• Désastre électoral !

     

    Depuis que François Hollande a été élu président de la République, le PS va de défaite en défaite et semble promis au sort de tous les autres partis anciennement sociaux-démocrates qui en Europe ont suivi la voie de ce qu’on appelle le « social-libéralisme ». On ne sait pas pourquoi d’ailleurs on accole encore le mot de social, alors que ces partis ont choisi délibérément au nom d’une soi-disant efficacité économique qui reste à prouver, de faire une politique de droite comme on en rêvait au XIXème siècle, dans la droite lignée anglo-saxonne, celle de Reagan-Thatcher que les socialistes de l’époque vouaient aux gémonies. C’est à la fois une erreur stratégique et une erreur tactique.

     

    Chiffres

      


     

    Il suffit de comparer les deux cartes pour se rendre compte de l’ampleur du recul de la gauche, et que ce recul va se transformer en Bérézina dimanche prochain. C’est seulement dans le Sud-Ouest que la gauche semble résister un peu.

    Les élections départementales de dimanche sanctionnent une nouvelle fois l’évolution du PS sous la houlette de Hollande, Valls et Macron. Le PS qui détenait la majorité des départements – un peu plus des deux tiers – n’en comptera plus probablement dimanche prochain qu’un quart. Quelques chiffres donnent une idée de l’évolution du rapport des forces. L’abstention est élevé – près de 50% - mais en recul de 5 points. L’UMP est à 31%, le FN à 26% et le PS à 21%. Etant donné la montée du FN, malgré l’incroyable campagne médiatique contre ce parti, à l’évidence c’est lui qui profite de la baisse très relative de l’abstention et de l’effondrement programmé du PS. Cet effondrement est pourtant légèrement masqué par le fait qu’en détenant les deux tiers des départements ils étaient fortement implantés et une sorte de prime au sortant, même réduite permet de masquer l’ampleur de la défaite. C’est d’ailleurs une élection où les socialistes excellaient, le fait qu’ils soient laminés et qu’ils ne puissent plus trouver d’alliés sur leur gauche, annoncent d’autres défaites plus cinglantes encore. Il faut donc qu’une partie de l’électorat de gauche ait voté pour le FN dans ses conditions.

    La perte va être très élevée dimanche prochain en termes de personnel politique. Ce sont des centaines d’apparatchiks qui vont payer le prix fort des turpitudes de la clique à Hollande, mais plus généralement c’est l’ensemble de la gauche qui va se retrouver sans boussole : tous les partis qui sont censés la représenter ne sont plus dans le coup. Ils sont tous devenus inaudibles. S’il est en effet facile comprendre pourquoi l’électeur de base n’a plus du tout envie de se déplacer pour élire des membres du PS, il faut rechercher encore pourquoi aucune alternative à gauche n’apparait vraiment. Les écologistes, le PCF ou encore le Parti de gauche n’arrivent pas à profiter de l’effondrement du PS.

     

    Mauvais choix stratégiques

     

    En y regardant de près, les chiffres donnent un même nombre de voix pour la droite et la gauche, aux alentours de 36%, et derrière viendrait le FN. C’est l’analyse que font les caciques du PS. Sauf que ces additions de voix, si elles sont naturelles entre la droite umpiste, le MODEM, l’UDI, n’ont pas de sens entre le PS, le PCF, le PG et les écolos qui se sont effondrés. En outre, il est probable qu’une partie des électeurs du FN proviennent directement d’une partie de la gauche. Le problème n’est donc pas que les idées de gauche disparaissent du paysage comme nous voudraient le faire croire les « penseurs » de Terra Nova, mais plutôt que les électeurs ne veulent plus voter pour le PS qu’ils ne reconnaissent plus comme un parti de gauche. Et en effet quand on se dit de gauche et qu’on mène une politique de droite la sanction est au bout du chemin.

    Le PS a fait le choix ouvert de l’Europe et du marché comme guide exclusif de sa politique économique et sociale. C’est l’idée colportée par Hollande VRP du libéralisme : produisons beaucoup et ensuite on redistribuera vers les plus pauvres. Il s’agit d’abord d’une ignorance des mécanismes de l’économie : la curieuse triplette Hollande-Valls-Macron ignore que même dans un monde dominé par les échanges marchands, c’est toujours la demande qui tire la production et non pas l’offre. C’est ce qu’avait compris intuitivement Roosevelt en 1932 et qui l’avait conduit à mettre en place le New Deal. Mais il est vrai que Roosevelt ne prenait pas ses ordres chez les banquiers et que son gouvernement avait la réputation d’être intègre.

    On l’a déjà répété ici : ce qui fait monter le FN a des niveaux très élevés et malgré la campagne médiatique permanent contre lui, c’est d’abord la critique de l’Europe. C’est parce que les partis de gauche ont abandonné la critique de l’Europe  - je rappelle qu’avant 1983 le PS comme le PCF étaient en matière d’Europe sur les positions actuelles du FN – qu’ils perdent régulièrement du terrain. Avant 1983 la position de Jacques Delors grand défenseur de l’Europe et de ses institutions étaient minoritaires au PS. Le renouvellement des cadres, la publicité permanente des médias pour l’UE, l’euro et le reste, l’a conduit à l’aveuglement complet.

    Du coup le PS n’a plus rien à défendre et se bat sur de vagues problèmes de société qui n’intéressent personne : car la question est d’abord économique et sociale. Si le gouvernement n’a pas de résultat dans ces domaines, il disparaît et ne peut compter revenir au pouvoir qu’en priant pour que celui qui le remplace fasse moins bien que lui.

    Mais le PS étant le poids lourd de la gauche, son effondrement entraîne presque naturellement celui de la gauche électorale. Le PCF est disqualifié depuis longtemps à cause probablement de ses racines staliniennes, mais il s’est disqualifié encore plus en devenant lui aussi le chantre d’une autre Europe, une Europe sociale, après avoir pendant des années combattu le projet européen comme un projet porté par les banques et les multinationales. Ayant perdu au fil des années sa base ouvrière, il n’est plus qu’un parti de retraités et d’intellectuels sans attaches dans le monde de la production.   

    Mélenchon et le Parti de Gauche ont raté le coche en 2011, quand ils ont laissé le combat contre l’Europe au FN. Cet abandon leur a coûté cher et a fini par les marginaliser.

     

    Tactique suicidaire

     

    De partout où les partis de gauche modérée – social-démocrate si on veut – ont fait le choix de soutenir des politiques de droite qui mènent à un accroissement des inégalités et au chômage, les résultats ont été catastrophiques. Songez qu’au début des années soixante-dix le SPD, le plus anciens des partis social-démocrate, obtenait des scores supérieurs à 45%, il est aujourd’hui vingt points en dessous et destiné à jouer seulement les supplétifs pour la CDU. Le PASOK est passé en quelques années de 44% des voix en 2009 à moins de 5% en 2015. C’est Syriza qui est le parti de gauche en tête en Grèce.

      

    Effondrement du SPD

     

    Résultats électoraux du SPD

     

     En Espagne, le PSOE a perdu le pouvoir après avoir lui aussi mené une politique libérale et européiste. Le nombre de ses sièges a été divisé par deux, et il est maintenant devancé très nettement par le nouveau parti Podemos.

    Comme on le voit l’erreur globale des socialistes est aussi tactique : leur « offre politique » ne correspond plus à ce que peut attendre même vaguement le peuple de gauche. Et en la matière ce divorce avec les électeurs va le marginaliser à la manière du MODEM de François Bayrou. Il est trop tard aujourd’hui pour que le PS se relève un jour. La tactique qu’il a choisi de suivre le rend inaudible et détestable pour le peuple de gauche. Et Hollande comme Valls, confondant « volonté » et « entêtement imbécile » ne sont pas capables de changer de chemin. Menant ouvertement une politique de droite, ils voudraient que ce qui reste de la gauche – PCF, PG, etc. – se rallie à ses choix économiques et sociaux douteux. Ce faisant, ils sont en train d’ouvrir un boulevard au retour de Nicolas Sarkozy et de l’UMP au pouvoir. Il est remarquable d’ailleurs qu’Hollande n’ait pas mis en mouvement une seule mesure de gauche, même symbolique, comme l’avait fait par exemple Lionel Jospin en relevant les minima sociaux, ou en faisant avancer la loi sur les 35 heures. 

    Conclusion 

    La gauche électorale aura du mal à se remettre de la déconfiture du PS. Le département symbolique de la Corrèze, acquis à Hollande, va passer à droite. Est-ce un bien ou un mal ? L’effondrement du PS libère de l’espace et annonce des recompositions à venir. Les imbéciles de Terra Nova y verront le déclin des idées de gauche, mais en réalité c’est une manière de fonctionnement qui est en question. Les partis n’apparaissent plus que comme des bureaucraties où on peut faire carrière même sans avoir aucune idée, la preuve par Hollande. Cette décomposition qui effare tant les cadres du PS pourrait aussi entraîner dans l’avenir des réactions populaires plus violentes étant donné qu’il n’y a guère à espérer aujourd’hui dans un parti de gauche au pouvoir et que l’UMP ne ferait certainement pas mieux que le PS.

    « Guy Debord, Lettres à Marcel Marïen, La Nerthe, 2015La crise, quelle crise ? »
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