• Elections au Chili

     

    Les éléections ne s font pas toute la vie politique, mais c'est périodiquement la possibilité de prendre la température d'un pays. Le Chili tient une place à part dans l’histoire de la gauche à cause du martyre d’Allende, et aussi parce que le coup d’Etat de Pinochet, soutenu presqu’ouvertement par la CIA et les multinationales, a permis de faire pendant un long moment de ce pays un des premiers laboratoires d’une économie libérale livrée autoritairement à la logique du profit et des lois du marché.

    On élisait donc le président ce dimanche 17 novembre 2013. Ou plutôt la présidente. En effet le Chili qui sortait d’une nouvelle cure de libéralisme devait choisir entre Michelle Bachelet et Evelyne Matthei. Ce sont deux héritières, mais des héritières de camp opposées. Le père de Michelle Bachelet (un général) a été un soutien d’Allende et fut torturé, emprisonné par le régime de Pinochet, tandis que celui d’Evelyne Matthei était un des hommes influents (un autre général) du nouveau régime installé dans le sang, elle a une formation d’économiste, entendez par là qu’elle a été gavée de théories friedmaniennes par les Chicago boys qui avaient « rénové » l’enseignement de cette curieuse discipline.

    Elles ont toutes les deux la soixantaine, et d’un certain point de vue représentent bien cette évolution des mœurs en Amérique latine qui fait que de plus en plus souvent des femmes arrivent au pouvoir. Mais le Chili comme beaucoup de pays de l’Amérique du sud est maintenant ancré à gauche. Les résultats du dernier scrutin sont sans appel. Bachellet obtient environ 47% des voix et Matthei 25% - ce qui correspond selon moi à la base sociologique de la droite libérale dans un pays avancé. Les commentateurs de droite ont voulu se réjouir en disant qu’en obtenant un deuxième tour c’était déjà un très bon résultat pour Matthei. C’est évidemment un très mauvais résultat. Imaginons seulement qu’en 2017 Nicolas Sarkozy représentant en France de la même boutique que Mme Matthei au Chili fasse seulement 25% et on crierait à l’effondrement de la droite.

      

    A gauche Evelyne Matthei et à droite Michelle Bachellet 

    On ne sait pas quel programme Michelle Bachellet pourra mettre en œuvre, cela dépend des élections législatives qui vont suivre et probablement aussi des convictions des hommes et des femmes qui vont l’entourer. Mais on note deux choses importantes pour nous : d’une part c’est que le programme électoral du PS chilien est complètement à l’inverse de celui de François Hollande qui n’en finit pas de discréditer la gauche, et d’autre part qu’elle s’est appuyé aussi sur un mouvement étudiant large et spontané contre la privatisation des études (une des antiennes de la droite libérale un peu partout dans le monde). Elle représente une coalition qui va des communistes aux démocrates chrétiens. Les réformes qu’elle propose vont toutes à l’inverse de la doxa libérale :

    - un accroissement des impôts sur les sociétés, cette hausse serait de 3% du PIB ;

    - le développement sous la houlette du service public, des dépenses de santé, d’éducation, etc.

    - elle propose également de modifier la constitution de 1980 héritée de la dictature Pinochet.

    Les tendances politiques qui se manifestent en Amérique du sud montre à l’évidence que les idées de gauche ont encore un sens et que la sinistre mémoire du général Pinochet n’est pas oubliée. Manifestement les idées libérales enseignées à la dure au Chiliens ont laissé un très mauvais souvenir d’affairisme, de corruption et de stagnation.

    Michelle Bachelet avait été élue présidente du Chili en 2005, en réalisant au premier tour 45% des voix, puis 53% au second tour. Elle n’avait pu faire qu’un seul mandat, la constitution du pays interdisant alors le renouvellement. Mais il faut croire qu’elle avait laissé à son départ en 2010 un bon souvenir. On rappelle pour mémoire qu’elle avait commencé à s’attaquer à la retraite par capitalisation, introduisant une dose de retraite par répartition bien utile aux plus pauvres.

    Le 15 décembre aura lieu le second tour, l’enjeu est seulement de savoir si Michelle Bachellet sera élue avec plus ou moins de 53% des voix.

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