• Des sondages et des règlements de comptes

     

    Fiasco des méthodes dites modernes

     

    François Fillon qui finit sa triste carrière couvert de crachats par son propre parti[1] avait fanfaronné en disant que les sondages n’étaient pas fiables et ses partisans claironnaient que les big datas utilisés par des boutiques comme Filteris le donnaient qualifié pour le deuxième tour. On ne peut pas se tromper plus complètement. L’idée est de se passer de l’avis biaisé des potentiels électeurs, et de s’intéresser à l’activité des réseaux sociaux sur Internet. 

    Des sondages et des règlements de comptes 

    FIlteris n’est pas la seule boutique qui s’est plantée dans les grandes largeurs, il y a aussi Vigiglobe et Predict my president. C’est que c’est un marché nouveau que le traitement des big datas, et en être peut amener pas mal d’argent[2]. Le tout est couvert par des formules absconses qui prétendent à la scientificité. Vigiglobe laissait entendre que Marine Le Pen serait disqualifiée et que Fillon serait au deuxième tour, le deuxième homme étant soit Macron, soit Mélenchon. L’ordre d’arrivée effectif montre à quel point ces soi-disant nouvelles techniques se sont ridiculisées. Predict my president voyait un deuxième tour entre François Fillon et Marine Le Pen.

    Des sondages et des règlements de comptes 

    Comme le montre le graphique ci-dessus, on voit que les sondages traditionnels fondés au contraire sur la technique des quotas n’étaient pas très loin du compte[3]. L’idée stupide que faisaient courir les partisans de Fillon ou d’Hamon était que les sondages se trompaient du tout au tout, que leur technique était dépassée. C’était en réalité seulement une manière de conserver mobilisées les troupes. Le fiasco des meetings de Fillon et d’Hamon qui peinaient à remplir les salles à Marseille, à Lille ou à Toulouse, confortait au contraire l’idée que les sondages traditionnels ne se trompaient pas de beaucoup au fur et à mesure que l’échéance avançait. François Fillon savait sans doute cela quoi qu’il en dise, parce qu’en même temps qu’il perdait pied dans les sondages traditionnels, il recherchait des appuis à la droite de Marine Le Pen en allant draguer les fonds de poubelle de l’extrême droite pétainiste, Rivarol, Bruno Mégret, Rivarol, ou encore Sens commun et De Lesquen. Sans doute n’avait-il guère de conviction puisque rapidement après avoir reconnu sa défaite, il s’empressait d’appeler à voter pour Macron pour faire barrage au FN ! Ses soutiens d’extrême droite apprécieront sans doute comme il se doit ses revirements. Cet épisode risible montre que les sondages traditionnels utilisent des techniques somme toute assez fiables, encore faut-il savoir les lire. En tous les cas, cela met fin à cette légende selon laquelle les sondages se trompent tout le temps.

     

    Haro sur Fillon et Hamon 

    Rachida Dati, Eric Woerth et quelques autres ont entrepris de casser du sucre sur le dos de François Fillon. Ils considèrent que vu le fiasco du quinquennat de Hollande, cette élection était imperdable pour leur parti. Ils se trompent consciencieusement, tout occupés qu’ils sont à régler leurs comptes avec l’improbable candidat issu des primaires. En vérité Fillon n’avait pas un programme enthousiasmant, il avait d’ailleurs commencé à baisser dans les sondages dès qu’il a commencé à étaler sa brutalité dans les réformes. Certes sa cupidité et son arrogance ont enfoncé le clou, mais le fond de l’affaire est qu’il ne pouvait pas être élu uniquement par des rentiers et des pensionnaires des maisons de retraite. A cet égard l’épisode filmé de Fillon expliquant aux infirmières qu’elles devaient travailler plus sans être payé plus est édifiant… sachant que lui n’a jamais travaillé une minute de sa vie[4]. Déconnecté de la réalité de terrain, son arrogance choque, et choque d’autant plus que cela s’est passé au moment où les affaires de costumes, de montre, de bandes et de prébendes commençaient à s’étaler dans la presse. Les critiques contre Fillon émanant de son propre camp restent au simple niveau du comportement frisant la délinquance (de la part de Woerth de telles critiques sont risibles, lui qui n’a échappé à la condamnation que pour cause d’un manque de preuves). Les Républicains auraient de croire qu’ils vont pouvoir se refaire la cerise en reprenant le programme porté par le candidat déchu. 

    Des sondages et des règlements de comptes

     

    Fillon expliquant aux infirmières qu’elles doivent travailler plus pour gagner moins 

    Ce serait oublié que LR, anciennement UMP est né de la volonté de fondre un grand parti de droite en abandonnant le gaullisme ancien du RPR et en adoptant finalement le programme de Giscard d’Estaing : le libéralisme économique et l’Europe. Mais comme cette ambition est concurrencée sur le terrain par Macron, ce parti doit disparaitre ou se fondre dans le nouveau parti du futur président de la République… sauf à rejoindre Marine Le Pen. Il est donc très probable que LR va se fracturer au moins en deux : un pôle plutôt nationaliste et peut être un peu plus social, comme le laisse entendre Henri Guaino qui du même coup ne veut pas soutenir Macron pour le deuxième tour[5], et un pôle plus libéral qui pourrait se reformer autour des débris de l’UDI et des juppéistes. Cette instabilité latente qui va certainement marquer la prochaine législature laissera peu de place pour qu’En marche devienne un vrai parti. Le marché de la droite est maintenant très encombré, de Macron et des caciques du P « S », jusqu’aux restes des gaullistes. Christian Estrosi s’est d’ailleurs tout de suite positionné pour soutenir Macron en s’abritant derrière la parole du général De Gaulle[6] !!

    Ce qu’on voit se dessiner c’est une sorte de coalition semblable à ce qui s’est mis en place en Allemagne entre le SPD et la CDU, rejetant une droite plus classique et une gauche réelle vers les marges du système politique. Manuel Valls qui appelle depuis longtemps à l’abandon des idées de gauche au P « S » et même qui ne veut plus du nom de « socialiste », lui qui a pu mesurer sa popularité au sein de la gauche, critique le score de Hamon. Il lui reproche d’avoir mené une campagne d’extrême gauche ! Il ne dit rien de ses propres trahisons, il avait pourtant signé un papier disant qu’il soutiendrait le vainqueur de la primaire socialiste, puis, comme un vulgaire Fillon, il a bafoué sa parole, et voilà qu’il en fait reproche à Hamon[7]. Valls qui n’a pas très bien réussi en tant que premier ministre se donne comme horizon une gauche qui n’en est pas une, voulant persister dans une sorte de blairisme qui a échoué de partout. Mais il ne comprend pas les ressorts d’une élection. Deux choses motivent les électeurs : les succès économiques, donc si par exemple les salaires augmentent, le chômage diminue, et le positionnement de classe. C’est pourquoi la gauche conserve un avenir très fort en France. Les intérêts des travailleurs ne peuvent se confondre avec les intérêts des marchés financiers. C’est pour ignorer cela que la droite, qu’elle soit représentée par Macron, Valls ou Fillon est vouée à l’échec. Cette inculture de Valls et de ses semblables qui en sont maintenant réduits à jouer les supplétifs d’un banquier qui a prêté allégeance à l’Allemagne, augure très mal de la possibilité de survie du P « S ». En effet pour ce qu’il reste de la gauche dans ce parti, la position des gens comme Valls, Collomb ou Ferrand est une trahison pure et simple. Ils ne sont donc pas prêts à soutenir fondamentalement Macron donc à laisser le parti    aux mains de l’aile droite. Mais d’un autre côté, Mélenchon et les Insoumis occupent fermement le terrain de la gauche social-démocrate. La seule question qui compte est de savoir quand émergera un parti de gauche large et musclé sur le plan intellectuel qui réponde aux aspirations des populations et qui renverra aux poubelles de l’histoires les vieux partis décomposés, le PS et le PCF.

     

    La recomposition du paysage politique risque d’être longue, cependant les nécessités de la crise économique et financière qui se profile peuvent hâter le mouvement. Macron n’est pas un candidat antisystème, c’est la dernière chance du système.

     

     


    [1] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/23/35003-20170423ARTFIG00232-la-droite-regle-deja-ses-comptes-avec-francois-fillon.php

    [2] http://www.latribune.fr/economie/presidentielle-2017/presidentielle-2017-le-big-data-donne-fillon-au-second-tour-pas-les-sondages-qui-aura-raison-693731.html

    [3] https://fr.news.yahoo.com/derniers-sondages-pr%C3%A9sidentielle-2017-avant-215200977.html

    [4] http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/23/francois-fillon-choque-par-sa-froideur-face-aux-soignants-epuise_a_22009377/

    [5] https://www.marianne.net/politique/pour-henri-guaino-ce-sera-ni-macron-ni-le-pen

    [6] http://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/video-le-general-de-gaulle-etait-un-homme-en-marche-lance-christian-estrosi-rallie-a-emmanuel-macron_2159664.html

    [7] http://www.atlantico.fr/pepites/manuel-valls-on-ne-recolte-que-qu-on-seme-3028393.html

    « Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen »
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