• Encore les migrants

     Encore les migrants

    Encore un peu de temps et la question des migrants va devenir centrale en Europe, et sur ce sujet la gauche dans son ensemble est aux abonnés absents. Les chiffres sont alarmants. En 2015, ce sont au moins 1,5 millions de migrants qui sont arrivés en Europe, dont probablement un peu plus d’un million en Allemagne. Rien que pour le mois de janvier 44 000 migrants sont arrivés en Grèce. La Grèce qui est mise au pain sec par Tsipras et ses amis les bureaucrates européens est maintenant mise à l’index par Bruxelles qui la menace – c’est toujours la même chanson avec l’Europe institutionnelle – de l’exclure de l’espace Schengen ! 

    Double discours 

    Cet été on a avancé à grands coups de trompette que les migrants étaient une chance pour l’Europe. Les médias ont loué la grande générosité de Merkel et de l’Allemagne, bien qu’on ne se soit pas demandé pourquoi cette générosité n’avait pas profité aux Grecs par exemple ! Mais aujourd’hui l’afflux parait ingérable et seule Christine Lagarde continue de croire qu’on peut accueillir toujours plus de migrants et réclame que les marchés du travail européens fassent rapidement de la place pour les insérer. Elle ne semble pas se rendre compte que dans une Europe en crise, c’est à peine de l’incantation. A moins de penser qu’elle ne vise à embaucher les migrants sans salaire minimum, ce qui de fait mettrait des grandes quantités de travailleurs au chômage. On voit mal en effet comment des pays comme la Grèce ou l’Espagne pourraient se permettre de « faire de la place aux nouveaux arrivants ». Le fiasco de la politique de migration en Europe tient en peu deux mots : elle n’avait rien prévu et n’a pas les moyens d’intervenir. A cela s’ajoute le double discours des politiciens : d’un côté on nous dit que c’est une chance, une opportunité économique – ce qui reste à démontrer – et de l’autre que nous devons aider des réfugiés qui fuient d’abord une guerre qui ne les concerne pas. Ce deuxième aspect du discours est tout aussi faux que le précédent, Frans Timmermans, commissaire européen quasi inamovible, vient de déclarer qu’au moins 60% des migrants ne sont pas des réfugiés, mais des migrants économiques !

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    Arrivée de migrants en gare de Budapest l’été dernier 

    Il est facile de voir que l’accueil des migrants coûte très cher et qu’en période d’austérité c’est une mission impossible que de les accueillir d’une manière décente. A moins de penser que ce chaos est voulu et organisé pour briser toute résistance dans le monde du travail, on ne voit pas très bien la cohérence de l’Europe sur ce dossier. Pire encore, devant l’incapacité des institutions européennes à dire quelque chose sur cet épineux sujet, les Etats nationaux ont réagi en fermant les frontières, en Suède, au Danemark, en Autriche.

    Renvoyer les migrants chez eux ?

    Encore les migrants  

    Manifestation d’extrême droite contre les migrants 

    En cette fin du mois de janvier le langage a changé. On comprend que les migrants ne sont plus les bienvenus. La Suède va renvoyer chez eux la moitié des migrants qu’elle a reçu durant l’année 2015, soit 80 000 personnes. Le Danemark s’apprête à en faire autant. En Allemagne, Merkel qui est au plus mal dans les sondages, qui est accusé de favoriser la destruction de la nation, a commencé à laisser filtrer que beaucoup de migrants allaient retourner chez eux parce qu’ils ne se sentent pas bien en Allemagne. Après avoir payé pour accueillir les migrants, l’Allemagne paye maintenant leur billet de retour. Il est vrai qu’entre temps il y a eu les événements de Cologne qui se sont reproduits dans de nombreuses villes en Allemagne, en Suède et en Autriche pour ce que l’on sait. Devant le chaos de ces flux, la chasse aux migrants est ouverte : on l’a vu en Suède où des militants d’extrême droite attaquent des camps de migrants, mais aussi en Allemagne. A Calais où la situation est insurrectionnelle, on a vu un homme sortir avec un fusil pour dégager sa maison encerclée comme dans les westerns de la belle époque par des migrants emmenés là d’ailleurs par les militants de NPA qui pensent qu’en jetant de l’huile sur le feu ils deviendront un parti populaire. Il semble que cette maison ait été ciblée par le NPA qui savait qu’y logeait ici une famille proche de l’extrême-droite. Mais peu importe que celle-ci soutienne le Front National, la bande vidéo prouve une agression. Tout cela finira mal.

      Encore les migrants

    Le candidat Juppé s’est rendu il y a quelques jours à Calais. Il dit qu’il a été surpris par la décomposition des camps de rétention des migrants. On s’est moqué de lui pour tant de naïveté. Mais en réalité les conditions déplorables dans lesquelles les migrants sont secourus posent de graves problèmes. Dans les camps les maladies prolifèrent, les femmes sont livrées à la prostitution, et les règlements de comptes entre bandes rivales ou entre ethnies différentes, sont quotidiens. Cette situation n’est pas tenable. L’Angleterre n’en veut pas et la France n’a pas de plan sérieux pour résoudre le problème. Renvoyer les migrants chez eux ? C’est une mission très difficile parce que beaucoup n’ont aucun papier et masquent volontiers leurs vraies origines. Les choses ne peuvent qu’empirer, et une deuxième vague de migrants en 2016, égale à ce que nous avons connu en 2015, engendrerait probablement une guerre civile.

    Pour beaucoup il s’agit du prolongement d’une guerre de religion. Des rumeurs ont fait état de milliers de djihadistes – des petits soldats de l’EI – qui seraient rentrés en Europe pour y commettre des attentats. Ces informations ne sont pas vérifiables, et l’extrême-droite aime à jouer avec. Il est peu probable en effet qu’en ce moment, subissant revers sur revers, l’EI se défasse de ses soldats. Mais il n’est pas exclu que certains migrants participeront aussi à des attentats parce qu’ils ressentiront de la rancœur face à une population qui les accueille si mal. Même si bien sûr il est exclu de dire que les migrants sont dans l’ensemble mal intentionnés : comme dans le cas des musulmans, il suffit qu’une partie d’entre eux se mette à suivre des voies violentes pour qu’évidemment l’opprobre retombe sur l’ensemble. 

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    Juppé, un bourgeois à Calais 

    Quelles solutions ? 

    Dans le contexte actuel il n’y en a pas. Il n’est en effet pas étonnant que les institutions européennes se désintéressent de cette question. En effet, pour les libéraux les frontières n’ont pas de sens et sont un frein au marché et à ses lois. Pour les libéraux, les frontières doivent être ouvertes aussi bien aux marchandises, qu’aux capitaux, qu’aux hommes, et bien sûr ces migrants sont une aubaine pour accroître la concurrence libre et non faussée entre les travailleurs. Mais évidemment cette utopie n’est pas viable, au mieux elle ramène à l’Eta national et à une demande d’ordre et de protection de la part des peuples européens. Au pire, elle conduit au fascisme qui n’ont pas crainte de régler la question à coups de trique : Frauke Petry présidente du parti AfD, parti anti-européen d’extrême-droite, qui a le vent en poupe en Allemagne, a préconisé de tirer sur les migrants qui tenteraient de rentrer dans le pays. Certes Frauke Petry n’est pas nazi, mais c’est une extrême droite peut être bien plus redoutable tant elle présente bien et évite de déraper vers le racisme.

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    C’est aussi le point de vue de l’économiste allemand très à droite Hans-Werner Sinn qui souligne l’incompatibilité entre l’accueil des migrants, l’idée de libre circulation des populations entre les frontières de l’Europe, et l’Etat-Providence. Hans-Werner Sinn a toujours milité pour défaire les Etats-Providence, c’est pour cela qu’il était favorable à l’Union européenne et à l’extension des pouvoirs de la Commission. Il soutenait d’ailleurs en 2005 le TCE pour ce motif que les membres de l’Union européenne pourraient se rendre en France et y faire exploser l’Etat-Providence en exigeant les mêmes prestations que les Français[1]. Mais comme en même temps il est hostile à un véritable fédéralisme qui amènerait l’Allemagne a payé pour les autres pays, il envisage deux solutions : d’une part que pour les migrants issus des pays de l’Union européenne, les prestations sociales soient payées par le pays dont est issu le migrant, et encore que les indemnités chômage soient remplacées par des travaux d’intérêt général : les  jobs à un euro. Il fait semblant de ne pas voir que cela engendrerait une nouvelle pression à la baisse sur les salaires puisque les salariés sont entre eux en concurrence pure et parfaite ! Au-delà de cet égoïsme radical, de cette cupidité patronale toujours renouvelée, il y a le fait que souligne Hans-Werner Sinn : le maintien de l’Etat-Providence est incompatible avec la libre circulation des populations entre les frontières, et donc incompatible avec l’Union européenne !

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    On comprend bien par ailleurs que la gauche face à l’ampleur de ce problème, ne s’en tirera pas avec des discours angéliques de défense des migrants sans exclusive. L’absurdité de cette attitude a mené certains et certaines comme Clémentine Autain à se ridiculiser en allant jusqu’à nier l’exceptionnelle sauvagerie de la nuit de la Saint-Sylvestre. Comme je l’ai dit dans un post précédent, il faut définir quelles sont les possibilités d’assimilation des migrants dans nos pays : quel travail leur donner ? Comment financer leur installation ? Mais aussi il faut analyser les conséquences de ses transferts de population sur les rapports sociaux et la culture du pays d’accueil.

     

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/01/26/migrants-pression-maximale-sur-la-grece-menacee-d-exclusion-de-schengen_4853405_3214.html 

    http://www.euractiv.fr/sections/politique/le-sujet-des-migrants-sinvite-davos-321257 

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/01/08/31002-20160108ARTFIG00352-thierry-baudet-la-nation-est-le-meilleur-cadre-pour-traiter-la-crise-migratoire.php 

    http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/bruxelles-estime-que-60-des-migrants-ne-sont-pas-des-refugies-321348 

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/01/20/20002-20160120ARTFIG00198-le-fmi-reclame-une-vraie-politique-europeenne-pour-integrer-les-refugies.php 

    http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/ces-migrants-qui-preferent-repartir-chez-eux_1285465.html 

    http://www.humanite.fr/des-militants-dextreme-droite-menent-une-chasse-aux-migrants-en-suede-597540 

    http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/jungle-de-calais-sur-place-alain-juppe-avoue-qu-il-ne-s-attendait-pas-ca-914749.html 

    https://fr.news.yahoo.com/allemagne-un-parti-politique-appelle-a-tirer-sur-les-migrants-161445365.html 

    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/de-l-incompatibilite-de-l-accueil-des-migrants-avec-l-etat-providence-546346.html

     

     


    [1] Hans-Wemer Sinn, « Union sociale, migrations et constitution européenne », Commentaire, n° 109, 2005.

    « François Ruffin, Merci patron, 2015Jean Robinet, Compagnons de labours, Flammarion, 1946 »
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