courageuse de l’écrivain Kamel Daoud sur qui une fatwa a été lancée en Algérie, ou encore celle de Malek Boutih. Bien évidemment les théories complotistes fleurissent aussi à l’extrême-droite. Si Marine Le Pen a été assez discrète, s’en  tenant à la condamnation d’un islamisme radical, son père l’a été beaucoup moins, reprenant à son compte et à mots couverts la thèse de l’extrême-droite antisémite de la mouvance Soral, selon laquelle les meurtres de Charlie sont un coup monté par la CIA ou le Mossad pour salir la communauté musulmane, ce qui est contradictoire avec le fait qu’une partie du monde musulman.

      

    Manifestation à Alger contre Charlie le 16 janvier 2015

     

    Dans le monde musulman, de l’Algérie au Pakistan, du Niger – où le centre culturel français a été incendié – à la Jordanie, le 16 janvier a vu un grand nombre de manifestations islamistes condamnant non pas les meurtres, mais Charlie. Le fait que ces manifestations aient eu lieu exactement le même jour suffit à démontrer qu’elles sont bel et bien coordonnées, et donc qu’elles s’inscrivent bien dans la ligne de continuité des meurtres des caricaturistes. A Jérusalem Est, les manifestants affirmaient que l’Islam était une religion de paix, et que les Français étaient des lâches, sous-entendant par-là que ce sont bien les caricatures de Charlie qui sont responsables du chaos ainsi engendré.

     

    Conclusion

     

    Si nous voulons que la France retrouve un minimum d’harmonie, il y a beaucoup à faire, aussi bien en mettant au pas les religions, qu’en faisant sortir ces millions de personnes d’origine immigrée de la misère et de la marginalité. Egalement si on veut reconstruire une identité française, il est temps de s’opposer aux dilutions de celle-ci dans l’Europe. Certains à gauche n’ont pas aimé voir autant de drapeaux français dimanche derniers, ils oublient que ce drapeau, comme La marseillaise ont été aussi pendant longtemps les symboles de la révolution et de la liberté. Pour ne prendre qu’un exemple les wobblies américains, anticapitalistes et révolutionnaires chantaient La marseillaise avant de chanter L’internationale. Le crime est aussi le résultat de l’affaiblissement de l’Etat français. Il est évident que la voie est étroite si on ne veut pas tomber dans un Etat répressif qui voterait des lois liberticides.

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150115.OBS0008/en-direct-charlie-hebdo-plebiscite-wolinski-et-tignous-inhumes-aujourd-hui.html

    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2015/01/16/dans-plusieurs-pays-musulmans-des-milliers-de-manifestants-contre-les-caricatures-de-mahomet_4558063_3236.html

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/16/le-musulman-modere-une-version-actualisee-du-bon-negre_4557616_3212.html

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/01/14/kamel-daoud-je-veux-continuer-comme-avant_4556342_3260.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/01/16/les-declarations-chocs-de-jean-marie-le-pen-sur-charlie-hebdo_4558124_823448.html

    http://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/malek-boutih-des-elus-locaux-corrompus-ont-pactise-avec-les-gangsters-et-les-islamo-nazis-13-01-2015-1896131_1897.php

    « Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2014Marc Bauder, Master of the Universe, 2014 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Samedi 17 Janvier 2015 à 19:43
    Khelkal, le gang de Roubaix, Merah.
    Il y a 20 ans, déjà, Khaled Khelkal, le gang d'islamistes de Roubaix frappaient déjà. Merah, il y a 2 ans et maintenant les frères Khouachi. L'islamisme radical ne date donc pas d'hier et frappera encore !
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :