• De l’esclavage et de son abolition

    Ces derniers temps on reparle de l’esclavage et de son abolition officielle au moins dans les pays développés. Cette forme de misère qui fut aussi une des bases de développement des Etats-Unis, donna lieu à une traite sordide dont on peut lire certains aspects dans l’ouvrage d’Howard Zinn, Une histoire populaire de l’Amérique, Agone, 2002. Aujourd’hui le sens moral est choqué par ce qu’il reste d’esclavage dans le monde, mais cette forme de droit de propriété sur des êtres humains n’est pas encore abolie. Il reste du chemin pour y arriver.

     

    De l’esclavage et de son abolition  

    Élément d’arriération et de sous-développement, l’esclavage est une réalité qu’on ne veut pas voir, mais aussi un des fondements d’un certain capitalisme sauvage. A l’évidence un des résidus de l’esclavage est la récurrence des exactions policières périodiques aux Etats-Unis envers les Noirs. C’est sans doute une des bases du racisme persistant dans ce pays. On oublie aussi que le fait que nous ayons accès à des biens manufacturés peu chers repose encore pour partie sur des formes d’exploitation du travail proches de l’esclavage. De même il y a des affaires récurrentes sur le plan judiciaire de cette haute bourgeoisie qui entretient même dans des pays comme la France ou l’Angleterre des esclaves dans ses appartements afin d’éviter de payer des domestiques. Toujours cette fameuse avarice !

     

    Le procès fait au baron Seillière

     De l’esclavage et de son abolition

    Le président du CRAN a récemment porté plainte contre l’antipathique baron Seillière au motif que celui-ci devait sa fortune à ses ancêtres qui eux-mêmes avaient prospéré grâce à la traite négrière. Certes le baron lui-même ne peut pas être tenu pour responsable de l’esclavage puisque ces faits sont anciens. Mais cela rappelle que l’esclavage fut une forme d’accumulation primitive du capital, et aussi que derrière toute fortune un peu importante il y a un crime ou un détournement de la loi. C’est ce même baron Seillière qui n’a jamais eu assez de mots durs pour stigmatiser un SMIC trop élevé ou des allocations chômage un peu trop généreuses. Révéler les origines honteuses de sa fortune non seulement ruine le discours libéral qui voudrait nous laisser croire que la fortune est le résultat du travail ou du génie, mais aussi que le capitalisme a toujours été un système économique d’abord criminel. Il ne faudrait pas oublier cependant que l’esclavage n’a pas été le fondement du capitalisme, on le trouve massivement en effet dans des sociétés musulmanes bien avant l’essor de l’industrie. Il a été seulement une possibilité. L’esclavage n’est pas seulement un système économique comme le montre Malek Chebel dans L'esclavage en terre d'islam, Fayard, 2007.

     

    Marx et l’abolition de l’esclavage

      De l’esclavage et de son abolition

    La question de l’esclavage a été traitée longuement par Marx et Engels. Il faut dire que la Guerre dite de Sécession se déroule au moment même où Marx travaille à sa grande œuvre économique, Le Capital. Cette Guerre de Sécession va d’ailleurs opposer Marx et Engels. Le premier pense que le Nord va gagner, tandis que le second qui se pique de stratégie militaire pense que non. Mais en outre Marx pense que derrière des questions de suprématie économique se joue un autre jeu. Le Nord représente la modernité, et une amorce de liberté. Même si celle-ci est restreinte dans sa forme bourgeoise. Engels s’en tiendra à une vision très économiciste : l’abolition de l’esclavage n’est qu’une façon d’accroître la rentabilité du capital. Mais il insistera aussi sur le fait que les classes supérieures sont du côté des confédérés.

    Marx va prendre ainsi la peine d’écrire à Lincoln une lettre où pèle-mêle il va défendre la démocratie bourgeoise au nom de la morale ordinaire, puis enrôler Lincoln dans la lutte des travailleurs contre le système capitaliste. C’est un aspect qu’on oublie aujourd’hui, mais la lutte pour l’abolition de l’esclavage était perçue comme une extension des principes de la révolution et donc comme la résolution politique d’un problème moral par les personnes les plus éclairées. En France, en Allemagne, des noirs sont enfermés et exhibés dans des zoos encore dans les années mille huit cent soixante-dix !

     De l’esclavage et de son abolition

     Publié dans Der Social-Demokrat, 30 décembre 1864.

    Monsieur,

    Nous complimentons le peuple américain à l'occasion de votre réélection, à une forte majorité.

    Si la résistance au pouvoir des esclavagistes a été le mot d'ordre modéré de votre première élection, le cri de guerre triomphal de votre réélection est : mort à l'esclavage ! 

    Depuis le début de la lutte titanesque que mène l'Amérique, les ouvriers d'Europe sentent instinctivement que le sort de leur classe dépend de la bannière étoilée. La lutte pour les territoires qui inaugura la terrible épopée, ne devait-elle pas décider si la terre vierge de zones immenses devait être fécondée par le travail de l'émigrant, ou souillée par le fouet du gardien d'esclaves ?

    Lorsque l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes osa, pour la première fois dans les annales du monde, inscrire le mot esclavage sur le drapeau de la rébellion armée; lorsque à l'endroit même où, un siècle plus tôt, l'idée d'une grande république démocratique naquit en même temps que la première déclaration des droits de l'homme qui ensemble donnèrent la première impulsion à la révolution européenne du XVIII° siècle - lorsque à cet endroit la contre-révolution se glorifia, avec une violence systématique, de renverser « les idées dominantes de l'époque de formation de la vieille Constitution » et présenta « l'esclavage comme une institution bénéfique, voire comme la seule solution au grand problème des rapports, entre travail et capital », en proclamant cyniquement que le droit de propriété sur l'homme représentait la pierre angulaire de l'édifice nouveau - alors les classes ouvrières d'Europe comprirent aussitôt, et avant même que l'adhésion fanatique des classes supérieures à la cause des confédérés ne les en eût prévenues, que la rébellion des esclavagistes sonnait le tocsin pour une croisade générale de la propriété contre le travail et que, pour les hommes du travail, le combat de géant livré outre-Atlantique ne mettait pas seulement en jeu leurs espérances en l'avenir, mais encore leurs conquêtes passées. C'est pourquoi, ils supportèrent toujours avec patience les souffrances que leur imposa la crise du coton et s'opposèrent avec vigueur à l'intervention en faveur de l'esclavagisme que préparaient les classes supérieures et « cultivées », et un peu partout en Europe contribuèrent de leur sang à la bonne cause.

    Tant que les travailleurs, le véritable pouvoir politique du Nord, permirent à l'esclavage de souiller leur propre République; tant qu'ils se glorifièrent de jouir - par rapport aux Noirs qui, avaient un maître et étaient vendus sans être consultés - du privilège d'être libres de se vendre eux-mêmes et de choisir leur patron, ils furent incapables de combattre pour la véritable émancipation du travail ou d'appuyer la lutte émancipatrice de leurs frères européens .

    Les ouvriers d'Europe sont persuadés que si la guerre d'Indépendance américaine a inauguré l'époque nouvelle de l'essor des classes bourgeoises, la guerre anti-esclavagiste américaine a inauguré l'époque nouvelle de l'essor des classes ouvrières. Elles considèrent comme l'annonce de l'ère nouvelle que le sort ait désigné Abraham Lincoln, l'énergique et courageux fils de la classe travailleuse, pour conduire son pays dans la lutte sans égale pour l'affranchissement d'une race enchaînée et pour la reconstruction d'un monde social.

    Signé au nom de l'Association internationale des travailleurs par le Conseil central.

     

    Liens 

    http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150510.OBS8692/esclavage-pourquoi-le-cran-assigne-le-baron-seilliere-en-justice.html 

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/11/23/01016-20131123ARTFIG00346-sequestrees-de-londres-des-milliers-de-femmes-esclaves-en-france.php 

    http://www.deshumanisation.com/phenomene/zoos-humains 

    http://mediaafrik.com/les-zoos-humains-cette-histoire-peu-ou-pas-connue-ainsi-prirent-forme-les-theories-de-superiorite-des-races-video/ 

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