• Coup d’Etat en Italie, les européistes relèvent la tête

    Coup d’Etat en Italie, les européistes relèvent la tête

    Les européistes ont beaucoup de mal avec la démocratie. Nous l’avons répété ici plusieurs fois : alors que nos journaux passent leur temps à stigmatiser Poutine, Maduro ou Erdogan comme des dictateurs dangereux, nous, nous sommes passés dans une forme de dictature soft et hypocrite dans laquelle les électeurs n’ont même plus le droit de choisir leurs représentants en dehors de ceux que l’oligarchie leur a désignés. Nous sommes dans un état de post-démocratie[1]. C’est sans doute la preuve la plus sûre de la décomposition du modèle occidental. On voudrait pousser les peuples à prendre les armes qu’on ne s’y prendrait pas autrement. En effet, si les électeurs n’ont même plus le droit de choisir, on ne voit pas trop ce qui leur reste à faire d’autre que de descendre dans la rue. Il ne s’agit plus aujourd’hui de dire si on est ou non d’accord avec la coalition M5S-Lega. Pour ma part je ne suis pas certain que cette coalition soit apte à sortir de l’Europe et de l’euro. Même les propos de Paolo Savone ne sont pas très clairs, alors qu’il passe pour un eurosceptique forcené. Mais il s’agit en premier lieu de savoir si le peuple italien est souverain ou s’il vit sous tutelle[2].

    Le sinistre Mattarella a donc plongé volontairement l’Italie dans une crise inédite. Faut-il donc que l’oligarchie ait la trouille pour en arriver à de telles extrémités ! En effet, plus la crise politique durera et plus les difficultés économiques s’accumuleront en Italie, et moins les Italiens pardonneront cette cuistrerie à Mattarella. Déjà les taux italiens ont fortement remonté, et cette instabilité politque voulue par l’oligarchie a fait également plonger l’euro. Mattarella l’avait annoncé, il ferait tout pour empêcher les parlementaires élus d’appliquer leur programme. Rappelons deux choses : d’abord qu’en Italie le président n’est pas élu au suffrage universel direct, ensuite que le pouvoir de Mattarella dépend des élections anciennes, pas des dernières élections. C’est donc un double déni de réalité, dans un pays où les derniers sondages soulignent que 60% des Italiens soutiennent la coalition M5S-Lega.  

    Coup d’Etat en Italie, les européistes relèvent la tête

    Pour mieux cracher à la figure du peuple italien, le sinistre Mattarella vient même de nommer Carlo Cottarelli premier ministre. Ce dernier est un ancien du FMI, partisan de la logique libérale et austéritaire. Dans le gouvernement Letta, il était chargé de surveiller la dépense publique, avec le peu de succès en la matière, mais il y a gagné le surnom de Monsieur ciseaux pour ses coupes sombres dans les budgets. Mattarella essaye donc de vendre l’idée d’un gouvernement neutre, qui prépare et fasse voter un budget pour 2019, avec l’idée de le faire adopter par le parlement. L’inconséquence de Mattarella qui semble vouloir donner des gages de bonne servitude à Bruxelles, n’est pas seulement dans le déni démocratique. On commence en Europe à y être habitué depuis au moins 2005. Elle se trouve aussi dans cette façon désinvolte de prolonger la crise. Cottarelli a annoncé d’ailleurs que si le budget n’était pas voté par le parlement – et franchement on ne voit pas comment il pourrait être voté dans de telles conditions – alors des élections auraient lieu en août. Dans trois mois donc.  

    Coup d’Etat en Italie, les européistes relèvent la tête

    Qu’espère Mattarella ? Obliger les Italiens à « bien » voter ? De telles pratiquent semblent indiquer que la coalition M5S-Lega va se renforcer au contraire. Di Maio, le leader de M5S demande à ce que Mattarella soit démis de ses fonctions[3]. C’est en effet une piste, mais il n’est pas certain qu’elle aboutira. L’idée cachée – pas très bien cependant – est de resusciter les morts, autrement dit de trouver le temps pour montrer qu’une coalition Partito Democratico et Forza Italia serait compatible avec les traités. Car Mattarella s’abrite derrière cette idée selon laquelle on doit respecter les traités, même au prix de la démocratie la plus élémentaire. C’était déjà ce que disait Juncker à propos des tentatives de Tsipras de modifier les conditions draconiennes dans laquelle la Troïka avait piégé la Grèce pour mieux la piller[4]. Cela signifie clairmeent que la souveraineté de l’Italie n’est plus à Rome, mais à Bruxelles, ou tout simplement qu’elle n’existe plus. Après la mise sous tutelle de la Grèce, voilà qu’on essaie de faire de même avec l’Italie. En attendant la coalition a programmé une manifestation pour le 2 juin, soit à la fin de la semaine. Une mobilisation monstre pourrait peut-être pousser Mattarella à la démission, quoiqu’il semble déterminé à faire capoter toute tentative de véritable alternance politique dans son propre pays.

    Di Maio a dit réfléchir aussi aux prochaines élections et renforcer la coalition en y allant ensemble, peut être même avec un programme commun de gouvernement. L’attaque désespérée de l’oligarchie contre le nouveau gouvernement semble viser à plus long terme à ce que le gouvernement M5S-Lega ne prépare pas la sortie de l’euro. En mettant son véto à Paolo Savone, Mattarella pense pouvoir empêcher que la coalition n’aille pas plus loin que des intentions, qu’ils abandonnent clairement l’idée de sortir de l’euro et qu’ils s’embourbent comme s’est embourbé Tsipras dans la funeste idée de réformer les traités – voie que Mélenchon avait choisie, avec le peu de succès qu’on sait. Tant que le fétiche d’une Europe « nécessaire mais plus sociale et plus juste » résiste au moins au niveau de ceux qui prétendent à diriger le pays, l’oligarchie est tranquille. 

    Leçons de politique 

    La première leçon de cette crise politique, c’est qu’on ne peut pas aujourd’hui se présenter aux élections comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon l’ont fait sans savoir précisément comment on combattra Bruxelles une fois arrivé au pouvoir. Par exemple concrètement très peu savent comment on fait pour se sortir du piège de l’euro. La sortie de la monnaie unique présente de gros avantages pour l’Italie et la France, mais cela a aussi un coût qu’il faut connaitre. C’est d’ailleurs pour ça que Macron a été élu par défaut. Il est évident que la Commission européenne et le BCE ne lâcheront pas leur os : déjà que le Brexit et la rébellion des pays de Visegrad leur pose des problèmes sans fin, une sortie de l’Italie n’arrangeraient pas leur pouvoir bureaucratique. Il est à peu près certain et quoi qu’en dise le quotidien patronal Les Echos que la BCE a les moyens d’ennuyer un peu plus les Italiens s’ils persistent dans l’idée de mal voter à nouveau[5]. Les Italiens ont pour eux un capitalisme moins concentré et moins financier que la France, ce qui veut dire que leurs entrepreneurs sont bien plus conscients du coût de l’euro qui pèse sur l’économie.

    La seconde leçon est que seule une coalition souverainiste solide a un avenir. Beaucoup ont insister sur le fait que la coalition M5S-Lega ne ressemble en rien à une coalition France Insoumise-Front National. Et pourtant, alors même que Mattarella vient de démontrer que les fascistes n’étaient pas où on pense, une grande partie de ceux qui votent pour le FI ou pour le FN sont assez proches dans leurs idées souverainistes. Seuls les appareils bureaucratiques de ces deux boutiques empêchent pour l’instant un rapprochement, et tant que ce rapprochement ne se fera pas, Macron pourra dormir tranquille. Alors que Mélenchon ne laisse rien passer en ce qui concerne le Venezuela, il ne semble rien avoir à dire en ce qui concerne l’Italie. Seule Marine Le Pen a dénoncé un coup d’Etat[6]. Cela ne peut pas suffire. A l’heure actuelle il semble que les dirigeants du FN parient sur un rapprochement avec la droite de Wauquiez, plutôt que de tenter un vaste rassemblement des souverainistes. Evidemment on est aujourd’hui en France très loin d’une coalition de tous les souverainistes. Mais parfois le temps s’accélère, deux éléments sont contre Macron : d’abord il est probable que sa politique économique aura des effets dévastateurs sur l’emploi et le pouvoir d’achat, ensuite justement la crise politique italienne risque d’accélérer le recul de la croissance dans la zone euro. Ajouter à cela que les réformes de Macron en ce qui concerne l’Union européenne, ne sont pas en odeur de sainteté dans le reste de l’Europe[7]. De nouvelles déconvenues économiques dans un climat très tendu dans toute l’Europe pourrait accélérer le délitement de l’Union européenne.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/approfondissements-de-la-post-democratie-a126219140 et http://in-girum-imus.blogg.org/post-democratie-colin-crouch-diaphanes-2013-a117703596

    [2] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/05/28/31002-20180528ARTFIG00272-italie-la-coalition-legam5s-avait-pour-elle-une-legitimite-democratique-indeniable.php

    [3] http://www.lesoir.be/159136/article/2018-05-27/italie-luigi-di-maio-le-chef-de-file-du-m5s-veut-la-destitution-du-president

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php

    [5] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0301721735496-herve-goulletquer-la-bce-ne-peut-ni-prendre-des-mesures-de-retorsion-contre-litalie-ni-etre-dans-une-logique-daide-2178804.php

    [6] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/fn/italie-marine-le-pen-denonce-un-coup-d-etat-de-l-ue_2012056.html

    [7] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/04/l-allemagne-lache-t-elle-la-france-sur-l-europe_5294223_3234.html

    « La situation au Proche-Orient évolue à grande vitesse Les sondages révèlent l’échec d’Emmanuel Macron et le rejet de sa personnalité « clivante » »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :