• Des nouvelles en vrac de la démocratie

    Annulation du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    Le projet de l’aéroport de Notre Dame des landes était vieux de cinquante ans, et était présenté par ses tenants comme indispensable au développement de l’Ouest de la France. Le gouvernement a décidé d’abandonner le projet d’un deuxième aéroport dans la région nantaise[1]. C’est une bonne chose pour quelqu’un comme moi qui passe son temps à faire l’éloge de l’immobilité. Cela faisait des mois que le gouvernement était traversé par cette question, il y avait les pour et puis les contre. Emmanuel Macron s’était d’ailleurs prononcé pour ce projet, arguant du fait qu’un référendum avait eu lieu qui confirmait la volonté de le faire[2]. Évidement il s’est fait critiquer pour son inconstance. Ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière. Il est assez peureux de caractère. Ce qui nous prouve qu’un mouvement bien organisé pourra le faire céder sur n’importe quel sujet.

    S’il se déjuge sur ce point c’est pour plusieurs raisons, et certainement pas parce qu’il se serait converti à l’écologie. Il y a d’abord le fait que les ¾ des Français étaient contre ce projet destructeur de l’environnement. Il est déjà assez impopulaire avec sa politique pro-riches, pour qu’il n’en rajoute pas. La seconde raison est que le coût de cette fantaisie est très élevé dans un moment où l’Etat rogne sur tous les transferts qui se font de l’Etat central vers les collectivités locales. Cette annulation pose plusieurs problèmes concrets.

    Le premier est celui de l’indemnisation de Vinci[3]. Car dans le contrat de cession il était prévu qu’en cas de rétractation de l’Etat, l’entreprise concessionnaire serait indemnisée. Cela pourrait amener l’Etat à débourser 350 millions d’euros, ce qui serait tout bénéfice pour la firme vautour Vinci qui se gave déjà sur le racket autoroutier et des parkings. On se retrouve dans le même cas que l’abandon de l’écotaxe. Suite au mouvement de révolte contre l’implantation de ces portiques par une entreprise privée – Ecomouv – l’Etat avait dû renoncer et déboursera 800 millions d’euros d’indemnités[4]. Comme dans le cas des Partenariat-Public-Privé, lorsque l’Etat sous-traite le travail qu’il devrait faire lui-même c’est toujours un contrat perdant pour les contribuables. On peut se poser deux questions à ce sujet :

    - le dossier avait été mal étudié par l’Etat et un possible renoncement n’avait pas été envisagé. C’est donc une faute politique ;

    - les contrats ont été mal gérés et les juristes payés par le gouvernement n’auraient jamais dû prévoir des indemnités pareilles.

    Le second problème est celui de la nationalisation des terres qui devaient être dévolues à la construction de l’aéroport. L’Etat va se trouver à la tête d’un problème – un casse-tête à la fois juridique et politique. A quel prix il louera ou revendra ces terres ? Les Zadistes militent pour une communalisation des terres expropriées qui maintenant appartiennent à l’Etat, c’est-à-dire à la collectivité. Mais les zadistes sont maintenant très démobilisés. L’Etat envisage donc de céder progressivement le foncier au privé. De juteuses affaires en perspectives sûrement. 

    Macron et la démocratie  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    Macron a été faire un tour en Angleterre pour y rencontrer Theresa May. Il a signé avec elle un accord censé améliorer le fonctionnement des relations transfrontalières pour les migrants qui sont stockés à Calais. Concrètement, le Royaume Uni accepte de payer à la France 140 millions d’euros pour contrôler et réguler le flux migratoire[5]. Cet accord est dénoncé des deux côtés de la Manche. Du côté britannique on souligne le coût très élevé de cette mesure, et du côté français on insiste sur le fait que la France va faire le sale boulot de rétention, comme les Turcs le font avec l’Europe en stockant des Syriens. C’est comme si la frontière entre l’Angleterre et la France se trouvait maintenant du côté de Calais. Cet accord montre à l’évidence que les accords de Dublin sont difficiles à appliquer et qu’ils sont dépassés à un moment où l’opinion européenne est lassée par les migrations massives et incontrôlées. Ce nouvel accord qui permet à Theresa May de repousser toujours plus loin le moment où il faudra bien trancher de la question de la protection des frontières est évidemment à l’avantage du Royaume Uni.

    Mais au-delà de cet épisode, il faut retenir ce que Macron dit aux Britanniques. Il en est arrivé évidemment à discuter du Brexit sur la BBC. Et là il nous a fait un aveu étrange qui confirme ce que je dis depuis des années. Si un référendum avait lieu en France pour sortir de l’Union européenne, le Frexit l’emporterait. Ce n’est plus moi qui le dit, ou des eurosceptiques comme François Asselineau, Jacques Sapir, ou Coralie Delaume, mais Macron[6] ! Il a donc conscience que les Français sont massivement contre l’Union européenne. Et il ajoute que lui ne prendrait jamais le risque de faire un tel référendum au risque de le perdre. Cette nouvelle sortie pose deux questions :

    - la première c’est que le projet de Macron pour aller vers toujours plus d’intégration européenne est profondément anti-démocratique, puisqu’on ne demande pas l’avis des populations concernées par la désintégration de leur nation ;

    - la seconde c’est que Macron qui ne connait pas beaucoup la géographie[7] suppose qu’il est plus intelligent que l’ensemble des Français, et donc qu’il doit les guider, même s’ils sont rétifs, sur le chemin de la félicité européiste. Mais il partage ce défaut avec beaucoup de politiciens qui imposent des politiques qui sont jugées néfastes par les citoyens. En fait il y a deux conceptions de la démocratie, soit on considère que le président représente la France, son peuple, et ses aspirations, soit on considère qu’on est élu pour sa gueule et que le peuple ne comprenant rien, il faut le mener comme on l’entend sans tenir compte de son avis. C’est la logique de la bureaucratie européiste, c’est le moment post-démocratique[8], celui qui se retrouve dans la fameuse phrase de Jean-Claude Juncker qui affirme la supériorité des traités signés sur la démocratie. Au moment où l’opposition en France tarde à trouver sa voie, on peut en indiquer une : imposons un référendum sur l’appartenance de la France à l’Union européenne !  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    Marche des femmes aux Etats-Unis  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    L’Europe n’est pas le seul territoire perdu pour la démocratie. Les Etatsuniens sont à l’avant-garde de ce mouvement. Dans leur pays ils ont hérité d’un président ubuesque qui non seulement a été élu avec moins de voix que sa concurrente, mais qui en outre exaspère la population. Sa cote de popularité est très basse, sans doute la plus basse de l’histoire de ce malheureux pays, sa légitimité est entamée non seulement à cause de l’étroitesse de sa base électorale, mais aussi à cause de ses affaires judiciaires qui pourraient déboucher sur un impeachment. Le 21 janvier 2018 ce sont des centaines de milliers de femmes qui ont manifester dans toutes les grandes villes. Souvent rejointes par des hommes bien entendu. Officiellement il s’agit de protester contre les propos anti-féminins de Donald Trump, dans un contexte de rébellion contre les pratiques systématiques de violences sexuelles qui ont été dévoilées dans le monde du show-business. En vérité ce mouvement est bien plus large que cela, et il rejoint la montée en puissance d’un mouvement de gauche qui a été représenté en 2016 par Bernie Sanders. Un peu comme si la critique du capitalisme rejoignait la critique des mœurs dans un mode sans foi ni loi. C’est que les Etats-Unis vont très mal : que soit en ce qui concerne l’intérieur avec le nombre de pauvres qui explose, où sur le plan extérieur où ils perdent de leur influence notamment au Proche-Orient.

    La puissance de ce mouvement des femmes étonne, d’autant qu’il est assez désorganisé, et qu’il ne s’appuie par sur des partis institutionnalisés. Ce sera sans doute sa limite, mais il a au moins le mérite de montrer que les politiciens ne font pas leur travail et ne sont plus à l’écoute des revendications des populations. Il semble bien que de nouvelles formes de luttes de masses émergent complètement à l’écart des partis et des syndicats traditionnels. Je pense qu’il faut relier ces manifestations massives avec une contestation du capitalisme flamboyant et dérégulé. 



    [1] http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/17/le-gouvernement-annonce-l-abandon-du-projet-d-aeroport-a-notre-dame-des-landes_5243002_3244.html

    [2] http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/12/notre-dame-des-landes-pourquoi-macron-prendra-forcement-une-mauvaise-decision_a_23305221/

    [3] http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/17/abandon-de-notre-dame-des-landes-quelle-indemnisation-pour-vinci_5243079_3244.html

    [4] http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/01/02/l-etat-paie-au-prix-fort-son-revirement-sur-l-ecotaxe_4548458_3234.html

    [5] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301165939465-migrants-macron-et-may-vont-signer-un-nouveau-traite-pour-soulager-calais-2145697.php

    [6] https://www.marianne.net/politique/video-pour-macron-les-francais-auraient-probablement-choisi-de-quitter-l-union-europeenne

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/les-fakes-news-de-macron-a135443960

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/post-democratie-colin-crouch-diaphanes-2013-a117703596 et http://in-girum-imus.blogg.org/approfondissements-de-la-post-democratie-a126219140

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