• Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

     Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    A l’heure du probable Brexit, les mauvaises nouvelles en provenance de l’Europe sont très nombreuses et sont autant de raisons pour en sortir au plus vite. Revenir aux souverainetés nationales n’est pas seulement une obsession maniaque pour retrouver les anciennes gloires des nations en train de disparaître. Le mal est bien plus profond que cela. Le maintien d’une Union européenne à 28, et plus encore l’intégration monétaire non seulement poursuit les politiques austéritaires, mais en outre retarde le moment où on pourra enfin transformer le système économique en profondeur. Il n’échappe à personne que le capitalisme financier et mondialisé a fait des ravages sur toute la planète, la pauvreté augmente, l’environnement est atteint comme jamais, et les pays riches subissent de plein fouet les politiques de régression en matière de droit du travail comme en France avec la loi El Khomri. Or la transformation sociale que beaucoup appellent de leur vœux, en France, aux Etats-Unis et ailleurs, ne peut pas se faire sans retrouver une assise démocratique. Alors que certains pensaient que le leader du parti travailliste était un eurosceptique, le voilà qu’il fait campagne pour le maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne. Il ne se passe pourtant pas un jour sans que la démonstration ne soit faite que l’Union européenne et ses différentes boutiques non seulement travaillent pour le grand capital, mais en outre sont complétement corrompues. La démonstration en a été faite encore cette semaine avec les décisions prises aussi bien par le parlement européen que par la Commission européenne elle-même.

     

    Le sinistre Corbyn

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Certains se sont illusionnés sur la nomination de Corbyn à la tête du parti travailliste. Ils pensaient sans doute que celui-ci allait avancer dans la voie des politiques anti-austéritaires, et donc qu’il militerait pour une politique de rupture avec le libéralisme. Mais alors que David Cameron pour cause de Panama Papers a de plus en plus de difficultés pour défendre l’idée de rester dans l’Union européenne, et alors que les sondages montrent que le Brexit pourrait bien l’emporter le 23 juin prochain, Corbyn est venu appuyer l’idée que le Royaume Uni devait rester dans l’Union européenne. Comme tout bon européiste, il soutient que l’Union européenne aurait tout de même apporté des emplois et de la croissance. Et donc qu’en sortir ce serait pire que le mal. Mais bien sûr la démonstration ne suit pas. Les deux graphiques ci-dessous montrent que Corbyn est un menteur, le taux de chômage dans l’Union européenne et plus encore dans la zone euro est bien plus élevé qu’il n’est aux Etats-Unis[1]. Comme pour Tsipras on fera la remarque qu’il ne suffit pas d’enlever la cravate pour affirmer une tendance de gauche radicale.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Le simple fait d’ailleurs que le taux de chômage soit plus élevé dans la zone euro que dans l’UE montre suffisamment – à moins d’être de mauvaise foi – que plus l’Europe est intégrée et plus le chômage est fort. La raison en est que l’Union européenne étant fondée sur la compétition entre les nations conduit nécessairement à la concentration du capital te donc par suite à un affaiblissement de la croissance et de l’emploi. Si dans cet océan de chômage que représente l’Union européenne, le Royaume Uni reste un peu protégé cela est dû à la fois à sa situation de place financière de rang mondial, mais aussi au fait que comme le Danemark et la Suède, ce pays ne subit pas la punition de la monnaie unique et conserve des marges de manœuvre importantes dans l’élaboration de sa politique monétaire et budgétaire.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Mais en bon petit soldat de l’européisme, Corbyn vend l’idée qu’en y participant, on pourra enfin infléchir les politiques européennes. En quelque sorte comme n’importe quel social-traitre, il nous vend l’idée éculée d’une Europe sociale à venir. Cette affirmation sans fondement appelle deux remarques :

    1. tout d’abord, elle ne tient pas compte du fait que lorsque les sociaux-démocrates dominaient en Europe dans les années 80 et 90, il ne s’est rien passé de positif pour une Europe sociale, on la renvoyait toujours à un improbable après, et d’ailleurs les traités qui ont été signés ne le permettraient pas suivant cette fameuse règle de l’unanimité qui verrouille la construction européenne pour les décennies à venir. L’exemple de Tsipras est également là pour nous prouver que cette idée est stupide.

    2. ensuite, il y a le fait que la proposition de rester dans l’Union européenne de Corbyn revient à priver les peuples de leurs décisions et à les soumettre à une logique de délégation de pouvoir qui est tout sauf démocratique. 

    Corruption 

    Le parlement européen s’est fait remarquer cette semaine en prolongeant de 7 ans la possibilité pour Monsanto de continuer de vendre en toute légalité le glyphosate popularisé sous le nom de Round up depuis une quarantaine d’années. C’est un produit qui est dénoncé depuis très longtemps comme cancérigène et qui a été classé par le CIRC (Centre International de Recherche sur le cancer) en mars 2015 comme   une substance très   dangereuse. Or le CIRC est une dépendance directe de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), et pas du tout une organisation gauchisante ou écologiste. Comme le soulignait un article du Monde[2] la Commission européenne s’abrite derrière une soi-disant étude de l’EFSA, dont l’opacité a été dénoncée. L’EFSA est une dépendance de la Commission européenne. Bien évidemment pour que le parlement ait voté une telle mesure qui fait hurler, il faut qu’il se soit vendu. Sans doute qu’un parlement national n’aurait pas osé ce genre-là, ou du moins les lobbies y seraient moins institutionnalisés.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Une autre décision du parlement européen qui a été adoptée est celle qui concerne la directive sur le secret des affaires. Là encore Le monde parle de directive controversée, comme pour la précédente mesure sur le glyphosate. C’est un euphémisme ! Que dit cette directive ? Elle a été portée par les députés européens de droite, le PPE, très proches des milieux d’affaires. L’idée vendue est qu’il serait nécessaire de protégé le secret des affaires dans la dure compétition mondiale. Mais en réalité, il s’agit surtout de ne pas divulguer les preuves de malversation des entreprises. Autrement dit, avec une telle directive, les journalistes qui ont informé sur les Panama Papers seront passibles d’être poursuivis judiciairement. Evidemment cette directive n’est pas née dans l’esprit des parlementaires eux-mêmes, mais elle avait été préparée depuis 2013 par la Commission européenne. Les députés qui ont voté ce texte ont vendu l’idée qu’il ne s’agissait pas de restreindre la liberté d’informer, dès lors que les « lanceurs d’alerte » mettraient au jour des pratiques illégales. Mais on voit bien ce qui ne va pas ici : en effet Mossack Fonseca est une entreprise financière qui couvre des pratiques légales d’optimisation fiscale. Le scandale, ce n’est pas seulement que Balkany ou Cahuzac planquent un peu de leur argent indûment gagné pour échapper au fisc, mais aussi que les multinationales et les banques utilisent les possibilités du Panama pour, en toute légalité, payer moins d’impôts ! Et c’est bien ce genre de pratique qui sera désormais grâce à l’Europe passible de poursuites pénales.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Une fois de plus les faits montrent comment l’Europe s’affirme comme une dictature « soft », un véhicule de la corruption. Face à cette situation qui s’aggrave année après année, il n’y a qu’une solution, en sortir au plus vite.  Certes ce n’est pas suffisant, mais c’est seulement quand nous serons sortis de ce bourbier que l’on pourra recommencer à faire de la politique et à pouvoir avancer de nouveaux principes économiques et sociaux.

     

    Liens

     

    http://www.humanite.fr/encore-7-ans-de-sursis-pour-le-glyphosate-604699

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/04/14/le-parlement-europeen-adopte-la-directive-sur-le-secret-des-affaires_4902340_3234.html

    http://www.rfi.fr/europe/20160414-royaume-uni-eurosceptique-corbyn-union-europeenne-brexit

    http://www.touteleurope.eu/revues-de-presse/detail-revue-de-presse/revue-de-presse/brexit-jeremy-corbyn-lance-les-travaillistes-dans-la-campagne-pour-le-maintien.html

     

     


    [1] Même si on peut discuter évidemment de la qualité des statistiques du chômage aux Etats-Unis : http://www.alterinfo.net/LE-VRAI-CHIFFRE-DU-CHOMAGE-AUX-ETATS-UNIS-13_a20222.html

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/28/roundup-le-pesticide-divise-l-union-europeenne-et-l-oms_4891222_3244.html

    « Nuit debout : de nouveaux acteurs politiquesAlain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :