• Complément sur Macron et les affaires internationales : l’Afrique

    Complément sur Macron et les affaires internationales : l’Afrique

    Dans mon dernier billet, j’ai détaillé tout le mal qu’on peut penser de la démarche diplomatique de Macron. Mais je n’ai pas abordé la question des rapports compliqués qu’il entretient lui-même avec le continent africain. Sa dernière réflexion a déclenché une polémique qui va lui coller à la peau pendant longtemps. On croirait Sarkozy et son discours de Dakar qui avait enclenché une polémique de longue durée[1]. Cette fois Macron a avancé comme une évidence que les problèmes de développement liés à l’Afrique provenaient de la trop forte fécondité des femmes, et donc que tant que ce taux ne baisserait pas, le développement ne pourrait pas se faire[2]. Lors du dernier G20 que l’aide au développement sera inefficace si dans le même temps les femmes africaines continuent à faire « 7 ou 8 enfants » chacune ! Cet incident diplomatique démontre encore une fois la faiblesse de la pensée de Macron. 

    « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » 

    Partons de ce que l’on sait. Il y a un lien négatif entre fécondité et développement. Quel que soit l’échantillon que l’on prendra, on aura le même type de relation. Cette approche statistique est sûre et ne saurait être remise en question. De même qu'on ne saurait négliger l'importance de la surpopulation dans le monde. Mais c’est à partir de là que commence l’analyse. Pour Macron il suppose que c’est la fécondité des femmes qui est responsable du sous-développement en Afrique. Pour les démographes, c’est au contraire l’inverse : c’est parce que le développement est en marche que le taux de fécondité baisse ! C’est ce qu’on appelle la transition démographique. 

    Complément sur Macron et les affaires internationales : l’Afrique  

    Éclairons un peu Macron sur cette question, cela lui évitera de parler sans savoir. Le premier point est que l’Afrique, comme les autres régions en voie de développement a vu son ISF baisser depuis une bonne quarantaine d’année. C’est aussi le cas des pays de l’Afrique sub-saharienne. On peut juger que cette baisse n’est pas assez forte, mais elle est incontestable. Globalement l’Afrique sub-saharienne n’en est plus à 7 ou 8 enfants, mais nettement moins. Sur ce point on peut déjà corriger Macron. Mais il est plus intéressant de développer pourquoi l’ISF a baissé dans cette région du monde. En vérité dans toutes les régions du monde, c’est toujours une intervention extérieure au marché qui met en route cette transition : soit l’Etat comme en Chine et dans l’ensemble des pays asiatiques, soit l’aide au développement qui est distribuée vers l’éducation et principalement l’éducation des filles.  

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    La clé de la baisse de l’ISF est d’abord la scolarisation massive des filles dans l’enseignement secondaire. La raison en est simple : les filles retardent le moment d’être enceintes, et leur implication dans l’éducation, les conduits à accélérer leur entrée dans le monde du travail, ce qui leur donne un peu plus d’autonomie par rapport aux hommes. On pourrait dire que l’éducation des filles entraine à la fois la baisse de la fécondité et le développement économique. C’est au moins une des rares choses sur lesquelles sont d’accord les économistes, dans la lignée du prix Nobel d’économie Amartya Sen. Si Macron avait étudié un peu l’économie, il saurait que les grands organismes internationaux, notamment la Banque mondiale, accordent de l’aide dans les investissements en infrastructures, c’est-à-dire la santé et l’éducation, en supposant que ces investissements auront un effet sur le long terme à la fois sur la fécondité et sur le développement[3]. Si l’aide internationale au développement se justifie c’est au moins pour ces raisons.

     Complément sur Macron et les affaires internationales : l’Afrique 

    Macron s’est une fois de plus fait remarquer pour son incompétence, aussi bien parce qu’il a parlé d’un sujet qu’il ne connaissait pas, que parce qu’il a commis un impair diplomatique vis-à-vis des pays africains[4]. Bien sûr au-delà de tout cela et malgré son multiculturalisme affiché, Macron est clairement raciste, mais son racisme est le reflet de son mépris pour les pauvres. Il laisse en effet entendre que les Africains sont seuls responsables de leur sort en tant qu’ils sont une somme d’individus, et que lui-même, s’il est arrivé où il est arrivé, c’est bien grâce à son talent incomparable. Mais la logique du sous-développement est complexe et ne peut s’accommoder de slogans politiques simplistes. Par exemple, la mondialisation en s’accélérant a contraint les pays africains à jouer le jeu de la division internationale du travail qui ne peut pas leur être favorable parce que selon la logique des avantages comparatifs, ils sont contraints de se spécialiser sur des segments inférieurs du marché : le commerce des matières premières, ou l’industrie manufacturière appuyée sur un faible coût du travail.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2007/11/09/le-discours-de-dakar_976786_3212.html

    [2] http://www.20minutes.fr/politique/2103371-20170712-propos-emmanuel-macron-afrique-suscitent-polemique

    [3] http://www.worldbank.org/en/news/press-release/2016/04/13/world-bank-group-to-invest-25-billion-in-education-projects-benefiting-adolescent-girls

    [4] http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/macron-et-l-afrique_1926810.html

    « L’amateurisme de Monsieur MacronDe quelques raisons de boycotter l’Allemagne et ses produits »
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