• Des hommages d’un degré d’importance nulle !

     Des hommages d’un degré d’importance nulle !

    On peut penser que le sujet est dérisoire, en considérant que du point de vue de la culture et de l’art, aussi bien Johnny Halliday et Jean d’Ormesson peuvent être qualifiés d’un degré d’importance nulle. Et justement c’est bien là que se trouve la question dans cette funeste idée qui prend les Français de s’intéresser au décès de ces personnages. Comme dans le cas de l’élection de Macron, il s’agit d’un matraquage outrancier qui vient à l’unisson des journaux et du gouvernement qui voit dans ces décès une manière de se refaire la cerise et de manifester son goût pour la culture. Si ce n’était aussi dérisoire, ce serait drôle. France Dimanche nous annonce la disparition du chanteur en le déclarant immortel. Marianne utilise le même vocabulaire mais au pluriel, et nous explique qu’ils représentaient la France. Ils auraient pu dire « une certaine France » molle et réactionnaire, avide d’évitement fiscal. Mais non ils nous disent que l’hommage est unanime. Ce n’est pas vrai, c’est un mensonge.

    D’Ormesson qui, du point de vue de la popularité a été largement battu par Johnny Halliday, était surtout apprécié par la droite conservatrice et coincée, celle des beaux quartiers, celle qui croit encore qu’Hollande était socialiste. Les autres ne l’aimaient pas et le trouvaient bouffon et racoleur. Il n’hésitait pas à faire des blagues de garçon de bain très douteuses, par exemple sur l’homosexualité et le mariage pour tous. Il faudrait rappeler que Jean d’Ormesson en tant que journaliste au Figaro n’était pas seulement un fieffé réactionnaire, mais aussi un censeur. Il est intervenu pour que la fin de la chanson de Jean Ferrat, Un air de liberté, qui le mettait en cause soit coupée dans l’émission de Jacques Chancel, Jean Ferrat pour un soir. En effet Jean d’Ormesson était un soutien de la position américaine au Vietnam. Voilà ce que disait Jean Ferrat : « Je n'ai rien contre lui, contre l'homme privé. Mais c'est ce qu'il représente, [...] la presse de la grande bourgeoisie qui a toujours soutenu les guerres coloniales, que je vise à travers M. d’Ormesson »[1]. Sur tous les sujets il avait des positions très droitières qui fleuraient bon le XIXème siècle finissant, quand les impôts des riches étaient inexistants, qu’il n’y avait pas de syndicats et que les riches n’étaient pas obligé de partager un petit peu leur extravagante fortune. 

    Des hommages d’un degré d’importance nulle ! 

    Il aimait beaucoup l’inégalité sociale, raciste sans le dire, il fustigeait dans un billet d’humeur des « basanés » qui selon lui fêtaient bruyamment la victoire de Hollande sur son candidat Sarkozy. Anticipant, fort mal d’ailleurs, qu’il allait devoir payer plus d’impôts puisqu’il était riche. Car ce genre d’aristocrate fin de race perd son sens de l’humour dès lors qu’il pense que ses louis d’or sont en danger. Il avait été épinglé par le fisc pour avoir planqué en Suisse 16 millions d’euros[2]. Ses démêlées avec le fisc sont d’ailleurs ce qui le rapproche de Johnny Halliday. Pour le reste on essaie de nous faire croire qu’il aurait été un grand écrivain. C’est quelque chose de difficile à mesurer. Certes il vendait pas mal de livre pour les dames âgées de sa classe sociale qui aimaient la façon qu’il avait de se lamenter sur le temps qui passe. Mais il a été membre de l’Académie Française, me direz-vous. C’est vrai mais cela est bien la preuve que cette vieille institution est un ramassis de vieillards racornis qui n’ont plus rien à dire. On se souvient que le Maréchal Pétain en était membre, et que Giscard d’Estaing était arrivé à s’y faire élire. Peut-être après tout qu’il y a des exceptions à l’Académie Française et qu’il pourrait y avoir aussi de vrais écrivains. Attendez, je cherche… Et puis d’autres admirateurs de Jean d’Ormesson me diront qu’il a été publié de son vivant dans La Pléiade. Ce qui est vrai, mais qui prouve seulement que Jean d’Ormesson savait faire chanter Gallimard pour que cette maison le publie dans sa collection prestigieuse. Pour le reste, je n’ai jamais vu de critique sérieux s’intéresser à son œuvre, ni même quelques étudiants travailler à une thèse sur celle-ci. Et s’il avait un assez bon succès de librairie, c’est aussi parce qu’il avait su prendre très tôt le parti d’aller vendre sa soupe à la télévision. Bien plus qu’écrire, il aimait paraître. Homme de petite taille et sans envergure intellectuelle, il était très mondain et se targuait d’avoir fréquenter tous les présidents de la République sauf Macron, bien qu’il ait appelé à voter pour celui-ci, logique de classe oblige après la défaillance de Fillon[3] !  

    Des hommages d’un degré d’importance nulle !

    Macron qui ne connait rien à rien, et pas grand-chose sur le reste s’est fendu d’un discours illuminé comme il en a l’habitude :

    « Jean d’Ormesson était de ceux qui nous rappelaient que la légèreté n’est pas le contraire de la profondeur mais de la lourdeur », un « égoïste passionné par les autres » et « une clarté qui nous manquera et nous manque déjà »[4] En général quand on produit ce genre de discours, c’est qu’on ne connait rien sur le sujet et surtout qu’on n’a jamais ouvert un seul livre de cet auteur.

    Rien ne pouvait justifier que cet individu reçoive un hommage national. Et d’ailleurs à quel titre ? Celui d’ancien rédacteur en chef du Figaro ? Celui de fraudeur du fisc ? Cette maniaquerie des hommages, au-delà de l’idée qu’on peut se faire de la personne, pose le problème d’une hiérarchie des valeurs. Qu’a fait en effet d’Ormesson pour le mériter ? La guerre ? Non. A-t-il laissé une grande œuvre philosophique ou littéraire en dehors de ses diatribes systématique contre la gauche ? La réponse est encore non. Je ne m’attarderais pas sur la photo suivante qui montre Macron contemplant un cadavre dans un cercueil comme s’il s’agissait d’une prise de guerre, comme s’il l’avait abattu lui-même pour ne pas avoir voté pour lui dès le premier tour (cela prouve au moins que Macron n’a pas tout à fait saisi le sens de son image en ce lieu et dans cette position). Je la trouve juste un peu indécente

    Des hommages d’un degré d’importance nulle ! 

    Macron contemplant un mort dans un cercueil 

    L’autre hommage de la semaine, c’est celui qui sera dédié à Johnny Halliday et qui tient un peu du cirque. Mais pour le coup, et à la différence de Jean d’Ormesson, c’était une personnalité très populaire. D’un certain point de vue il est plus naturel que le peuple comme on dit lui rende hommage. Samedi 9 décembre, on promènera donc la dépouille du chanteur emmitouflée dans son cercueil sur les Champs Elysées. On suppose qu’il y aura des centaines de milliers de personnes à suivre ce défilé. Le spectacle sera assuré aussi par 700 motards qui ouvriront la marche[5]. Puis on ira à la messe à la Madeleine, et la mairie de Paris déconnera comme à son habitude en illuminant la Tour Eiffel d’un Merci Johnny que les extra-terrestres pourront voir depuis leurs véhicules subsoniques. Sur tous les stades de football on entendra une chanson de Johnny avant le coup d’envoi. Mais Macron ne fera pas de discours. En effet, même si Johnny Halliday était un homme de droite convaincu, il y a une méfiance de classe vis-à-vis d’un chanteur qui était apprécié aussi des prolétaires. Et donc si Macron se fend d’un discours aussi ampoulé qu’incompréhensible pour d’Ormesson, il n’est pas question qu’il fasse de même pour Johnny Halliday dont on considère, dans son milieu, les fans comme des sombres bourricots… des prolétaires quoi. Malgré tout cela, je ne vais pas faire comme si Johnny Halliday était un chanteur intéressant. J’en reste à l’impression qu’il m’a donnée durant toute sa carrière, un mauvais musicien et un médiocre acteur de cinéma. Je trouve ces lamentations sur sa disparition très inappropriées, voire grotesques. Et je ne suis pas le seul, contrairement à ce que disent les journaux, Johnny était aussi détesté et moqué par une grande partie de la population française, particulièrement des intellectuels, et en dehors de l’hexagone et de la Belgique il était inconnu. C’est d’ailleurs pour cette détestation que sa carricature des guignols a eu un énorme succès pendant des années. On avait pris l’habitude de se gausser de sa manière inhabituelle de maîtriser la syntaxe[6]. Cette manie de faire des fautes de français en permanence le rapprochait naturellement de Sarkozy. Et le public qui en riait se grandissait d’autant en le méprisant pour son éducation imparfaite.  

    Des hommages d’un degré d’importance nulle !

    Mais qu’était au fond Johnny Halliday ? Certains disent que c’était un rocker. C’était plutôt un chanteur de variété qui de temps en temps jouait avec cette image de rocker désabusé. Mais les vrais rockers le détestaient copieusement. Pour tout dire ils le trouvaient trop bourgeois. Bien que me tenant loin de ces querelles un peu idiotes, je me souviens que dans ma jeunesse, beaucoup de rockers purs et durs que je fréquentais, ceux qui en pinçaient pour Gene Vincent ou Chuck Berry, ou Eddie Cochran, le méprisaient et l’accusaient d’avoir trahi l’esprit du rock pour verser dans la pop music qui commençait à dégouliner de tous les robinets à musique après le triomphe planétaire des Beatles. Mais laissons là cette querelle absconse, les mauvais jours finiront et tous ces épisodes de la vie des médias vont bientôt d’éloigner de nous dans un silence étourdissant. 

    Des hommages d’un degré d’importance nulle !

     

     

     


    [1] https://www.ouest-france.fr/culture/musiques/jean-ferrat-un-chanteur-censure-553091

    [2] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/les-comptes-suisses-de-jean-d-ormesson_494957.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/27/31001-20170427ARTFIG00251-jean-d-ormesson-je-voterai-pour-emmanuel-macron.php

    [4] http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/12/08/la-france-rend-un-hommage-national-a-jean-d-ormesson_5226598_3382.html

    [5] http://www.lemonde.fr/culture/article/2017/12/07/l-elysee-annonce-qu-un-hommage-populaire-a-johnny-halliday-sera-organise-samedi_5226173_3246.html

    [6] http://www.rtl.fr/culture/medias-people/mort-de-johnny-hallyday-sa-relation-tumultueuse-avec-les-guignols-7791279296

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