• Chronique du Brexit III

     Chronique du Brexit III

    Partons de ce tableau étrange qui montre ci-dessus que l’Union européenne et ses affidés n’acceptent pas les votes qui sont contraires à ce qu’ils attendent. Elle a une conception très limitée de la démocratie. C’est ce qu’on appelle la post-démocratie. L'UE ne sait pas trop ce que c'est que la démocratie. Elle pense que c'est voter uniquement pour elle, et jamais contre elle. Donc, soit on renonce à la démocratie, soit on renonce à l'Europe, c'est aussi simple que ça. Depuis quelques jours les journaux français laissent entendre que le vote « leave » est injuste, et que peut-être Cameron n’en tiendra pas compte.

     

    Disqualification

     

    Il se passe une chose étrange : la presse, les médias, mais aussi la masse indistincte des europhiles tentent de disqualifier le référendum et ce résultat qui ne leur plait pas. On a d’abord lancé l’idée d’une pétition qui aurait plus de 3 millions de signataires pour faire revoter les Britanniques qui ont mal voté, de façon à ce que la population se mette en conformité avec la doxa européiste. Malheureusement cette pétition est une manipulation grossière[1], et rappelle le triste précédent des référendums perdus par l’Union européenne qui consiste à faire revoter jusqu’à obtenir le vote conforme. Il semble en effet que les pétitionnaires qui pèsent tout de même moins que les 17 millions qui ont voté le Brexit veuillent faire revoter, mais ne disent, s’ils gagnaient, s’ils demanderaient un troisième vote ! Et comme ça jusqu’à quand[2].

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    La pétition imbécile contre le résultat du référendum a donné l’occasion à Marion Maréchal Le Pen de se faire remarquer 

    Et puis on continue en avançant que les jeunes ont été sacrifiés aux égoïsmes des vieux et donc que, représentant l’avenir, ils auraient dû voir leurs voix compter double. La fraction européiste dissidente des nations est aux abois et cherche un argument majeur qui lui permette d’avoir raison, cela lui évitant de se poser la question de savoir pourquoi les gens du peuple justement détestent autant l’Union européenne  

    Chronique du Brexit III

    Parmi les éléments de propagande destinés à montrer que les électeurs du Brexit sont des sombres salopards d’extrême droite qu’il faudrait bannir, les journaux ont repris en cercle l’idée que depuis qu’on a voté pour le Brexit au Royaume Uni les actes et insultes racistes se multiplieraient[3]. C’est un peu comme si après le meurtre de la députée Jo Cox on avançait que le Brexit était soutenu principalement par des psychopathes ennemis du genre humain. Que l’extrême-droite s’agite, ça me semble très probable, mais celle-ci s’agite périodiquement, comme d’ailleurs les islamistes radicaux qui de temps à autre font des manifestations violentes en Angleterre pour réclamer l’application de la Charia. Mais ce qui me choque c’est cette manière d’utiliser l’information pour renvoyer dans le camp du  mal tous ceux qui ont voté « leave ». Or il va de soi que si des fascistes ont voté « leave » ils ne sont pas assez nombreux pour faire une majorité. On peut penser ce qu’on veut des Britanniques, mais de là à penser qu’ils y aurait 17 millions de fascistes cela me semble exagéré. C’est comme si nous avancions que tous ceux qui ont voté « remain » n’étaient que des banquiers de la City craignant pour leur argent et leurs placements boursiers. Egalement le tweet de Peter Sutherland, ancien commissaire européen, président de Goldman Sachs International, demandant à ce que le résultat du vote soit annulé, a fait couler beaucoup d’encre. Sutherland en représentant de la jeunesse cela peut faire aussi rire. Et pourquoi pas le loup en défenseur de l’intérêt des moutons ?

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    Les articles de journaux avancent aussi que le référendum n’étant que consultatif, peut-être, il se pourrait que Cameron finisse par décider qu’il vaut mieux pour le Royaume Uni de rester dans l’Union européenne. Décidemment les européistes n’aiment pas le peuple, mais c’est vrai dans l’autre sens : le peuple n’aime pas l’Union européenne. Chaque fois qu’il y a un référendum ils le perdent et font tout pour en contourner les conséquences, comme s’ils n’avaient jamais envisagé qu’un vote contraire puisse advenir. Et voilà que le sinistre Juppé qui prétende devenir président de la République affirme, après Hollande, qu’il est hors de question d’organiser un vote sur un sujet si sensible ; il affirme même que c’est « irresponsable » que de faire voter le peuple[4].

    Mauvais perdants les européistes affirment que beaucoup qui ont voté le Brexit n’ont pas fait exprès qu’ils le regrettent, qu’ils ne le referont plus. Au fond il faudrait leur donner une deuxième chance pour qu’ils se rachètent et réintégrent la communauté des gens civilisés, éduqués et pro-européens. Evidemment ce genre de bêtise est relayé dans Le monde[5] qui s’apparente de plus en plus à une Pravda bruxelloise. Je dois dire que c’est la première fois que je lis des inepties pareilles. Imaginez qu’on dise que les Français regrettent d’avoir voter Hollande et qu’il faille revoter pour Sarkozy étant donné le faible nombre de voix d’écart entre les deux candidats !

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    C’est donc une démocratie parlementaire très très limité qu’on nous propose, car la morale de l’histoire est qu’on ne peut pas faire confiance au peuple pour qu’il vote bien. Cela vient dans le contexte où Jacques Attali propose de sanctuarise ce qu’il appelle un progrès, et donc pour lui l’Union européenne est un progrès, il n’y a pas à y revenir. Mais nous qui sommes plus intelligents et plus instruits qu’Attali, nous savons bien que l’Union européenne est une régression dans tous les domaines. Tous ces gens qui se sont toujours trompés sur tout, viennent nous dire ce qu’on doit penser de l’Union européenne.

    Le peuple est con et pue un peu des pieds. Ce peuple a qui ont a octroyé le droit de vote pourrait être un peu reconnaissant et voter comme on le lui demande et non comme son humeur le lui dicte. On voit aussi cet imbécile de Laurent Joffrin qui fait un amalgame pour nous expliquer qu’en réalité l’Union européenne n’est pas libérale, qu’elle défend  le droit des travailleurs, et donc que ceux qui ont choisi le Brexit sont des abominables souverainistes, plus proches de la bête que de l’être humain, des fascistes en quelque sorte[6]. Il oublie pourtant qu’au moins un tiers des électeurs travaillistes ont eux aussi voté pour le Brexit. Seraient-ce des fascistes égarés au sein du beau parti du gentil Corbyn ? Le refrain de Joffrin est connu : tous ceux qui pensent différemment de lui sont des abrutis ou des crypto-nazis.

    Il apparait que les européistes sont d’abord des menteurs qui font semblant dans un amalgame honteux de nous faire croire que tout nationalisme est nécessairement de droite et fasciste. Ils oublient volontairement deux choses d’abord que la nation n’est pas une idée de droite, mais aussi qu’au moment de la Second Guerre mondiale le grand européen pourfendeur des égoïsmes nationaux c’était Hitler et sa clique ! Voici ce que l’européiste Joseph Goebbels écrivait en 1940 : « De mon point de vue, la conception qu'une nation se fait de sa liberté doit être accordée avec la réalité d'aujourd'hui et les questions d'efficacité... Nous ne demandons aux états européens que d'être des membres enthousiastes de l'Europe. »[7] Comme on dit, à fasciste, fasciste et demi.

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    Manœuvres

     

    Disqualifier le Brexit c’est une manœuvre pour tenter de peser sur la détermination de Cameron à poursuivre la séparation entre le Royaume Uni et l’Union européenne. Personne n’est à l’heure actuelle capable de dire ce que le Brexit engendrera pour l’économie britannique. Une des raisons essentielles est que cela va dépendre des négociations de sortie de l’Union européenne. Il est probable que cela n’aura aucune incidence en matière de droits de douane, comme je l’ai dit hier, et donc l’accès au marché intérieur restera le même. En outre le temps que les négociations se concrétisent, l’économie britannique aura eu le temps de se repositionner. Je passe évidemment sur le mensonge qui consiste à dire que le Royaume Uni serait plus touché que l’Union européenne, parce qu’en bonne logique si les échanges sont bons pour l’économie, ils ne sont pas bons que pour un côté. Et donc évidemment le Brexit serait coûteux aussi pour l’Union européenne.

    Cependant au-delà du coût économique ou de l’avantage matériel de la sortie, l’idée que les Britanniques veulent conserver leur souveraineté et ne pas dépendre des décisions obscures de commissaires obscurs européens est peut être encore plus importante. En effet on peut se dire aussi que même si cela a un coût monétaire, cela vaut le coup de retrouver sa souveraineté. Si on ne raisonnait qu’avec le coût plus ou moins imaginaire d’une action politique on viserait forcément à l’immobilité. Il va de soi que lorsque la Grande Bretagne a choisi en 1940 de continuer la guerre contre Hitler, alors que celui-ci pensait à un armistice, cela a eu un coût énorme pour son économie, mais aussi en vies humaines. Devait-on pour autant souscrire aux désidératas de l’Allemagne nazie ? Bien au contraire on a salué le courage de l’Angleterre, également le fait qu’elle permit au général De Gaulle de prendre la tête de la Résistance. C’est ici qu’on découvre qu’il y a aussi dans un vote bien autre chose que des calculs d’épicier. On remarque que ce sont les mêmes qui critiquent l’égoïsme borné des électeurs du « leave » qui avancent que la sortie de l’Union européenne aurait un coût énorme sur le plan monétaire.

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    Le processus de sortie n’est pourtant pas très clair. C’est le Royaume Uni qui doit déclencher la demande de sortie via l’article 50. On voit bien que Cameron traine les pieds, il semble qu’il veuille laisser cette lourde tâche à son successeur qui devrait être Boris Johnson en octobre. Donc le processus de sortie sera forcément long. Le camp européen se divise en deux : il y a ceux qui comme Hollande sont pressés, et donc veulent que cela se fasse vite. Ils pensent qu’ainsi ils vont pouvoir se débarrasser de l’Angleterre et aller vers plus de fédéralisme. Merkel au contraire semble vouloir faire trainer les choses sans doute parce qu’elle espère que le Royaume Uni va finir par rester. Cette espérance folle est alimentée par le fait qu’elle sait qu’elle ne peut pas aller dans le sens de plus de fédéralisme : la situation politique intérieure de l’Allemagne l’interdit.

    Mais il y a autre chose dans cette volonté de faire traîner les négociations avant même qu’elles aient démarré, c’est de dissuader les autres pays de suivre l’exemple britannique, en leur montrant combien serait longue et ruineuse une sortie de l’UE. Il y a donc une hésitation : doit-on faire payer très cher la sortie de façon à faire un exemple comme dit l’abominable Quatremer, punir les récalcitrants[8] ? Cependant dans ce cas l’UE apparaîtra bien trop facilement pour ce qu’elle est, à savoir une dictature en puissance. Doit-on aller vers plus de fédéralisme en restreignant la voilure de l’Union européenne ? Mais on a vu que l’Allemagne n’en voulait pas.

    Le plus probable est qu’on attende que les choses se décantent à l’automne avec la démission de Cameron. Bien que cela soit possible, je vois mal le Royaume Uni refuser d’entériner le résultat du référendum. A mon sens cela accélérerait la décomposition d’une Europe malade de la démocratie, mais cela renforcerait le camp du Brexit au Royaume Uni même. Le ministre britannique des affaires européennes a déjà répondu à ce type de démarche en disant que le référendum et sont résultats devraient être considérés comme des choix irréversibles[9].

     



    [1] http://www.journaldugeek.com/2016/06/27/petition-anti-brexit-hoax-4chan/

    [2] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/27/brexit-faut-il-douter-des-3-millions-de-soutiens-a-la-petition-pour-un-nouveau-vote_4959229_4355770.html

    [3] http://www.liberation.fr/planete/2016/06/27/les-insultes-racistes-et-xenophobes-se-multiplient-au-royaume-uni_1462337

    [4] http://www.lepoint.fr/politique/alain-juppe-juge-irresponsable-la-tenue-d-un-referendum-sur-l-europe-27-06-2016-2050025_20.php

    [5] http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/06/25/brexit-regret-des-britanniques-dechantent-et-regrettent-deja-d-avoir-vote-leave_4958123_4832693.html

    [6] http://www.liberation.fr/planete/2016/06/27/brexit-l-ecran-de-fumee-souverainiste_1462431

    [7] http://www4.dr-rath-foundation.org/brussels_eu/roots/08_goebbels_europe_future.html

    [8] Quatremer insiste pour encourager les Britanniques à ne pas déclencher l’article 50. Mais il est juste l’idiot utile de l’Union européenne, son porte coton, on ne croit guère que ses injonctions soient prises au sérieus à Londres. http://www.liberation.fr/planete/2016/06/27/londres-parti-pour-rester_1462481

    [9] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/londres-exclut-un-deuxieme-referendum-sur-le-brexit-582803.html

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