• Des catastrophes naturelles ou non

     Des catastrophes naturelles ou non

    Cet été on a eu droit à un été meurtrier. Des catastrophes importantes ont eu lieu en Italie et en Grèce, deux pays de l’Europe du Sud en difficulté avec des morts et des dégâts matériels considérables. Ce sont chaque fois des dizaines de victimes et il faudra des années pour panser les plaies. La Grèce a connu des incendies importants qui ont fait près d’une centaine de morts. Cet épisode meurtrier a mis en avant deux choses :

    - d’abord l’incurie du gouvernement Tsipras qui non seulement a réagi avec retard, mais il a ensuite donné un très mauvais diagnostic des raisons de ces incendies, histoire de dédouaner son gouvernement honni de toute responsabilité en la matière. Accusant le vent ou les mauvaises manières des habitants qui auraient construit des habitations un peu n’importe où[1] ;

    - ensuite parce qu’il montre que la politique d’austérité décidée par la Troïka et appliquée brutalement et stupidement par le traitre Tsípras, a abouti à une désorganisation totale de l’Etat, notamment en ce qui concerne les services de sécurité les plus élémentaires. Et ça c’est aussi de la responsabilité de l’Union européenne et de ses sous-boutiques comme la Commission européenne, la BCE qui a gagné beaucoup d’argent dans la destruction systématique de l’Etat grec ou encore l’Eurogroupe[2].

      Des catastrophes naturelles ou non

    La désinvolture du gouvernement grec ressemble à la même désinvolture du gouvernement Macron-Philippe, et plus généralement à cette habitude de démissionner sans le dire dès lors qu’il devient évident que ces hommes et femmes politiques ne maîtrisent plus rien. Il est vrai que les formes nouvelles et post-démocratiques ont encourager les hommes politiques à ne plus prendre aucune responsabilité autre que de gérer les comptes publics au nom d’objectifs louches comme l’équilibre budgétaire ou le remboursement de la dette. Ces incendies ont eu un effet ravageur dans l’opinion grecque qui pourtant en a vu bien d’autres depuis dix ans. Tsipras qui est complétement discrédité en Grèce a en donc profité pour se relancer ailleurs, à l’étranger. C’est maintenant la tactique bien rodée de Macron, de Tsipras ou de Merkel d’aller se faire voir à l’étranger histoire de montrer qu’ils existent encore un petit peu. Dans le cas de Tsipras, il s’agit de tenter d’avoir le soutien de la bureaucratie européiste pour se faire réélire en 2019, par exemple en présentant quelques mesures sociales qui raviveraient l’enthousiasme des Grecs. Il n’est pas dit que cette tactique sera payée de retour, les bureaucrates européens sont en effet prompts à cracher sur ceux qui sont leurs plus ardents défenseurs, avec dans l’idée que d’autres que Tsipras, plus à droite si on veut, seraient encore bien accommodants que lui. Ce qui semble toutefois difficile à trouver.

    Le monde qui est prêt à tout pour défendre l’Europe et la mondialisation a donc donné ces jours derniers une large place à l’autosatisfaction de Tsipras[3]. Voilà cet individu qui se félicite d’avoir bien travaillé, tentant de signifier que la Grèce est en train de sortir de la crise, au motif que dorénavant la Grèce pourrait à nouveau emprunter sur les marchés – donc s’endetter encore un peu – et que la tutelle de Bruxelles serait maintenant moins forte, encore que pour les observateurs il semble bien que la tutelle de Bruxelles restera encore longtemps à la manœuvre du budget grec[4]. Mais cette bouffonnerie ne peut pas masquer la réalité : après 10 ans de crise continue et les multiples mémorandums que l’on sait, le PIB grec n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2003 te le chômage reste toujours officiellement au-dessus des 20%, alors même que des centaines de milliers de Grecs ont fui leur pays, et qu’il s’agit là de la partie la plus dynamique et la mieux éduquée de la nation[5]. De même la dette publique grecque n’a guère évoluée et elle a même encore augmentée en volume[6].

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    Il apparait ainsi que les incendies en Grèce qui ont fait une centaine de morts à Mati, sont une image à peine déformée de la désastreuse politique que la Troïka sous la houlette du sinistre Docteur Schaüble a menée à Athènes. Car il n’existe que peu de cas dans l’histoire économique d’une nation d’une aussi longue récession, ce qui fait apparaitre que la politique européenne en Grèce a prolongé au-delà du nécessaire la récession. Certes dans la foulée de la reprise européenne la Grèce a retrouvé un peu des couleurs, mais pas assez pour parler de retour à la normale. Le PIB grec par tête est de seulement 58% du PIB européen. Tout cela pèsera lors des élections de 2019 qui pourrait très bien voir Tsipras terminer sa triste carrière de traitre de comédie. Et ce d’autant que Bruxelles réclame à nouveau des coupes sombres dans les dépenses publiques pourtant exsangues de la Grèce en exigeant que ce malheureux pays continue pendant les décennies à venir – jusqu’en 2060 ! – de dégager un excédent budgétaire supérieur à 2%[7]. Tsipras ne peut espérer s’en sortir qu’à la condition que les Grecs soient tellement dégoutés qu’ils ne se rendent même plus aux urnes, comme Macron en quelque sorte qui bien que haï par une majorité très large des Français, compte sur la dispersion de l’opposition pour continuer ses turpitudes.

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    Les incendies en Grèce ne sont pas plus naturels dans leur départ et leurs prolongements que la catastrophe qui s’est produite à Gênes. Il s’agit d’un pont branlant qui s’est effondré, entrainant des dégâts matériels colossaux car il s’agissait d’une voie très fréquentée, mais aussi des dizaines de morts. C’était une voir qui était beaucoup empruntée, une sorte d’entonnoir. Ici c’est directement l’Union européenne qui est en cause, d’abord parce qu’elle a poussé et qu’elle pousse encore à la privatisation de tout ce qui peut l’être pourvu que cela affaiblisse l’Etat national et renforce les groupes financiers amateurs de rente. Or la privatisation fait naturellement que les énormes bénéfices qui s’apparentent à un racket des automobilistes, ne servent pas à l’entretien de ces infrastructures, mais d’abord et principalement à enrichir les actionnaires. Dans un récent article, Jacques Sapir avance que le rendement de ce type d’infrastructure est d’au moins 25%[8]. C’est extravagant bien sûr et démontre que la privatisation des monopoles naturels conduit tout naturellement à des abus de position dominante[9]. C’est aussi le cas de nos autoroutes dont Bruxelles a réclamé à cors et à cris la privatisation. Mais dans le cas des autoroutes françaises, pour l’instant il n’y a pas eu de morts liés au manque d’entretien.

    Par la voix du pâle Pierre Moscovici, la Commission européenne, exécutif de l’Union européenne, a commencé à mettre en garde Matteo Salvini, pourquoi ? Parce que ce dernier a émis l’idée d’un vaste plan gouvernemental de 40 milliards d’euros pour rénover et sécuriser les nombreux ponts délabrés de la péninsule. Or Salvini prétend financer ces dépenses par le déficit budgétaire pour ne pas alourdir trop le poids de la fiscalité. Mais Moscovici, qui n’est rien, à peine une marionnette dans ce théâtre d’ombres qu’est devenue l’Union européenne, a fait les gros yeux et menacé le nouveau gouvernement italien qui ne plait pas à la bureaucratie européenne de sanctions[10].

    La catastrophe de Gênes est d’abord le résultat d’un modèle singulier qui vise à tout privatiser et évidemment dès lors qu’on distribue de l’argent pour les actionnaires, il devient clair que cet argent manquera pour l’entretien courant des infrastructures. C’est l’évidence des vases communicants. En vérité la méthode de Salvini n’est pas la bonne parce que si l’Etat met de l’argent pour rénover et sécuriser le réseau routier, il ne peut pas le faire en toute logique en se substituant aux obligations des sociétés privées qui continuent à engranger les bénéfices de leur racket. Autrement dit il n’y a que deux solutions, soit on renationalise le réseau sans indemniser ces entreprises qui ont failli, soit on les met dans l’obligation d’effectuer ses travaux elles-mêmes en piochant dans les bénéfices extravagants qu’elles ont réalisés au cours des dernières années. C’est que l’affaire est importante. Ces cinq dernières années ce ne sont pas moins de 10 ponts qui se sont effondrés en Italie faute d’investissements[11]. 

    Des catastrophes naturelles ou non 

    En 2016 un pont s’était effondré près de Milan 

    Pour autant il ne faudrait pas croire que l’Italie est un cas particulier. La France pourrait connaitre bientôt le même problème. Un rapport récent du ministère des transports avance que 17% du réseau est en très mauvais état, et que 7% des 23 000 ponts sont menacés d’effondrement[12]. C’est la conséquence du retrait de l’Etat, mais aussi de la décentralisation puisqu’en effet en donnant plus de pouvoir aux Régions, tout en diminuant leurs dotations, plus personne n’a les moyens de répondre à la demande minimale de sécurité. Notez qu’une partie de la dégradation des infrastructures de transports provient du fait que la France est aussi un carrefour des destinations européennes, c’est donc là encore le résultat indirect de l’intégration européenne qui a besoin pour se faire d’accroître les flux de marchandises et de personnes, flux qui passent principalement par la route.

    C’est au pied du mur qu’on voit le maçon comme on dit, et on mesurera la volonté de Salvini d’agir sérieusement en la matière que s’il est capable de s’affranchir de la tutelle de Bruxelles. C’est à ce prix qu’il conservera ou non sa forte popularité[13], car la catastrophe de Gênes a beaucoup choqué en Italie et négliger de prendre des mesures fortes entrainerait un ressentiment très élevé chez les électeurs.



    [1] http://www.greekcrisis.fr/2018/08/Fr0681.html#deb

    [2] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/dette-grecque-les-interets-ont-rapporte-8-milliards-d-euros-aux-banques-centrales-753950.html

    [3] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/08/21/pour-alexis-tsipras-l-odyssee-moderne-de-la-grece-a-pris-fin_5344584_3214.html

    [4] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/20/la-grece-sort-officiellement-de-sa-mise-sous-tutelle_5344078_3234.html

    [5] Comme l’on sait, la Grèce a été un des pays européens les plus touchés par la crise des migrants en 2015 et 2016. Ce qui fait que c’est comme si ce pays avait remplacé les Grecs par des migrants. Ici la théorie du grand remplacement n’est plus une vue de l’esprit, mais une réalité tangible. Et les Grecs qui pourtant ont démontré une patience exceptionnelle sont complètement dégoutés et de plus en plus hostiles aux migrants.

    [6] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/08/21/dans-quel-etat-est-la-grece-apres-huit-ans-d-aide_5344689_4355770.html Les lecteurs du Monde qui sont maintenant à 99% macroniens, sont furieux de cet article qu’ils disent malveillant car il ne mettrait pas assez en avant les nécessités de l’austérité et ses bienfaits.

    [7] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/06/22/les-grecs-sont-loin-de-voir-le-bout-du-tunnel-de-l-austerite_5319344_3234.html

    [8] https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-la-catastrophe-de-genes-lunion-europeennes-et-la-crise-de-sous-investissement-que-connait-litalie-par-jacques-sapir/

    [9] Le rendement des autoroutes privatisées en France est d’environ 20%, ce qui n’empêche pas les sociétés gestionnaires de réclamer des hausses continues des péages, et de réclamer que l’Etat fasse des travaux d’entretien à leur place. https://www.franceinter.fr/societe/la-tres-rentable-privatisation-des-societes-d-autoroutes Un tel système ne peut exister qu’accompagné d’un haut degré de corruption des parlementaires. Il y a peu d’exemples de rendements aussi élevés dans l’industrie. Nous ne sommes plus dans la juste rémunération de l’actionnaire qui prête son capital, mais dans un système de pillage organisé du bien public.

    [10] https://www.bfmtv.com/politique/moscovici-sur-l-italie-je-deteste-ce-que-dit-monsieur-salvini-mais-je-comprends-d-ou-il-vient-1477609.html

    [11] http://www.europe1.fr/international/italie-dix-ponts-effondres-ces-cinq-dernieres-annees-signe-dun-reseau-routier-en-manque-dinvestissements-3733805

    [12] https://www.lejdd.fr/societe/en-france-7-des-ponts-routiers-presentent-un-risque-deffondrement-3734429 et https://www.lejdd.fr/societe/en-france-7-des-ponts-routiers-presentent-un-risque-deffondrement-3734429

    [13] http://www.lepoint.fr/europe/72-des-italiens-soutiennent-matteo-salvini-19-06-2018-2228606_2626.php

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