• De la gauche et de la droite

     De la gauche et de la droite

     

    De la modernité en terre hollandaise

     

    Tout est parti de la polémique engagée par Clémentine Autain à propos de la politique de François Hollande. En effet, elle considère, à juste titre, que la politique de Hollande est une politique de droite. Elle part pour son analyse de la comparaison que le président malencontreusement élu en 2012 à fait entre le PCF et le Front National. Dans une émission calamiteuse Hollande avait rapproché les positions du FN d’aujourd’hui de celles du PCF des années 70, certes c’était sur le plan économique et non sur celui des valeurs.

    L’idée était qu’au fond, il n’y a pas d’alternative, et que l’économie c’est l’économie, elle n’est ni de droite ni de gauche. Elle est ! cela veut dire que ceux qui manifestent quelque réticence vis à vis de l’Europe, ceux qui sont protectionnistes sont potentiellement fascistes. En même temps le cynique Hollande voulait montrer par-là que le PCF et le FN avaient une vision dépassée, archaïque de l’économie. Sous-entendu que la modernité était bien de son côté ! Et une gauche moderne selon la canaille au gouvernement c’est une gauche qui approuve la logique du marché et de la dérégulation, qui se soumet aux diktats européistes et qui croit que le travail c’est un coût qu’il faut baisser pour être compétitif. En somme la modernité pour la gauche ce serait d’être de droite !!

    Clémentine Autain s’est faite justement pourrir sur les chats du Monde et d’ailleurs justement pour avoir osé dire qu’Hollandreou était un politicien de droite. La rhétorique des soutiens hollandais est copiée sur celle de Giscard quand ce dernier en 1974 avait renvoyé à Mitterrand lors d’un fameux duel télévisé qu’ « il n’avait pas le monopole du cœur ». Ici on dit à Clémentine Autain qu’elle n’a pas le monopole de la gauche et qu’on a bien le droit dans l’entourage de François Hollande de redéfinir la gauche comme on l’entend. Après tout en 2007 Sarkozy citait Jaurès et Jean Moulin !

    De la gauche et de la droite 

    Le petit Hollande semble content de lui et de ses performances audio-visuelles 

    Et bien en vérité ce n’est pas le cas. Et dans cette querelle, quoique n’étant ni proche du PCF, ni proche de Clémentine Autain, je suis bien obligé de donner raison à cette dernière. La gauche, outre qu’elle s’est toujours occupée à défendre les libertés individuelles, a historiquement une base économique : c’est celle qui consiste à lutter pour la réduction des inégalités et donc à limiter la concentration de la propriété privée des moyens de production. C’est-à-dire au fond à étendre la démocratie dans le cadre de l’entreprise en donnant plus de droits aux salariés, à ceux qui créent la richesse en dépensant leur force de travail. Les privatisations, celles qui se préparent et celles qui ont eu lieu, les baisses de salaires, la compétitivité exacerbée, c’est la logique de la droite. Il n’y a rien à y redire. C’est d’abord cette confusion entretenue par le président et son gouvernement qui explique les échecs électoraux et la fuite des militants.

    Et le fait qu’Hollande ait comparé le PCF au FN montre :

    1. que le PS se moque comme d’une guigne que les ouvriers et les pauvres ne votent pas pour lui ;

    2. indirectement que le FN est sur le plan économique bien plus à gauche que lui, ce qui va continuer à encourager les plus pauvres à voter encore plus pour lui. Le chantage au FN ne fonctionnant manifestement plus.

     

    Le programme social-libéral

     

      De la gauche et de la droite

    Il faut absolument se battre sur les mots : le PS n’est ni socialiste, ni de gauche. On devrait du reste leur faire un procès pour cet abus de langage qui s’apparente à de la publicité mensongère. Réduire la gauche à la défense des libertés individuelles, ou à l’émergence de quelques droits spécifiques, comme prétendent le faire aussi bien Hollande que l’Union européenne, est non simplement l’extension du libéralisme le plus étroit, mais en outre il se heurte à deux réalités. La première est que nous nous trouvons face à des institutions post-démocratiques où les traités sont supérieurs à l’expression de la volonté populaire, même filtrée par les élections parlementaires. La seconde est que dans le même temps la surveillance des faits et gestes des individus est augmentée avec l’encouragement de l’Etat !

    Ce programme social-libéral – c’est une manie de journaliste que d’accoler le mot social à celui de libéral pour parler du PS – doit être critiqué à deux niveaux. Le premier est qu’il ne donne aucun résultat poisitf sur le plan économique et social : l’idée hollandaise qui est vendue ici c’est qu’avant de redistribuer les fruits de la croissance, il faut la restaurer en baissant le coût du travail. Trente ans de réformes libérales en Europe – j’y ajouterais la monnaie unique – ont conduit celle-ci dans une impasse, la croissance est faible, la pauvreté et le chômage augmentent. Mais cette voie est aussi une impasse sur le plan politique et tactique. C’est celle qui mène à la disparition du PASOK, au ravalement du SPD à un simple soutien de la CDU, et c’est celle qui met au chômage de nombreux cadres du PS en France dans la succession des défaites électorales. La raison est assez simple c’est que les gens de droite ne voient pas l’intérêt de voter pour un parti aussi ambigu que le PS, et les gens de gauche ne veulent plus voter pour lui parce qu’ils le perçoivent à juste titre comme un parti très éloigné des préoccupations des petites gens.

     

    Conclusion

     

    Cette polémique voulue par Hollande renseigne sur sa tactique électorale. Peu importe qu’elle fasse l’impasse sur le rôle des uns et des autres durant la Seconde Guerre mondiale et donc sur les origines mêmes du FN. Elle vise d’abord à se situer sur le versant de ce qu’elle croie être la modernité : la réclame du darwinisme économique et la haine des pauvres et des sans-dents. Mais cette approche très politicienne et retorse oublie une chose importante, c’est que le libéralisme économique a toujours échoué, emmenant avec lui les crises et le chaos. C’est le même Hollande qui après avoir sciemment provoqué le PCF va avec aplomb demander à ce que la gauche soit unie derrière lui pour gagner les élections ! C’est avec le même cynisme qu’il appellera en 2017 à voter pour Sarkozy pour faire barrage au FN.

     

    Liens

     http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/04/22/francois-hollande-fait-ses-adieux-a-la-gauche_4620713_3232.html

    « Les mots de la droite : la réformeLes syndicats et le 1er mai »
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  • Commentaires

    1
    Charles Deryl
    Vendredi 1er Mai 2015 à 12:36

    "C’est le même Hollande qui après avoir sciemment provoqué le PCF va avec aplomb demander à ce que la gauche soit unie derrière lui pour gagner les élections ! C’est avec le même cynisme qu’il appellera en 2017 à voter pour Sarkozy pour faire barrage au FN."

    Le problème c'est que le PC le sera et qu'il appellera à voter Sarkozy et Autain aussi !

    Quand a la position du PC concernant l'immigration, il suffit d'accoler Marchais + immigration pour voir que sa positin n'était guère différente de celle du FN: il faisait porter sur l'immigration et non sur le capitalisme la baisse des salaires ouvriers.

     

    2
    Vendredi 1er Mai 2015 à 12:39

    certes, c'est vrai. Mais la question n'est pas là. C'est plutôt qu'Hollande prétend représenté la gauche et l'unir sur une ligne de droite !! De toute façon voter sarko ou hollande ce sera sans moi. Je resterais à la maison

    3
    Peretz
    Vendredi 1er Mai 2015 à 15:19

    Moi aussi. Et on ne sera pas les seuls. Que se passerait-il si 70% votaient blanc ? Quelle serait la légitimité de l'élu(e) ?

    4
    Vendredi 1er Mai 2015 à 15:44

    Oui si on a 70% d'abstention ça posera un problème surtout si il y a d'autres formes d'expression politique qui se mettent en place. Mais en Pologne il y avait au dernières élections européennes plus de 80% d'abstention, ça n'a pas été trop remarqué.

    5
    Peretz
    Vendredi 1er Mai 2015 à 16:18

    Normal car l'U.E n'a rien de démocratique.Le Parlement élu n'a pratiquement pas de pouvoirs. Ceux qui votent le savent mais...espèrent encore naïvement que leur vote est utile. 

    6
    grandmonde
    Dimanche 3 Mai 2015 à 10:51

    Hollande est toujours à la remorque de Sarko.
    Ce dernier avait appelé à l'issue du premier tour des départementales les électeurs du fn à voter pour l'ump, car le fn avait un programme économique d'extrême gauche et qu'il s'était réjoui de la victoire de cette dernière en Grèce.
    Il admettait d'ailleurs implicitement, que c'est uniquement sur ce point que le fn et l'ump divergent, partageant pour le reste des "valeurs" communes.
    On ne s'étonne même plus de le voir qualifier Syriza de parti d'extrême gauche, mais il a besoin, pour se différencier de son parti jumeau, le ps, de laisser croire que celui-ci est de gauche, et que tout ce qui se trouve à gauche de ce dernier est d'extrême gauche.
    Il est maître dans l'art de la confusion.
    Et Hollande, amalgamant le programme économique du fn à celui du pcf des années 70 fait de même.

    Or,  à mon avis, le confusionnisme est l'un des grands dangers actuels.
    Il consiste à faire croire que tous les opposants au fascisme libéral se valent, de la gauche à l'extrême droite, se gardant bien de dire que chez le fn le discours anticapitaliste n'est qu'une posture pour récupérer un électorat déboussolé.

    Le confusionnisme consiste d'une part à dire qu'il n'y a aucune différence entre l'extrême droite et la gauche antilibérale, et aussi à utiliser une rhétorique de gauche voire d'extrême gauche pour mieux ramener vers la droite et l'extrême droite comme l'a fait Sarko en invoquant les mânes de Jaurès ou de Mocquet et comme le fait par exemple Chouard qui a gardé une certaine influence dans les milieux altermondialistes suite au référendum de 2005 et pour qui tous les "non" se valent et qui milite pour un rapprochement vers l'extrême droite en ne tarissant pas d'éloges sur Soral.

    7
    Jean-Paul
    Lundi 15 Juin 2015 à 19:39

    Vous écrivez : "...n’étant ni proche du PCF, ni proche de Clémentine Autain, je suis bien obligé de donner raison à cette dernière".


    Cela vous est si douloureux de dire qu'elle a raison que vous vous en sentez si "obligé " ? Bien qu'étant d'accord avec l'essentiel de votre analyse, cela vous disqualifie à mes yeux. Vous n'êtes certes pas obligé d'être communiste, je ne le suis plus moi-même depuis longtemps, mais c'est au détour de petites phrases comme celle-ci qu'on entretien la division de la gauche (je ne parle pas de celle de Droite, le PS), à l'heure où tous devraient au contraire "converger" pour présenter un Front uni face à cette Droite revancharde et surtout à ses nouveaux mentors du FN.


    J'étais prêt à vous soutenir, et peut-être à participer, je réserve mon jugement.... Votre analyse a beau être assez justement fondée (après tout, elle est partagée par un panel d'opinions assez large aujourd'hui), je crains une entourloupe quand aux conclusions que vous en tirerez.

    8
    Mardi 16 Juin 2015 à 18:16

    Je ne me sens pas proche de Clémentine Autain et du PCF parce qu'ils entretiennent l'illusion selon laquelle l'avenir sera dans l'Europe. Quant aux divisions dont vous parlez, elles existent à gauche d'abord parce que les gens de gauche se savent pas jusqu'où aller dans l'acceptation de la société telle qu'elle est, donc il y a des réformistes et des révolutionnaires par exemple. C'est effectivement plus simple d'être de droite et de défendre la propriété privée et le pognon qui va avec. 

    Pour le reste, il n'y a pas d'entourloupe, et je ne roule pour aucun parti si c'est ce que vous sous-entendez. Mais j'ai dans l'idée que le PS n'est ni socialiste, ni de gauche, même si je sais pertinemment qu'il y a encore des gens de gauche au PS. Je trouve qu'ils y perdent leur temps. 

    9
    Mercredi 17 Juin 2015 à 16:12

    Ce n'est pas la première fois qu'un parti de gauche modérée fait une politique de droite dès qu'il arrive au pouvoir. Les élections telles qu'elles se pratiquent en général ont la particularité de donner des mandats pour des raisons souvent négatives  On vote contre plus que pour dans un système à deux tours. A proscrire si l'occasion se présente. C'est ce que le prescris dans mon bouquin sur la 6 e république qui devrait sortir bientôt.

    10
    Mercredi 17 Juin 2015 à 19:48

    Oui une refonte des institutions est urgente. Mais ce qu'il y a de terrible avec Hollande, c'est qu'il met  en place une politique qui non seulement ne marche pas, mais qui se trouve aujourd'hui critiquée par le FMI et l'OCDE !

    11
    Jeudi 18 Juin 2015 à 09:12

    Il est sous la coupe de Merkel. Sa politique économique est la même. Malheureusement il la prend avec retard ce qui est aussi la faute à Sarko. Et même à Chirac.Tous des Présidents sans envergure, pusillanimes. Comme l'a dit Adam Smith, il y a longtemps, "on ne mène pas un pays comme on mène un ménage". Sauf si on est la proie des financiers. Tzirpas pourra peut-être le prouver, s'il tient bon.

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