• CRISE DE L’EURO & CRISE DE LA DETTE PUBLIQUE (2)

    B. La dette publique en Europe

    C’est le point qui a été le mieux analysé par les critiques de l’Union européenne, celui qui est le plus populaire. Les dettes publiques en Europe ont augmenté fortement pour trois raisons :

    1. la croissance étant très faible et le chômage orienté à la hausse, l’Etat doit soutenir la demande interne et secourir les chômeurs. Mais cette croissance faible est aussi la conséquence de la surévaluation de l’euro non seulement par rapport au dollar, mais aussi par rapport à ce que devraient être les monnaies nationales des pays composant la zone. Elle prive les Etats de recettes fiscales, les oblige à soutenir les chômeurs et la demande interne ;

    2. la mise en concurrence des Etats nationaux les a plus ou moins obligé à réformer leur fiscalité dans un sens d’un allégement des impôts sur les entreprises et sur les hauts revenus. On connait bien ce chantage qui conduit les Etats à augmenter les impôts indirects qui par nature sont plus défavorables aux classes les plus pauvres ;

    3. le mode de financement de la dette publique par les marchés financiers fait que les banques peuvent emprunter à un taux très bas auprès de la BCE et reprêter cet argent aux Etats endettés à des taux plus élevés à cause du risque de défaut de paiement. Sur le long terme il s'agit d'un transfert d'argent public vers le secteur privé, tout comme la privatisation des autoroutes qui engendre de l'argent gagné à peu de risque, une logique de rente.

    Les dettes publiques étaient déjà en augmentation avant la crise de 2008, mais bien sûr l’impact de celle-ci a aggravé les problèmes. Pour ce qui nous concerne ici, on remarque d’abord que les pays les plus endettés, du point de vue des finances publiques sont ceux qui ont aussi un déficit extérieur important.

    Ces dettes ont été qualifiées d’illégitimes parce que l’on considère qu’elles ont été remboursées plusieurs fois, eut égard les intérêts cumulés. Pour cette raison on a demandé à plusieurs reprises à ce que les dettes des Etats échappent à la tutelle des marchés et soient financées directement par la banque centrale – soit la BCE, soit les banques nationales.

    On remarque que dans la logique des institutions européennes, les critères de Maastricht fixaient une dette publique impérativement inférieure à 60% du PIB et un déficit public impérativement inférieur à 3% du PIB. Ces critères étaient censés permettre une bonne gestion de la monnaie unique et assurer sa force sur le marché international. La convergence était présentée comme résultant de cette politique, tirant les économies les plus pauvres vers le haut. Non seulement ces critèresn’ont jamais été respectés d’une manière continue – sauf par le Luxembourg – mais en outre, ils ont été aggravés par le TSCG (Traité sur la Stabilité, la Convergence et la Gouvernance) entré en vigueur au début de l’année 2013. Aujourd’hui on retient le critère d’une dette publique inférieure à 60%, mais on exige que le déficit public soit contenu à 0,5% du PIB. C’est ce que la presse a qualifié de « règle d’or » et qui apparaît pourtant comme un objectif intenable. En effet on voit mal comment dans une économie en récession, les pays qui ne sont pas arrivé malgré leurs efforts à contenir le déficit public en dessous des 3% vont pouvoir atteindre les 0,5% aujourd’hui, sauf à détruire leur économie uniquement pour satisfaire la cupidité de l’Allemagne et des banquiers.

      

    Pour bien comprendre l’enjeu de ce débat, il faut se souvenir d’abord que les critères de Maastricht qui étaient bien plus souples que ceux du TSCG n’ont pas pu être tenus, essentiellement parce que les gouvernements nationaux avaient besoin de la soupape de sureté de la dépense publique pour soutenir une économie défaillante. Dès lors on se demande comment des critères bien plus durs pourraient l’être durablement alors que les économies de la zone sont en plein marasme.

    Le TSCG – signé d’ailleurs par le cocasse François Hollande – stipule que le pays signataire doit faire en sorte que son déficit budgétaire reste inférieur ou égal à 0,5% du PIB. Ce déficit est dit structurel, c’est-à-dire qu’il laisse une marge de manœuvre en cas de problème conjoncturel particulier, en cas de crise financière ou économique par exemple. Cette règle doit être inscrite dans la loi ou dans la constitution du pays signataire. Les Français, les Danois et quelques autres ont refusé de l’inscrire dans la constitution : une simple loi permettrait alors de revenir en arrière. Auparavant, le déficit, selon les critères de Maastricht, était autorisé jusqu’à 3% du PIB et la dette publique était considérée comme soutenable jusqu’à hauteur de 60% du PIB. Les règles de rigueur budgétaire ont donc été durcies, comme si le laxisme des précédents critères était à l’origine de la crise des dettes publiques en Europe et de la crise économique latente.

    Le TSCG suppose également un contrôle externe au gouvernement sur la politique budgétaire, en France ce sera le Haut Conseil aux finances publiques. Les textes stipulent que cette autorité sera indépendante et donnera son avis, non seulement sur le niveau de la dette et des déficits, mais aussi sur la façon dont l’Etat réduit les déficits et la dette. L’idée est que la politique budgétaire échappe au contrôle du politique, sauf que les personnes recrutées dans ce Haut conseil aux finances publiques est constitué essentiellement de banquiers.

    Sans le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), le traité de stabilité n’aurait pas le même sens. Le MES est destiné à prendre la succession du FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière). C’est en quelque sorte un mécanisme qui pérennise dans la zone euro la solidarité entre les nations qui la forment. C’est une sorte de Banque de prêts à destination des Etats dans le besoin. Le capital qui doit atteindre 80 milliards d’euros est apporté par les différents Etats de la zone euro au prorata de ce que sont leur poids économique : l’Allemagne apportera 27%, la France 21%. Avec l’Italie et l’Espagne, ces pays seront la base du MES. A partir de cette base, le MES espère jouer un rôle de levier pour obtenir des capitaux à des taux préférentiels, chose que ne pourrait faire un pays tout seul et en difficulté. Le capital servira à garantir les prêts. Le MES qui est entré en fonction depuis le 27 septembre 2012, vise un volume de 500 milliards d’euros, puis de 700 milliards à pleine vitesse. En coopérant avec le FMI, les volumes considérés pourraient atteindre 2000 milliards d’euros. C’est du moins ce que les tenants de cette usine à gaz avancent, mais rien n’est moins sûr.

    L’aide du MES s’adresse aux pays qui ont de grandes difficultés pour financer leur dette publique sur le marché des capitaux, mais aussi aux pays qui ont besoin d’aider leurs institutions financières à se recapitaliser. Cette aide est conditionnelle, c’est-à-dire qu’elle ne peut s’appliquer non seulement qu’aux pays qui ont signé le TSCG, mais qui en outre acceptent la tutelle du MES, de la BCE et du FMI dans la remise en ordre de leurs finances publiques, donc qui acceptent de perdre leur souveraineté. Les pays considérés doivent  démontrer qu’ils vont faire des efforts en réduisant leurs dépenses et en augmentant leurs impôts, principalement les impôts indirects, ou qui trouvent de nouvelles recettes en livrant une partie des biens publics aux rapaces des marchés financiers. Le MES quant à lui bénéficie d’une immunité, il ne peut être attaqué. Il s’appuie pour tout litige sur la Cour Européenne de Justice. Bien que ses membres soient nommés par les différents Etats qui participent au MES, il est indépendant du pouvoir politique. Des pays comme l’Angleterre ont refusé de participé à ce projet parce qu’ils estiment que la politique budgétaire doit rester l’apanage du parlement national, mais n’étant pas dans la zone euro, le Royaume Uni a une marge de manœuvre que les autres pays n’ont pas.

    Le Traité comme le MES sont loin de faire l’unanimité. Trois catégories de critiques leurs sont adressés : d’abord le manque de démocratie du TSCG et du MES. Non seulement le peuple n’a pas été consulté sur ces mécanismes, mais en outre la gestion budgétaire va sortir de l’attribution des hommes politiques élus. Ensuite le fait que les critères à atteindre sont irréalistes et que les moyens du MES apparaissent insuffisants. Enfin qu’ils auront un impact forcément récessif sur la demande et donc sur la croissance future dans la zone euro

    L’Allemagne a voulu que le TSCG impose véritablement des règles rigides et qu’il ne se contente pas de principes affirmés qui ne sont le plus souvent jamais atteints. Pour cela elle a imaginé des sanctions. La première sanction est que les pays membres de la zone euro qui ne ratifieraient pas le TSCG en temps utiles se verraient adressée une amende équivalente à 0,1% de leur PIB. La seconde est que les pays membres doivent faire des efforts pour atteindre rapidement l’objectif des 60% de la dette publique par rapport au PIB. L’effort demandé est une réduction annuelle minimale d’un vingtième de la dette publique par année fiscale. Cet impératif est accompagné de sanctions monétaires évaluées entre 0,2% et 0,5% du PIB. Ces amendes viendraient abonder le budget de la Commission européenne.

    Le MES pense avoir la capacité de lever des fonds à la hauteur de 2 000 milliards d’euros en cas de besoin, même si dans un premier temps, 2013, il songe plutôt à un volume de 500 milliards d’euros. Cette somme est jugée insuffisante, étant donné que les seuls besoins de l’Italie et de la Grèce en 2013 seront supérieurs à 600 milliards d’euros. La réussite du MES dépendra évidemment de la façon dont les marchés financiers vont réagir. Si les taux sur ces marchés ne s’envolent pas, alors le MES ne sera qu’un appoint dans le financement de la dette publique des pays les plus en difficulté, dans le cas inverse, il pourrait être rapidement insuffisant.

    Le MES distribuera son aide en coordonnant son action avec la BCE et le FMI, ce qui inquiète de nombreux économistes dans la mesure où l’action de la Troïka en Grèce n’est pas jugée très efficace en terme de croissance et d’emploi et comme on l'a dit ci-dessus elle est maintenant critiquée par le FMI.

     

    Outre les critiques sur la méthode de fonctionnement du TSCG et du MES, d’autres sont apparues en ce qui concerne l’efficacité d’un tel projet. Probablement c’est la question du rapport entre le TSCG et la relance de l’économie dans la zone euro qui pose le plus de problèmes. En effet, le fait de parier sur l’orthodoxie budgétaire comme préalable au retour d’une croissance plus saine, suppose que l’austérité provoquera un choc d’offre par le biais d’une déflation salariale et que les économies européennes repartiront ragaillardies à la conquête des marchés mondiaux. En effet les mesures de compression des dépenses budgétaires vont faire baisser la demande et probablement s’accompagneront, si ce n’est déjà le cas, d’une baisse de la protection sociale et des retraites. Ce mouvement doit aboutir à la baisse globale du coût du travail et suppose que les économies européennes malmenées par la crise retrouveront des marges de compétitivité. C’est parce que cette austérité risque de faire baisser la demande que le président Hollande disait vouloir renégocier le TSCG en y ajoutant un volet pour la stimuler la croissance. Celui-ci a été bien inscrit dans le Traité, pour une somme de 120 milliards d’euros[1]. Ce qui représente environ 1% du PIB de la zone euro. Certains économistes jugent cet effort de relance insuffisant, rappelant qu’aux Etats-Unis, c’est environ 7% que le président Obama a mobilisé pour relancer la croissance. Ces 120 milliards sont représentés par une réaffectation des fonds structurels inutilisés à hauteur de 55 milliards d’euros, une nouvelle ligne de crédit inscrite dans les registres de la BEI pour 60 milliards d’euros et enfin 5 milliards d’euros de « project bonds » qui représentent la seule nouveauté du programme européen. Ces dernières sommes devraient être affectées à des investissements d’infrastructures.

    De nombreux économistes se sont inquiétés de l’impact des mesures d’austérité sur la demande et ensuite sur la croissance, avançant que dans une période dépressive le problème n’était pas de stimuler l‘offre, mais au contraire la demande. Car si l’austérité entraine les économies européennes dans la dépression, celle-ci engendrera de moindres rentrées fiscales et par suite aggravera encore un peu plus la dette publique. L’exemple de la Grèce sert souvent à soutenir ce raisonnement : ce pays a mis en œuvre depuis trois ans de vastes programmes de baisse de la dépense publique, sous la houlette du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, mais la dette publique a continué de s’accroître de manière continue. Il est curieux que François Hollande emprunte cette voie, d’une part parce que l’économie de l’offre renvoie uniquement à l’économie du XIXème siècle et qu’elle a été remise à l’ordre du jour par Ronald Reagan et par Margaret Thatcher, et d’autre part parce qu’il a été élu par la gauche pour faire tout autre chose.

    2. Les solutions

     Au moins tous les économistes sont d’accord pour considérer que la situation en Europe est une situation de crise, à la fois politique, économique et sociale. Sur le plan politique on parle, mais c’est un euphémisme de « déficit démocratique », alors que le peuple n’est plus consulté depuis 2005[2], sur le plan économique c’est l’absence de croissance et sur le plan social la montée de la pauvreté et du chômage – on parle en France de 8 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté et de 5 millions de chômeurs. Mais l’important, c’est peut-être moins le constat que les possibilités de sortir du marasme qui comptent. On ne parlera pas ici de la crise écologique qui promet des lendemains peu souriants à l’échelle d’une ou deux générations. On restera volontairement aujourd’hui sur les problèmes immédiats.

    Globalement il y a trois types de solutions de sortie de crise qui sont avancées. La première consiste à considérer que nous sommes sur la bonne voie, même si les choses sont provisoirement difficile et donc qu’il convient de continuer dans le sens de l’austérité, c’est ce que raconte le gouvernement de Jean-Marc Ayrault qui parle de stabilisation de la hausse du chômage ou des « experts » qui voient des signes encourageants en Grèce ou Espagne au prétexte que la balance commerciale aurait connu une certaine amélioration.

    La seconde consiste à croire qu’il est possible de construire une autre Europe plus sociale et plus efficace en allant vers plus de fédéralisme, enfin il y a ceux qui pensent que la solution passe essentiellement par une remise complète du dogme de la monnaie unique et des nécessaires mesures d’austérité.

    Ces solutions présentées dépendent de deux paramètres :

    - d’abord des possibilités institutionnelles ;

    - ensuite de la conception que l’on a des mécanismes économiques et de la politique économique.

     A. Les possibilités institutionnelles

     L’Europe n’est pas et ne sera jamais un Etat comme peuvent l’être les Etats-Unis : ceux-ci ont une langue, un gouvernement fédéral, un hymne patriotique et un budget chargé de mettre en mouvement des lois communes et d’opérer des transferts de richesse entre les Etats les plus riches et les Etats les plus pauvres. L’Union européenne ne s’est pas construite avec une idée politique particulière, mais à partir d’une certaine idée, d’ailleurs très controversée, de l’économie et de ses mécanismes. C’est en quelque sorte le parfait véhicule pour prendre sa revanche contre les tendances étatistes du général De Gaulle et du CNR. Elle a été conçue dès son origine autour du seul et unique principe, celui de la concurrence. Dans ses traités ce principe est figé : « la concurrence libre et non faussée » est un principe économique discutable et qui nous semble pour le coup appartenir à la façon de penser du XIXème siècle[3], il sous-entend que c’est le seul et unique moyen d’accroître la richesse et le bien-être des populations européennes, la simple question du partage de la richesse n’est guère évoquée. Il exclut toute autre possibilité. Avant d’être une idée politique, l’Union européenne se pense comme un espace uniquement économique mis en mouvement par la logique des marchés. Il n’y a pas d’autre idée et c’est pourquoi il ne peut pas y avoir un Etat européen, ou alors se serait un Etat qui se combattrait lui-même et viserait à détruire ses instruments d’action sociale et économique.

    Aucune nation au monde n’a jamais développée dans sa constitution autour d’un tel principe. D’emblée l’Union européenne est un projet conservateur et droitier – il n’y a jamais eu d’idée de gauche qui soit venue le contaminer, contrairement à ce qu’ont fait semblant de croire les social-démocrates comme Jacques Delors qui avançaient qu’après avoir unifié le marché, on en viendrait nécessairement à développer une Europe sociale. À l’inverse ce projet dévastateur a contaminé la gauche et l’a détruite dans ses fondements idéologiques. Les conséquences de ce positionnement son nombreuses mais vont toute dans le même sens : le but est d’empêcher l’émergence d’une logique collective. Non seulement il est interdit aux Etats d’intervenir pour sauvegarder leur industrie, mais ce principe permet de s’attaquer aux services publics et de les détruire[4]. Bien entendu, c’est l’outil adéquat pour rabaisser la protection sociale qui n’est plus alors un bien collectif, mais qui est vue comme un simple service sur lequel peuvent intervenir des entreprises privées et donc les lois du marché. La Cour de Justice Européenne a bien perçu le message et peu à peu détruit le droit du travail comme l’action syndicale, limitant le droit de grève, réduisant les possibilités de la négociation collective dont la logique s’oppose évidemment au principe mille fois réaffirmé de la concurrence libre et non-faussée. Mais le pire est sans doute que l’extension de ce principe s’impose aux Etats nationaux : ceux-ci sont en concurrence les uns avec les autres. Pour cette raison le fédéralisme européen est une chimère impossible. On a souvent voulu comparer l’Union européenne aux Etats-Unis. Mais dans la constitution américaine, il est écrit nulle part que les différents Etats doivent exacerber la concurrence entre eux, ni même qu’il serait interdit à un gouvernement élu démocratiquement d’appliquer une politique collectiviste.

    Ce système a fait la preuve de son inefficacité : contrairement à ce que les eurocrates bornés et corrompus ont affirmé et réaffirmé, l’Union européenne et particulièrement la zone euro n’ont obtenu que de très mauvais résultats dans ce qui est fondamental pour les économistes traditionnels : la croissance est très faible, les salaires stagnent, les inégalités explosent et le chômage est structurellement élevé, avant comme après la crise de 2008. En outre ses résultats en matière d’échanges extérieurs sont très mauvais, la zone euro n’est pas compétitive. La meilleure des preuves est que le principal de l’excédent allemand provient de son commerce avec le reste de la zone euro, tandis que ses positions se détériorent avec les autres marchés.

    La contrepartie de l’Union européenne est la dissolution des principes démocratiques les plus élémentaires. En effet la démocratie est – au minimum – la possibilité pour les citoyens de pouvoir choisir entre différents modèles de société. Or il est aujourd’hui interdit pour les Européens de choisir un modèle collectiviste, mais également un modèle d’économie mixte où l’Etat aurait une place au côté des marchés. Les récents traités (TSCG et MES) font passer sous la tutelle des experts non élus la gestion des recettes et des dépenses budgétaires. Si on résume l’action de l’Union européenne en matière de politique économique, on voit que les Etats n’ont plus droit à la politique monétaire, ni droit à la politique budgétaire. Que reste-il alors au domaine de la politique ? Uniquement les problèmes de société : la légalisation du cannabis, le mariage homosexuel et d’autres sujets sans intérêt.

    Les traités européens sont ainsi faits qu’ils empêchent toute renégociation. Non seulement les traités sont faits pour construire une Europe libérale – libre circulation des marchandises et des capitaux – mais les processus de décision passent uniquement par le bon vouloir de la Commission européenne, de la Cour de justice européenne et de la Banque centrale européenne.

    C’est pour cette raison que les eurocrates ont toujours préféré l’élargissement – l’adhésion continuelle de nouveaux pays – à l’approfondissement – c’est-à-dire l’harmonisation de la fiscalité, de la législation et des mécanismes de la protection sociale. Ils ont parié sur la mise en concurrence des Etats nationaux au sein de l’Union, et donc sur leur disparition progressive. Cette mise en concurrence empêche évidemment la marche vers le fédéralisme, d’autant plus facilement que les derniers entrants dans l’Union européenne tiennent principalement leur avantage comparatif de leur dumping social et fiscal qu’ils n’ont aucun intérêt à abandonner. Plus le nombre de pays est important dans l’Union, et plus l’immobilisme est assuré. Les seules formes d’harmonie fiscale et sociale ne peuvent alors se faire que par le bas, c’est-à-dire dans la destruction des systèmes de protection sociale et de redistribution fiscale mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans les pays plus avancés.

    Le second élément qui interdit le fédéralisme est la loi allemande. En effet, c’est le seul pays d’Europe où la constitution est au-dessus des directives européennes.

    Comme on l’a dit, l’intégration de l’Europe, ne pourra se faire que si elle dispose d’un budget conséquent qui lui permette de redistribuer la richesse des régions les plus riches vers les régions les plus pauvres. Mais les pays riches, l’Allemagne en tête, n’en veulent pas. Du reste les finances publiques des différents Etats européens sont dans un tel état qu’il est difficile d’accroître les dépenses pour un budget européen qui n’est pas démocratiquement contrôlé par les populations. C’est pour ces raisons qu’on dit qu’il est plus facile de sortir de l’euro et de l’Europe que de vouloir amender son fonctionnement. 

    B. L’approche de la croissance 

    Bien que ce soit un objectif très discutable, les institutions européennes prétendent viser la croissance. Mais même en cela elles ont lamentablement échoué. L’Europe est construite sur l’idée que c’est l’offre qui crée la croissance et non pas la demande, seul le marché est efficace. C’est la doctrine classique du XIXème siècle, celle qui a engendré la Grande dépression des années trente et qui fut ensuite durement combattue par Keynes et ses épigones. Donc il s’ensuit qu’on suppose que les cures d’austérité vont produire un choc de compétitivité qui fera tôt ou tard redémarrer la croissance. En supposant que le modèle allemand puisse se généraliser au reste de l’Europe, on suppose que la déréglementation du marché du travail, la réduction de la taille de l’Etat providence permettra aux coûts européens de baisser et donc l’ensemble de l’Europe tirera sa croissance grâce à ses échanges avec le reste du monde. Cette approche est triplement erronée :

    - d’abord parce que nous sommes dans une période de crise de surproduction, or jamais la croissance ne peut repartir du côté de l’offre en période de dépression, c’est-à-dire dans une période où le capital et le travail sont des facteurs largement sous utilisés. Les investissements productifs sont bloqués par la faiblesse de la demande solvable. La crise que connait aujourd’hui l’automobile est de ce point de vue exemplaire, mais le secteur de l’immobilier est aussi en surproduction, comme la sidérurgie et plus généralement l’industrie.

    - ensuite parce que le principal du commerce de l’Eurozone est intra-européen, ce qui veut dire que les parts de marchés que l’un des pays gagne, sont perdues par l’un des partenaires européens. C’est déjà, comme on l’a vu, ce qui s’est passé avec la montée en puissance des échanges extérieurs commerciaux allemands dans la zone euro avec l’introduction de l’euro.

    - enfin parce que le coût du travail n’est qu’un élément de la compétitivité économique et qu’en abaissant celui-ci, on tue la demande intérieure. C’est d’ailleurs un des problèmes importants pour l’Allemagne : tant que celle-ci réalise des excédents commerciaux au détriment de ses partenaires, elle connait une croissance assez soutenue, et un taux de chômage faible. Mais dès lors que ses partenaires sombrent dans la dépression économique, sa croissance ralentira car elle n’est plus tirée par la demande interne[5].

    Le plus étrange est, pour un œil non averti, probablement que l’Union européenne, à travers ses traités récents ait renforcé le modèle libéral, celui-là même qui a provoqué la grande crise dans laquelle nous pataugeons depuis 2008. Rien n’a été fait pour réglementer le marché financier, au contraire on a mis un corset supplémentaire à l’Etat !

    Jacques Sapir soulignait dans son ouvrage Faut-il sortir de l’euro ?, qu’au tout début des années trente, les Etats-Unis et l’Allemagne avait expérimenté la potion amère que veulent nous faire avaler aujourd’hui les différentes institutions européennes. Entre 1929 et 1932 le chancelier Brüning mena une politique d’ajustement extrêmement brutale : le nombre de chômeurs passa de 13% à 43%, on diminua les allocations chômages, les supprimant même pour les femmes, les salaires des fonctionnaires baissèrent de 10%, l’ensemble des salaires baissa de 6%. Toutes ces mesures entravèrent la demande et aggravèrent la crise, la conséquence en fut l’arrivée d’Hitler au pouvoir par des voies tout à fait légale. Ce n’est donc pas l’inflation qui a amené Hitler au pouvoir, contrairement à la légende répandue et entretenue par la très conservatrice Bundesbank, mais au contraire la politique de déflation brutale accompagnée de l’abaissement tout aussi brutal des dépenses publiques.

    Dans le même temps les Etats-Unis, emmenés par les Républicains d’Hoover, appliquèrent le même type de politique, accélérant la crise, jusqu’à ce que l’élection de Franklin Roosevelt qui mit en place un large plan de relance économique fondé sur les principes inverses de la politique libérale : développement de grands travaux, embauche de travailleurs sur fonds publics, développement d’un modèle de protection sociale qui relancèrent la demande. En outre il visait à limiter les inégalités de revenus qui avaient explosé durant "les folles années vingt". Ce programme très audacieux, critiqué fortement par les économistes de profession au moment de son lancement, s’appuyait également sur la mise sous tutelle du système bancaire, c’était l’outil pour l’administration Roosevelt d’avoir les moyens financiers de son programme. C’était un programme de rupture d’avec les dogmes de l’approche libérale. D’ailleurs, contrairement à l’Union européenne où les droits syndicaux sont rognés au fil des ans d’une manière sournoise par la Cour de Justice Européenne, l’administration de Roosevelt visait à les développer, donc en même temps qu'il limitait le principe de la propriété privée des moyens de production, il limitait aussi le pouvoir des capitalistes.

    Comme le montre le graphique ci-dessous, les résultats se manifestèrent rapidement, bien avant que les Etats-Unis ne rentrent dans la guerre. C’était globalement la démarche inverse de celle de l’Union européenne et de François Hollande. Le New Deal avait comme objectif premier, non pas de conserver la valeur de la monnaie ou de revenir à l’équilibre budgétaire, mais principalement de lutter contre le chômage et donc de remettre à tout prix – c’est-à-dire au prix d’un déficit budgétaire important – les populations au travail. La déflation salariale était un principe condamné.

      

    Le rappel de faits historiques[6] bien connus est nécessaire parce qu’aujourd’hui des tensions politiques importantes apparaissent : c’est aussi bien la montée en puissance des partis d’extrême droite – en Grèce Aube dorée est ouvertement nazi – que la haine de l’Allemagne qui a atteint un niveau jamais égalé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Jacques Sapir, toujours dans l’ouvrage cité ci-dessus, pense qu’une telle situation est porteuse d’un conflit militaire si rien n’est fait.

    C. Les scénarios probables

    Essayer d’imaginer le futur est toujours un exercice difficile pour les économistes. Il faut donc être prudent en la matière et surtout ne pas confondre nos désirs avec la réalité. Egalement il convient de comprendre que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui des années trente : jamais d’ailleurs une crise économique n’a duré aussi longtemps dans l’histoire et le bout du tunnel semble encore bien éloigné.

    A moyen et long terme, il est impossible de modifier les traités européens qui étouffent l’Eurozone. Les enjeux financiers sont bien trop importants[7], mais en outre aujourd’hui une telle modification demanderait une majorité telle que celle-ci est impossible à obtenir, eu égard à la divergence même des trajectoires des économies nationales. De ce côté-là, c’est verrouillé et fait pour le rester.

    Le fédéralisme est également impossible, ceux qui en rêvaient en seront pour leur frais. La raison est assez simple à comprendre :

    - d’une part la trajectoire des économies nationales est bien trop divergente. Et donc le fédéralisme qui ferait de l’Europe une nation de poids et de taille des USA ne pourrait se réaliser que si l’Union européenne était dotée d’un budget conséquent (entre 15 et 25% du PIB européen) qui réaliserait, au nom de la solidarité, une redistribution de la richesse entre les nations riches et les nations pauvres. Une telle démarche se heurterait d’abord à l’Allemagne qui a toujours considéré que sa Constitution restait supérieure aux traités européens et devait le rester : elle  ne voudra pas payer pour les « pauvres ». Ensuite, il est à peu près certain que les Etats nationaux, déjà malmenés par leurs finances publiques rechigneront à accroître le budget communautaire, d’autant qu’il se trouvera toujours quelques pays pour penser qu’il est de leur intérêt à court terme de maintenir le statu quo qui leur donne un avantage comparatif à peu de frais dans le jeu de la concurrence sur le plan fiscal ou législatif instauré par l’Union[8].

    - d’autre part, l’Union européenne est déjà une Europe à deux vitesses, ou trois vitesses plutôt, puisqu’une partie adhère à la monnaie unique – 18 pays - alors que l’autre n’en veut pas (le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark) et que la troisième ne remplit pas les critères d’adhésion.

    - enfin, un véritable fédéralisme demanderait une harmonisation de la fiscalité et de la législation. Celle-ci est impossible parce que l’Europe réelle fonctionne selon un système de concurrence entre les nations justement sur ce plan-là. Une harmonisation fiscale et législative ne pourrait donc se faire que par le bas : c’est-à-dire un salaire minimum très faible, une couverture sociale également très faible et une pression fiscale basse[9]. Mais même cette solution se heurterait à la volonté des pays qui pensent qu’ils tireront leur épingle du jeu en maintenant leur dumping fiscal et social.

    L’Allemagne ne veut pas d’un fédéralisme qui l’obligerait à redistribuer une partie de sa richesse et donc à comprimer un peu plus sa demande interne et son épargne au risque de ne plus trouver de solution pour financer ses retraites, mais aussi de voir le chômage repartir à la hausse[10].

    Le plus probable est que la Commission européenne, appuyé sur la BCE et le MES va donc continuer à défendre l’euro, en essayant de soutenir la solvabilité des dettes publiques. Sans se préoccuper ni de la croissance, ni de l’emploi. Elle mènera ce jeu jusqu’à ce que les fonds du MES soient épuisés et qu’une nouvelle crise bancaire n’éclate. Ce qui ne saurait tarder, étant donné que les besoins de financement des Etats en difficulté (la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande) vont apparaître bien supérieur aux possibilités du MES. En effet le MES a pour mission de lever des fonds aussi bien pour aider au financement des dettes publiques – il agira comme un fonds de garantie et sera rémunéré pour ce rôle grâce à des fonds fournis par les Etats européens suivant leur poids dans l’économie de la zone euro. Ces fonds doivent garantir le remboursement des dettes publiques et la recapitalisation des institutions financières. Le MES devrait pouvoir lever en 2014 environ 500 milliards d’euros. Cette somme parait considérable, mais il faut se souvenir qu’en 2013, les seuls besoins de financement des dettes publiques en Italie et en Espagne se monteront à 613 milliards d’euros.

    Les plans d’austérité en Grèce, en Espagne, au Portugal, et bientôt en France, ont aggravé la question : en effet, en déprimant la demande ils ont plongé ces économies dans une dépression qui entraîne mathématiquement un gonflement de la dette publique – sans parler des effets sur l’emploi. Les économies européennes étant liées les unes aux autres par la densité de leurs échanges il est assez facile de comprendre qu’aucun des pays de la zone euro, pas même l’Allemagne, ne sera épargné par la dépression qui s’annonce. D’autant que la France se lance à son tour dans un programme d’austérité de grande ampleur.

    Le défaut prévisible de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie, va probablement – d’ici une période comprise entre deux ans et cinq ans – conduire l’Eurozone à exclure  ces pays progressivement de l’usage de la monnaie unique.

    La conséquence sera évidemment une remontée de la valeur de l’euro par rapport aux monnaies nationales réintroduites, et donc les excédents commerciaux de l’Allemagne vont commencer de fondre. Ce qui probablement va entraîner un changement d’orientation quant à la politique économique : l’Allemagne n’aura plus guère le choix, pour soutenir son économie, que de relancer la demande interne qu’elle a volontairement aplatie depuis le milieu des années 2000.

    Dans un tel contexte que pourra faire la France ? Son économie va se trouvée coincée entre les pays riches qui ont des excédents commerciaux et les pays pauvres qui en sortant de l’euro vont retrouver progressivement une dynamique positive pour l’emploi et la croissance. Si la France reste scotchée à la zone euro, elle continuera à engendrer des déficits du commerce extérieur et donc sa dette publique continuera à croitre et la destruction des emplois industriels s’amplifiera. Il semble qu’elle n’aura plus comme choix que celui de sortir de l’euro. Dans ce cas la zone euro se réduira à une zone mark qui ne dira pas son nom, mais la valeur de l’euro en sera forcément affectée, sauf si le dollar s’effondre à son tour ce qui n’est pas exclu.

    On remarquera que dans la disposition des traités, il est plus facile et surtout plus efficace de sortir de la zone euro, voire de l’Union européenne que de chercher à remédier à son insuffisance en renégociant les traités. L’échec de François Hollande dans ce sens est déjà patent.

    Mais la sortie de l’euro serait-elle un drame ? Patrick Artus de Natixis dans un article récent a essayé d’imaginer quel serait l’impact économique de la fin de l’euro. Il fonde ses calculs sur deux paramètres décisifs :

    - l’importance des stocks de devises détenues par chaque banque centrale, qui assurent la solvabilité extérieure d’un pays ;

    - et le solde de la balance commerciale ;

    - l’hypothèse de calcul est celle de la parité des monnaies telle qu’elle se présentait avant la mise en place de l’euro.

    Dans ce contexte nous aurions évidemment des monnaies dont la valeur diminuerait et d’autres monnaies qui s’apprécieraient, ce qui modifierait bien plus radicalement la compétitivité des pays les uns envers les autres. Voici le résultat de ces calculs.

     

    Finlande

    + 20%

    Allemagne

    + 18%

    Pays-Bas

    + 16%

    France

    – 2%

    Belgique

    – 6%

    Autriche

    – 8%

    Italie

    – 12%

    Espagne

    – 20%

    Portugal

    – 28%

    Grèce

    – 30%

    Irlande

    – 49%

     

    Si on prend le cas de la France, on voit que tout de suite sa compétitivité sur les marchés s’améliorerait par rapport à l’Allemagne de 22% (20+2). Celle de la Grèce de presque 50%. Ce serait évidemment plus facile de restaurer cette compétitivité en tenant compte des niveaux économiques de chaque pays, plutôt que de recourir à cette méthode qui aboutit nécessairement à une régression sociale de grande ampleur.

    Ce sera évidemment un choc très important, mais certainement pas la catastrophe annoncée. Rappelons que la Suède, suite au refus de son peuple d’utiliser l’euro a procédé à une dévaluation de la couronne de 35%, ce qui a eu comme effet de doper ses exportations et sa croissance avec le maintien d’un bon niveau d’emploi et d’une couverture sociale large. Les pays qui vont dévaluer gagneront en compétitivité, tandis que les autres vont perdre des points. Si on regarde l’écart qui se creusera entre le franc et le mark, il sera de 20 points environ, ce qui permettra à la France de rééquilibrer sa balance commerciale rapidement par rapport à l’Allemagne et surtout de rapatrier une partie de ses emplois qui s'est évaporé outre-Rhin.

    Ces résultats montre que certains pays vont voir leur monnaie se dévaluer – ce sont les pays qui connaissent des déficits jumeaux importants – et d’autres - essentiellement l'Allemagne - vont voir leurs monnaie prendre de la valeur.

    Si on se réfère à l’expérience du New Deal qui n’a pourtant rien de révolutionnaire puisqu’il ne s’attaquait pas fondamentalement à la propriété privée des moyens de production, il nous semble que la solution de la sortie de crise en Europe doit passer par les axes suivants :

    1. Sortir de l’euro et revenir à une politique économique nationale, puisqu’en effet l’euro non seulement dicte sa politique monétaire à l’ensemble des Etats de la zone euro, mais en outre fait passer sous la tutelle du MES, de la Commission européenne et de la BCE la politique budgétaire. Dès qu’un pays sortira de l’euro, il retrouvera la maitrise de sa politique économique et pourra offrir un choix démocratique à ses électeurs, et il est probable qu'il donnera l'exemple à d’autres nations ;

    2. Renationaliser le crédit de façon à apurer la dette publique, mais aussi de fournir les liquidités nécessaires et éventuellement à permettre une renationalisation de certaines industries – donc mettre le système bancaire dans son entier sous tutelle et au service de l’économie réelle ;

    3. Revenir à un protectionnisme raisonné, c’est-à-dire viser à l’équilibre de la balance commerciale par un système de taxes modulé ;

    4. Modifier le partage de la valeur ajoutée en faveur des salaires. Cette modification peut passer par la combinaison de plusieurs méthodes : une augmentation de la progressivité de l’impôt sur le revenu, un abaissement de la TVA,  une hausse du SMIC, mais également une baisse radicale du temps de travail. Cet ensemble de mesures fera baisser les inégalités qui sont maintenant devenues choquante dans le monde entier et surtout qui ont montré leur inefficacité économique ;

    5. Le complément de ces mesures est obligatoirement un contrôle des mouvements de capitaux.

    Toutes ces mesures se tiennent et se renforcent les unes les autres. A cette batterie de mesures qui peuvent paraître audacieuses par les temps qui courent, mais logiques pour un gouvernement de gauche qui n’aurait pas renié ses idéaux, il faudrait aussi en ajouter quelques autres, privilégier les circuits courts, limiter le poids des grandes surfaces dans la distribution des marchandises. Ces circuits courts sont non seulement bons pour l’emploi (1 emploi créé dans un hypermarché correspond à la destruction de 5 emplois dans le commerce traditionnel), mais ils sont bons pour l’environnement puisqu’ils limitent les transports et donc la pollution[11].

    Concluons

     Comme on le voit, je défends ici l’idée de retrouver une politique nationale indépendante. Je ne suis pas le seul, Sapir, Lordon, Todd sont sur cette même position. C’est une chose pourtant assez difficile à admettre pour la gauche qui croie que cela mène au national-socialisme et nous rapproche du Front National. Mais ils oublient d’abord que pendant des décennies ils ont défendu l’idée des luttes nationales d’indépendance, et ensuite que le plan d’Hitler était justement une grande Europe dominée par l’Allemagne. Il faut lever ce tabou et cesser d’abandonner l’idée de nation à l’extrême droite, sinon on se laisse complétement enfermé dans la logique néo-libérale.

    Je ne voudrais pas non plus qu’on pense que mon seul horizon est la relance de la production industrielle. Ce  n’est pas le cas. Mon objectif serait plutôt qu’en revenant à l’idée de nation, on en fasse le lieu pour la discussion et l’approfondissement d’une politique économique qui renverse les valeurs et qui au lieu de partir de l’offre parte des besoins réels des populations. On ne peut pas en effet penser local, si d’abord on n’est pas capable d’en revenir au stade de la nation. Mais bien entendu, il faudra aussi réfléchir aux formes d’un Etat rénové qui ne soit pas miné comme c’est le cas aujourd’hui par la corruption. On pourrait par exemple interdire aux hauts fonctionnaires de pantoufler dans le secteur privé, cette possibilité sournoise leur permettant de révéler leur cupidité et donc de se vendre et de vendre les intérêts de la France à ceux qui ont de l’argent. De même les économistes de profession, les universitaires, sont très souvent achetés par des donneurs d’ordre, l’Union européenne a déversé beaucoup d’argent sur cette profession pour qu’elle conforte le point de vue d’une Union européenne fondée sur le marché.

    Quand on fait de la politique, il me semble qu’il est nécessaire d’avoir des objectifs prioritaires, sinon on n’a aucune efficacité. Or il me semble aujourd’hui que l’objectif prioritaire est de sortir de l’euro pour sortir d’un blocage évident sur le plan politique. Et il me semble aussi que cet objectif est tout à fait à portée de la main, d’autant qu’une très large majorité des Français, mais aussi des Européens considère aujourd’hui que l’Union européenne ne va pas dans le sens d’une amélioration de la société.

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  • Commentaires

    1
    Lundi 17 Février 2014 à 14:08
    graphiques & euro
    bonjour, content de retrouver des graphiques issus de mon blog ici mais j'aurais aimé en être informé, au moins par un lien vers mon site...
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