• CRISE DE L’EURO & CRISE DE LA DETTE PUBLIQUE (1)

     

    Il est nécessaire d’éclaircir la question de l’euro, parce que beaucoup à gauche ne comprenne pas toujours le rôle que joue cette monnaie dans la décomposition économique et sociale, mais aussi parce que pour eux demander la dissolution de l’euro, ou une sortie unilatérale de la France de ce système serait une idée réservée à l’extrême droite. Le journal Marianne du 31 janvier vient de lancer le débat, mais déjà plusieurs économistes très à gauche comme Jacques Sapir, Frédéric Lordon, des essayistes comme François Ruffin ou Aurélien Bernier ont avancé sur cette question. D’autres universitaires comme Paul Krugman ou Emmanuel Todd peu suspects de connivence avec le Front National sont aussi favorables à une sortie de l’euro. On va essayer ici d’éclaircir le débat sur cette question en donnant quelques éléments chiffrés. Il semble bien qu’aujourd’hui la sortie de l’euro soit la mère de toutes les batailles à venir.

      

    L’Europe et ses institutions ne font plus rêver et même inquiètent les peuples d’Europe. Pour beaucoup la politique européenne est favorable aux très riches, mauvaise pour les pays les plus pauvres et pour les salariés. Provoquant la misère et le chômage, un référendum sur son avenir à travers l’ensemble des pays qui la composent l’anéantirait à coup sûr assez facilement. Le fait le plus important est que plus l’Union européenne s’intègre, et plus elle est détestée, mais aussi plus ses performances économiques, écologiques et sociales sont mauvaises. Ni le grand marché, en place depuis 1993, ni la monnaie unique, utilisée dans la zone euro depuis 2002 par tous, n’ont entraîné une croissance forte, une baisse durable du chômage, un rétablissement des équilibres budgétaires et une amélioration des conditions de travail. Le Traité de Lisbonne qui date de 2000, promettait de faire de l’Union européenne le pôle d’une croissance forte, du plein emploi et de l’excellence dans la recherche : ces déclarations d’intention tapageuses peuvent prêter à rire aujourd’hui, mais d’un rire jaune, car il semble bien que cette logorrhée n'ait été qu'un discours cynique pour masquer des desseins inavouables : détruire les Etats nationaux et la protection sociale et faire baisser les salaires. La crise de 2008 a fini de dévoiler les tares du mode de fonctionnement des institutions européennes et le décalage croissant entre les effets d’annonce et les résultats, ce qui n'empêche pourtant pas les partisans de l'Union européenne de réclamer toujours plus d'Europe.

    Le principal de la politique économique européenne porte aujourd’hui sur le sauvetage de l’euro et pour cela sur la réduction des dépenses publiques dont la dégradation semble devoir peser à moyen terme sur la valeur de la monnaie unique. L’objectif du sauvetage de l’euro est l’horizon indépassable des hommes politique européens, et c’est une des raisons qui fait qu’ils sont en décalage avec leurs opinions publiques. On ne promet d'ailleurs ni la croissance, ni l’emploi, mais seulement le sauvetage de l’euro. Ce qui ne peut guère enthousiasmer les populations et qui explique la dégringolade de François Hollande dans les sondages, comme le fait que les Allemands eux-mêmes sont très pessimistes pour l’avenir de leur économie.

    L’idée est assez simple, les Etats européens sont endettés, les dettes publiques trop élevées, il s’ensuit que l’euro est menacé. Il est supposé qu’une valeur élevée de l’euro sera le signe d’une Europe forte et vaillante sur le plan économique. Pour sauver l’euro sont mis en place des plans d’austérité de grande ampleur, notamment dans les pays du sud de l’Europe, mais également dans tous les autres pays de la zone euro. Ces programmes qui entraînent une régression sans précédent du niveau de vie dans tous les pays qui les appliquent, sont pourtant dénoncés comme inefficaces, car en pratiquant des coupes sombres et aveugles dans les dépenses de l’Etat, ils font chuter radicalement la demande et entraînent l’économie dans une dépression qui s’auto-entretient et qui finit par aggraver un peu plus les déficits. Même le FMI s'est ému des répercussions à long terme de ces plans sur la croissance, trouvant que la Commission européenne et l'Allemagne exagéraient, notamment dans le fait que ces deux institutions ont tellement saigné la Grèce que celle-ci ne s'en relèvera pas avant des années

    De très nombreux économistes, tant de gauche que de droite, ont dénoncé l’euro comme une monnaie intenable, mal conçue, vouée à l’échec. Le principal reproche qu’on pourrait faire à l’euro est que cette monnaie n’est pas adossée à un Etat véritable : c’est-à-dire à un Etat qui posséderait un budget et donc qui aurait les moyens de redistribuer la richesse entre les régions, produisant une convergence que le marché n’a pas produite. Et bien sûr c’est cette question qui va être au centre de la controverse sur l’Europe et qui va décider de la viabilité de l’euro et de l’Union européenne.

    1. L’euro et les déséquilibres européens

    L’euro a été créé en 1999, d’abord comme monnaie de compte, puis, en 2002 comme monnaie fiduciaire. Elle concerne aujourd’hui dix-huit des vingt-huit pays que compte l’Union européenne. Pourquoi créer une monnaie unique ? Les réponses à cette question sont à la fois confuses et nombreuses : il y a les raisons officielles et les raisons cachées celles qu'on ne peut avouer.

    Officiellement l’euro était censé servir de lien entre les Européens et amener peu à peu la convergence des économies nationales. Accessoirement on assurait aussi qu’il serait le vecteur d’une croissance forte, d'un plein emploi et de l'équilibre budgétaire retrouvé. On faisait semblant de croire qu’un euro fort entraînerait une économie forte, pour cela on misait sur des taux d’intérêt réels élevés et sur la déflation salariale : déjà on pariait sur un choc de l’offre qui ne vint jamais. Comme on le sait ce choc de l’offre a été remplacé par une crise durable de la demande qui n’arrive pas à se résoudre, coincée entre les politiques d’austérité et la déflation salariale, toute l’Europe s’appauvrit dans l’effondrement des politiques de protection sociale et la montée radicale des inégalités.

     

    Globalement depuis le début des années 2000, les performances de la zone euro sont très inférieures à celles des Etats-Unis qui pourtant ne sont pas brillantes, mais la différence entre les deux économies est d’abord que la banque fédérale américaine ne contraint pas l’économie par des taux d’intérêts élevés et surtout que la dette publique américaine est financée facilement par des emprunts peu onéreux sur les marchés étrangers et par une politique monétaire très laxiste. Elles sont aussi remarquablement inférieures à celles des autres pays comme la Suède, le Danemark ou la Grande-Bretagne qui sont dans l'Union sans être dans l'euro. Cette médiocrité des performances n'est d'ailleurs pas conjoncturelle, mais structurelle et se remarque sur le long terme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il s’agit d’une récession organisée. On remarque aussi que les Etats-Unis et le Japon qui ne font pas de la valeur de leur monnaie un fétiche ont mieux surmonté que la zone euro la crise de 2008.

      

    La question de l’euro peut être analysée à partir de ce qu’on appelle les déficits jumeaux : lorsque les déficits extérieurs se doublent des déficits importants des dettes publiques, ils deviennent de plus en plus difficiles de les financer. Les dettes publiques qui ont très fortement augmentées en Europe et qui ont engendré les plans d’austérité qu’on connait, sont déterminées par plusieurs paramètres :

    - la faible croissance de l’économie qui prive les Etats de recettes ;

    - le mode de financement de la dette publique qui fait qu’aujourd’hui le principal de la dette publique vient de la charge cumulée via les taux d’intérêt ;

    - enfin, le fait pour un grand nombre de pays d’avoir une balance commerciale lourdement déficitaire les a obligés à injecter de l’argent public pour soutenir sa demande interne, particulièrement au moment de la grande crise de 2008.

    Il est d'ailleurs curieux que la Commission européenne et la Banque centrale européenne qui se préoccupent tant des déséquilibres des comptes publics, ne signalent jamais la dangerosité pour un pays d'avoir des comptes extérieurs déficitaires. Mais il est vrai que de s'en inquiéter remettrait en cause le libre-échange, un des dogmes quasiment intangibles de ces institutions.

     A. L’effet de l’euro sur les pays européens

     L’euro est la principale monnaie de facturation des échanges commerciaux en Europe. Sa parité avec le dollar détermine les soldes commerciaux entre la zone euro et le reste du monde. Cet aspect a été analysé longuement et montre que le niveau de l’euro par rapport au dollar a été surévalué : ce qui signifie que les produits européens sont plus chers qu’ils ne devraient en dehors de la zone. Cela limite la croissance dans la zone euro, et par suite pèse sur le niveau du chômage.

    Plusieurs observateurs ont analysé la mise en place de la monnaie unique comme une ruse de l’Allemagne. Celle-ci a parfaitement négocié son entrée, faisant croire à ses partenaires, notamment aux Français que c’était pour elle un parfait sacrifice que d’abandonner le mark. Et il se murmure que François Mitterrand, pourtant si méfiant vis-à-vis de ce pays, se serait laissé prendre à ce piège.

    Pourquoi l’Allemagne a–t-elle fait ce choix finalement anti-européen ? Les raisons sont nombreuses. D’abord comme la population allemande décline rapidement, il était pour elle indispensable :

    - d’une part de préserver son épargne pour financer ses retraites, et donc l’euro, ancré dans une logique de valorisation de l’épargne et d’une faible inflation allait lui permettre de conserver facilement celle-ci.

    - d’autre part, parce qu’elle est entrée dans l’euro à un taux de parité avec le mark très favorable. Pour aller vite, à cette époque l’économie allemande était plutôt stagnante et son commerce extérieur très déficitaire, et donc le mark n’avait pas une valeur élevée. A l’inverse le franc a été converti en euros à une valeur très haute, résultat de ses bonnes performances sur les marchés extérieurs[1].

    L’Allemagne et la France sont en effet les deux principaux partenaires commerciaux de la zone. Le choix d’un taux de change élevé entre le franc et l’euro avait deux raisons :

    - la première est que l’économie française à l’époque avait des excédents commerciaux importants et que ceux-ci se sont transformés en déficits au fur et à mesure que l’utilisation de l’euro s’est étendue.

    - la second est que les Français pensaient qu’ainsi ils forceraient l’économie française à se réformer dans le sens d’une plus grande compétitivité en obligeant les entreprises française à une montée en gamme.

      

    Solde cumulé des balances des comptes courants, avant et après l'euro –en milliards d’euro 

    L’effet de l’entrée dans l’euro ne s’est pas fait attendre. Dès sa mise en œuvre effectivement, en 2002, le commerce extérieur français a plongé. Les économies européennes étaient déjà divergentes avant la mise en œuvre de l’euro et le plus souvent celle-ci était présentée comme une façon de faire en sorte que les économies européennes finissent par converger, vers les mêmes taux d’inflation et vers les mêmes niveaux de compétitivité. En réalité les taux d’inflation sont restés très différents entre les pays. Ce qui s’est traduit évidemment par des creusements des déficits extérieurs importants. En effet, lorsque les taux d’inflation sont différents, et que les monnaies ne sont pas dévaluées, le déficit commercial se creuse.

     

    En 2011 le solde commercial de la France était de 69,1 milliards d’euros et en 2012 environ 75 milliards d’euros en 2012. Sur la période 2000-2012 le total du déficit aura été approximativement de 245 milliards d’euros soit : 20,4 milliards d’euros par an. On estime qu’un emploi – salaires plus charges – coûte environ 44 000 euros. On en déduit que le déficit commercial extérieur de la France coûte 500 000 emplois environ en moyenne. Mais comme la situation de l'emploi s'aggrave continument, 75 milliards d'euros de déficit correspondent à 1 700 000 emplois. On voit par-là que le plus urgent est de rétablir le déséquilibre commercial par tous les moyens, y compris en sortant de l'euro.

    Jacques Sapir par une méthode plus complexe à partir de modèles macroéconométriques arrive à peu près au même résultat dans Les scénarios de dissolution de l’euro, Jacques Sapir, Philippe Muller et Cédric Durand, Fondation Res Publica, septembre 2013. Dans cet ouvrage, il simule un retour aux monnaies nationales et en déduit les effets sur la croissance et sur l’emploi. 

     Encadré : le coût du déficit commercial en emplois

     

    C’est ce qu’on voit dans le tableau ci-dessus, pendant que l’Allemagne engrangeait des excédents commerciaux, les autres pays s’appauvrissaient : les excédents cumulés de l’Allemagne sont à peu près équivalents aux déficits cumulés des pays partenaires. Autrement dit, l’euro a permis à l’Allemagne de ponctionner la richesse des autres pays européens et aussi leurs emplois : les déficits commerciaux représentent évidemment aussi des pertes d’emplois. C’est seulement à ce prix que le chômage n’a pas explosé en Allemagne parce que dans le même temps l’Allemagne continuait dans la voie de la désindustrialisation et perdait des parts de marché en dehors justement de la zone euro. La conséquence en est que l’Allemagne par sa politique mercantiliste agressive et ses exigences austéritaires a fini par détruire le marché européen.

      

    Si l’euro n’avait pas existé, le mark aurait vu sa valeur augmenter, et les autres pays auraient vu la valeur de leur monnaie diminuer, selon les bonnes vieilles lois du marché. Ce double mouvement aurait réduit rapidement les excédents allemands et limité les déficits commerciaux de ses principaux partenaires, notamment ceux de la France. Mais la monnaie unique interdit évidemment ces dévaluations et ces réévaluations, elle est faite pour ça, ce qui, de façon mécanique, entraîne une divergence profonde entre les pays de la zone euro, mais aussi entre les régions qui la composent. Loin d’unifier l’Europe comme le prétendaient ses concepteurs, la monnaie unique l’a profondément divisée, ce qui est source de rancœur et de haine même vis-à-vis de l'Allemagne dont il est devenu commun de dénoncer la politique égoïste dans les pays du sud de la zone euro.

    C’est dès avant la crise de 2008 que les économies allemande et française ont divergées, ce qui est bien la preuve que la monnaie unique a des effets négatifs, mais encore qu’elle a sûrement contribué à la persistance de la crise. La volonté des eurocrates et des multinationales qui sont à l’origine, par le biais de leurs think tanks des traités qui ont fait l’Europe, est de détruire les Etats nationaux, d’enrayer leur possibilité d’action pour laisser la place à une régulation par les marchés : la monnaie étant considérée, à tort, dans ce système nouveau comme parfaitement neutre. La mise en place de la monnaie unique a imposé la lutte contre l’inflation comme horizon indépassable et obligé les Etats à réformer l’utilisation de leurs budgets, mais également à ne trouver des gains de compétitivité que sur le marché du travail, dans la déflation salariale. C’est parce que l’Allemagne a été la première à flexibiliser le sien qu’elle a pu engranger des excédents commerciaux sur le compte de ses partenaires. Dans un environnement où la demande est stagnante, le commerce intra-européen ne crée pas un surplus de richesse, contrairement à ce qu’énonce le catéchisme libéral : c’est un jeu à somme nulle, avec des gagnants et des perdants.

      

    Dans le graphique ci-dessus, on voit clairement que la divergence dans l’évolution des exportations s’installe et s’amplifie avec la mise en place de l’euro. Un peu comme si au fur et à mesure que l’économie française se trouve contrainte par l’euro, l’Allemagne lui volait ses parts de marché. On voit également que c’est bien la monnaie unique qui a produit cette divergence entre les deux principales économies de la zone euro puisqu’au début des années 2000 les lois Hartz qui visent à une déréglementation du marché du travail et à abaisser les salaires et la protection sociale ne rentrent en vigueur qu’au 1er avril 2003.

     

     

    Allemagne 

    France 

    Italie

    Grèce

    Espagne

    Différentiel d'inflation avec l'Allemagne

    0,0

    3,0

    9,5

    26,0

    17,6

    Evolution de la balance commerciale entre les deux périodes

    +1 436

    -251

    -424

    -212

    -675

     

    Dans le tableau ci-dessus, on voit que les déficits et les excédents commerciaux sont étroitement liés au différentiel d’inflation des partenaires de l’Allemagne avec les autres pays de la zone euro. L’idée d’une monnaie unique gérée selon les critères de Maastricht est que celle-ci devait permettre d’éliminer l’inflation. Il n'en est rien parce qu'un pays qui voit s'effriter ses gains sur les marchés extérieurs doit relancer sa demande interne par des dépenses publiques ou par des hausses de salaires. C’est donc la monnaie unique, l’euro, qui a entretenu le différentiel d’inflation entre les pays de la zone et l’Allemagne, et non pas le fait que l’Allemagne aurait été plus vertueuse que les autres pays. Il est évident que la monnaie unique n’a pas produit la convergence attendue puisqu’au contraire elle a entretenu un différentiel d’inflation qui a été mortel pour les économies du sud de la zone, à commencer bien sûr par la Grèce.

      

    Evolution comparée de l'inflation dans 5 pays de la zone euro

     

    L’inefficacité de l’Union européenne est reflétée par le fait que les économies qui la composent sont divergentes dans leur trajectoire sur le long terme. La monnaie unique au lieu de faire converger les économies comme elle le promettait les a fait diverger, aggravant les écarts de richesse entre les pays de la zone, engendrant un cercle vicieux, l’inflation entraîne la hausse de la dette publique et celle-ci engendre à son tour des politiques d’austérité qui plongent l’économie européenne dans la stagnation.

    Comme le montre le graphique ci-dessus, les écarts d’inflation, non corrigés par la fluctuation des valeurs de la monnaie, ont plombé les partenaires de l’Allemagne. Cet écart reflète les différences dans les spécialisations. On remarque que plus l’industrialisation d’un pays est forte, et moins l’inflation est forte. C’est essentiellement parce que dans les services les gains de productivité sont faibles. Cet écart d’inflation qui détermine le sens des balances commerciales peut en fait se régler de deux manières :

    - soit en recourant à la dévaluation de la monnaie nationale, mais cela est interdit par l’adhésion à l’euro ;

    - soit par un abaissement des coûts du travail, sans être certain que celui-ci sera suffisant pour engranger des gains de compétitivité et rééquilibrer la balance commerciale.

    Mais on remarque assez facilement que si on exhorte les Grecs et les pays latins de se plier à la déflation salariale pour trouver un peu de compétitivité, la convergence promise par l’Union européenne et la zone euro s’éloigne encore un peu plus en terme de niveau de vie. La succession des plans d'austérité imposés à la Grèce a plongé une grande partie de sa population dans la misère. Le Portugal et l’Espagne suivent cette tendance, mais aussi l’Italie et maintenant la France.

    On fera remarquer que si les eurocrates font semblant de se préoccuper de la bonne gestion de la dette publique et prétendent viser l’équilibre budgétaire, ils se désintéressent complètement de l’équilibre commercial qui est pourtant conforme à l’idée très conservatrice qu’on ne doit pas plus dépensé que ce que l’on gagne. Non seulement on sait bien que le déséquilibre commercial engendre presque nécessairement le déficit public, mais en outre, en visant l’équilibre commercial on protège l’emploi et la croissance. Mais les économistes de droite n’en veulent pas, car cela reviendrait à appliquer des mesures protectionnistes qui sont présentées comme le diable et qui en outre entraveraient la dérèglementation du marché du travail qui permet de modifier à la baisse la part des salaires dans la valeur ajoutée en mettant en concurrence les travailleurs entre eux. Or il va de soi que de fixer dans la constitution l’équilibre commercial, plutôt que l’équilibre des finances publiques serait une mesure bien plus saine et plus efficace, et pour le coup elle correspondrait à un critère de bonne gestion. Car en effet, si on ne vise que l’équilibre budgétaire et qu’on laisse filer le déficit commercial, cela veut dire qu’on se moque bien de l’emploi et de la bonne santé de l’économie réelle. Mais pour les raisons évoquées ci-dessus, l’Allemagne ne laissera jamais inscrire dans les principes européens celui qui viserait à rééquilibrer la balance commerciale, elle y aurait tout à y perdre car elle serait obligée alors de relancer son marché intérieur en accroissant les salaires et diminuerait ainsi les rentes dont profitent les vieux Allemands à l’âge de la retraite.

    (à suivre)

    [1] Une autre raison de l'entrée de la France dans l'euro à un niveau élevé tient à l'incompétence de Dominique Strauss-Khan, alors ministre de l'économie qui défendait la parité d'un euro = 6,557 francs, en pensant que cela forcerait les entreprises françaises à devenir plus compétitive et à abandonner les segments inférieurs du marché.

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