• Elections en Autriche et en Italie

     

    Cette année 2016 aura été une année électorale bouleversante. On a assisté à un changement radical au Royaume Uni avec sa sortie de l’Union européenne et donc le remplacement du premier ministre David Cameron par Theresa May, ce changement notez-le est assumé par le propre parti du perdant. Ensuite nous avons eu une élection particulièrement bizarre aux Etats-Unis, avec l’arrivée au sommet de l’Etat d’un personnage clownesque tout autant que minoritaire dans le pays qu’il prétend gouverner, mais qu’en fait il donnera à gérer aux employés de Goldmann & Sachs[1].

    D’autres élections ont eu lieu ce dernier week-end en Autriche et en Italie, révélant une complexité des situations très dangereuses en Europe.

     

    L’Autriche et la peur du nazisme

     Elections en Autriche et en Italie 

    En Autriche c’est le vieux Alexander Van Der Bellen, 72 ans, candidat des Verts, d’une gauche molle et européiste donc qui l’a emporté avec 53,3% des voix sur le candidat du FPÖ Norbet Hofer. Ce dernier était le candidat d’extrême-droite. Il n’est pas certain qu’on interprète pourtant correctement ce résultat. D’abord disons qu’il a fallu revoter pour élire le président. Il avait en effet remporté une victoire étroite au mois de mai, une victoire entachée de fraudes, notamment en ce qui concerne les votes de l’étranger. Certains en ont conclu hâtivement que l’élection de Van Der Bellen était un quitus pour ce qui concerne l’ancrage définitif de l’Autriche dans l’Union européenne, et donc que la grande coalition entre le SPÖ (social-démocrate) et l’ÖVP (conservateur) pouvait encore continuer longtemps cette politique insipide. Rien n’est moins sûr. En effet on peut penser d’abord que le fait qu’une sortie de l’Autriche de l’Union européenne ne peut pas être portée par un parti sulfureux dont les racines lointaines sont à rechercher dans le nazisme. Et donc que ce parti, le FPÖ, suscite encore la peur, comme chez nous le FN dont la tête de file, Marine Le Pen, ne semble pas pouvoir l’emporter en 2017 malgré ses efforts pour dédiaboliser son parti. Qu’en aurait-il été si en lieu et place de Hofer l’Öxit avait été portée par quelqu’une de p)lus modéré ? Les politiciens autrichiens, Van Der Bellen en tête, qui feraient mine de croire que ce vote vaut approbation d’une politique européiste se trompent lourdement. Car non seulement le score de Norbert Hofer valide la montée en puissance d’un parti radical d’extrême droite, mais Van Der Bellen ne doit son élection qu’à une coalition improbable de la droite conservatrice jusqu’à la gauche plus ou moins radicale. Les succès électoraux du FPÖ sont donc à venir. Ajoutons que le président en Autriche n’a pas de véritable pouvoir, il est juste le garant des institutions. Il est facile de comprendre que ce résultat qui soulagera beaucoup de monde à travers l’Europe entérine l’échec de la coalition au pouvoir[2]. Il faut ajouter que les raisons du succès de l’extrême-droite en Autriche tiennent en peu de mots : d’abord c’est la question des réfugiés qui comme ailleurs pourrit le climat politique, et ensuite, ce sont les sanctions contre la Russie. Ce qui peut sembler paradoxal : les Autrichiens ont un souvenir plutôt amer de l’entrée des troupes russes dans leur pays, mais pour autant, une large partie de la population désapprouve les sanctions européennes qu’elle voit comme un facteur de tension aggravant.

     

    Catastrophe électorale en Italie

     Elections en Autriche et en Italie 

    La situation en Italie apparait plus compliquée en regard de la large défaite de Matteo Renzi. Le référendum sur les modifications institutionnelles c’est transformé en un référendum pour ou contre Renzi. Le non remporte à peu près 60% des suffrages et surtout avec une participation électorale très élevée. Le premier ministre à annoncer qu’il allait mettre un terme à son exercice du pouvoir qui aura duré à peine plus de deux ans.

    Ce résultat appelle plusieurs réflexions. D’abord elle rend l’Italie très difficile à gouverner, notamment à cause de son bicamérisme parfait. Si le plus probable est maintenant que des élections générales aient lieu en février prochain, il est difficile de prévoir ce qu’elles donneront en terme de stabilité et si elles pourront amener une réforme institutionnelle qui aille dans ce sens. Depuis le référendum de 1948, l’Italie est en effet coutumière de ces longues périodes de vacance du pouvoir pour cause d’élections, mais bon an, mal an, elle a toujours été gouvernée plus ou moins à droite. Je passe sur les commentateurs hâtifs qui en ont profité pour dénigrer la pratique du référendum, arguant du fait que les électeurs ne répondaient jamais à la question véritablement posée. Renzi connaissait tout cela, et il a essayé à travers un référendum sur les institutions de se refaire une santé politique, car ayant des résultats médiocres sur le plan social et économique, il appelait indirectement le peuple à le soutenir.

    Au-delà de la réforme institutionnelle sans doute nécessaire, il y a ce que seront les résultats des élections anticipées. Le cœur de l’affaire en vérité est l’Union européenne et la participation de l’Italie à la zone euro. En effet la crise de 2008 a fait exploser complètement l’économie italienne qui n’a toujours pas retrouvé son niveau du début des années 2000. Elle paye là l’impossibilité de dévaluer sa monnaie et donc d’ajuster celle-ci à sa « compétitivité ». Sur le graphique suivant on voit que les pays qui ont surmonté un peu la crise de 2008 sont soit l’Allemagne, soit des pays comme les Etats-Unis et le Royaume Uni. Tous les autres ont payé un tribut plus ou moins lourd à la logique de l’euro.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Ce qui veut dire clairement que plus encore que la France l’Italie doit sortir impérativement de l’euro – et donc probablement de l’Union européenne – pour retrouver un peu d’air. Matteo Renzi, comme Hollande et Valls, avaient effectué des réformes dites pro-business qui devaient permettre à l’Italie de retrouver sa compétitivité en Europe. Et comme de partout ailleurs quand on court après des gains hypothétiques de compétitivité, on échoue lamentablement. La sortie de l’Italie de l’euro permettrait, en revenant donc à la lire, de dévaluer la monnaie de 25 à 30%. Cela permettrait de relancer la demande interne et par suite de faire en sorte que le marché du travail retrouve un peu de couleurs.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Dans ces conditions, les partis anti-européens comme 5 Stelle ont le vent en poupe et souhaitent des élections anticipées très rapides. La situation va devenir très difficile notamment parce que les banques italiennes ont un besoin rapide d’être recapitalisées[3] et que la dette publique est explosive. Si d’ici aux élections législatives italiennes éclate une crise financière, alors il pourrait y avoir un raz de marée en faveur d’une sortie rapide de l’euro et une répudiation d’une partie de la dette publique. Evidemment si un tel scénario devait se réaliser, c’en serait fini de l’Union européenne. Celle-ci peut s’accommoder d’un Brexit, après tout le Royaume Uni ne participait pas à la zone euro et avait un statut spécial, mais l’Italie est non seulement un membre fondateur de l’Union européenne et de l’euro, mais son économie est aussi la troisième de l’UE après l’Allemagne et la France. Dans ces conditions il ne sert à rien à dénoncer le « populisme » de Beppe Grillo. Le Mouvement 5 Stelle a depuis longtemps dépassé la personnalité ambiguë de son fondateur. La jeune et belle Virginia Raggi est devenue maire de Rome et ne paraît pas être quelqu’un de particulièrement farfelu. La nouvelle maire de Turin, Chiara Appendino, également. Ce sont deux jeunes femmes dynamiques et plutôt portées sur la défense de l’environnement et la critique de l’agriculture industrielle. Il est très difficile de les assimiler à une droite rancie à l’ancienne. Là encore il faut comprendre que si un mouvement comme 5 Stelle a pu émergé c’est parce que la gauche n’a rien compris aux effets négatifs de l’Union européenne : elle n’a pas fait son travail de défendre les plus faibles. Alors que dans le temps le Parti communiste italien était un parti très puissant qui pesait, autrement dit qui empêchait la droite conservatrice (la Démocratie chrétienne) de trop déconner, la gauche s’est effondrée ici comme ailleurs quand elle s’est mis à vouloir jouer le jeu d’une autre Europe, d’une Europe sociale et autres bêtises du même tonneau qui entérinaient la conversion pure et simple à la logique du marché.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Les européistes n’ont pas vraiment de quoi se réjouir des élections cette année, bien au contraire. La victoire de Van Der Bellen c’est juste l’arbre qui cache la forêt et qui laisse accroire qu’on va pouvoir continuer comme ça encore longtemps. Dans son dernier billet, Jacques Sapir avance que si les élections italiennes interviennent dans un laps de temps assez court – par exemple en février -  cela pourrait avoir des conséquences sur l’élection de Fillon et donc sur son programme austéritaire[4]. C’est possible, à condition d’admettre que les Italiens sont plus avancés sur la voie du progrès social que nous, probablement parce que leur système politique a maintenant explosé, alors que nous sommes encore dominés par des partis complétement dépassés dans tous les domaines, LR ou le PS, je ne parle même par de ces partis qui ne veulent rien dire comme l’UDI ou le PRG.

    Pour avancer un petit peu, on conseillera à Mélenchon de s’inspirer des succès de 5 Stelle, que ce soit pour son anti-européisme assumé ou dans la logique des conquêtes des  villes, ou encore cette volonté de ne pas laisser le combat écologique aux mains d’un parti complètement dépassé dans tous les autres domaines.

     

     


    [1] http://multinationales.org/Dans-la-future-administration-Trump-un-ancien-de-Goldman-Sachs-au-Tresor-un

    [2] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/22/en-autriche-gauche-et-droite-au-crepuscule_4924062_3214.html

    [3] https://resistanceauthentique.net/2016/10/28/descente-aux-enfers-de-la-monte-paschi-la-plus-grande-banque-italienne/

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/

    « Présidentielles 2017, les positions se clarifientLe programme de Jean-Luc Mélenchon »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :