• De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits

     De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits

    Des déficits commerciaux aux déficits budgétaires 

    Si les institutions européennes n’étaient pas clairement dominées par l’Allemagne, celle-ci devrait faire l’objet de poursuites pour ses excédents commerciaux excessifs[1]. Pour cette raison, et afin de faire rentrer ce pays dans les clous, il faut absolument boycotter les produits allemands. Cela leur rendra service. Mais cela rendra aussi service à toute l’Europe parce que les autres pays seront plus facilement à l’équilibre.

    Le modèle allemand est un modèle dit mercantiliste, c’est-à-dire qu’il se développe sur les déficits des autres pays[2]. Les institutions européennes, faites par les Allemands et pour les Allemands, mettent l’accent sur les déficits budgétaires au motif que l’Etat ne doit pas dépenser plus qu’il n’a de recettes. Pourquoi pas. Mais cette logique se heurte à au moins deux problèmes :

    1. On pourrait appliquer cette notion d’équilibre au commerce extérieur, au motif qu’une nation ne doit pas dépenser plus qu’elle ne gagne. Et évidemment cela mettrait fin immédiatement au mercantilisme allemand.

    2. L’équilibre budgétaire dépend dans la réalité de l’équilibre commercial. Car le plus souvent lorsque le déficit commercial est récurrent et relativement élevé, il est compensé par des dépenses publiques. C’est ce qu’on appelle les déficits jumeaux, une sorte de double peine. On comprend que si on améliore le déficit commercial, on améliorera aussi le déficit public.

    Ces déficits jumeaux ont commencé à être étudiés au début des années quatre-vingts, c’est-à-dire dans le contexte de la libéralisation forcenée de Ronald Reagan qui a sans doute été le président américain le plus mauvais de toute l’histoire américaine : au déficit commercial que les Américains connaissaient depuis des années, Ronald Reagan a ajouté un déficit public de plus en plus important en abaissant les taux d’imposition particulièrement sur les riches, en coupant dans les dépenses sociales et en accroissant les dépenses militaires de manière saugrenue.   

    De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits 

    Cette politique de l’offre reaganienne fut un désastre, non seulement pour les Etats-Unis, mais aussi pour le reste du monde. Elle engendra une croissance de plus en plus faible – c’est d’ailleurs durant cette période que la Chine entrepris de rattraper les Etats-Unis. Ce sont seulement avec les années Clinton que les Etats Unis retrouvèrent un peu de tonus. Mais le mal avait été fait et l’accélération de la mondialisation allait entraîner l’économie mondiale dans une évolution chaotique, avec des crises financières à répétition à partir de la fin des années quatre-vingt-dix. Les Etats-Unis ont été le premier pays à être étudié du point de vue des déficits jumeaux. En effet, ces déficits jumeaux entraînent forcément des niveaux d’endettement de plus en plus élevés, aussi bien de l’Etat que des ménages et des entreprises. 

    De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits 

    Les nécessités du protectionnisme 

    Le protectionnisme est le b-a-ba de la pensée mercantiliste, au motif très simple que le commerce international est un jeu à somme nulle. Evidemment le protectionnisme ne signifie pas qu’on ne commerce plus avec nos voisins, mais plutôt qu’on ne s’endette pas en commerçant avec eux. Outre des raisons comptables, il y a de nombreuses raisons d’être protectionniste, et nous y reviendrons d’une manière obligatoire. Par exemple l’Etat peut refuser de laisser entrer sur son territoire des produits alimentaires dangereux pour la santé publique. La corruption de la Commission européenne donne tous les jours des raisons nouvelles de braver les traités de libre-échange sur le marché. Récemment elle a eu l’idée criminelle de continuer à autoriser pour 10 ans encore le glyphosate[3]. Le glyphosate, c’est le Round up, une production de Monsanto qui comme par hasard vient d’être racheté par Bayer[4]. La liberté de circulation sans contrôle des produits alimentaires au sein du grand marché encourage évidemment la production agro-alimentaire de mauvaise qualité et ruineuse pour la santé. Le premier ministre de la Slovaquie a annoncé qu’il prendrait des mesures protectionnistes unilatérale en la matière[5]. 

    De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits 

    Mais laissons pour l’instant toutes ces raisons, et revenons à la logique macro-économique. Comme le montre le graphique ci-dessus, la balance commerciale de la France se dégrade tous les ans un peu plus, tandis que celle de l’Allemagne s’améliore de manière continue. On remarque facilement que cela est principalement dû à l’entrée en vigueur de la monnaie unique, et non pas à l’amélioration intrinsèque de la compétitivité allemande. Les fameuses lois Hartz qui sont le leurre qu’on met en avant pour faire croire que la compétitivité de l’Allemagne provient d’une réforme du marché du travail, ne sont votés qu’en 2005 et ne rentrent en vigueur qu’en 2010. C’est donc bien l’euro qui a permis à l’Allemagne de construire des excédents commerciaux extravagants qui ruinent ses voisins et détruisent peu à peu l’Union européenne : pour dire les choses un peu rapidement, c’est comme si lors de l’entrée en vigueur de l’euro, le mark avait été dévalué et le franc réévalué. Ce ciseau mortel qu’on doit à la politique stupide du très médiocre ministre de l’économie français de l’époque, Dominique Strauss-Kahn, a littéralement ruiné l’industrie française.

    La France importe 103 milliards de produits allemands – des voitures, de la bière, des vêtements, des outils, des machines-outils, mais aussi ce qui est encore plus saugrenu, de la viande porc et du lait. L’Allemagne importe par ailleurs 67 milliards de produits français, des voitures, des vêtements, du vin, des fruits et des légumes, etc. La différence est donc de 36 milliards d’euros[6]. C’est quasiment les trois quarts du déficit commercial français[7] ! 

    Les effets sur l’emploi 

    L’emploi est la première préoccupation des Français. Depuis trente ans la France joue le jeu de la compétitivité – donc met en place une politique de l’offre – avec très peu de succès en matière de croissance et d’emploi. Plus la mondialisation s’est accélérée, et plus le chômage a été élevé, plus l’Union européenne s’est intégrée et plus le chômage a continué de grimpé. C’est la faillite de la politique de l’offre depuis plus de trente ans.

    De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits  

    Or le déficit commercial français est, parce qu’il est récurrent, une source de chômage. Il est assez facile calculer, même si c’est d’une manière un peu imprécise, l’impact du déficit commercial avec l’Allemagne sur l’emploi. Sur la base d’un salaire mensuel moyen de 2200 € net (c’est le salaire médian), on peut supposer qu’un emploi de perdu équivaut à 40 000 €. Si nous divisons notre déficit commercial avec l’Allemagne par 40 000 €, nous trouvons le nombre d’emplois que globalement il nous coûte. On divise 36 milliards d’euros par 40 000 €. On voit que si nous n’importions pas plus que nous exportions vers l’Allemagne, si notre déficit commercial avec ce pays était égal à zéro, nous aurions 900 000 emplois de plus. En entrant dans la zone euro, et en négligeant l’équilibre du commerce extérieur avec l’Allemagne, c’est comme si nous avions transféré depuis 2002 900 000 emplois de la France vers ce pays. Une sorte de STO qui ne veut pas dire son nom en quelque sorte ! On voit donc clairement que notre intérêt est de boycotter les produits allemands qui, notamment dans l’agriculture, mais aussi dans l’automobile[8], sont d’une qualité douteuse. L’idée d’une qualité est seulement un argument de marketing qui ne repose plus sur rien. Les tricheries de Volkswagen risquent d’ailleurs de lui coûter une amende record de près de 20 milliards d’euros[9]. Depuis quelques années, le capitalisme financier et industriel allemand collectionne les amendes pour ses méthodes qui s’apparentent à du banditisme[10]. 

    D’autres raisons de boycotter les produits allemands 

    De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits 

    Ajoutons un peu de morale à l’analyse économique. Parmi les autres raisons qu’il y a de boycotter les produits allemands, il y a la manière dont ce pays s’est comporté vis-à-vis de la Grèce : à la façon d’un prédateur. L’Allemagne n’a jamais remboursé ses dettes de guerre, et donc non plus l’emprunt forcé qu’elle avait souscrit vis-à-vis de la Grèce. Cet emprunt représenterait aujourd’hui, contenu des intérêts, environ 162 milliards d’euros, soit de quoi rembourser la moitié de la dette grecque[11]. Ce que doit l’Allemagne à la Grèce, c’est bien moins que les colossaux excédents que ce pays engrange sur le pauvre monde (253 milliards d’euros). Mais voilà, l’Allemagne ne veut rien savoir, ni rembourser ses dettes, ni dépenser son tas d’or sur lequel elle est assise. Pire encore, ce pays qui a fait de l’immoralité politique une façon d’exister depuis des siècles, refuse que la dette de la Grèce soit un peu allégée, contre l’avis du FMI qui pourtant ne peut pas être confondu avec une boutique de propagande gauchiste[12]. C’est que la dette grecque rapporte pas mal d’argent à l’Allemagne, et ce pays d’avares et de rentiers n’en a jamais assez. On a calculé que la gestion de la dette avait rapporté à l’Allemagne 1,34 milliards d’euros[13]. Il n’y a pas de petits profits pour cette nation de boutiquiers, je passe aussi évidemment sur la manière dont l’abominable Docteur Schaüble a géré la structure de défaisance des biens publics grecs[14] et qui a permis à certains de ses amis de s’enrichir en pillant ce malheureux pays. Sur ce terrain bourbeux, l’Eurogroupe et la Commission européenne suivent bêtement l’Allemagne, collaborant donc au pillage d’un pays pauvre et désarmé.

    On voit que nous avons toutes les raisons de boycotter les produits allemands. Seuls nos hommes politiques corrompus ne veulent pas le comprendre. Mais il ne faudrait pas croire que seule la France a des problèmes avec l’Allemagne. Les Etats-Unis aussi, Trump l’a fait savoir sans détour[15]. Les Etats Unis sont en effet maintenant les premiers clients de l’Allemagne devant la France, et le déficit avec ce pays est de 64 milliards de dollars. On a avancé que Trump représentait un retour au protectionnisme. C’est du moins ce que ses discours laissent entendre, dans la réalité il est très hésitant, pris en étau entre les impératifs des Etats-Unis dont les déficits publics et commerciaux atteignent des sommets, et de l’autre les exigences des lobbies industriels qui eux sont pour une perpétuation des traités de libre-échange. Mais le ver est dans le fruit, le discours contre le libre-échange est de plus en plus populaire comme le montre les manifestations contre le TAFTA ou contre le CETA des deux côtés de l’Atlantique. 

    De quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits

     

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/12/excedents-allemands-europe-merkel-balance-commerciale-exportations_n_4259558.html

    [2] http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/13/l-allemagne-n-a-aucune-raison-de-changer-son-modele_3512831_3234.html

    [3] http://www.euractiv.fr/section/agriculture-alimentation/news/lue-propose-de-renouveler-la-licence-du-glyphosate-pour-10-ans/

    [4] Bayer est une firme allemande criminelle qui non seulement a collaboré avec les nazis, mais qui a acheté par le passé des lots de femmes pour procéder à des expérimentations des plus douteuses. http://www4.dr-rath-foundation.org/PHARMACEUTICAL_BUSINESS/history_of_the_pharmaceutical_industry.htm#experiments

    [5] http://www.euractiv.fr/section/alimentation/news/slovakia-threatens-unilateral-action-over-food-quality-crisis/

    [6] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/03/02/20002-20160302ARTFIG00114-la-france-n-est-plus-le-premier-partenaire-commercial-de-l-allemagne.php

    [7] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/02/07/97002-20170207FILWWW00046-le-deficit-commercial-s-est-creuse-en-decembre.php

    [8] http://www.lemonde.fr/automobile/article/2016/03/24/volkswagen-rappelle-plus-de-800-000-voitures-dans-le-monde-pour-un-possible-probleme-de-pedale_4889742_1654940.html

    [9] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/05/23/97002-20170523FILWWW00177-dieselgate-volkswagen-risque-une-amende-de-197mds-d-euros.php

    [10] http://www.lefigaro.fr/societes/2016/12/23/20005-20161223ARTFIG00120-deutsche-bank-et-credit-suisse-vont-payer-72-milliards-et-52-milliards-de-dollars-d-amendes-aux-etats-unis.php

    [11] http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/02/17/l-allemagne-a-t-elle-une-dette-de-guerre-envers-la-grece_1644633_3214.html

    [12] https://www.euractiv.fr/section/economie/news/imf-insists-that-greece-needs-a-debt-restructuring/

    [13] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-crise-grecque-a-rapporte-plus-de-1-milliard-d-euros-aux-finances-allemandes-743874.html

    [14] http://www.humanite.fr/grece-connivences-bourgeoises-autour-du-magot-579589

    [15] http://www.lemonde.fr/international/article/2017/05/30/trump-accuse-l-allemagne-d-etre-tres-mauvaise-pour-les-etats-unis-sur-le-plan-commercial_5136036_3210.html

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