• Créer des emplois

     Créer des emplois

    Comprimer les salaires, augmenter les profits 

    Il va de soi que la question de l’emploi est au cœur de la préoccupation des Français… et de quelques autres peuples européens. Pas tant que les gens aiment travailler, mais le travail est une nécessité si on veut se procurer les moyens de subvenir à ses besoins. Le chômage a atteint des niveaux très élevés en France et signe aujourd’hui clairement l’échec de la politique de l’offre telle qu’elle a été mise en scène par Sarkozy et Hollande. L’idée principale de cette politique dite de l’offre est que le coût du travail est un obstacle à la création d’emplois dans un univers concurrentiel, une économie ouverte. Et donc d’une manière ou d’une autre, il faut faire baisser ce coût si on veut que l’emploi reparte.

    Cette politique de compression des salaires apparaît vers le milieu des années soixante-dix. Elle se met en place comme une conséquence de la crise du pétrole de 1973. Le mot d’ordre politique est alors de lutter contre l’inflation et de récupérer des parts de marché pour financer les importations de produits pétroliers. On peut en réalité parler de prétexte, parce qu’en réalité ce dont il s’agit c’est de récupérer des marges de profit. C’est vers cette époque qu’on commence à parler du théorème de Schmitt selon lequel les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain. C’est dans cette période que va commencer à s’accroître le taux de chômage structurel en Europe.

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    Les analyses sont cependant partagées sur les raisons de la montée inexorable du chômage dans les pays riches. Pour les marxistes un peu mécanistes, le chômage s’accroît parce que la productivité du travail régresse et donc que cela nécessite la conquête de nouveaux marchés pour retrouver des marges de profits élevées. Pour d’autres au contraire le chômage est le résultat de la lutte contre l’inflation – célébrée par des social-traitres comme Delors comme une nécessité pour protéger les salariés – qui vise en réalité à reconstituer à la fois la part des profits dans la valeur ajoutée et le pouvoir du capital sur le travail. C’est en effet à cette époque que la part des salaires dans la valeur ajoutée va baisser radicalement un peu partout dans le monde. Il faut dire que dans les années soixante, les capitalistes ont eu très peur, les tendances à la socialisation étaient fortes et se sont traduites par de vastes mouvements sociaux.

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    C’est d’ailleurs à partir de ce moment-là qu’on a commencé à relancer l’idée d’intégration européenne. Manifestement celle-ci est intervenue pour redresser la barre, comme si les Etats nationaux étaient trop faibles pour imposer aux populations les sacrifices nécessaires pour restaurer les marges et le pouvoir des capitalistes. L’accélération de la montée du chômage dans les pays riches est corrélée avec l’accélération de l’ouverture des économies à la concurrence et a pour conséquence la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Un des résultats importants de cette mécanique est que les salaires progressant moins vite que la productivité du travail, d’une part les inégalités explosent, et d’autre part au niveau macro-économique cela entraîne une crise de la demande qui se manifeste comme elle s’est manifestée en 2008 dans une crise d’endettement généralisé.

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    Le graphique ci-dessus montre comment ce processus s’est développé en France depuis les années quatre-vingts, et comment les gains de productivité du travail ont été progressivement confisqués par le capital au nom bien entendu de la compétitivité. La montée du chômage est aussi bien la cause que la conséquence de cette évolution néfaste. Bien entendu il s’agit là d’une lutte des classes qui ne dit pas son nom – à l’exception de Warren Buffet qui avait annoncé il y a quelques années que la classe à laquelle il appartient l’avait emporté. Et il va de soi que si les salariés s’étaient unis pour résister à cette pression, cela n’aurait pas été permis. Pour cette raison on entend souvent dire que cette évolution négative est le résultat de l’affaiblissement des syndicats et des partis de gauche. C’est assez vrai, et la propagande libérale a enfoncé le clou en mettant en avant les bienfaits de l’argent facilement gagné – il faut être décomplexé, la richesse est une vertu – et aussi la nécessité de consommer toujours plus. On a ainsi un monde paradoxal où la montée de la pauvreté s’accompagne d’une montée effrayante de la consommation, avec toutes les conséquences que cela entraîne aussi bien pour l’environnement, la qualité des produits que pour la dégradation des rapports sociaux. 

    Plus d’Europe = plus de chômeurs 

    S’il y a une chose dont nous sommes sûrs, c’est que plus d’Europe c’est plus de chômage. La raison en est simple, c’est que l’intégration européenne est basée sur l’idéal de concurrence : elle met les entreprises en compétition entre elles, et force celles-ci à se débarrasser de leurs salariés en surnombre pour conserver des parts de marché. On remarque que la monnaie unique accroit encore plus le chômage : celui-ci est plus fort dans la zone euro que dans l’Union européenne. Cela provient bien entendu de ce que les pays qui ne sont pas dans l’euro, le Royaume Uni, la Suède ou le Danemark, peuvent jouer de la valeur de leur monnaie pour stimuler leur commerce extérieur, leur croissance et leur emploi. Les pays qui au contraire se trouvent dans la zone euro ont plusieurs handicaps : d’abord la concurrence entre leurs économies est accrue, ensuite ils ne peuvent corriger les problèmes de balance commerciale par une modification de la valeur du taux de change. Evidemment à la base de la hausse du chômage dans la zone euro il y a la stagnation des taux de croissance. Comme on le voit dans le graphique ci-après, non seulement le taux de croissance de la zone euro est très faible, mais le niveau du PIB n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise de 2008. Sept ans après le début de celle-ci c’est tout de même inédit. Il faut que la monnaie unique soit un véritable handicap pour que cela soit possible. Certes je ne fais pas du PIB l’indicateur phare de la réussite économique, mais comme c’est l’indicateur sur lequel se basent volontiers les libéraux, il est bon de rappeler ici que les buts avancés par les tenants de l’intégration monétaire européenne n’ont pas été atteints et qu’il serait peut-être temps d’en tirer les conclusions.

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     Taux de chômage dans la zone euro et aux Etats-Unis

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     Taux de chômage dans la zone euro et dans l’Union européenne 

    Evidemment dans l’organisation de la zone euro, il y a des gagnants et des perdants. L’Allemagne a en effet un taux de chômage plus faible que la France par exemple, ou que la Grèce. Les raisons de ce relativement faible chômage sont pourtant évidentes. Il y en a deux : d’abord la faible croissance de la population allemande, alors que la population française continue d’augmenter, la population allemande stagne depuis le début des années 2000, et baisse depuis 2008. Ce qui veut dire qu’elle a bien moins d’efforts à faire pour intégrer chaque année une nouvelle cohorte d’arrivants sur le marché du travail. La seconde raison est celle qui a été évoqué par Ben Bernanke et que j’ai citée dans le billet précédent[1] : l’Allemagne est entrée dans l’euro à un taux très bas. C’est comme si au préalable elle avait dévalué le mark. D’ailleurs sa balance commerciale va recommencer à s’apprécier dès 2002, lors de la mise en œuvre de l’euro, et non pas consécutivement aux lois Hartz.

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    La politique d’Hollande a été de suivre strictement la logique libérale : baisser les charges sociales d’une manière indirecte, en redistribuant via le CICE des aides aux entreprises. Le rapport de Karine Berger, député PS pourtant, est un constat d’échec. Le CICE coûte 25 milliards d’euros et son effet aurait été de 100 000 emplois créés. Ce qui ramène le coût de chaque emploi à 250 000 euros pour la collectivité. C’est bien plus cher qu’un fonctionnaire dont le coût moyen estimé est de 40 000 euros par mois. Avec le même argent on aurait donc pu embaucher 625 000 fonctionnaires, ce qui aurait eu un effet évident sur la demande. On fera remarquer que par ailleurs le chômage a augmenté de 600 000 unités depuis la prise de fonction d’Hollande. En matière d’assistanat, le MEDEF se pose là ! d’autant que ces 25 milliards d’euros il faudra bien les retrouver quelque part, très certainement sous la forme de compression des dépenses publiques par ailleurs, ou encore sous la forme d’une hausse de la TVA – baptisée curieusement TVA sociale par Sarkozy – qui plombera un peu plus le pouvoir d’achat des ménages. 

    Comment créer des emplois en grande quantité ? 

    On voit bien que les mesures de droite d’assistant aux entreprises n’ont aucune efficacité, sauf à gonfler les profits et accroître les inégalités. Il faut donc imaginer une politique différente.

    La première étape est de sortir de l’euro. Or celle-ci ne peut se réaliser que si nous sortons aussi de l’Union européenne. On a calculé que la sortie de l’euro – ou sa dissolution comme on voudra – amènerait une création d’emplois estimée entre 1,5 millions et 2 millions d’unités[2]. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’en rétablissant le franc on aurait une dévaluation de notre monnaie nationale et une réévaluation du mark. Le gain de compétitivité pour la France serait de 20% par rapport à l’Allemagne qui est notre premier client et notre premier fournisseur. Cet ajustement de la monnaie nationale à la dynamique de l’économie nationale aurait pour effet de renchérir le coût des exportations – donc de les limiter – et d’abaisser les prix des importations – donc de les faciliter. J’avais calculé que depuis que nous sommes dans l’euro, tout se passe comme si nous transférions tous les ans 20 000 emplois vers l’Allemagne, une sorte de STO ! On remarque dans le graphique suivant que la mise en place de la monnaie unique a été dramatique pour la France et qu’elle a fait plonger son commerce extérieur dans le rouge durablement.

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    On peut raisonner autrement, le déficit commercial de la France est en 2014 d’environ 53 milliards d’euros. Un retour à l’équilibre de la balance commerciale consécutivement à un retour au Franc permettrait une création de plus d’1,3 millions d’emplois en considérant qu’un salarié moyen coûte 40 000 euros par an, charges comprises. On voit que la sortie de l’euro, un retour au protectionnisme, amènerait tout de suite des créations d’emplois en grande quantité. Rien à voir avec la loi Macron qui prévoit qu’en libéralisant la création de lignes de bus on pourrait créer entre 10 000 et 16 000 emplois ce qui est dérisoire en face des besoins. 

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    Dans le graphique ci-dessus, on remarque facilement qu’il y a une relation négative entre taux de croissance et taux d’ouverture, ce qui veut dire clairement que plus l’économie s’ouvre aux échanges internationaux et plus la croissance diminue. Pourquoi cela ? Essentiellement parce que la concurrence détruit les entreprises peu rentables ou marginales et pousse à la concentration du capital. C’est bien pour cela que l’Union européenne et plus encore la zone détruit la croissance et l’emploi et donne une prime en quelque sorte aux entreprises de très grande dimension, c’est-à-dire aux multinationales, laminant les productions locales et de qualité au profit des  productions de standard international mais moins onéreuses. Ce résultat facilement observable est évidemment contraire à ce qu’enseigne la théorie économique libérale qui fait semblant de croire qu’à l’inverse l’ouverture entraîne la croissance parce qu’elle permet la diversification des marchés. Mais on ne peut rien contre les faits. En vérité si l’ouverture entrave la croissance, c’est essentiellement parce que celle-ci donne de l’air aux marchés et empêche les Etats de contrebalancer les effets de la concurrence par une redistribution de la richesse vers les moins nantis.

    La seconde étape est de réorienter l’économie non pas vers la croissance à tout prix, mais vers une utilisation raisonnable des facteurs de production. Donc de limiter les déplacements des marchandises et des personnes. Les écologistes aiment bien pleurnicher sur l’épuisement des ressources planétaires en réclamant que les consommateurs réagissent. Mais incohérents le plus souvent, ils continuent à supporter l’Europe libérale qui elle en peut se développer qu’en augmentant le nombre de kilomètres parcourus. On le sait il faut privilégier les circuits courts. Mais une des meilleures manières de le faire est encore de sortir de l’Europe. On ne peut pas à la fois réclamer de consommer local et encourager à l’intégration européenne qui produit l’effet inverse puisqu’elle lamine justement les productions locales en permettant des abaissements de prix ravageurs et mise sur la quantité plutôt que sur la qualité. Or en matière agricole on produit trop en Europe.

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    A-t-on en effet besoin d’importer de la viande de porc de qualité douteuse d’Allemagne quand les producteurs français sont au bord de la ruine ? N’est-ce pas d’abord la baisse des prix qui les pousse à produire de la viande généralement de piètre qualité ? A-t-on besoin des fermes de 1000 vaches et plus ?

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    L’exemple de l’agriculture est intéressant. En effet, en interdisant la production des produits agricoles de qualité douteuse, et en facilitant la mise en place de circuits courts, on devrait pouvoir créer facilement 2 millions d’emplois dans la filière. Cette réorientation de l’agriculture aurait trois effets positifs :

    1. le premier sur l’emploi évidemment ;

    2. le second sur la décongestion des villes où l’on vit de plus en plus mal, mais où l’on vient parce qu’on espère y trouver du travail ;

    2. enfin, elle permettrait de limiter les kilomètres parcourus par les marchandises et par les êtres humains.

    Evidemment le complément de cette politique serait de liquider les hyper-marchés qui ne fonctionnent justement que sur l’allongement des circuits et l’exaspération de la concurrence entre les producteurs. Les hyper-marchés sont d’abord des destructeurs d’emplois. On compte environ 5 emplois détruits dans le commerce traditionnel pour un emploi créé dans un hyper-marché.

    On voit à travers cet exemple comment on peut assez facilement, pour peu qu’on en ait la volonté politique, modifier à la fois la trajectoire de l’économie et créer des emplois en quantité. Il faut bien sûr accompagner ce mouvement nécessaire d’une éducation soutenue, destinée à contrer la propagande libérale  en expliquant les bienfaits des circuits courts sur la santé et sur l’emploi.

     

    Liens 

    http://www.marianne.net/karine-berger-100-000-emplois-crees-25-milliards-aides-aux-entreprises-100236006.html 

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/08/13/a-partir-de-ce-soir-la-terre-vit-sur-ses-reserves_4722826_3244.html 


    [2] http://russeurope.hypotheses.org/3006

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  • Commentaires

    1
    AUBERT
    Dimanche 16 Août 2015 à 21:39

    Super démonstratif, du fait des graphiques irrefutables. Les libéraux n'aiment pas les démonstrations qui sortent de leurs équations.

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