• Croissance en panne, misère de l’économie de l’offre

     

    La cote de Hollande et de son gouvernement est au plus bas. Ici et là on commence au vue des résultat à remezttre le dogme européen de la réduction des dettes publiques à marche forcé. Evidemment même Libération s’y met. Se seraient-ils apprçu que le libéralisme ne marche pas ? Il est donc devenu de bon ton ces jours ci de cracher sur Hollande et sa politique. Mais s’il est vrai que la politique de Hollande est mauvaise s’adresser seulement à lui est très insuffisant. C’est toute la politique suivie en Europe qui est mauvaise depuis la mise ne place de la monnaie unique. A ce titre Hollande est coupable, mais comme Chirac qui s’était fait élire en 1995 sur l’idée de rupture avec le dogme selon lequel le coût du travail était un handicap, Sarkozy qui lui aussi se fit élire sur l’idée vague de rupture d’avec son prédécesseur qu’il accusait de molesse et de fainéantise. C’est donc toute cette élite qui traîne dans les salons, qui vit un étrange concubinage avec le MEDEF et ses dirigeants, qui est coupable et pas le seul et misérable Hollande. L’UMP tire à boulets rouges sur le président, mais ne dit pas quelle politique différente ce parti affairiste mettrait en place à part la vague idée d’une baisse générale des impôts.

      

    Le libéralisme en échec, échec de l’Europe

     

    Plus le temps passe, et plus il devient évident que les politiques de l’offre sont un échec. Cinq ans c’est long. C’est en effet au lendemain de la crise dite des subprimes qu’on a mis en place en Europe une politique très libérale. Elle consiste principalement à la mise en place de restrictions budgétaires sous le prétexte fallacieux de réduire la dette publique pour ensuite relancer la croissance, les coûts de production ayant été ainsi abaissés. En vérité cette politique d’austérité défendue par Bruxelles a deux objectifs :

    1. augmenter les profits dans la valeur ajoutée

    2. démanteler ce qui reste de l’Etat providence

    La justification d’une telle logique qui s’apparente au libéralisme du XIXème siècle, façon Bastiat, se trouve dans la théorie de l’offre. Selon celle-ci, les profits en augmentant vont permettre l’investissement et ensuite la croissance et l’emploi. Depuis quelques années la bataille s’est étendue du côté du coût du travail. Pour être compétitif, vu que nous nous trouvons dans une économie ouverte, il faut abaisser le coût du travail et donc diminuer les charges sur les salaires. C’est la thèse défendue par le MEDEF, par l’UMP et par François Hollande qui n’a plus de gauche que le nom. C’est la gauche moderne, moderne parce qu’elle pense qu’il est moderne d’adopter une posture d’économiste de l’offre. Ça fait intellectuellement cossu, comme si on avait fait des études d’économie. La plupart de ceux qui répète le catéchisme libérale, le dogme de l’Edole de Chicago, ne se rendent même pas compte qu’ils ressassent les très vieilles idées de Bastiat ou de Say.

    En vérité si le MEDEF pousse à la politique d’austérité, ce n’est pas tellement parce qu’il croie à la réussite d’une telle politique, c’est essentiellement pour deux raisons :

    1. la première est que cela lui permet de bénéficier d’un pactole important, via le pacte de responsabilité, et on sait que pour ces gens un sous est un sous, et qu’ils n’en ont jamais assez ;

    2. la seconde c’est que le démantèlement de l’Etat est une aubaine pour gagner encore un peu plus d’argent. En effet si l’Etat se démet de ses fonctions qui garantissent la couverture des soins ou le paiement des retraites, il peut très confier la privatisation de ces nécessités au secteur privé. Celui-ci y est prêt et pousse depuis des décennies dans ce sens. Dominique Strauss-Khan avait dans des temps lointains commit un ouvrage allant dans ce sens avec l’abominable Denis Kessler qui après avoir joué les gardes rouges en 68, s’est depuis reconverti dans le libéralisme échevelé, avec à la clé de l’argent et un beau poste de second du MEDEF pendant quelques années.

    La première constatation c’est qu’une politique appliquée sans discontinuer et sans opposition depuis plus de 5 ans maintenant est forcément une politique qui a échoué. On s’en doutait un peu bien sûr car il n’y a pas d’exemple d’une crise de la demande qui se soit réglée en relançant l’offre. Les tentatives dans ce sens remontent aux années trente, en 1930 aux Etats-Unis avant l’arrivée de Roosevelt aux affaires, et en 1931 avec le Chancelier Brüning en Allemagne qui mena une telle politique d’austérité et de compétitivité qu’il permit finalement à Hitler d’arriver au pouvoir.

     

    L’Allemagne en récession

     

    Les hommes politiques de droite se sont empressés de dire du mal de Hollande, pour dire que c’est sa propre politique qui est responsable de mla croissance zéro en France. Mais ils oublient d’élargir ce constat à l’ensemble de l’Europe. C’est en effet toute l’Europe qui se trouve piégée dans les politqiues d’austérité. Et maintenant l’Allemagne, que les gens de droite aiment nous donner en exemple, y rentre à son tour de plain-pied. La France avec un 0% de croissance fait mieux que l’Allemagne qui voit son PIB reculer de 0,2%.

    Le tableau suivant donne les variations du PIB pour l’ensemble des pays européens. On voit que tous sont touchés et que ceux qui s’en sortent le meux sont, soit des petits pays à très bas salaires de l’Est de l’Europe, soit le Royaume Uni qui a deux avantages, il n’est pas dans la zone euro, et donc peu touché par les politiques d’austérité, et il a développé une telle dynamique financière que les retombées de la City sur l’économie nationale sont très importante. L’Italie, la Grèce, la Roumanie rejoignant l’Allemagne dans la récession. La Suède et le Danemark qui ne sont toujours pas dans l’euro s’en sortent un petit peu mieux.

    Evidemment le fait que les pays européens soient en concurrence selon les sacro-saints critères de l’économie de l’offre fait que les politiques d’austérités adoptées simultanément tuent la demande à l’échelle du continent, et par suite prolongent la récession.

      

    Quelles solutions ?

     

    Eliminons d’abord les solutions avancées par les économistes de l’offre. Ceux-ci à l’instar de Jean-Hervé Lorenzi proposent qu’on aille toujours plus loin. Qu’on est sur la bonne voie, et que tôt ou tard les résultats vont bien finir par arriver un jour ou l’autre. Quand ? Iils sont bien incapbles de le dire. Les plus à droite se concentrerons sur le seul cas français pour dire que ce sont les impôts et les charges qui tuent la compétitivité de notre économie. Ne perdons pas de temps avec ça étant donné que si la crise est générale en Europe, on ne peut pas incriminer la hauteur des impôts en France. Si on voulait faire les imbéciles, on dirait que finalement la France fait mieux que l’Allemagne, vu qu’elle a une croissance positive – bien que ridiculement positive – alors que nos voisins d’Outre-Rhin sont en récession. Et donc on en concluerait que ceux-ci feraient bien de s’inspirer de nos belles et bonnes méthodes.

    Certains économistes, diagnostiquant une crise de la demande, supposent qu’une relance à l’échelle de l’Europe aurait des effets bénéfiques. Cette solution non seulement est farfelue dans son principe, mais n’a pas la possibilité de s’exprimer concrêtement. Cette solution est farfelue parce qu’elle suppose au préalable un fédéralisme dont personne ne veut. Et d’ailleurs ce fédéralisme n’a pas de sens parce que :

    1. les économies des pays de l’Union européenne ne convergent pas, certains tirant de avanatage de leur « compétitivité-coût ». En outre relancer la demande dans un contexte d’hyperconcurrence entre les pays ne sera pas une solution pour des pays comme l’Italie, l’Espagne et la France.

    2. les cultures, les trajectoires historiques, les langues sont complètement divergentes.

    Mais l’impossibilité de la mettre en œuvre se heurte non seulement aux traités en vigueur en Europe qui parient non pas sur la coopération, mais sur la concurrence entre les pays, et donc sur une concurrence fiscale qui est destiné à rabaisser les Etats nationaux. Le but n’étant pas de faire émerger un Etat européen, mais de remplacer l’Etat national, par une « gouvernance » par les règles, c’est-à-dire par les lois du marché et le respect de la propriété privée.

    Ce qui en fait tue l’économie c’est d’abord la compétitivité puisqu’en effet c’est la concurrence qui conduit les plus faibles à la faillite et à concentrer la richesse sur quelques uns. C’est pour cette raison que la sortie de l’euro et de l’Europe est un premier pas valable. Il ne suffira pas, mais c’est un premier pas. Recentrer l’économie sur la nation a beaucoup d’avantages, le principal à mon sens est celui de limiter la concurrence. Mais le second est sans doute que dans un cadre national il est plus facile de contrôler le partage des richesses par exemple par l’impôt. Thomas Piketty, grand spécialiste des inégalités, avance qu’il faudrait rééquilibré le système de l’impôt pour lutter contre les inégalités qui s’accroissent[1]. Malheureusement il avance que cette réforme devrait être développée à l’échelle planétaire. Pourquoi ? On ne le sait pas. La seule explication qu’on peut trouver à cette fantaisie est que lui aussi croie que la mondialisation va dans le sens de l’histoire, or c’est cette mondialisaition qui justement en mettant les nations en concurrence les unes avec les autres empèche toute réforme qui irait dans le sens d’une diminution des inégalités. Mais il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’à l’échelle de la planète il est impossible de construire une fiscalité homogène. Il y a de nombreux pays qui vont s’exercer à passer à travers les mailles du filet.

    A mon sens la seule solution valable est une sortie radicale de la mondialisation. Le but étant de rapprocher les producteurs et les consommateurs dans un premier temps du point de vue de leurs besoins. Et cela passe bien sûr par une sortie de l’Union européenne et de l’euro qui sont les pointes avancées du libéralisme économique[2].

    Sortir de l’euro et de l’Union européenne a des avantages à court terme et à long terme. A court terme, cela permet de rétablir rapidement la balance commerciale par une dévaluation de fait de la monnaie, et donc ce rééquilibrage de la balance commerciale permet de créer rapidement des emplois, puisque la compétitivité de l’économie nationale est tout de suite rétablie. J’avais calculé que le simple retour au franc permettrait de créer tout de suite 1,7 millions d’emplois. Jacques Sapir avec des calculs un peu plus sophistiqués arrivait au même résultat. Cela n’est déjà pas si mal et donnerait de l’air à notre société qui en a bien besoin. Mais le plus important est qu’à plus long terme, on peut réorienter l’économie vers d’autres objectifs, vers la production des énergies renouveleables ou vers une agriculture plus propre qui respecte un peu plus les équilibres écologiques. Déjà dans le cadre de la nation une réforme de l’impôt est aussi facilitée par le fait que le dumping fiscal ne joue aucun rôle. Et bien sûr la réforme fiscale est la clé de la lutte contre les inégalité. A ceux qui croient encore que la mondialisation rime avec internationalisme, on répondra :

    1. que les réformes sociales vraiment progressistes se sont toujours réalisées dans un cadre national ;

    2. que si on est incapable de reconstruire un système social et économique plus proche des nécessités de la vie dans le cadre de la nation, il sera encore bien plus difficile d’avancer vers la voie du progrès dans une cadre mondial où les institutions n’existent pas.

     

    Liens

     

    http://www.marianne.net/Croissance-nulle-les-oeilleres-des-partisans-de-la-politique-de-l-offre_a240609.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20140814.OBS6435/la-politique-d-austerite-responsable-de-la-croissance-nulle.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2629



    [1] Thomas Piketty avec Camille Landais et Emmanuel Saez, Pour une révolution fiscale, janvier 2011, La République des idées/ Seuil, Thomas Piketty, Le capital au XXème siècle, Le seuil 2013.

     

    [2] On le voit encore avec les négociations sur le Traité Transatlantique que Bruxelles cherche à accélérer. 

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 21 Août 2014 à 12:17
    Déflation
    Si je suis pleinement d'accord avec ce diagnostic je mettrais un petit bémol sur les solutions. Tu dénigres à la fois la politique de l'offre et celle de la demande. A mon avis il faudrait mettre une pression très importante sur les bas salaires ( 8 à 10 % de plus sur le SMIC): fordisme ciblé. Seule façon efficace de diminuer les fameuses inégalités.
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