• Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie

    Ces compléments sont à l’intention de ceux qui voudraient me classer du côté des racistes, mais aussi à ceux qui n’ont pas eu le temps ou l’envie de lire le dernier bouquin de Todd qui fait polémique.  

     

    Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie

     

    L’athéisme et la France 

    L’athéisme me semble une étape essentielle de l’émancipation, une marche vers le socialisme. Certes il n’est pas question de  persécuter les uns et les autres pour leur religion, qu’ils soient Juifs ou Musulmans, mais seulement de conserver la possibilité dans une démocratie, fut-elle bourgeoise et parlementaire, de critiquer la pensée religieuse sous toutes ses formes aussi bien que dans ses fondements. On remarque que c’est l’échec du mouvement révolutionnaire à la fin des années soixante qui est la première étape vers le retour du religieux, et que depuis celui-ci devient un élément incontournable de la pensée libérale.

    La France est un des pays les plus athées au monde. Il se situerait en 4ème position derrière la Chine et le Japon et derrière la République tchèque. S’il est important de défendre la laïcité c’est pour deux raisons : la première c’est que les individus ont le droit de ne pas être enrôlés par leurs parents, par leur entourage dans une religion dont ils ne savent rien. C’est donc une question de liberté individuelle facile à comprendre. La seconde est qu’elle est le socle du développement d’une pensée émancipatrice. Ce n’est pas un hasard si les religions ont de partout été les supports des pouvoirs en place et souvent sous ses pires formes. Je pense bien sûr à l’Eglise catholique qui se rangea par exemple du côté de Franco dans la Guerre civile espagnole, ou qui contribua à exfiltrer les dignitaires nazis d’Allemagne lorsque celle-ci fut défaite. Mais les autres religions ne valent pas mieux. Dans de nombreux pays arabes l’Islam est aussi un soutien du pouvoir, et en Israël, les rabbins, après avoir contesté l’idée même de créer un Etat juif, se rangent massivement du côté de la droite.

    Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie 

    Quelques citations commentées extraites de Qui est Charlie ?

     

    L’ouvrage de Todd a été écrit très vite, comme une poussée de fièvre qui aurait pris son auteur. Aussi contient-il des passages assez obscurs, souvent il faut s’y prendre à deux fois pour comprendre ce qu’il essaie de nous dire.

     

    Voici ce qu’il écrit :

     

    « l’adhésion à l’islamophobie d’inspiration houellebecquo-zemmourienne est limitée, par nature, à ceux qui ont les moyens d’acheter des livres et le temps de les lire, des gens d’un certain âge, donc, appartenant aux classes moyennes. »

    Todd classe-t-il ses livres aussi dans cette catégorie ? Ou bien est-il lu par des jeunes désargentés des banlieues ?

     

    « Si nous admettons que l’athéisme, loin de procurer sur longue période un bien-être psychologique sans mélange, est au contraire générateur d’angoisse, nous devons nous représenter la population de l’Hexagone comme en état de risque métaphysique. Parvenus à ce stade de l’analyse, nous devons même nous la représenter comme à la recherche d’un adversaire structurant, d’une cible. L’islam est disponible, dans nos banlieues désorganisées par la crise du capitalisme avancé, et dans ses pays d’origine, bouleversés par leurs crises de transition vers la modernité. »

    Donc on suppose que la population française massivement athée devient agressive envers l’Islam parce qu’elle a perdu le soutien de la religion. Donc on suppose encore que ce sont les « musulmans » qui sont agressé. Pourtant ça ne correspond pas au phénomène démographique décrit par Todd. En effet les soutiens de Charlie selon Todd sont des vieux catholiques zombies appartenant à la classe moyenne. Or il est bien connu que l’agressivité est toujours du côté de la jeunesse qui peine à trouver sa place.

     

    « La boucle est bouclée. Nous avons révélé plus haut que la droite et l’extrême droite étaient souterrainement liées par un fond anthropologique égalitaire, nous constatons maintenant que la gauche et l’extrême gauche sont associées l’une à l’autre par l’entremise de la valeur d’inégalité. »

    C’est sans doute la meilleure blague que contient ce livre. Pour Todd les électeurs de gauche et d’extrême gauche – pour lui Mélenchon – votent sur des programmes plutôt égalitaristes, mais en vérité ils n’en veulent, bien au contraire, ils visent par leur vote hypocrite à marginaliser les musulmans !  Donc Todd décrypte ce que les électeurs se cachent à eux-mêmes. A l’inverse il trouve des tendances plus égalitaires chez les électeurs de droite et d’extrême-droite qui votent pourtant pour des programmes visant l’exclusion !!

     

    « Si l’on tient à part la période d’« urgence » antisarkozyste de 2007, la puissance du vote pour l’extrême gauche est particulièrement remarquable. Si tous les ouvriers français étaient musulmans, Jean-Luc Mélenchon serait une puissance politique… »

    Todd écrit cela après avoir pourtant constaté que les ouvriers votent massivement maintenant pour le FN. Il faut avoir l’œil bien aiguisé pour décrypter « la puissance du vote d’extrême gauche ». Mais pire encore il écrit cela en considérant que Mélenchon a raté le coche en 2011-2012 en ne proposant pas une rupture radicale en préconisant la sortie de l’Union européenne par exemple.

     

    L’ouvrage de Charb 

    Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie

    J’ai lu également le petit livre de Charb. C’est un texte qu’on ne devrait même pas avoir à écrire tant ce qui s’y trouve ressort de l’évidence. Globalement il réfute l’idée selon laquelle critiquer l’Islam serait une forme de racisme. De même il conteste le terme « islamophobie » qui lui semble tout à fait inapproprié. On dirait qu’il a été écrit en anticipant les dérives d’Emmanuel Todd, et qu’il s’adresse à lui. Cette approche est reprise dans le dernier numéro de Charlie hebdo daté du 6 mai. Elle se pose aussi des questions sur cet ensemble d’écrivains américains qui ont refusé de se rendre à la remise du prix du Pen Club au motif aussi erroné que ridicule selon lequel Charlie serait raciste sans le savoir. Mais cette critique de la remise du prix du Pen Club a été portée par quelques écrivains ignorants, âgés et frileux comme Russell Banks ou Joyce Carol Oates dont l’audace n’a jamais été le fort, d’autres plus courageux se sont solidarisés avec Charlie comme Paul Auster ou Salman Rushdie, un habitué des fatwas et des menaces de la part des islamistes radicaux.

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