• De la crise grecque et de son irrésolution

    De la crise grecque et de son irrésolution 

    La stratégie tsipriote 

    Le temps a passé, il y a maintenant un mois que les Grecs ont voté contre le plan imposé par l’Eurogroupe, et presqu’un mois aussi que Tsipras, contre toute attente, a choisi de capituler, tout en disant que ce plan était mauvais pour la Grèce. J’ai beaucoup commenté cette reddition. Notamment j’ai insisté sur le fait que Tsipras avait finalement choisi d’accepter de signer ce que les partis comme le PASOK et ND n’avaient pas accepté, et c’est avec ces deux partis sur lesquels il s’est complus à cracher qu’il est maintenant allié pour faire avaler la pilule de la vente de la Grèce à la découpe. C’est bien sûr cela qui a conduit Varoufakis à la démission.

    On trouve encore des défenseurs de Tsipras du côté des gens du Parti de gauche et du PCF par exemple – le parti communiste grec (le KKE) qui a toujours considéré Tsipras comme un traitre n’est pas sur la même longueur d’onde que son homologue français. Leur idée c’est de dire que Tsipras victime d’un coup d’Etat financier n’avait pas le choix. En vérité en politique on a toujours le choix. Mais le problème est que l’irrésolution de Tsipras non seulement a renforcé l’Eurogroupe, mais en outre a affaibli la Grèce.

     

    Tsipras a aggravé la crise 

    On sait maintenant qu’il existait un plan B, mais que Tsipras n’en a jamais voulu vraiment. Or en refusant d’appliquer ce plan B, non seulement il s’est ridiculisé aux yeux du monde entier, mais en outre il a enfoncé la Grèce. En effet, la bonne méthode eut été, avant toute négociation, de nationaliser la banque centrale de Grèce, de mettre en place un contrôle des capitaux et de présenter clairement les possibilités d’un plan B. Or en jouant le jeu des négociations – comme si on pouvait négocier la souveraineté nationale ! – Tsipras a engendré une sortie des capitaux de la Grèce qui est aujourd’hui évaluée à 40 milliards d’euros. Ces 40 milliards d’euros qui se sont évanouis dans la nature – dans les banques européennes, notamment allemandes – ne reviendront jamais parce que les banques grecques sont dans une situation épouvantable, et qu’une restructuration va être encore nécessaire. Le MSE prévoit d’ailleurs une recapitalisation des banques grecques pour un volume de 25 milliards d’euros.

     De la crise grecque et de son irrésolution 

    Les créanciers ont déjà prévenu Tsipras qu’il faudrait aller encore plus loin dans l’austérité et les privatisations. Et c’est bien ce qu’il acceptera. Déjà on parle d’abaisser encore le montant des retraites et d’élargir le programme de privatisations. Les aéroports régionaux vont être bradés à des intérêts allemands, le port du Pirée va sans doute tomber dans le giron des Chinois.

    Cependant comme la conjoncture économique se dégrade rapidement en Grèce, la valeur des actifs va se déprécier un peu plus et donc on va demander de nouvelles privatisations. Déjà en 2015 et 2016 on prévoit un nouveau recul du PIB grec. En contrepartie de sa « coopération », Tsipras n’a rien obtenu. L’arrogance des Allemands est telle que non seulement ils ont refusé une restructuration de la Grèce, mais même de parler de leur propre dette à l’égard de la Grèce. Sujet que Tsipras n’aborde plus d’ailleurs. On peut se demander pourquoi puisqu’en effet la plupart des experts considèrent que les dettes de l’Allemagne vis-à-vis de la Grèce s’élèveraient à 162 milliards d’euros, soit approximativement la moitié de ce que doit la Grèce à ses créanciers. Tsipras n’aurait agité cette question finalement que pour fanfaronner et pour se faire passer aux yeux des électeurs grecs pour un grand guerrier. 

    La gauche complice et discréditée 

    La gauche – je ne parle pas ici de la droite molle façon Hollande – est en réalité complice par ses pleurnicheries de l’étranglement de la Grèce. Mélenchon, Laurent et autres présentent la capitulation de Tsipras comme la conséquence d’un acte de guerre, voire d’un coup d’Etat financier. Certes il est vrai que l’Eurogroupe et la BCE ont usé et abusé des armes de dissuasion financière. Mais il faudrait être naïf pour faire semblant de découvrir aujourd’hui comment ce système fonctionne. Cela rappelle ceux qui trouvent encore quelques excuses au Maréchal Pétain.

    En vérité le mal qui ronge la gauche et qui finalement l’empêche d’être la gauche, c’est de s’être alignée sur les propos européistes, et donc de faire passer avant tout l’Union européenne et l’euro comme des avancées et non comme des régressions. Cette logique a mené le PS, puis le PCF, ATTAC ou Mélenchon, à penser qu’on pouvait changer l’Europe de l’intérieur. On se demande combien de siècles il faudra encore à ces gens pour comprendre, ainsi que le disait justement le PCF avant 1983, que l’Europe est une construction des banques et des multinationales.

    La crise grecque est au moins porteuse de cette certitude : l’Union européenne ne peut pas se changer de l’intérieur, ou on s’aligne sur sa logique libérale, ou on la quitte. On ne négocie pas la souveraineté nationale. C’est pour ne pas avoir compris cela que le Front National a fait une percée importante en 2012, et que la gauche s’effondre de manière régulière. On peut aller plus loin, en laissant entendre que l’Europe pourrait changer, devenir plus sociale, plus juste, non seulement on se berce d’illusions, mais on trompe l’électeur. L’Europe a fait la preuve de sa nocivité depuis ses origines, et plus elle s’intègre, plus elle produit des effets négatifs. C’est comme ça au moins depuis 1983.

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    Un exemple de confusionnisme intéressé 

    Ce mauvais positionnement de la gauche traditionnelle sur la question européenne ouvre la voie à une évolution. D’abord il faut bien se rendre compte que si la gauche s’est repliée sur l’idée fausse de travailler à une évolution de l’Europe, c’est parce qu’elle se défausse de son combat traditionnel. Le combat contre l’Europe est lointain, incertain et opaque. Il est une bonne excuse pour finalement ne rien faire et laisser faire. Toute la social-démocratie en est là, mais les syndicats sont aussi dans cette galère. Il y a quelque chose d’incongru à défendre les luttes de peuples du tiers monde pour leur indépendance – le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – et refuser cette même indépendance au nom des principes aussi abstraits que la défense de l’euro ou la nécessité de l’Europe. Pour l’instant les débris de la gauche traditionnelle se sont abrités misérablement derrière la nécessité de combattre les nationalismes. Mais est-ce que les Résistants des années 40 se posaient la question de savoir si en défendant la nation française contre l’envahisseur ils allaient ou non faire le jeu du nationalisme ? On ne peut pas dire à la fois que l’Eurogroupe et la BCE ont engagé une guerre contre la Grèce, et vouloir à toute force délayer le combat frontal avec ces boutiques.

    On ne pourra pas continuer longtemps à faire le grand écart. Si l’Europe est mauvaise, comme elle vient de le prouver une nouvelle fois avec sa gestion de la crise grecque, on ne voit pas pourquoi on n’en sortirait pas. Comment vouloir encore rester dans l’Union européenne, alors même que celle-ci est en train de négocier TAFTA ? Je l’ai déjà signalé ici, à gauche ce n’est plus un tabou que de dire qu’il faut sortir de l’euro et de l’Union européenne. Le M’PEP, Lordon, Sapir, Bernier, et j’en oublie ont déjà franchi le pas et un certain nombre de militants du Parti de Gauche nous rejoignent maintenant sur ce point.

    Il est pourtant assez facile de comprendre que si on n’arrive pas à agir pour le mieux dans notre pays, il n’y a pas de raison qu’on y arrive plus facilement le jour où tous les pays européens se lèveront comme un seul homme. C’est ici et maintenant qu’il faut agir, sur notre territoire, ce qui n’empêche pas qu’on fasse par ailleurs preuve de solidarité internationale. Il est évident que si la France avait donné l’exemple de la rupture, cela aura donné des ailes à la Grèce pour s’en sortir par elle-même et ne plus aller quémander des aides qu’on lui fait payer si cher.

     

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