• Crise de la mondialisation

    La mondialisation est en crise et cette crise annonce peut-être sa sortie imminente. Ces jours ci elle s’est manifestée aussi bien à travers un nouveau krach boursier qu’à travers l’accélération des mouvements migratoires vers l’Europe qui posent des problèmes économiques et sociaux très difficiles à résoudre dans le cadre des institutions européennes. 

    Crise de la mondialisation

    Panique boursière 

    On a qualifié le lundi 24 aout 2015 de lundi noir. Les bourses ont décroché sévèrement de partout dans le monde. C’est une nouvelle crise mondiale de la finance, comme en 2001, 2008, à croire qu’elle suit le rythme régulier de sept ans. Sauf que tendanciellement la situation se dégrade de plus en plus. On attendait en effet une crise boursière imminente pour des tas de raisons, ralentissement de la croissance chinoise, endettement croissant des entreprises, des Etats et des ménages. Mais on ne l’attendait pas si tôt. En vérité, et surtout en Europe bien sûr l’économie mondiale ne s’est jamais remise de la crise de 2008.

    Les mécanismes des crises boursières sont toujours les mêmes, le fond est le manque de dynamisme de l’économie, joint à une distribution des profits trop importante. Trop de profits tuent le profit comme disait Mariner Eccles. En effet les surprofits comme on les appelle n’arrivent plus à s’investir dans des projets productifs et donc se dirigent vers des investissements spéculatifs, ce qui fait gonfler mécaniquement le cours des bourses. On note aussi que ce cours des bourses est alimenté par la faiblesse des taux d’intérêts qui impose aux épargnants de se diriger vers les actifs financiers plutôt que vers des placements monétaires.

    Mais cette crise boursière dont on entendra parler abondamment dans les jours qui viennent a une autre dimension. En effet, partie de la Chine dont l’économie ralentit, elle se répand comme une traînée de poudre au monde entier. C’est la rançon de la mondialisation qui fait que les marchés sont complètement imbriqués et que les économies nationales n’ont plus d’autonomie.

    Quels enseignements tirer ? Le premier est que l’économie mondialisée met en évidence une opposition entre l’offre et la demande : c’est une double crise de la demande, d’une part parce que les revenus des salariés ont baissé et ne permettent pas de consommer ce qui est produit, et d’autre part parce que la production standardisée ne trouve pas à satisfaire de réels besoins. On remarque que c’est encore plus vrai en Europe où les programmes d’austérité ont complètement déséquilibré les économies nationales pour le seul profit de l’Allemagne. Si on regarde les trois graphiques ci-dessous, on se rend compte que le CAC 40, contrairement au Dow Jones ou au Dax allemand ne s’est jamais remis de la crise de 2008.

    Le second est que les marchés semblent bien moins préparés en 2015 qu’ils ne l’étaient en 2008 pour faire face à une panique boursière de grande ampleur. La raison en est que le surendettement des économies – Etats, Ménages, Entreprises – a atteint une telle ampleur qu’on ne voit pas comment il peut s’amplifier encore. Autrement dit le ravaudage des marchés  réalisé en 2009 sur la base d’un endettement colossal des Etats ne peut pas se réaliser à nouveau. Une panique boursière aboutit à une destruction d’actifs financiers. Cette destruction d’actifs n’est pas seulement la destruction d’une épargne, elle engendre aussi des faillites d’entreprises et du chômage de masse.

     

    Crise de la mondialisation

     

    Indice CAC40

     

    Crise de la mondialisation

     

    Indice Dow Jones

     Crise de la mondialisation

     

    Indice Dax 

    Il ne faut pas encore trop s’avancer sur le fait que le capitalisme entre dans une phase terminale. Il peut en effet se transformer et prendre un nouvel essor. Mais ce qui semble définitivement terminé, c’est le mouvement d’intégration financière international puisqu’en effet, chaque fois qu’il y a une crise boursière, c’est l’espace économique qui se restreint, ou les liens entre les économies nationales qui se détendent. Une des raisons de ce phénomène est que dans le cadre national, parce qu’il est plus petit, l’offre s’ajuste plus facilement aux besoins. Evidemment, il est difficile de dire comment et vers quoi l’économie va se diriger. On peut toujours identifier des besoins : une agriculture plus saine, une diminution de la pollution liée aux déplacements, un meilleur entretien de notre mère nature, etc. Mais il n’y a aucune raison pour que le système réguler par le marché et donc par le profit s’y dirige spontanément. Pour engranger des profits croissants, il faut produire toujours plus, même des objets inutiles et polluants. On peut cependant imaginer qu’il s’y dirige dans le cadre d’une reprise en main de l’économie par l’Etat, ne serait-ce que parce que le chômage va atteindre rapidement des sommets et rendre les sociétés de plus en plus instables, et aussi parce que de nombreuses banques et entreprises vont se trouver rapidement en faillite. 

    Migrations

     Crise de la mondialisation 

    On assiste cette année à l’amorce d’un des plus vastes mouvements migratoire de tous les temps. Les chiffres – plus ou moins fiables cependant - disent que dans le seul mois de juillet ce sont plus de 100 000 migrants venants d’Afrique et du Moyen-Orient qui ont franchi les frontières de l’Europe, et cela va sans doute s’amplifier dans les mois qui viennent. Il va de soi que dans le cadre d’une Europe exsangue sur le plan économique, avec les coupes dans les programmes sociaux, c’est un problème supplémentaire qui s’ajoute. Ces mouvements migratoires sont évidemment la conséquence du libéralisme dont la logique de flux veut que les mouvements de marchandises, de capitaux et d’hommes soient libres de toute entrave. Ce qui permettrait d’ajuster les équilibres sur les différents marchés. Bref c’est l’idée qu’un monde sans frontière peut exister.

     Crise de la mondialisation

    Les migrants passent par la Macédoine 

    Cependant à travers ces mouvements migratoires plusieurs logiques s’affrontent : d’une part il est évident que les migrants fuient leur pays d’origine parce qu’ils espèrent trouver une situation meilleure en Europe. Cela peut être la conséquence du mauvais état de l’économie, ou de la décomposition des formes politiques antérieures avec par exemple le développement de l’Etat Islamique et du chaos qu’il engendre. D’autre part, les peuples européens ont du mal à accueillir ces migrants à la fois parce que cela modifie l’ensemble des relations sociales, et parce qu’il n’y a pas de travail et que les allocations chômage sont de plus en plus restreintes. L’arrivée de ces migrants est vécue comme une concurrence déloyale. Les chefs de partis, certains intellectuels ont beau en appeler à la générosité des européens, c’est un discours qui ne passe pas parce que le peuple n’en a pas les moyens tout simplement.

     Crise de la mondialisation

    Migrants à Calais 

    Dans un tel contexte il apparaît que les migrants sont l’allié naturel de l’extrême-droite raciste. En effet on a vu les images télévisées d’une Europe passoire : la façon dont les frontières de la Macédoine ont été enfoncées laisse pantois. Il n’y a eu aucune entrave réelle de la part de la police macédonienne désireuse de se débarrasser au plus vite de ce problème encombrant. Tout se passe comme si on avait décidé d’un changement de logique et que dorénavant les frontières de l’Europe étaient largement ouvertes aux migrants. Peut-être certains en espèrent-ils une dynamisation de l’économie de l’offre parce que les migrants vont être moins gourmands que les autochtones en matière de salaire et d’avantages sociaux ? Mais depuis trente ans qu’on travaille à l’amélioration de l’économie de l’offre, les résultats sont plus que décevants.

    On a vu également des migrants refuser, sous l’influence de leurs leaders, les repas distribués gratuitement parce qu’ils n’étaient pas hallal ! C’est de la publicité gratuite pour le Front National ! Même un esprit simple se rend compte que dans le cadre d’un Etat national il est matériellement possible de contrôler les frontières. Evidemment dans le contexte actuel, terrorisme, délinquance et chômage de masse, les populations qui votent encore vont être sensibles à un retour de l’Etat national et à la sécurisation de ses frontières. L’espace social ne peut exister sans frontière, d’une manière ou d’une autre. Nier ce phénomène, c’est nier l’histoire. Une des raisons évidentes est que la porosité des frontières sur le plan économique, humain ou financier, accroit l’insécurité et dilue les cultures traditionnelles.

    L’Allemagne se propose cette année d’accueillir 800 000 migrants. Elle pense que c’est son intérêt économique parce que sa démographie est chancelante et donc que cela stimulera son économie. Mais il n’est pas certain que les Allemands eux-mêmes suivent cette voie. De nombreux Allemands y voient une colonisation rampante, d’autant qu’ils sont majoritairement musulmans. Les manifestations de Pegida ont été populaires et pourraient être relancées si les mouvements migratoires venaient à s’amplifier. Si on ajoute cela à la méfiance qu’une partie de l’Allemagne manifeste à l’endroit de l’euro, on voit une tendance au repliement national qui se dessine ici aussi.

     Crise de la mondialisation  

    Jean-Christophe Cambadelis, accessoirement secrétaire général du P « S » qui présentait son ouvrage A gauche les valeurs décident de tout[1], annonçait que si le Front National arrivait au pouvoir, celui-ci mettrait dehors 4 millions de musulmans ! Cela entraînerait une guerre civile. Outre que c’est une affirmation des plus gratuites, on peut se demander si en avançant de telles énormités il ne vise pas justement à faire monter le Front National. Sans doute pense-t-il comme Hollande que plus le FN sera haut en 2017 et plus les chances du PS seront élevées  face à Nicolas Sarkozy. Sans doute le PS pense-t-il que la gauche retrouvera ses vieux réflexes de défendre l’immigré et d’avaler les autres couleuvres libérales du même coup. C’est sans doute là qu’il se trompe. En effet si la gauche n’est plus audible, si le peuple s’en détache, c’est qu’elle est incapable de dire quoi que ce soit de cohérent sur la question des migrations. Au-delà de compatir avec les difficultés des migrants, il faut bien se poser les questions suivantes et y répondre : combien l’Europe peut-elle accueillir de migrants ? 10 millions, 20 millions, plus ? Quel travail va-t-on leur donner ? En quoi vont-ils modifier notre standard de vie alors que notre niveau de vie baisse tous les jours et que tout devient plus difficile ? Etc. Quand Rocard disait que la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde, on le critiquait facilement, mais qu’avait-on alors à lui opposer en dehors d’un humanisme compassionnel ?

    Face à cette démission, on comprend que le FN a un grand avenir et qu’en réalité pour contrer sa montée inexorable, il n’y a qu’une seule manière de faire : proposer une politique économique et sociale alternative cohérente en s’adressant directement au peuple. Pour ma part je pense que ce sont plutôt ceux qui gesticulent le plus en faisant du FN leur cible favorite qui ont les plus lourdes responsabilités dans sa montée. 

    Liens 

    http://www.latribune.fr/bourse/la-bourse-de-paris-cloture-dans-le-rouge-5-35-500128.html

    http://www.courrierinternational.com/article/europe-debordee-la-macedoine-laisse-entrer-les-migrants

    http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/2431835/2015/08/22/Une-manifestation-contre-un-centre-d-asile-degenere-en-Allemagne.dhtml 

    http://www.rtl.fr/actu/politique/jean-christophe-cambadelis-le-front-national-raccompagnerait-a-la-frontiere-quatre-millions-de-francais-7779480194 

    http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/2014/10/07/calais-repas-annule-apres-le-refus-de-certains-migrants-de-manger-une-nourriture-pas-assez-epicee-566666.html

     


    [1] Paru chez Plon en aout 2015. Il est cependant douteux que ce soit lui qui l’ait réellement écrit.

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