• Encore sur le démantèlement du code du travail

    Encore sur le démantèlement du code du travail 

    Le coup de force hollandais contre le code du travail n’a pas fini de générer des débats et des controverses. C’est sans doute le dernier clou sur le cercueil du P « S » qui finira d’imploser en 2017, après la défaite probable de la gauche. Il circule sur Internet une pétition qui a un très large succès et qui vient de recueillir plus de 500 000 signatures au 25 février 2016 et qui a toutes les chances d’atteindre le million. Face à l’ampleur de la réaction, le gouvernement a mis en place un site dédié pour tenter de contrer la rhétorique de ses opposants. On va revenir ici sur ce qui nous semble central tout autant que mauvais dans cette loi, avant d’examiner les réactions désordonnées des uns et des autres.

    La proposition de loi du gouvernement Valls est présentée par Myriam El Khomri, ministre du travail dont le père est marocain. Sans doute Hollande a-t-il choisi cette personne issue de l’immigration en pensant que cela lui donnerait une allure de gauche à son ignominie. D’emblée El Khomri s’était fait remarquer en montrant qu’elle voulait réviser le code du travail qu’elle ne connaissait absolument pas même dans ses grandes lignes. 

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    Pourquoi la loi est mauvaise ? 

    Ce n’est pas dans le fait qu’elle permette des dépassements d’horaires pour les cadres ou pour les apprentis en entreprises. Ces possibilités sont en effet prévues par la nouvelle loi, mais seront difficilement applicables dans les faits. C’est plutôt qu’elle subordonne le droit des travailleurs au rapport de force en entreprise. En effet, ce qui est central dans ce projet de simplification de la loi, c’est de permettre un affranchissement des règles communes par le biais d’une sorte de référendum en son sein. Or il n’est pas besoin d’être très instruit pour comprendre que dans les petites entreprises où il n’y a pas de syndicat – où lorsque ce syndicat est un syndicat ouvertement patronal comme la CFDT ou la CFTC – le chantage patronal à la perte d’emploi sera facilité maintenant par la loi ! On voit que le cœur du problème est que le gouvernement soi-disant de gauche s’emploie d’abord à fragmenter un peu plus le pouvoir de négociation des salariés. Si en effet une organisation internationale comme l’OIT a toujours défendu l’encadrement du travail par la loi, c’est bien parce que les plus faibles n’ont pas les possibilités de se défendre. C’est un souci de justice sociale élémentaire que de faire tendre les conditions d’emploi vers l’égalité de droit.

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    Le second point est de faciliter les licenciements de complaisance en limitant le montant des indemnités pour licenciement abusif. Ces indemnités auront une valeur plafonnée uniquement en fonction de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise. Là on voit que le gouvernement ne remplit pas sa mission qui est d’abord de protéger les plus faibles sur le plan économique. 

    La théorie de l’offre encore et toujours 

    Jusqu’à présent, vaille que vaille, un gouvernement de gauche se reconnaissait par une augmentation des droits des travailleurs et non par leur diminution. Hollande innove en la matière. Sans doute voulant laisser l’image d’un réformateur, il accélère son propre virage à droite, entraînant le P « S » dans une blairisation qui lui sera forcément fatale sur le plan électoral et qui en outre n’a pas de résultat autre que négatif en matière d’emplois et de croissance. En effet, Hollande qui confond entêtement imbécile et volonté politique, poursuit sa politique de déréglementation du marché du travail. Cela vient juste après le fameux CICE adopté en 2014 à grands coups de trompette comme devant permettre de faire reculer le chômage.  Le MEDEF prétendait s’engager à créer un million d’emplois contre des exonérations de charges. Le graphique suivant montre qu’il n’en a rien été. Malgré une conjoncture très favorable – redémarrage de la croissance, baisse du coût des matières premières, le chômage a continué à augmenter. Il faut le dire clairement le CICE est un échec coûteux. D’après les chiffres qui circulent le CICE a coûté 14 milliards d’euros à l’Etat en 2014, 16 en 2015, 17,5 en 2016 et il atteindra 20 milliards pour 2017. Sans aucun effet ni sur la croissance ni sur l’emploi.

     

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    Le CICE était censé améliorer les marges des entreprises et donc faciliter les investissements, avec l’idée que « les investissements de demain font les emplois d’après-demain ». Cette vieille rhétorique a démontré toute sa fausseté depuis au moins le milieu des années soixante-dix. La flexibilité du marché du travail irait soi-disant dans le sens de l’emploi, et donc il faudrait réformer pour cela un code du travail bien trop rigide. Je signale au gouvernement qui s’empresse de répondre à toutes les sollicitations du patronat, voire à les devancer, qu’il n’y a aucun lien entre flexibilité du marché du travail et chômage. en effet les marchés du travail en Espagne ou en Grèce sont les plus flexibilisés, et pourtant le chômage y est plus du double de ce qu’il est en France.

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    Le modèle qui est sous-jacent dans les universités repose sur cette curieuse idée selon laquelle en augmentant les facilités de licenciement on augmente les possibilités d’embauche est celui des Etats-Unis – le raisonnement est connu, si on facilite les sorties, on facilite les entrées, les patrons craignant moins de se retrouver avec un excédent de main d’œuvre : ce pays affiche en effet un taux de chômage officiel de 5,1%, et donc malgré une hausse régulière du nombre de pauvres, on serait en situation de plein emploi. Mais ce chiffre est contesté, et un nombre de plus en plus important de commentateurs estime que le vrai chiffre du chômage serait voisin de 13%, donc supérieur à ce qu’il est chez nous, voire de 23% ! On pourrait ajouter que tout ceci ne justifie pas une loi, car en effet, à quoi bon travailler si c’est pour être toujours plus pauvre. On voit la régression de Hollande par rapport à Sarkozy : ce dernier au nom du fameux slogan imbécile « travailler plus pour gagner plus » avait mis en place un dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires, or les gouvernements de Hollande non seulement ont supprimés cette défiscalisation, mais ouvrent par la loi maintenant la possibilité de ne pas payer les heures supplémentaires avec une surcote de 25 ou 50% ! 

    Réactions 

    Juppé, le candidat préféré de la droite pour l’élection de 2017, trouve que cette loi dite El Khomri est bien trop à droite ! Un comble tout de même pour cet ancien premier ministre qui en 1995 avait su mettre dans la rue toute la France qui travaille contre sa réforme des retraites. Entre les mots il reproche surtout aux « socialistes » de lui avoir piqué ses idées de réforme pour 2017 !

    Les syndicats ont senti venir le danger et la CGT est arrivée à réunir un front commun contre la réforme. Même la CFDT qui se dit favorable globalement à la réforme – mais du moment que c’est le MEDEF qui l’inspire pourquoi serait-elle contre ? – en dénonçant les aspects les plus rétrogrades. Les soixante heures pour les cadres, les 10 heures pour les apprentis dans une même journée. Mais la CFDT se garde bien de dénoncer ce qui est le cœur même de la réforme, les négociations d’entreprise qui permettent de déroger à la loi générale. Or c’est bien là que se situe l’avancée la plus droitière de cette loi.   

     

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    Il faut bien le dire les syndicats sont plutôt déconsidérés en France, et le taux de syndicalisation s’est effondré. Certes, ce n’est pas le seul pays où la baisse de la syndicalisation est très forte. Mais cela ne rassure pas. Or la déconsidération des syndicats si elle a des causes multiples tient  aussi pour une part à l’incapacité de la bureaucratie syndicale d’obtenir des résultats par son action, à cette incapacité de coordonner les luttes. Ce n’est pas un fait nouveau. Les origines de cette tendance remontent au moins à 1968. L’inaction des centrales syndicales est clairement répercutée dans le nombre de journées de grève en France qui décline depuis trente ans. Il va de soi que la grève est une des rares armes, avec l’insurrection, qui reste aux mains des travailleurs pour se faire entendre. 

     

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    Mais il faut bien justifier les émoluments de la bureaucratie syndicale, et il est très probable que les centrales vont finir par suivre leurs adhérents. Le 24 février dernier, la rencontre entre les syndicats n’a donné lieu qu’à un texte mou, principalement du fait de la CFDT qui a déjà prévenu qu’elle n’appellerait ni à la grève, ni à des manifestations. Ce syndicat de plus en plus jaune s’affiche ouvertement réformiste – réformiste dans le sens libéral bien entendu. Il ne pense donc pas que l’on doive adapter les entreprises et leur fonctionnement aux besoins des salariés, mais au contraire que les salariés doivent s’adapter aux besoins de l’entreprise. Il est pro-business comme on dit plaisamment aujourd’hui quand on veut avoir l’air moderne. Le communiqué n’a pas été signé par F.O. qui le trouvait bien trop mou. Quoiqu’il en soit les syndicats – CGT, FO, SUD et quelques autres – vont appeler à battre le pavé probablement le 31 mars. C’est tard bien sûr et cela montre le peu de réactivité des syndicats face à un problème tout de même fondamental qui concerne les droits des salariés.

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    En tous les cas si la réaction n’est pas importante dans la rue, elle le sera certainement dans les urnes en 2017. Déjà que les pronostics étaient mauvais pour le P « S », ils s’annoncent d’ores et déjà catastrophiques. Comment quelqu’un qui a le cœur à gauche comme on dit pourrait-il voter encore pour ce parti ? On se trouve un peu dans le cas de l’UMP, rebaptisée LR, qui cherche à récupérer les idées du FN, avec comme seul résultat de voir ce parti se renforcer. Ici aussi, alors qu’Hollande sait très bien que tous les partis sociaux-démocrates se sont effondrés en Europe justement pour avoir piqué les idées de la droite libérale, il persiste dans cette voie.

    Sur le plan politique les dommages sont déjà très élevés pour le P « S ». En effet lorsque Valls présente cette loi comme quelque chose de moderne, cela peut prêter à sourire tant le recul l’apparente plutôt au XIXème siècle où le code du travail était encore plus simple. Et ce n’est pas en répétant que cela est très moderne que cela nous y fera adhérer. Au contraire on va détester un peu plus la modernité ! Plus grave est sans doute le fait que le P « S » va se retrouver dans l’incapacité de développer l’idée de Cambadélis d’une primaire à gauche dont lui-même ne pourrait être un participant pour cause de programme de droite. La tribune de la tiède Martine Aubry dans Le monde, isole un peu plus Hollande, Valls et autres Le Guen du reste du parti : en quelque sorte c’est une prise de position qui anticipe 2017 et l’éjection de la Nouvelle gauche du P « S ». Valls, Macron et Hollande auront du mal pour fonder un nouveau parti « social-libéral » qui se démarque de Les Républicains dans son programme, et une telle tentative les condamneraient à un Modem bis, c’est-à-dire à un effacement progressif de la vie politique

    A plus court terme, Hollande aura du mal à se présenter comme un candidat de gauche et risque d’arriver derrière Mélenchon au premier tour des présidentielles : de nombreux socialistes vont sans doute voter pour Mélenchon. En effet, si vous avez les idées et le cœur à droite, à quoi bon voter pour Hollande, Juppé suffira à combler vos attentes. En attendant, il me semble que nous devons tout faire pour que la mobilisation contre cette infâme projet ne fléchisse pas.

     

    Liens 

    http://loitravail.lol/

    http://rue89bordeaux.com/2016/02/sur-la-reforme-du-travail-alain-juppe-crie-au-voleur/

    http://www.alterinfo.net/LE-VRAI-CHIFFRE-DU-CHOMAGE-AUX-ETATS-UNIS-13_a20222.html

    http://www.liberation.fr/france/2016/02/24/projet-el-khomri-reponse-a-minima-de-l-intersyndicale_1435418

     

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/02/24/trop-c-est-trop-la-charge-de-martine-aubry-contre-francois-hollande-et-manuel-valls_4870719_823448.html

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