• Dominique Simonnot, Plus noir dans la nuit, Calmann-Lévy, 2014

     

    Ce n’est pas d’aujourd’hui que les socialistes tiennent avec une grande délectation le rôle des « social-traîtres ». C’est presque dans leur ADN. Et finalement c’est quand les « socialistes » sont vraiment de gauche que c’est très étonnant.

    L’ouvrage de Simonnot relate la grande grève des mineurs de 1948, et sa triste fin. 1948, c’est juste quelques années après la fin de la guerre. C’est cet épisode qui fera de Jules Moch, le ministre « socialiste » de l’intérieur, le symbole de cette collusion entre le patronat et les socialistes. Il faut dire que les années 1947-1953 sont des années particulièrement agitées sur le plan social. On est en pleine Guerre froide, les communistes ne veulent pas du plan Marshall, et les grèves sont nombreuses. Ces grèves ont de très nombreuses raisons. D’abord, elles sont le résultat d’une double déception : déception parce que les idéaux du CNR semblent avoir été trahis et qu’on a restauré le patronat dans toute sa puissance, mais déception aussi parce que l’ère des pénuries n’est pas encore passée. En outre les « socialistes » vont se ranger du côté des Américains, avec leur syndicat FO qui leur sert de courroie de transmission : ils sont une pièce importante dans le dispositif de lutte contre les communistes et l’URSS. Ils pensent qu’ils vont s’en tirer parce que Staline et la Russie sont des répousssoirs et que les « communistes » français – ou les staliniens  - sont trop rigidement leurs affidés.

    La grande grève des mineurs commence par une histoire de remise en cause des avantages acquis. Robert Lacoste, ministre de l’industrie, veut revenir sur un certain nombre d’avantage que les mineurs qui font un travail encore très dur et dangereux, ont obtenus au fil de leurs batailles. Il faut se souvenir que jusqu’à une date récente, le charbon est le principal de l’énergie de l’économie française, mais aussi que les mineurs du charbon ont toujours été le fer de lance des luttes sociales, en France mais aussi ailleurs en Grande-Bretagne ou en Allemagne. La répression sera d’autant plus féroce que le mouvement est très large et soutenu par la population. La situation dégénère, etla France st à deux doigts de la Grève générale. Mais le PCF et la CGT vont faire échouer l’extension de la lutte.

     

    Les conséquences de cette lutte sociale seront très lourdes. D’abord dans les régions minières les « socialistes » vont être longtemps disqualifiés au profit des communistes. Mais cette coupure des « socialistes » avec la classe ouvrière va les éloigner durablement du pouvoir, jusqu’en 1981 précisément, jusqu’à ce que les méfaits de la SFIO aient été oubliés et que Mitterrand tende la main aux communistes.

    L’ouvrage de Dominique Simonnot relate tout cela, mais plus encore les conséquences sur les mineurs eux-mêmes de ce mouvement. Car de nombreux mineurs vont être licenciés abusivement pour faits de grève, y perdant leur emploi, leur logement et le chauffage gratuit qui va avec. Ce sont des vies détruites, des travailleurs licenciés abusivement qui n’arriveront à faire reconnaître leurs droits que très tardivement, en 2009, et encore.  Il est remarquable que les « socialistes » aient mis ensuite autant d’acharnement et de constance à ne pas réparer ne serait-ce qu’un peu leurs torts vis-à-vis de ceux qui furent le fer de lance de la cause prolétarienne. Comme quoi, ce n’est pas à partir de 1983 que les socialistes ont abandonné la classe ouvrière. En fait c’est seulement quand les « socialistes » ont besoin de la gauche pour accéder au pouvoir, comme en 1936, comme en 1981, qu’ils s’en préoccupent.

     

    Liens

     

    http://www.le-blog-de-roger-colombier.com/page-4714337.html

    http://www.ihs.cgt.fr/IMG/pdf_DOSSIER-3.pdf

    « Frédéric Lordon, La malfaçon, Monnaie et souveraineté démocratique, LLL, 2014De l’austérité à la faillite, quarante années d’efforts ! »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :