• Encore la Grèce et l’Europe : le retour du Grexit

    L’accord signé entre la Grèce et l’Eurogroupe est instable, Tsipras semble maintenant le regretter, c’est pourquoi resurgit l’idée maintenant d’une sortie rapide de la Grèce de la zone euro.

     

    Du peu de succès des politiques austéritaires

    Tout le monde se rend bien compte que nous nous trouvons à un tournant avec la question de la Grèce, non seulement en ce qui concerne ce pays, mais aussi pour ce qui est de l’avenir de l’Union européenne, de l’euro et en général des politiques libérales. Certes celles-ci continuent d’avancer comme si de rien n’était, par exemple en France le travail du sinistre Macron réalise clairement ce que Sarkozy n’avait pas osé faire avec beaucoup de cynisme. Il est d’ailleurs remarquable que la crise s’étant manifestée clairement depuis 7 ans, on poursuive une politique qui ne relance ni l’emploi ni la croissance, faisant de cette période 2008-2015, et probablement plus loin, la plus longue récession de toute l’histoire de l’économie. Le coût de la crise pour l’économie peut s’assimiler à ceux d’une guerre. Et les victimes sont nombreuses.

    En Europe on présente souvent l’Allemagne comme un modèle de réussite. Passons sur le fait que cette réussite apparente se réalise sur le compte de ses voisins, glissons aussi sur le fait que sa décroissance démographique lui permet d’éviter une longue discussion sur le chômage – en outre les « jeunes » n’existant quasiment plus dans ce malheureux pays, on comprend bien qu’ils n’aient pas le droit à la parole. Mais malgré ses « avantages », le taux de croissance de l’Allemagne reste très faible si on le compare aux Etats-Unis, à la Suède, et même au Royaume Uni, pays qui ne se trouvent pas handicapés par l’absurdité de la monnaie unique.

    Les Thénardier de l’Europe

    C’est d’ailleurs ce peu de succès des politiques austéritaires en Europe qui explique la montée en puissance des partis comme Podemos ou Syriza. Si les résultats sont si mauvais en Europe c’est que ces politiques en s’appuyant sur le dogme de la défense de la monnaie unique viole une « loi » bien connu de l’économie classique : la valeur d’une monnaie doit refléter la « compétitivité » de l’économie d’une nation. Elle est un résultat. Mais la monnaie unique fonctionne à l’envers : elle met en place une « valeur » fixe de la monnaie entre les partenaires européens, et ensuite ceux-ci doivent y adapter leur économie. C’est la mise en place de cette absurdité qui est à la fois la cause de la perte de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne, et du « succès » mercantiliste de l’Allemagne. Mais cela commence à se voir et à se savoir, et cela entraîne une situation inédite : l’Allemagne n’a jamais été autant détestée en Europe qu’aujourd’hui depuis la fin de la guerre. L’Union européenne qui prétend souvent à tort être le grand artisan de la longue paix en Europe, a réussi ce miracle de faire renaître de ses cendres la haine de l’Allemand ! En effet, en imposant à toute l’Europe ses propres objectifs, l’Allemagne du sinistre couple Schaüble-Merkel montre aux yeux de tous que nous sommes sortis de la démocratie bourgeoise et parlementaire. Mais toute les victoires de de l’Allemagne ne sont que des victoires provisoires et le nez dans le guidon, assis sur son tas d’or, ce peuple de petits boutiquiers ne voit pas venir la fin de ce système.

    Le retour du Grexit

     

    Kostas Lapavitsas, économiste et élu de Syriza, a dénoncé les accords permettant à la Grèce d’obtenir une rallonge de prêt comme un abandon face au chantage de l’Eurogroupe, en disant que Syriza avait été élu pour dissocier la discussion sur la dette de la politique économique destinée à relancer l’économie et restaurer une protection sociale particulièrement abimée par la Troïka. Tsipras s’est presqu’excusé d’avoir signé un accord honteux en disant qu’il n’avait eu aucun soutien en Europe – et surtout pas de la part du cynique Hollande – mais qu’en outre le Portugal et l’Espagne l’avaient enfoncé. On voit bien que l’erreur majeure de Tsipras c’est de ne pas avoir prévu une sortie directe de l’euro, d’en être resté comme toute la gauche de gouvernement à l’idée qu’il faut et qu’on peut réformer l’Europe. C’est l’antienne répétée ad nauseam par ATTAC, le Parti de Gauche ou encore le PCF[1].

    Une fois encaissé le recul de Tsipras et Varoufakis face à l’Eurogroupe, on en est aux questions. La première question est posée par Krugman : pourquoi l’Allemagne, moderne Thénardier de l’Europe, impose-t-elle une politique aussi stupide qui va étrangler la Grèce ? Pour Krugman qui ne croît pas à la stupidité des dirigeants allemands, cela est clair : ils veulent faire un exemple non seulement en montrant que l’alternative à la politique austéritaire ne marche pas, mais qu’en outre elle conduit à une expulsion manu militari de la zone euro. L’idée selon laquelle la sortie de la Grèce de l’euro est proche mais aussi nécessaire, fait donc maintenant son chemin.

    La seconde question est celle que pose Jacques Sapir : comment réaliser cette sortie ? Si un temps il a cru possible une sortie négociée de l’euro, il admet maintenant que cette sortie ne peut être que conflictuelle, donc unilatérale. C’est d’ailleurs là que se trouve sans doute la clé des négociations de marchands de tapis entre la Grèce et l’Allemagne – à travers l’Eurogroupe – personne ne veut prendre le risque d’être celui qui déclenche cette sortie car cette sortie sera effectivement le début de la fin de l’euro.  Mais nécessité fait loi. Et il apparaît maintenant clairement que Syriza ne pourra pas générer une politique économique significativement différente de celle de Samaras en acceptant les conditions draconiennes de l’Eurogroupe.  

    On voit que dans le cas d’une sortie désordonnée de l’euro, le pays considéré doit d’abord mettre la main sur l’outil de création de la monnaie, et contrôler les mouvements de capitaux. Evidemment si Sapir dit qu’il ne faut pas revenir à un contrôle des changes, c’est parce que la monnaie doit s’ajuster progressivement à la compétitivité du pays. C’est le raisonnement inverse de la BCE et de son cortège de malheurs.

    Beaucoup veulent le Grexit. En Grèce bien sûr où l’adhésion à un retour à la drachme est soutenue et souhaitée par 52% de la population. L’aile gauche de Syriza y est favorable, le KKE aussi. A l’extérieur aussi, outre les économistes qui savent que la monnaie unique n’est pas viable sans une transformation radicale du fonctionnement de la zone euro – par exemple par des transferts massifs de l’Allemagne vers le reste de la zone. Une partie de l’opinion allemande, de gauche et de droite, est également favorable au Grexit. Et donc on pourrait penser que cela peut se faire. Oui, cela peut se faire si Tsipras et Varoufakis le décident ! Car les Allemands n’ont aucune raison de voir la disparition de l’euro. En effet, cela renchérirait le coût des produits allemands sur les marchés extérieurs d’environ 18%. Or les Allemands ont une conception mercantiliste – au mauvais sens du terme – de l’économie : leur croissance, pourtant faible, n’est tirée que par les exportations, le jour où ces exportations s’effondrent, leur modèle se désagrègera. L’Allemagne ne peut d’ailleurs être une puissance politique dominante qu’en pillant le reste de ses voisins, pays vieillissant, sans armée puissante, elle ne peut compter que sur l’euro pour exister politiquement.

    On dira bien sûr que la sortie de la Grèce de l’euro n’est pas la fin de l’euro, mais c’est faux car en effet, si la sortie de l’euro profitait à la Grèce, cela donnerait des idées aux Espagnols ou aux Portugais, ou encore aux Italiens. Je n’ai pas parlé de la France parce que la classe politique française est trop arrogante et trop européiste pour faire son mea culpa. C‘est pourquoi la classe au pouvoir en Allemagne retardera le plus possible la sortie de la Grèce de l’euro. Dans le cas d’un retour au Mark, il va de soi que les rentiers allemands devraient partager leur rente avec les pauvres de leur pays, soit relancer le marché intérieur pour maintenir la croissance et l’emploi.

    C’est pourquoi la décision finale appartiendra forcément à Tsipras. Soit lui et son ministre de l’économie sont convaincus qu’il ne peut y avoir d’arrangement sérieux avec l’Eurogroupe et ils sortiront la Grèce de la zone, soit ils croient encore à la possibilité de réformer cette triste institution. Dans ce dernier cas, ils connaitront bien évidemment le sort du PASOK du PSOE ou du PS et du PCF français. Ils disparaîtront et leurs électeurs leur en voudront de leur avoir fait croire qu’il existait une possibilité de contourner, la rigueur bruxelloise et de retrouver une forme de vie sociale « normale ». Bien évidemment une sortie réussie de l’euro non seulement rendrait service à toute l’Europe, mais en outre elle désignerait Tsipras comme « un grand homme », celui qui a su s’opposer à une Allemagne revancharde et honnie.

     

    Conclusion

      

    Le nouveau siège de la BCE a coûté 1,2 milliards d’euros 

    Pendant que nous suivons ces difficultés, nous apprenons que la BCE vient de prendre livraison de ses nouveaux locaux pour un coût de 1,2 milliards d’euros ! Le chantier a eu trois ans de retard et sur surcoût – comme il est de règle dans ce type de contrat – de 40% de ce qui était prévu. Preuve évidemment que cette boutique est mal gérée et coûte beaucoup trop d’argent au contribuable européen ! Mais rien n’est trop beau pour les 2600 fonctionnaires de ce bateau ivre. Il va de soi que cette boutique a tout à perdre avec une dissolution de la zone euro, ses privilèges, ses locaux, ses secrétaires parfumées et ses frais de mission. Il ne faudra donc pas compter sur elle pour hâter une dissolution de l’euro. Bien au contraire il est à prévoir que Draghi va rapidement s’opposer à l’Eurogroupe et à Merkel en réclamant de nouveaux « avantages » pour la Grèce afin de maintenir celle-ci dans la zone.

     

    Liens

    http://www.okeanews.fr/20150224-k-lapavitsas-economiste-et-depute-syriza-pose-5-questions-au-gouvernement

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150225trib12bafc0cd/projet-de-reformes-en-grece-un-adieu-a-la-logique-de-la-troika.html

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/02/16/athenae-delenda-est/?module=BlogPost-Title&version=Blog%20Main&contentCollection=Opinion&action=Click&pgtype=Blogs&region=Body

    http://russeurope.hypotheses.org/3516

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/03/02/l-europe-doit-abandonner-l-euro_4585513_3232.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20150304trib6950e46fb/l-economie-allemande-affronte-aussi-des-problemes.html

    http://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/poursuite-de-lausterite-et-liberalisation-en-grece-traduction-de-la-lettre-de-varoufakis-a-la-troika-eurogroupe-communique-du-kke/



    [1] Il existe cependant un collectif « communiste » en France qui dénonce cette sorte de collaboration de classe et qui comme le KKE en Grèce pense que la sortie de l(‘euro et de l’Europe est un préalable nécessaire : http://www.initiative-communiste.fr/

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