• Chroniques du gouvernement de la France

     Recruter Macron

    Chroniques du gouvernement de la France  

    Cette semaine on a droit à une interview de Laurence Parisot qui nous assure qu’elle a voulu recruter Macron au MEDEF lorsqu’elle en était présidente. Elle se trouve en communion avec Valls et Macron et se dit inspiré par la pensée de Michel Rocard, un des chantres de la « deuxième gauche » qui est passé entre 1968 et 1988 – date où il fut nommé malencontreusement premier ministre – d’une défense du socialisme autogestionnaire à la déréglementation des marchés. Cette « révélation » vient juste après que le ministre de l’économie ait dévoilé son amour immodéré pour Margaret Thatcher et ses réformes anti-sociales. Il fut un temps où, bien entendu, la gauche détestait à la fois le MEDEF et Margaret Thatcher en les présentant à juste titre comme les liquidateurs de l’Etat-providence.

    Mais c’est Hollande qui a recruté Macron ! Hollande est l’archétype du social-traitre sournois et vindicatif à l’égard des sans-dents. Car la question centrale est bien là, Hollande a choisi sa voie politique pour deux raisons :

    - la première est qu’il a des convictions politiques de droite ;

    - la seconde est qu’il pense qu’en appliquant le programme de l’UMP il lui coupera l’herbe sous les pieds et se fera réélire en 2017.

    Macron est le symbole de tout cela. Mais au-delà des récriminations qu’on peut faire en dénonçant l’escroquerie qu’il y avait à laisser croire que ces gens-là étaient de gauche,  il convient d’analyser ce que cela signifie.

    Le cœur du problème est que la politique de droite, rebaptisée « le socialisme de l’offre », est erronée pour deux raisons. D’abord sur le plan logique, il consiste à considérer que nous devons nous adapter au monde tel qu’il est, or l’essence même de la gauche et bien sûr du socialisme, c’est plutôt d’adapter le monde à nos besoins. En effet quel intérêt de travailler pour la croissance et l’emploi si l’ordinaire de la vie quotidienne ne s’améliore pas ? Ensuite, Hollande, Macron et Valls auraient dû s’apercevoir que la politique de l’offre à laquelle leur thatchérisme tardif les rattache ça ne marche pas. Tout simplement. En France on fait des réformes qui vont dans le sens de la droite libérale depuis trente ans :

    - réforme du marché du travail, baisse des allocations chômage, durcissement des  conditions d’éligibilité, facilitation des contrats à durée déterminée, baisse des charges sociales ;

    - allègement des impôts sur les entreprises et sur les hauts revenus, au motif que « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain » ;

    - déréglementation du système bancaire ;

    - réformes successives de l’Etat, c’est-à-dire baisse du nombre de fonctionnaires et des investissements publics ;

    - privatisations laxistes au profit des « amis », comme par exemple dans le secteur autoroutier.

    Et cela n’a eu aucun effet sur la croissance et l’emploi qui étaient les buts affichés de cette politique. L’échec est patent non seulement en France, mais dans l’ensemble de la zone euro.

    L’idée de la droite – que celle-ci soit décomplexée comme l’UMP ou complexée comme le PS – est que ce sont les entreprises qui créent la richesse sociale, donc les entrepreneurs. Cette idée est fausse : en effet la croissance économique s’est toujours accompagnée d’une croissance des dépenses de l’Etat plus rapide[1]. Cela provient du fait que les investissements publics ont des rendements rapidement décroissants. Autrement dit, la richesse sociale est créée par trois agents économiques :

    - les travailleurs – ou le travail ;

    - les entrepreneurs – ou le capital ;

    - et l’Etat qui assure les investissements collectifs dans les infrastructures – santé, éducation transport.

    Il est impossible de dissocier ces trois facteurs. Autrement dit quand la droite vise à faire baisser le coût du travail et les dépenses étatiques, elle fait comme si les seuls agents producteurs étaient les capitalistes ! L’idée est toujours la même : en diminuant le coût du travail on augmente les profits et donc à terme les investissements, en abaissant les dépenses de l’Etat on libère des possibilités d’investissement pour le secteur privé. Evidemment il n’y a aucune preuve qui montre que les dépenses de l’Etat entraineraient un « effet d’éviction » de l’investissement privé. Le graphique suivant montre que la croissance des dépenses de l’Etat accompagne la croissance économique sur le long terme.

      

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    Mais probablement le plus grave pour un gouvernement dit de gauche est de privilégier les intérêts des entrepreneurs – voir les déclarations d’amour de Valls à « l’entreprise ». En effet, le minimum qu’on attend d’un gouvernement de gauche est de travailler au progrès social et donc pour cela de se ranger du côté des plus défavorisés : les travailleurs. Dans un ouvrage écrit en 2007, Paul Krugman disait clairement que le rôle de l’Etat ne pouvait être que la défense des intérêts des travailleurs parce que ce sont les plus faibles, et donc qu’il devait leur donner de nouveaux droits[2].

     

    Privatiser

     

    C’est avec cette même logique que le gouvernement va dans les mois à venir engager des privatisations de grande ampleur. C’est un sujet sensible. D’abord parce que généralement les privatisations entrainent des magouilles nombreuses et variées. On vend à des copains qui reverseront une obole pour les campagnes électorales ou qui verseront des pots de vins sur des comptes en Suisse ou au Luxembourg. On sait par exemple que les autoroutes ont été bradées et que Vinci a amorti ses investissements en 5 ans. On se dit que cela a entraîné un manque à gagner au fil du temps pour l’Etat très important.

      

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    Le gouvernement que ce soit sous Chirac, Sarkozy ou Hollande, justifie souvent ces choix en arguant des nécessités de rembourser la dette. De la même façon l’Eurogroupe exige de la Grèce qu’elle brade ses biens publics pour rembourser cette dette. Mais en réalité cette raison ne tient pas debout. Par exemple si je reviens sur le cas des autoroutes dont les investissements privés ont été remboursés en 5 années d’exploitation – ça fait un rendement de 20% par an tout de même ! – cela veut dire que depuis une dizaine d’années l’Etat se prive des rentrées qu’il aurait obtenues lui-même en exploitant ces fameuses autoroutes. En vérité ces privatisations plaisent à Bruxelles qui considère que l’Etat ne sait pas gérer et donc qu’il faut en finir autant que possible avec la gestion publique y compris dans les services comme la santé et l’éducation.

    Il y a cependant beaucoup d’argument contre les privatisations. Le premier est qu’il s’agit justement de biens publics dont la propriété est collective et donc qu’elle ne devrait pas être mise en œuvre par un gouvernement qui n’est que provisoire. A tout le moins elle devrait être – si nous étions en démocratie – décidée par voie référendaire. Le second argument est celui que les privatisations privilégient le court terme – des rentrées d’argent frais – à des bénéfices à long terme dans l’exploitation de ces ressources. Mais il y a un troisième argument : en effet lors de privatisations, le rachat des entreprises publiques détourne justement des fonds importants – un effet d’éviction à l’envers – qui auraient pu contribuer à financer des innovations ou des entreprises nouvelles. Là on ne fait que changer de propriétaire.

    Hollande, Macron et Valls s’apprêtent donc en bons disciples de l’économie de l’offre à privatiser ce qu’il reste. Le graphique ci-dessus montre que les biens de l’Etat qui sont guignés par les rapaces du CAC 40 sont encore très nombreux. Le volume de ces valeurs est d’environ 80 milliards € et il se murmure que l’Etat pourrait en brader 16,5 sur ce total ce qui lui permettrait de satisfaire à la fois Bruxelles et « les amis ». Le gouvernement semble vouloir faire passer cette pilule amère en faisant voter une loi qui lui permettrait de doubler la valeur de ses actions au moment des votes internes à ces entreprises. Comme la finance et les fonds anglo-saxons vont protester contre cette loi, cela permettra au gouvernement Valls de paraître être de gauche. C’est une manière de cacher la merde au chat ! Car ce qui pénalisera les fonds de pension anglo-saxons pourra au final profiter à des investisseurs français comme Bolloré par exemple ou Suez ! 

     

    Conclusion 

     

    En appliquant le programme de la droite décomplexée, et à condition qu’il y ait un retournement enfin sur le front du chômage Hollande pense sans doute qu’il pourra être réélu en ralliant à lui une partie de la gauche qui aura peur à la fois de la surenchère sarkozyste – l’UMP n’aura pas d’autre choix – que du pseudo danger lepéniste. Il est très probable qu’il y aura effectivement une baisse du chômage d’ici aux élections. Certains pensent que c’est pour 2016, moi je pense que cela interviendra d’ici la fin de l’année. A moins que d’ici là n’intervienne un nouveau krach financier. Les raisons de la reprise sont assez simples à comprendre :

    1. la baisse du prix de l’énergie ;

    2. la baisse de la valeur de l’euro contre les autres monnaies.

    Même si cela n’est qu’un feu de paille, l’effet va être réel et permettra à Hollandreou de raconter de partout que le « socialisme de l’offre » ça marche, ça obtient des résultats. Mais à mon sens cette stratégie sous-estime les dégâts que cette politique a déjà engendrés à gauche, non seulement une grande partie de l’électorat de gauche est maintenant vacciné contre le PS, mais en outre ce parti va être réduit dans ses effectifs à la suite des défaites électorales successives qui vont encore être amplifiées par la débâcle annoncée aux élections régionales. Et donc Hollande aura bien du mal à trouver des relais pour sa campagne présidentielle.

     

    Liens

    http://leparisienmagazine.fr/laurence-parisot-jai-voulu-recruter-macron-au-medef-113020/ 

    http://www.senat.fr/rap/r07-441/r07-441.html

    http://www.regards.fr/web/article/emmanuel-macron-en-flagrant-delit

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/04/17/droits-de-vote-double-les-bons-comptes-de-bercy_4618045_3234.html 

     


    [1] Macron ferait bien de lire le Rapport d'information n° 441 (2007-2008) de M. Bernard ANGELS, fait au nom de la délégation du Sénat pour la planification, déposé le 2 juillet 2008, il y apprendrait que les dépenses publiques contribuent à la création de la richesse sociale.

    [2] Paul Krugman, The conscience of a liberal, Norton, 2007, traduit en français en 2008 chez Flammarion sous le titre L’Amérique que nous voulons.

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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Jeudi 23 Avril 2015 à 08:49

    Il est vrai que le chômage peut baisser à terme. Mais comme se sera après d'autres pays comme les U.S.A et pays anglo-saxons, cette variable d'ajustement, nef fonctionnera pas longtemps pour les pays du sud. Il  faut tenir compte que l'Allemagne est un pays exportateur qui profite de la baisse de l'Euro. Elle et ses satellites  ont pris de l'avance dans cette course effroyable.

    2
    Jeudi 23 Avril 2015 à 10:17

    Oui, mais cette baisse sera très insuffisante face aux problèmes rencontrés

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