• Chronique du Brexit V

    Décidément au train où vont les choses, cette rubrique va être contrainte à devenir quotidienne. Le Brexit a exaspéré les tensions, mais a également permis de dévoiler les ressorts et les intentions souvent cachés de cette entreprise post-démocratique qu’on appelle la construction européenne. 

    Schaüble fait des siennes

     Chronique du Brexit V

     

    Une image dynamique de la jeunesse qui aime l’Europe 

    Après le vote du Brexit, les européistes se sont interrogés sur les réformes à entreprendre pour qu’enfin on aime l’Union européenne. Ils sont conscients de ce désamour. Dans un premier temps les ministres des affaires étrangères suggéraient que l’on lâche un peu de lest sur la question budgétaire, afin que la pression sur les peuples qui votent tout de même, même s’ils votent mal, se relâche un peu[1].  Ils envisageaient donc une plus grande bienveillance sur les budgets et les déficits, éventuellement une relance du type grands-travaux pour essayer de se donner un peu d’air. Mais voilà que le docteur Frankenstein de l’économie allemande est venu leur dire que la réforme devait au contraire aller vers plus d’austérité et plus de torture pour les peuples encore[2]. Avec comme arrière-pensée de se débarrasser des pays récalcitrants et au premier chef de la Grèce. On s’interroge sur les motivations profondes de ce genre d’attaque en règle : certes on comprend bien que le but est d’empêcher tout basculement de la politique macroéconomique de l’Union européenne. Cependant sachant qu’un des angles d’attaque contre l’Union européenne est justement cette politique austéritaire, on peut se demander ce que Schaüble vise exactement. On ne peut faire que deux hypothèses : la première est que Schaüble joue les méchants, de façon à déblayer le terrain pour Merkel qui pourra faire ainsi semblant de concéder quelque chose tout en conservant le principal qui lui va très bien. La seconde est que l’incorrigible Schaüble en fait veut en finir avec l’euro et préfère revenir à une zone mark jugée plus stable en forçant les pays à quitter l’Union les uns après les autres.  

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    Même sur un plan étroitement économique, cette politique a échoué : la croissance est très faible dans la zone euro et le chômage est élevé. Mais comme le chômage est relativement bien contenu en Allemagne, il n’y a aucune raison pour que ce pays s’en préoccupe. Bien au contraire, il est même très probable que Schaüble ait tout à fait conscience que grâce à la monnaie unique et à sa faible démographie l’Allemagne se trouve pour un bon moment encore à l’abri de ce fléau, ce qui lui permet de donner des leçons de bonne gestion aux autres pays membres. Mais il y a aussi sans doute le fait que la CDU est sous le feu de la critique d’AfD, parti europhobe qui la menace sur sa droite.

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    Piketty faiblit 

    Devant un événement de l’ampleur du Brexit, qui d’une manière ou d’une autre est un tournant dans l’histoire de la construction européenne, tout le monde veut donner son avis… même si tout le monde n’en a pas. Dans un article sur son blog Piketty[3] avoue qu’il ne croyait pas au Brexit jusqu’au 24 juin au matin.       On s’étonnera de si peu de perspicacité, s’il avait lu mon blog plus réguliil aurait su qu’il s’agissait là au moins d’une éventualité étant donné la puissance ancienne et forte de l’euroscepticisme au Royaume Uni. Mais le voilà qu’il se croit obligé lui aussi de donner son avis sur la réforme de l’Union européenne. Ce qui veut dire qu’au fond il est une obligation absolue de faire l’Europe, parce qu’évidemment un machin comme ça qui ne marche pas et qui ne produit que des inconvénients, on pourrait tout aussi bien envisager de l’abandonner et de revenir à un état antérieur. Après tout de nombreux pays qui ne sont pas dans l’Union survivent très bien, près de chez nous la Suisse, mais plus loin le Japon[4] ou la Corée n’ont pas vraiment à se plaindre de ne pas être dans l’Union européenne.

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    Voilà ce qu’il avance : « Et ce n’est évidemment pas en se plaçant en dehors du seul cadre européen existant de délibération collective, aussi imparfait soit-il, que le Royaume-Uni va trouver sa voie. » Mais on ne saura pas « évidemment » pourquoi. La propagande européiste a tellement bien formaté les esprits des économistes qu’ils pensent tous comme si l’intégration européenne est posée comme la seule finalité de toute politique. Piketty avance cela alors même que les Britanniques viennent de remettre en cause cette logique tellement évidente. On voit par-là que Piketty n’est pas très en rupture avec le ronron habituel de la social-démocratie. Tant qu’il s’agit de critiquer l’économie de marché dérégulée, ça va, dès qu’il s’agit de spécifier cette critique à l’Union européenne, il perd complètement pied. Il attaque l’affaire par le petit bout de la lorgnette et se propose de réformer les institutions.

    Mais Piketty devrait avoir suffisamment de culture historique pour savoir qu’aucune forme institutionnelle ne dure si elle n’obtient pas de bons résultats. Et donc voilà ce bon Piketty qui avance ses solutions pour réparer ce qui ne marche pas, alors même que personne ne le lui a demandé. Mais ça ne fait rien, il essaie ainsi de trouver des solutions institutionnelles. Présentant que le fédéralisme intégral n’a pas d’avenir, et récusant l’Europe des nations à la sauce Chevènement, il s’essaie à définir une nouvelle sorte de bi-caméralisme qui tenterait de marier la carpe de la souveraineté nationale au lapin d’une Europe intégrée. Evidemment il retombe dans les complications et devient illisible, personne ne le suivra sur ce terrain. En effet, la souveraineté nationale cela a un sens, la construction des Etats-Unis d’Europe ça a aussi un sens, même si les peuples n’en veulent pas, le reste n’est qu’une dilution de la démocratie. 

    La palme de la bêtise 

    Facilement elle revient à Alain Minc qui s’abrite derrière ses diplômes pour faire comme s’il appartenait à l’élite, à la caste des gens intelligents. Lui qui s’est toujours trompé sur tout et en tout, lui dont le père juif émigré polonais et communiste aurait sans aucun doute honte d’avoir une telle progéniture, nous explique doctement dans un article du Figaro que si seuls les gens intelligents, les diplômés et les instruits avaient voté, le Royaume Uni serait resté dans cette merveilleuse Union européenne[5]. Pour quoi faire ? Il ne nous le dit pas. Mais dans son discours qui suinte la connerie satisfaite d’elle-même, il y a deux choses de choquantes, la première est que peut-être les pauvres et les riches instruits et diplômés n’ont pas les mêmes raisons de se plaindre que les pauvres. Ce sont en effet les pauvres qui sont les perdants de la mondialisation, toutes les statistiques l’apprendront à Minc pour peu qu’il se donne la peine de les consulter. Que cette idée selon laquelle une classe pense le monde à partir de sa position sociale et économique ne lui soit pas venue à l’esprit montre que c’est bien à un imbécile que nous avons à faire, à quelqu’un qui est incapable d’analyser un peu au-delà des dogmes. La seconde est que le mépris que cette canaille de Minc affiche à l’endroit des pauvres et des peu instruits lui reviendra forcément dans la gueule tôt ou tard.

     Chronique du Brexit V 

    Voici ce qu’il dit : "Ce vote pour le Brexit, c'est la victoire de 'Downton Abbey' sur les bobos, les créateurs d'entreprises et surtout les jeunes. Mais les aristocrates et la classe ouvrière n'avaient pas vu la conséquence du Brexit, c'est-à-dire l'éclatement possible du Royaume-Uni." Et encore "Ce référendum n'est pas la victoire des peuples sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués".

     

    Pour dire à quel point la science de ce cuistre est très limitée – tout bardé de diplômes qu’il soit – il est bon de rappeler qu’il a été condamné par la justice pour plagiat en 2001 et en 2013[6]. Ce n’est donc pas à nous qu’il fera croire qu’il est instruit et éduqué. C’est juste un malappris doublé d’un faussaire. L’auteur de La mondialisation heureuse s’était fait remarquer par son idiotie en demandant que la loi de 1905 de la séparation de l’Eglise et de l’Etat ne s’applique pas aux musulmans pour leur permettre de mieux s’intégrer[7] ! Et c’est lui bien sûr qui vient nous faire part de son jugement sur les brexiters ! Comme on le voit sa parole est non seulement salissante, mais elle est en outre nulle.

     


    [1] http://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2016/06/25/brexit-les-pays-fondateurs-de-l-ue-reunis-a-berlin-pour-preparer-la-sortie-du-royaume-uni_4957982_4872498.html

    [2] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/brexit-wolfgang-schauble-contre-attaque-pour-empecher-plus-de-solidarite-dans-la-zone-euro-583173.html

    [3] http://piketty.blog.lemonde.fr/2016/06/28/reconstruire-leurope-apres-le-brexit/

    [4] C’était l’ineffable Bolkestein qui, en 2005, au moment de la campagne pour le TCE, avait pris l’exemple du Japon pour montrer jusqu’où l’Union européenne pouvait s’étendre !

    [5] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/06/29/31001-20160629ARTFIG00037-alain-minc-paris-et-berlin-devraient-aider-londres-a-ne-pas-quitter-l-ue.php

    [6] http://www.acrimed.org/Alain-Minc-plagiaire-servile-en-1999-serial-plagiaire-en-2013

    [7] http://www.rtl.fr/actu/politique/alain-minc-il-faut-suspendre-la-loi-de-1905-7780124284

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