• Du rapprochement entre le nazisme et l’européisme, et de la fin de l’euro

     Il est de plus en plus évident que l’Union européenne est une institution de type post-démocratique, une sorte de fascisme mou en apparence qui a remplacé sous la houlette de l’Allemagne les Panzer divisions par l’euro et ses règles. Le viol de la démocratie la plus élémentaire en Europe est permanent depuis au moins les référendums de 2005, et plus que la politique qu’elle mène c’est bien ça qu’on lui reproche. Un jour c’est le refus d’ouvrir une enquête sur les révélations à propos du rôle que Juncker le président de la Commission européenne a joué dans l’évasion fiscale des multinationale, un autre c’est une pétition pour demander un référendum sur le Traité Transatlantique qui est rejetée, bien qu’elle respecte les formes demandées par cette même Commission. C’est également les demandes incessantes de la Commission de traduire dans les lois nationales les règles qu’elle adopte en petit comité. C’est aussi et encore la Cour de Justice Européenne qui fabrique au jour le jour du droit sans aucune légitimité autre que celle qui la pousserait à nous faire respecter des traités compliqués aux objectifs masqués.

      

    Hollande embrassant Dassault, héritier d’une famille qui s’est enrichi grâce aux subventions de l’Etat 

    Nous avons changé de régime politique manifestement. Pour s’en rendre compte, il suffit d’examiner au jour le jour les audaces de François Hollande. Avant lui aucun autre président de la République n’a été aussi loin dans le reniement. Il gouverne contre le peuple sans état d’âme. Récemment, après avoir fait capoter les timides projets européens de régulation de la finance, il a été au Bourget comme on va à Canossa embrasser son nouvel ami Serge Dassault, pourtant sous le coup d’une enquête pour corruption et meurtre dans la ville dont il fut le maire. Mais s’il ose tout cela c’est parce qu’il se sent en quelque sorte protégé par l’Europe et ses institutions, parce qu’il n’a plus comptes à rendre au peuple qui l’a élu, et que son référent c’est d’abord Angela Merkel. Si tous les hommes politiques sont des menteurs et des sournois, je crois qu’avec Hollande et sa clique on a atteint des sommets. Mais cette forme de gouvernement post-démocratique est une régression complète, notamment parce qu’elle n’a que des mauvais résultats économiques, et parce qu’elle sème le chaos social et politique.

    Citations

    Je ne résiste pas au petit plaisir de recopier les citations des hiérarques du régime nazi et de ses alliés pour la défense de l’Europe en tant que dépassement de l’idée de nation. J’emprunte ses citations au blog La lettre volée, presqu’autant anti-européiste que moi. L’incroyable et ce sur quoi il faut insister, est que ces phrases auraient pu être écrites par les hiérarques de l’Europe d’aujourd’hui. On sait pourtant que les ambitions européennes allemandes de Hitler ont amené le chaos, le recul de la culture et de la civilisation.

     

    L’Europe nazie 

    1. Au-delà du concept d'état-nation, l'idée d'une nouvelle communauté transformera l'espace que nous partageons en une aire spirituelle... La nouvelle Europe faite de solidarité et de coopération entre ses peuples, sans chômage, sans crises monétaires, ... trouvera un socle solide et accroîtra ses perspectives de développement dès que les barrières économiques nationales seront abolies.

    Arthus Seyss-Inquart, Gauleiter de la Hollande

    2. Il faut parfois être prêt à subordonner ses intérêts à ceux de la communauté européenne.

    Walther Funk, ministre des finances de Hitler, 1942

    3. La solution de nos problèmes économiques... une union douanière, un marché libre, un système bancaire et des taux de change stables en Europe, vers une union monétaire européenne. 

    Hermann Göring, juillet 1940

    4. Chacun a pu constater les méfaits du nationalisme et des émiettements territoriaux. Il n'y a qu'un chemin pour parvenir à la paix en respectant les droits inaliénables des nations tout en les subordonnant à une politique continentale... Une union européenne ne peut pas être subordonnée aux fluctuations qui caractérisent les régimes libéraux.

    Alberto de Stefani, Ministre des finances de Mussolini, 1941

    5. Une nouvelle Europe : voilà notre but. Cela ne signifie pas que les Italiens, les Allemands ou toute autre nation européenne devra se transformer pour devenir méconnaissable, d'un jour à l'autre. Ce sera une nouvelle Europe du fait d'une nouvelle inspiration qui émergera d'entre les peuples... Plus de concurrence entre états ; du moins dans sa forme habituelle, quand nous aurons coupé la tête du dragon, c'est à dire la souveraineté nationale. De plus, cela n'a pas besoin d'être réalisé immédiatement mais cela découlera de voies indirectes comme la création d'organismes transnationaux européens pour gérer des problèmes communs (taux de change, télécommunications, commerce extérieur...) 

    Camillo Pellizi, éditeur de la revue Civilisation fasciste, dans un article titré "l'idée européenne".

    6. Ici je cite un document très bien reçu à l'époque, qui affirmait le besoin de "mettre en avant une Europe confédérale reposant sur la libre coopération entre ses membres", s'achevant dans une Europe unie, "sur une base fédérale" et j'ajoute que pour cela, il n'est besoin que de loyauté entre états européens, désireux de l'être, et de participation aux tâches communes. L'objet de la coopération étant de promouvoir la paix, la sécurité et le bien-être des populations".

    Cecil von Renthe-Fink, diplomate nazi, 1943. proposera une confédération européenne, avec Ribbentrop, la même année.

    7. "Nous devons former une Europe qui ne doit  pas se saigner en vain en querelles intestines, mais former un ensemble uni. Elle recouvrira ainsi son rang dans le monde, plus riche, plus forte et plus civilisée. Les tensions nationales et les égoïsmes perdront leur signification dans une Europe librement organisée sur une base fédérale. La globalisation au niveau politique consistera inéluctablement en la constitution d'ensembles économiques et politiques plus vastes".

    Vidkun Quisling, le Pétain norvégien, 1942

    8. Il n'est pas très malin d'imaginer que dans un espace aussi peuplé que l'Europe, un ensemble de peuples puisse conserver si longtemps des systèmes juridiques et des législations distinctes.

    Adolph Hitler, Reichstag, 1936

    9. De mon point de vue, la conception qu'une nation se fait de sa liberté doit être accordée avec la réalité d'aujourd'hui et les questions d'efficacité... Nous ne demandons aux états européens que d'être des membres enthousiastes de l'Europe. 

    Joseph Goebbels, ministre de la propagande de Hitler, 1940

    10. Les peuples de l'Europe doivent comprendre que les questions qui nous divisent aujourd'hui, lorsqu'elles seront comparées aux tensions qui règneront entre continents, ne sont que des petites querelles familiales... Dans cinquante ans, les européens ne penseront plus en termes de pays séparés. 

    Joseph Goebbels, ministre de la propagande de Hitler, 1940

     

    L’Allemagne, l’Europe et la Grèce

    L’Europe allemande d’aujourd’hui est plus avancée et en apparence plus unie du moins sur le plan des traités, de la discipline économique et de la monnaie. Elle s’appuie comme autrefois sur l’idée que les nations sont des réalités dépassées, qu’il faut bâtir une société ouverte sur le plan culturel, économique et politique. Cela flatte l’égo d’une certaine gauche qui confond l’internationalisme avec la disparition des nations et qui pense qu’en adhérent au moins à l’idée, elle se trouve dans le sens de l’histoire. En vérité l’idée d’une Europe plus ou moins unie est un vieux projet. Bien avant la mise en place d’un régime européiste nazi, c’était en quelque sorte celui de l’Empire romain, repris et modernisé par l’Allemagne. Pourquoi l’Allemagne est-elle au XXème siècle porteuse de ce projet ? C’est un peu un mystère, mais on peut avancer l’idée que c’est parce qu’elle craint son isolement, parce qu’elle sait qu’elle a été longtemps laissée sur le bord de la route du progrès de la civilisation.

      

    L’Union européenne aujourd’hui

    Dans la dernière livraison de son remarquable blog, Panagiotis Grigoriou rappelle le martyre de la Grèce aussi bien à l’époque du projet nazi, qu’aujourd’hui. En le faisant à travers la lecture de Yorgos Ioannou (1927-1985) qui fut un opposant farouche à l’adhésion de la Grèce au projet européen et qui en donnait une vision catastrophique prémonitoire, mais également à travers la lecture d’un ouvrage de Mark Mazower, Hitler's Empire. Nazi Rule in occupied Europe, paru en 2008, mais non disponible en français. Ces rapprochements entre un présent difficile et un passé douloureux que les Grecs n’ont pas oublié – les Grecs haïssent les Allemands à un point qu’on n’imagine même pas en France, permet à Panagiotis Grigoriou d’interroger la difficile position de Syriza. S’il voit bien que les hiérarques européistes emmenés par Merkel vont tout faire pour que Tsipras et Varoufakis échoue, il voit dans le nouveau pouvoir grec beaucoup d’ambiguïté. En effet celui-ci prétend poursuivre des réformes sociales, donc s’émanciper de la logique austéritaire allemande, mais en même temps il s’affirme comme « européen », militant en quelque sorte pour une autre Europe. Autrement dit tant que la Grèce ne sort pas de l’euro, il n’y a aucun espoir qu’elle échappe à son triste sort.

     

    L’Empire romain à son apogée 

    Ces derniers jours ont reparle de l’euro. En effet, celui-ci a beaucoup baissé par rapport au dollar, il est passé de 1,36$ à 1,09$ en moins d’un an. C’est la conséquence naturelle du Quantitative Easing de Mario Draghi. Beaucoup de commentateurs se sont réjouis, arguant que cela allait donner une bouffée d’oxygène aux exportations européennes et donc doper la croissance dans cette zone malade. Jacques Sapir souligne les contradictions de ce raisonnement. D’abord parce que ceux qui saluent la baisse de l’euro sont les même qui soulignaient l’importance d’avoir un euro fort pour réduire le coût des matières premières. Ensuite parce que si cette baisse de l’euro dope les exportations, elle ne règle en rien la question des rapports entre les pays européens. En effet certains pays comme l’Espagne travaillent principalement avec les pays de la zone euro. En restant dans la monnaie unique, ils ne peuvent rattraper leur retard de compétitivité notamment avec l’Allemagne. En outre, si on salue l’effet positif d’une dévaluation de la monnaie sur l’économie européenne, il faut aller au bout du raisonnement : la dévaluation des monnaies à l’intérieur de la zone euro ne pourra qu’être une bonne chose puisqu’elle ajustera la parité des monnaies à la compétitivité des pays. Et donc un tel argument ne peut que militer pour la dissolution de la zone euro et un retour aux monnaies nationales dont la valeur s’ajusterait à la compétitivité des pays ou plutôt à la valeur de leur solde commercial. C’est un argument supplémentaire pour que les Grecs sortent les premiers de ce système.

     

    L’euro contre le dollar 

    Evidemment les choses ne sont pas si simples. Et c’est probablement Varoufakis qui en donne l’explication : il craint en effet qu’une sortie de la Grèce de l’euro ne pénalise son pays qui verrait les investisseurs étrangers s’en détourner. Ce à quoi on pourra toujours rétorquer qu’il vaut mieux vivre libre et pauvre et compter sur ses propres forces plutôt que de se vendre au premier venu. Dans le même temps Varoufakis et Tsipras se préparent curieusement à une sortie de l’euro puisqu’en effet ils projettent de soumettre l’adhésion à un plan européen à un référendum si leurs propositions sont rejetées par l’Eurogroupe. On voit que la tactique joue ici un rôle important, aussi bien sur le plan interne, il faut maintenir le peuple grec soudé dans l’épreuve, que sur le plan externe, la menace de référendum pèse sur l’Allemagne qui est le pays qui a le plus à perdre dans une dissolution de l’euro. On remarque que les journaux ont parlé, à propos de l’idée de soumettre la politique économique grecque à un référendum de « menace » brandie par Varoufakis. On voit ici que l’exercice de la démocratie dans sa plus simple expression est vu pour ce qu’elle est, une « menace » pour les pouvoirs en place, quelque chose qui remet en cause le régime politique dominant.

    La tribune du 9 mars 2015 analyse les problèmes de paiement que la Grèce doit affronter tout le long du mois de mars. Elle doit tout simplement payer 1,5 milliards d’euros aux diverses institutions qui lui ont prêté de l’argent. Romaric Godin analyse le chantage des institutions européennes, il parle de nœud coulant. Pour lui il est clair que l’Europe ne veut pas laisser le temps à la Grèce de lancer ses réformes, elle pratique une sorte d’asphyxie. Le but est de refuser tout allongement des remboursements de façon à ce que le gouvernement grec passe son temps à boucler ses fins de mois et ne puisse s’occuper de ce pourquoi il a été élu démocratiquement : la mise en œuvre de réformes sociales. Car c’est bien ça qui fait peur à l’Allemagne et à la bureaucratie bruxelloise qui lui est inféodée. Dès lors le choix du gouvernement grec sera simple : soit il se soumet à la dictature de l’Europe et de ses différentes boutiques, soit il sort de l’euro et répudie une partie de sa dette. Le choix le plus difficile est en réalité de sortir de l’euro, essentiellement parce que cela demandera de nouveaux efforts au peuple grec, le pays se trouvera alors dans une sorte d’économie de guerre à lutter pour son indépendance nationale.

      

    Liens

     

    http://www.lesoir.be/724982/article/actualite/monde/2014-12-04/une-petition-contre-traite-transatlantique-ete-rejetee-par-commission-europeenne

    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20150306trib0d61918ae/dassault-et-l-incroyable-volte-face-de-francois-hollande.html

    http://www.lalettrevolee.net/article-dix-citations-la-solution-117019697.html

    http://www.greekcrisis.fr/2015/03/Fr0416.html#deb

    http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-feher/150215/v-pour-varoufakis-parce-quune-autre-speculation-est-possible

    http://russeurope.hypotheses.org/3556

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20150308trib49836d32b/grece-varoufakis-fait-planer-la-menace-d-un-referendum.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150309tribd88b3549d/pourquoi-la-grece-evoque-t-elle-un-referendum.html

    « De l’intérêt ou non de lire Marx aujourd’huiJames K. Galbraith, La grande crise, comment en sortir autrement, Le seuil, 2015 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Mardi 10 Mars 2015 à 07:30
    Golden.
    Ah ouais, UE = nazisme, c'est assez fin comme analyse. René, il faut vraiment que tu t'exiles, les juifs sont en danger en Europe. Vladimir t'accueilleras avec plaisir et le rouble ne vaut plus rien, donc c'est le moment de partir de cet enfer européen. En plus, tu paies quasiment pas d'impôts en Russie.
    2
    Poilleux
    Jeudi 12 Mars 2015 à 22:02
    Sortir de l'Europe
    OK avec votre analyse. Les références aux théories nazi m'étaient inconnues. Elles ne sont pas nécessaires à mon sens (et pourraient même être politiquement contre-productives)
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :