• Emmanuel Macron est fatigant

     

    Macron faisant semblant de s’intéresser à l’industrie

     

    Inspiré par Jacques Attali, lui-même ancien conseiller de Sarkozy, Macron s’agite dans tous les sens en faisant semblant de faire quelque chose. D’un côté il prétend rassembler le peuple autour de sa politique, mais de l’autre à l’inverse il fait tout pour dresser les catégories les unes contre les autres. Menteur professionnel – déjà, à son âge quelle misère – il pense qu’en racontant n’importe quoi au moins les gens croirons à sa bonne volonté. Il se trompe bien sûr parce que sa politique sera jugée à ses résultats.

     

    Le New Deal façon Macron

     

    Macron n’a hélas pas fait des bonnes études, ni en économie, ni en autre chose d’ailleurs. Beau parleur, il s’est faufilé entre les gouttes et a réussi à avancer comme ça dans un milieu où il y a finalement beaucoup de naïfs. Ainsi on a vu cette semaine ce fanfaron, dont l’audace à raconter n’importe quoi avec aplomb rappelle un peu celle de Sarkozy, se réclamer d’un New Deal européen. Il emploie ce mot parce qu’il a encore un certain prestige, et qu’on identifie le New Deal rooseveltien au redémarrage d’une Amérique en crise. Sauf que le New Deal américain, quoiqu’on en pense signifiait d’abord une alliance nouvelle de l’Etat avec les travailleurs et les plus démunis. C’est pour cette raison que ce New Deal augmenta les droits des travailleurs, mis en place des allocations chômage, nationalisa le crédit, généra de l’inflation pour éponger la dette. Le New Deal horrifiait d’ailleurs les économistes de profession qui à Harvard ou ailleurs brodaient toujours sur la nécessaire austérité et la nécessaire poursuite d’une politique déflationniste, et bien sûr les milieux patronaux considéraient que Roosevelt était un dangereux bolchevique qui procédait à une socialisation rampante des moyens de production. Et comme on le voit dans le graphique ci-dessous le New Deal eut un effet positif sur le chômage en moins d’une année après l’entrée en fonction du président Roosevelt.

     

    La politique rooseveltienne qui s’occupait de donner de nouveau droits aux travailleurs, s’appuyait sur une croissance continue de la dette. Or notre Macron national lui demande l’autorisation à Bruxelles d’un New Deal à l’échelle européenne en échangeant d’une poursuite et d’un approfondissement des réformes. Evidemment dans la bouche d’un banquier, le mot de réforme signifie évidemment l’inverse de ce qu’il pouvait signifier pour Roosevelt et son équipe : une diminution des droits pour les travailleurs et une augmentation des droits pour les banquiers et le patronat. A l’évidence quand Macron parle, il ment ouvertement, l’alliance nouvelle qu’il propose est au contraire une alliance de l’Etat avec le patronat. C’est la ligne « pro-business » défendue par Valls, cette ligne qui met en émoi le MEDEF comme la City londonienne qui se rend compte tout soudain que Macron, Valls et plus généralement non seulement ne sont pas de gauche, mais sont encore un peu plus à droite que Sarkozy. Ce que celui-ci n’a pas osé faire, les « socialistes » façon Hollande vont le réaliser.

      


    La dette publique américaine en pourcentage du PNB

     

    Macron et le chômage, ce n’est pas sérieux

    Macron veut vaincre le chômage, et donc il se donne 6 mois pour inverser la courbe de celui-ci. C’est un air connu qu’aime bien jouer et rejouer les membres du PS. Je me souviens encore de Pierre Mauroy qui au début des années quatre-vingts nous disait voir le bout du tunnel, tous les indicateurs étant selon lui au vert.

    L’idée de Macron, si on peut parler d’idée, est que Bruxelles va retoquer le budget français, puisque depuis qu’Hollande a signé les nouveaux traités européens dont le fameux TSCG, notre budget est sous le contrôle des bureaucrates européens. Je fais remarquer par parenthèse que jusqu’à une date récente le budget était l’acte politique souverain et démocratique le plus important de la nation. Tout cela est fini avec l’alignement des « socialistes » sur les dogmes bruxellois. Donc Macron sait que le budget de la France qui va présenter un déficit supérieur à 3% pour l’exercice 2015, sera fortement critiqué, les mécanismes de contrôle ayant la possibilité de donner une amende à la France allant jusqu’à 0,2% du PIB pour manquement à ses engagements (ce qui alourdirait un peu plus la dette). Pour contourner ces difficultés, il affirme qu’en échange d’un nouveau délai pour atteindre le seuil mythique d’un déficit de 3% d’ici à 2017, il est prêt à donner un tour de vis à l’Etat providence. C’est ce qu’il présente comme un New Deal européen destiné à inverser la courbe de la croissance et celle du chômage.

    Parmi les réformes envisagées il en avance globalement deux. La première est de réviser les allocations chômage. Celles-ci sont trop généreuses selon lui, et cette générosité engendre des déséquilibres, des déficits. Donc il vise à faire des économies. Car en période de fort chômage il est assez facile de comprendre que les allocations versées explosent au-delà de leurs recettes. Cependant cette révision des allocations chômage, que ce soit dans le montant ou dans la durée d’indemnisation, pose un problème majeur. En effet les allocations chômage ne sont pas une aumône ou une charité, mais le résultat de cotisations versées par l'employeur et le salarié pour compenser une perte éventuelle de salaire. C'est une assurance dont la cotisation est en fait un salaire indirect. Diminuer les allocs c'est faire deux fautes en même temps : d'une part c'est spolier les cotisants, d'autre part c'est laisser entendre qu'ils sont responsables de leur sort. Mais au final baisser les allocations c'est indirectement baisser le salaire.

    En vérité pour qu’une baisse des allocations ait un effet sur le niveau du chômage il faudrait que deux conditions soient réunies : d’une part que la quantité d’emplois non occupée soit très élevée, et d’autre part que les salaires versés soient supérieur à la productivité marginale du travail. La première condition n’est jamais remplie en temps de crise, le système économique ne crée pas assez d’emplois. La deuxième condition relève de l’obscurantisme ou de la pensée religieuse. En effet, étant donné que la productivité globale du travail ne dépend pas seulement des salariés, mais aussi du capital physique qui lui est associé, il est impossible de dissocier la productivité marginale du travail. Mais en réalité cette antienne permet d’avancer vers l’idée que le SMIC, tout comme le droit du travail, est un frein à l’emploi. On pourrait penser que pour rééquilibrer les comptes des allocations chômage, il vaudrait mieux réduire le nombre de chômeurs, mais apparemment ce n’est pas une idée qui est arrivée jusqu’à Macron. Inversant les liens de causalité entre chômage et déficit des allocations, il semble satisfaire le proverbe chinois : quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt.

    Evidemment de telles philippiques ne pouvaient pas passer inaperçues, les syndicats ont crié à la provocation, et même Cambadelis a souligné qu’il y avait des choses à ne pas faire. Le PS passe en peu plus pour un radeau à la dérive. Il va de soi que de telles propositions pour un nouveau New Deal ont plutôt comme conséquence de diviser que de rassembler, et en tous les cas elles ont comme finalité de dégouter le peuple de voter pour un tel parti qui se dit de gauche et même socialiste.

     

    Déréglementer les professions contingentées

     C’est une autre vieille lune, un idée qui ne peut germer que dans la tête de quelqu’un qui en veut aux pharmaciens et aux chauffeurs de taxi. Elle est là au nom de la modernisation, de la nécessité de lever les blocages, etc. On la trouve dans tous les rapports que Jacques Attali rédige aussi bien pour Sarkozy que pour Hollande. Ces professions contingentées représentent une sorte de fourre-tout disparate, mêlant les chauffeurs de taxi aux pharmaciens ou aux notaires. L’ensemble de ces professions libérales représente environ 2 millions de personnes. Que se passera-t-il si on libéralise ce segment ? Il est probable que cela fera baisser les coûts à la condition que ces professions aient le droit de fixer librement leur rémunération. Dans certains cas cela peut effectivement multiplier les opportunités d’ouvrir une officine de notariat, de pharmacie, ou d’acheter une licence pour faire le taxi. Mais est-il possible d’augmenter le chiffre d’affaire de ces professions ? C’est très peu probable, cela n’accroîtra pas l’emploi notamment parce que l’emploi est forcément en relation avec le chiffre d’affaire d’une profession. Et il n’y a pas de raison qu’une fois ces professions déréglementées on consomme plus de médicaments, ou qu’on aille plus souvent chez son notaire.

    Donc au mieux si cette réforme passait, mais le syndicat l’UNAPL veille à ce que cela ne se fasse pas, cela diviserait le rendement de toutes ces petites boutiques, sans que la valeur créée augmente. Mais il va de soi qu’une telle déréglementation ne créerait aucun emploi supplémentaire, ou si peu que cela serait de l’ordre de l’erreur statistique.

    D’un point de vue théorique l’idée des libéraux comme Macron c’est que la concurrence crée de la richesse, autrement dit que la concurrence serait à l’origine de l’accumulation du capital. C’est bien évidemment faux comme l’a montré Marx dans les Gründrisse, c’est au contraire l’accumulation du capital et la nécessité de réaliser la plus-value qui engendre la concurrence parce que le marché n’est pas extensible à l’infini.

     

    Communication

     

    Les orientations de Macron et ses déclarations intempestives posent évidemment de nombreux problèmes, notamment pour les élus « socialistes » qui vont se retrouver massivement au chômage. Puisqu’en effet, si ses propositions ne séduiront pas la « gauche » désorienté par cette approche anglo-saxonne de la réalité sociale, il est peu probable que cette allégeance séduira la droite qui en voudra toujours aux « socialistes » d’utiliser le mot social accolé à démocrate ou à libéral. L’autre problème de Macron est de gérer sa communication, des fois qu’il redeviendrait sarko-compatible dans un gouvernement de droite après 2017. En attendant, il soigne sa communication. A la une du Journal du dimanche du 12 octobre, il met en scène sa détermination à moderniser cette France de ploucs qui ne comprennent rien, on le voit avec ses petits poings serrés, prêt à aller à la bagarre.

     


    Mais comme il est moderne, il donne une autre image de lui en se montrant au côté de son ancienne professeur de français qui a 20 ans de plus que lui et qu’il a épousé. N’est-ce pas la preuve que cet homme est moderne, un rebelle ? On voit bien en effet que sa vie n’appartient pas aux canons ordinaires. Il se flattait d’ailleurs d’être par l’intermédiaire de sa femme un tout jeune grand père de 36 ans, sans voir que cette situation pourrait amener le public à voir dans sa personne un jeune homme vieilli avant l’âge !

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141012.OBS1850/macron-estime-qu-il-faudra-forcement-reformer-l-assurance-chomage.html

    http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/10/12/emmanuel-macron-plaide-pour-un-new-deal-europeen_4504776_1698637.html

    http://www.lejdd.fr/Politique/Emmanuel-Macron-Nous-avons-six-mois-pour-creer-une-nouvelle-donne-693538

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/12/macron-relance-le-debat-de-la-reforme-de-l-assurance-chomage_4504807_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141012.OBS1856/assurance-chomage-tirs-de-barrage-a-gauche-contre-macron.html

    « La décomposition accélérée du Parti « socialiste »Gérard Berréby et Raoul Vaneigem, Rien n’est fini, tout commence, Allia, 2014 »
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