• De l’indépendance de la Catalogne

    De l’indépendance de la  Catalogne 

    Le renforcement des mouvements indépendantistes 

    Les Catalans ont voté pour élire leurs représentants au Parlement régional. Ce sont les partis indépendantistes qui auront la majorité des sièges, tout en n’atteignant pas toutefois la barre des 50%. Ensemble, ils représentent 48% des voix. Les partis traditionnels, la PSOE et le PP sont aussi en déroute. La seule réponse qu’ils ont face à ce mouvement est que les indépendantistes ne sont pas majoritaires en voix. En outre la participation au vote a été particulièrement élevée : 77%. Mais tout cela ne rend pas plus aisé l’analyse de ce mouvement.

    En tous les cas, il est clair que la tentation indépendantiste est forte en Catalogne, comme elle l’est en Ecosse par exemple. Mais comme en Ecosse ce mouvement reste ambigu parce qu’il se tourne vers l’Europe. En avançant qu’au fond les indépendantistes défendent l’idée d’une Europe des régions. On voit bien le mouvement qui se déploie : en accédant l’indépendance des régions, on en finit avec le centralisme étatique et on renforce la cohésion de l’Union européenne. D’ailleurs la plupart des mouvements indépendantistes restent européistes parce qu’ils pensent qu’ils sont mieux défendus dans ce contexte. Evidemment la question qui se pose n’est pas seulement l’indépendance de Barcelone vis-à-vis de Madrid, mais aussi l’indépendance vis-à-vis de Bruxelles.

    Le M’PEP, parti souverainiste de gauche, a très bien compris cela et s’oppose à l’idée du gouvernement actuel de promouvoir les langues régionales. Il y voit une atteinte à l’intégrité nationale et partant à un émiettement des forces économiques et sociales qu’il faudrait au contraire regroupées pour aller de l’avant.

    Les raisons de la montée des mouvements indépendantistes un peu partout en Europe sont nombreuses et très variées. Il y a un soubassement culturel qui est très important. En Espagne, la Catalogne a toujours été une région à part. Elle s’est comportée différemment du reste de l’Espagne durant la Guerre Civile. Berceau de la CNT-FAI, elle résista le plus longtemps aux troupes du général Franco. L’opposition entre Madrid et Barcelone qui se retrouve aussi en football, est l’opposition entre le Nord et le Sud, l’industrie et la paysannerie latifundiaire, entre la République et l’Eglise.

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    La Catalogne a aussi ses héros : Orwell ou Durruti 

    Au-delà de cette identité historique, il y a une autre identité linguistique sous-jacente : les Catalans ne parlent pas le castillan. Leur langue se rattache plutôt à l’Occitanie. D’ailleurs il y a de nombreux indépendantistes occitans qui revendiquent une Occitanie qui irait des Alpes jusqu’à Barcelone. On remarque également que les tendances indépendantistes sont d’autant plus fortes :

    1. que le pouvoir centralisateur de l’Etat est affaibli ;

    2. que les difficultés économiques s’accumulent, encourageant les égoïsmes régionaux : en général le Nord ne veut pas payer pour le Sud. C’est comme ça en Espagne, mais aussi en Italie. Pour cette raison, certains commentateurs voient dans le développement des mouvements indépendantistes le résultat de la mauvaise politique de Bruxelles qui, en appauvrissant les plus pauvres, dresse les régions les unes contre les autres dans une sorte de darwinisme économique fatal.

     De l’indépendance de la  Catalogne 

    Evidemment la question qui compte n’est pas de savoir si on est pour ou contre l’indépendance de la Catalogne. Personnellement, et contrairement au M’PEP, je n’ai pas la religion de l’Etat centralisateur. En règle générale je défends l’Etat national contre l’Union européenne, parce que je pense que la souveraineté se dilue dans les grands ensembles. Mais é »tant donné que je suis plutôt dans une logique de développement local, je suis tout à fait favorable à l’indépendance de la Catalogne. Mais à mon sens cette indépendance ne peut être réussie que si elle se réalise aussi bien contre Madrid que contre Bruxelles. Se débarrasser de la tutelle de Madrid pour retomber dans celle de Bruxelles serait tombé de Charybde en Scylla. Il va de soi que pour les européistes qui ne rêvent que de remplacer les règles démocratiques par les lois du marché, les mouvements indépendantistes, parce qu’ils affaiblissent un peu plus les Etats nationaux, peuvent les aider dans leur projet d’instaurer une dictature soft. Ça va bien avec l’idée d’une forme institutionnelle post-démocratique. 

    Les conditions de la réussite de l’indépendance 

    Il n’est jamais possible longtemps d’empêcher un peuple qui possède une culture et une identité de s’émanciper. Et il est assez évident que la Catalogne peut à plus ou moins long terme devenir une véritable nation. Néanmoins on peut juger que l’indépendance ne sera réussie qu’à deux conditions :

    1. La première que l’économie catalane soit suffisamment autonome pour ne pas dépendre de ses marchés extérieurs, ni des subventions européennes. Ce qui suppose que son économie soit suffisamment diversifiée.

    2. La seconde est que ce mouvement se fasse dans le sens d’une réduction des inégalités sociales et d’une baisse radicale du chômage. Dans le cas contraire, si les inégalités s’accroissent, et si le chômage augmente, alors les catalans regretteront rapidement leur émancipation.

    Un autre point important est la question monétaire. Les indépendantistes se situent assez clairement dans le cadre de l’euro : c’est vrai pour les Catalans, mais c’est vrai aussi pour les Ecossais, comme si l’euro pouvait les protéger contre une centralisation excessive. Ils ne visent pas à produire leur propre monnaie. Mais ce faisant, ils se trouvent dans la situation d’en admettre les contraintes. Celles-ci sont très draconiennes, non seulement en ce qui concerne le budget, mais aussi en ce qui concerne les privatisations et la primeur des lois du marché sur celles de l’Etat que celui-ci siège à Madrid ou à Barcelone d’ailleurs. Evidemment on voit tout de suite où le bât blesse, c’est qu’une souveraineté sans monnaie n’est qu’une souveraineté limitée.

     De l’indépendance de la  Catalogne 

    La position des indépendantistes est difficile parce que si le parti d’Artur Mas obtient 62 députés, la CUP (Candidatura d’Unitat Popular) qui propose une sortie unilatérale et immédiate de l’Union européenne, en obtient 10, c’est bien la CUP le vainqueur du scrutin du 27 septembre. Ce qui veut dire que les indépendantistes sont contraints de s’allier pour avoir la majorité. En vérité, la solution passe par le référendum et une campagne d’explication par laquelle s’éclaircira la gestion de l’indépendance de la Catalogne. Ceux qui se réjouissent du fait que les indépendantistes ne sont pas majoritaires en voix se font des illusions. En effet on sait qu’une campagne sérieuse peut faire basculer rapidement les majorités, comme cela a été le cas quand nous avons fait campagne pour le non au TCE en 2005.

     

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/09/28/apres-la-victoire-des-independantistes-la-catalogne-se-dirige-t-elle-vers-une-secession_4774474_3214.html

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/en-catalogne-les-independantistes-obtiennent-la-majorite-des-sieges-mais-pas-des-voix-508678.html

    http://www.m-pep.org/Contre-la-charte-des-langues

    http://www.politis.fr/Victoire-des-independantistes,32497.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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