• Dominique Mazuet, Critique de la raison numérique, Editions Delga, 2014

     

    Il n’est pas toujours très facile de parler de la culture et du livre dans un monde généralement en décomposition. La marchandise s’est emparé de ce secteur jusque là plutôt géré de façon artisanale, le façonnant selon ses goûts et selon ses intérêts, mais aussi en le détruisant peu à peu. Il en va de la musique comme de la lecture ou du cinéma. Longtemps ces produits ont été délaissés par les grandes firmes, ce n’est plus le cas aujorud’hui où on voit bien que l’excédent de capital ne trouve plus guère de raison de s’employer. Mais évidememnt le fait que le capital s’intéresse particulièrement à la culture en change forcément les formes et les usages.

    Mazuet part du principe que le livre est un outil d’émancipation, donc un créateur de lien social, avant d’être une marchandise. Il est libraire à Paris dans le 14ème, et c’est aussi un défenseur de la filière du livre, rappelant quel rôle peut jouer celui-ci dans la formation du lien social. Il conteste aussi bien les formes de distribution impersonnelles du livre par Amazon, que les possibilités de téléchargement gratuit de textes à l’origine fait pour l’imprimerie. Il souligne à juste titre que la loi sur le prix unique du livre a été un facteur décisif pour maintenir le nombre de librairie en France, tandis que leur nombre s’amenuisait de joru en jour aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. Il aurait pu ajouter ce qui est important et décisif, que en France la lecture a moins reculé que dans les autres pays. Preuve s’il en est besoin que la façon dont est diffusé le livre a une incidence sur la pratique de la lecture.

      

    L’intérêt théorique de cet ouvrage est d’analyser la crise du livre à travers la transformation des modes de production de la valeur, donc de la circulation du produit. Il en appelle aussi bien à Marx dont curieusement il ne cite pas le nom, qu’à Guy Debord. Il rappelle que cette transformation du circuit du livre se réalise au nom de la compétitivité, et donc en dévalotrisant continuellement le produit. C’est la rançon de la concurrence par les prix, c’est pourquoi la loi sur le prix unique du livre a été aussi efficace : elle freine en effet le travail de mort de la concurrence. Petite parenthèse sur la concurrence libre et non faussée, celle-ci n’existe que parce qu’elle est une manière finalement assez simple d’éviter la question qui dérange, à savoir : tôt ou tard la croissance s’arrétera et le monde sera obligé d’organiser un paratage plus équitable de la richesse.

      

    Depuis quelques années, il semble que la disparition du livre soit programmée. On suppose que les techniques modernes de diffusion de contenus vont nous faire oublier le livre papier. C’est du moins le rêve moisi des bureaucrates de tout poil qui visent à soutenir la transition vers le numérique pourtant malgré l’appui des corps étatiques, le téléchargement de texte ne décolle pas et son chiffre d’affaire est dérisoire. De même, si Amazon s’est taillé un joli succès en détruisant un certain nombre de librairies, cette boutique a connu un échec retentissant en ce qui concerne la vente des liseuses. D’ailleurs ce dernier produit semble être devenu obsolète bien avant qu’il ait atteint une maturité sur le marché.

    Mazuet a beau jeu de moquer l’imbécillité de l’administration qui développe des soit-disant actions pour faciliter la lecture et fait la promotion des tablettes. Mais au fonds, c’est la logique de cette nouvelle culture du numérique qui n’a de gratuit que les apparences. Certes on trouvera honteux les subventions qui ont été données pour le développement d’une librairie en ligne.

    En tant que libraire et défenseur de la culture du livre-papier, Mazuet va proposer un plan destiné à protéger le livre contre la spirale de la concurrence effrénée. Je ne dirais pas grand-chose sur ce plan que je trouve cohérent et bon, notamment avec l’idée d’un développement coopératif du’n service de livraison ultra rapide qui puisse faire pièce à Amazon. Par parenthèse, il souligne que les boutique comme Amazon ne créent jamais d’emplois, elles en détruisent en captant le marché, si dans le développement des grandes surfaces 1 emploi créé correspond à 5 emplois détruits dans le commerce, 1 emploi créé équivaut à la destruction de 18 emplois dans la librairie.

    Par contre il me semble qu’il y a des oublis de taille dans son ouvrage. Je pense en effet comme lui que les librairies ne vont pas  disparaître, et que le livre papier a sûrement encore un long avenir. Mais la dégradation et la viabilité du secteur qui emploie 150 000 personnes ne me semble pas être le seul fait d’Amazon, ni non plus des pratiques d’achat des bibliothèques qui privilégient les gros distributeurs plutôt que les libraires de proximité qui vivent aussi de ça. En vérité le livre souffre plus géénralement de l’impact du numérique en ce sens que celui-ci a acccentué la concurrence intense entre les différentes formes de loisir. Or évidemment, le temps qu’on passe sur Facebook ou à surfer bêtement sur Internet, c’est autant de temps de volé au livre. Cette exacerbation de la concurrence entre loisisrs de contenu différent va automatiquement générer une culture à double vitesse : d’un côté ceux qui lisent beaucoup et qui ont la volonté de s’instruire, et de l’autre ceux qui se saisissent seulement de contenu, qui ont une vision de la lecture du point de vue de la rentabilité à court terme. Il me semble que c’est là que ce trouve le clivage le plus difficile à surmonter pour le futur. Enfin, concluons par le fait que ce qui fait vivre les librairies c’est tout de même principalement des ouvrages nuls et sans contenu. Par contre les ouvrages à fort contenu, ont l’avenir devant eux, même si il sera de plus en plus difficiles aux auteurs de trouver là un revenu suffisant.

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 30 Mars 2014 à 08:20
    Le livre est mort.
    Oui, la disparition du livre et des libraires est programmée. L'industrie du livre va subir la même crise que l'industrie du cd musical et du DVD, puisqu'on peut déjà télécharger en masse des fichiers livresques gratuits.
    2
    Peretz
    Dimanche 30 Mars 2014 à 09:15
    Livre
    Le numérique est virtuel, comme tout ce qui se voit (lit) sur écran. Le cerveau intègre cette virtualité (les yeux sont l'organe le plus proche). Donc le livre imprimé ne pourra pas disparaître. D'ailleurs le numérique ne représente que quelques petits % des ventes. Ce qui tue le plus c'est la facilité d'achat sur le Net.
    3
    Monk
    Dimanche 30 Mars 2014 à 23:37
    Vive le livre !
    @Tietie007 Je ne pense pas qu'on puisse comparer les films et la musique avec les livres, ceux-ci étant plus indépendants du contenant : on met un dvd ou un cd dans un appareil et on ne le voit plus, tandis que pour la lecture cela change énormément la sensation. Je pense que le numérique peut être une bonne chose pour une infime part de l'édition, notamment pour les livres au contenu périssable (je pense notamment aux énormes (et hors de prix) Codes de lois qu'il faut changer chaque année...), mais peut-on encore parler de livres ? Pour le reste, malgré mon jeune âge, la perspective du tout numérique m'inspire autant que vous... Par ailleurs, avec tout mon respect pour l'auteur de ce blog, je trouve que les billets ont trop de coquilles et de fautes d'inattention, ce qui à un effet négatif pour la lecture (pour le lecteur) mais aussi les idées (pour l'auteur)qui pourraient ainsi se trouver disqualifiées injustement. Bien à vous
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