• COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE

     Le discours sur la compétitivité est l’essence même de l’idéologie capitaliste. Il est porté par l’idéal de concurrence entre les individus atomisés, et il nie évidemment l’idée que l’économie, fut-elle capitaliste et sauvage ne peut se passer de la coopération et de la solidarité. C’est d’ailleurs pour cela que le rôle de l’Etat est essentiel pour financer, comme le dit Marx, « les faux frais de la production », les infrastructures en général. Hollande, Valls ou Macron nous répètent tous les jours le catéchisme du MEDEF : dans une économie mondialisée, il est nécessaire d’améliorer la compétitivité de l’économie nationale, fusse au détriment de la solidarité et du partage. Que ce soit lorsqu’on parle de la Grèce ou de la France, on répète à l’envie que le problème des déficits commerciaux et publics proviennent d’un défaut de compétitivité. Mais qui est responsable de ce manque ? Le discours généralement pointe du doigt les salariés, tout comme quand on discute du chômage de masse on discute de baisser les allocations pour encourager les chômeurs à retourner travailler. La logique est la même, si la compétitivité du pays est plombée, ce n’est pas la faute des politiques qui ont contribué à désindustrialiser le pays, ou au patronat qui préfère une logique du profit à une logique de l’investissement, mais toujours aux salariés qui demandent des salaires trop élevés, ou au marché du travail qui fonctionnerait trop mal. 

    PAS ASSEZ DE COMPETITIVITE[1] : voilà la raison essentielle de nos difficultés économiques et de notre incapacité à « créer de l'emploi ». D'où tous les pactes décidés par le gouvernement : « pacte de compétitivité », « pacte de responsabilité » qui donne 40 milliards au « patronat du C.A.C. 40 » sans aucune contrepartie en termes d'emplois et qui à chaque fois rend le travail (« coût du travail ») responsable de cette situation. Il y aurait des salaires trop élevés, trop de protection (code du travail) et l'emploi ne serait pas assez flexible. Mais qu'en est-il de la réalité observable.

     

    DE LA COMPETITIVITE : Le premier graphique-ci-dessous tend à donner raison au MEDEF, puisqu'il montre que la compétitivité en France baisse ces dernières années mais il faut faire plusieurs remarques sur le graphique, car celui-ci ne fait que constater l'évolution d'un indicateur. Il n'amène aucune explication sur les causes  

    COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE 

    Ce graphique ne fait que mesurer le rapport entre Exportations, et importations.

    Les exportations mesurent en fait le niveau de « guerre économique » développé par un Pays. Plus un pays exporte, plus il fait la guerre à ses voisins, par des politiques salariales internes de concurrence sauvage. Sur ce plan, l'Allemagne de Merkel est en pointe.

    Observons que le pays qui apparemment perd le plus en compétitivité est l'Italie, pays qui pourtant ne cesse de mettre en place des politiques d'austérité et de rigueur salariale. Plus l'austérité et la suppression des droits augmentent, plus le pays perd en compétitivité.

    Cette période correspond à la mise en place de l'euro. Il est curieux de constater, qu'hormis l'Allemagne, tous les pays perdent... En suivant la bonne vieille logique du marché, il faudrait normalement que les pays qui ont des déficits commerciaux puissent dévaluer leur monnaie : dans ce cas-là la dévaluation permet de faire baisser les importations qui deviennent plus onéreuses et d’accroître les exportations qui sont meilleur marché pour les pays étrangers. Mais l’euro empêche cela. On a ainsi calculé chez Natixis qu’une dissolution de l’euro permettrait de gagner environ 20% de compétitivité pour la France par rapport à l’Allemagne.

    COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE  

    On voit clairement que le problème du déficit commercial de la France est d’abord celui de l’euro 

    Hormis ces remarques méthodologiques, admettons, que le premier graphique présenté ci-dessus soit celui qui mesure effectivement la baisse de compétitivité de notre pays. Hors, la compétitivité d'une entreprise ou d'un pays dépends de deux facteurs, le travail (coût/efficacité) et le capital (investissements, organisation, produit, recherche développement). Qu'en est-il pour le travail ? 

    LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL : Le graphique ci-dessous visualise la productivité du travail en « PIB par heure travaillée ». Observons tout d'abord que tous les pays déclinent alors que nous sommes tous assujettis désormais, au management, censé optimiser le travail. C’est aussi la même chose aux Etats-Unis. Deuxième remarque, la France avec tous ses services publics, ses congés payés et son code du travail que macron rêve de détruire,, est le pays qui a la meilleure productivité du travail, devant l'Allemagne. Ce qui pose une sacrée question sur la compétitivité.

      COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE

    COMMENT EXLIQUER QUE LE PAYS LE PLUS PRODUCTIF SOIT LE MOINS COMPETITIF ? Telle est la question redoutable pour le système. Car, si la compétitivité d'une entreprisse ou d'un pays dépends de deux facteurs, le travail et le capital et si le travail est à son optimum de productivité, la raison qui explique la perte de compétitivité, ne peut venir que du deuxième facteur qui ici, est le capital. Et on retrouve cette idée esquissé au début, c’est bien le patronat français qui se révèle incompétent dans la conduite de l’économie.

    LE LIBERALISME DESTRUCTEUR : La thèse libérale du soutien au marché (politique de l'offre) s'écroule devant le mur des réalités. Il n'y a pas de « libéralisme gagnant » pour les peuples, au contraire et l'exemple anglais, pourtant cité en référence médiatique, est là pour le démontrer : « Contrairement à la rhétorique libérale du gouvernement, la réduction drastique des dépenses publiques et sociales n'a pas libéré l'offre privée : elle a entravé son développement ».[2] Toutes les bonnes nouvelles actuelles sur le front de l'économie sont factices et ne dureront pas. Au contraire elles préparent un nouveau tsunami financier dévastateur[3]

    LE COMPORTEMENT DES PREDATEURS : Le capitalisme n'est pas un système économique neutre. IL vise le profit qui est présenté comme le bon aiguillon pour inciter à accroître la production et à améliorer le bien-être. Macron voudrait que nos jeunes aient plus envie de devenir milliardaire.  Mais en privilégiant le profit, le capitalisme d’aujourd’hui privilégie la distribution des dividendes, au détriment des salaires et des conditions de travail. Hors ce qui fait société, ce sont les salaires et les conditions de travail dans un système productif construit pour répondre aux besoins humains. Le capitalisme, ne porte pas ces objectifs mais la satisfaction individuelle par recherche du profit. C'est en ce sens que le capitalisme est prédateur et que lorsqu’il est livré à lui-même, c’est-à-dire à la loi du marché, il s’apparente de plus en plus au banditisme. 

    ON NE REGLE PAS UN PROBLEME AVEC LE SYSTEME DE PENSEE QUI L'A ENGENDRE : Avec son acuité intellectuelle Albert EINSTEIN a écrit cette phrase devenue notre banderole. « On ne peut pas régler la crise avec la philosophie qui l'a produite ». La crise, est le pur produit du libéralisme économique (celle de 2008, comme celle de 1929). Il en va de même pour la compétitivité. Les graphiques le montrent, en termes de compétitivité, le travail en France, n'y est pour rien. Au capital de se remettre en cause, ce qu'il ne fait pas, d'où l'obligation des « luttes sociales » pour lui montrer sa responsabilité, et prendre ainsi, les décisions nécessaires. Le travail n'est pas coupable, il est la victime expiatoire.

     

    Les derniers chiffres du chômage en France sont très mauvais, et malgré la baisse de l’euro, la baisse du prix du baril, l’activité reste très faible, insuffisante pour créer de l’emploi. C’est le résultat de trente ans de politique de l’offre. Alors pourquoi tout ce discours sur la compétitivité ? Pourquoi mettre en avant une politique économique qui a fait la preuve de son inefficacité ? La raison profonde est politique. Il s’agit comme l’avait si bien précisé Denis Kessler ancien n° 2 du MEDEF, militant pro-chinois dans sa jeunesse – par ailleurs un grand ami à DSK – « de défaire méthodiquement le programme du CNR »[4]. Le programme du CNR mis en place sous la houlette du général De Gaulle mettait en place une économie mixte où l’Etat avait un rôle décisif. Il s’agissait de financer la protection sociale – retraites et sécurité sociale – de mettre en place un système d’allocation chômage, de nationaliser les « grands moyens de production », et de développer la démocratie dans l’entreprise. Et cela s’est fait alors que la France était bien plus endettée qu’aujourd’hui, la dette publique était en 1945 de 259% du PIB. Mais cela a fonctionné et non seulement la dette a été effacée, mais la croissance durant les Trente glorieuses n’a jamais été aussi forte. Pourquoi casser un tel système consciemment ? La réponse est politique : il s’agit de reconstruire une société de classe à son profit, soumettre les velléités des travailleurs à plus d’indépendance, renforcer un système hiérarchique qui a été fortement ébranlé justement pendant les Trente glorieuses. Le discours sur la compétitivité masque tout cela, il prétend viser la croissance et l’emploi, mais engendre la dépression et le chômage.

     COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE 

    Fabrice Aubert et René Teboul


    [1] Rappelons ici que la C.G.T s'oppose à la compétitivité, qui ne cherche que la rentabilité des capitaux, elle lui préfère la démarche « d'efficacité économique et sociale » que nous souhaitons globale et partagée. 

    [2] « Une reprise en trompe l'œil » : Alternatives Economiques N° 346 / Mai 2015 

    [3] Lire : « Subprimes saison 2 », par Edouard TETREAU / Les Echos du 4 mars 2015 

    [4] http://blogs.mediapart.fr/blog/republicain/191211/denis-kessler-il-sagit-de-defaire-methodiquement-le-programme-du-cnr

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