• Chronique du Brexit (II)

     Chronique du Brexit (II) 

    Sur cette image on voit ici les ministres des affaires étrangères européens perdus dans la broussaille, en train de faire semblant de réfléchir à une solution pour sauver l’Europe

     

    C’est peu de dire que la confusion règne dans toute l’Europe depuis que le référendum a entériné le Brexit. Comme si cette option était inimaginable il y a encore quelques jours ! Or que l’on soit pour ou contre la sortie, la victoire du « leave » devait être envisagée sérieusement, le sentiment anti-européen des britanniques étant connu de très longue date. Ce résultat n’était donc pas une surprise. Pour l’instant les avis sont partagés, doit on accélérer les négociations avec le Royaume Uni pour se débarrasser du problème et passer à autre chose ? C’est ce que pense Hollande et les ministres des affaires étrangères des pays fondateurs. Mais ce n’est pas ce que pense forcément Merkel. D’ailleurs pour beaucoup la sortie doit être une torture pour faire réfléchir à deux fois ceux qui voudraient suivre la même voie que les Britanniques : c’est la méthode qui a été employée l’an dernier contre la Grèce quand Tsipras faisait mine de s’opposer aux désirs de la Troïka, les Grecs ont payé très cher l’image d’insoumission qu’ils avaient envoyé au reste de l’Europe. C’est cette opinion que défend le très vulgaire Juncker[1]. Cette expression est encore mieux formulée par le sinistre Jean Quatremer qui a une conception de la démocratie très particulière. C’est le même Quatremer qui s’offusque d’ailleurs qu’on stigmatise l’absence de démocratie dans l’Union européenne. Mais les européistes qui n’ont plus d’argument convaincant évident pour soutenir leur projet jouent maintenant uniquement sur la peur. Le message est le suivant : l’Europe c’est le chaos, en sortir c’est pire !

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    Démocratie et propagande 

    Tout est fait maintenant pour salir le résultat du vote des britanniques, voire le remettre en question. On a ainsi mis en scène dans Le monde l’idée que de nombreux britanniques regretteraient déjà d’être sortis[2] ! Ce journal devient de plus en plus une sorte de Pravda européiste qui va perdre le peu de lecteurs qui lui restent. Arnaud Leparmentier propagandiste zélé du nouvel ordre libéral européen, a ainsi fait campagne jusqu’au bout, à la veille du scrutin, il racontait de partout que le score serait fatalement en faveur du « remain » ! C’est dire la pertinence de ses analyses ! Pour lui le choix des Britanniques n’est pas rationnel. Autrement dit il refuse de comprendre tout ce qui le contrarie. Evidemment avec de telles idées on ne comprend d’ailleurs pas qu’on donne encore le droit de vote au peuple. Leparmentier et Quatremer sont intelligents et avertis, le peuple est un peu con. Mais même désavoués, ces deux imbéciles persistent à ne pas se remettre en question. Ils ont toujours raison, contre tout le monde.

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    On remarque que le tweet hors sujet de Leparmentier a été retweeté par son alter égo l’inénarrable Quatremer qui passe son temps à injurier ceux qui ont le malheur de voter contre l’Europe et de penser du mal de l’Union européenne. Mais Leparmentier n’en est pas resté là, une fois le vote acté, il est revenu pour dire que vote ou pas, le Royaume Uni resterait dans l’Union européenne[3] ! Si le ridicule tuait, Leparmentier serait mort depuis longtemps.

    De même on a mis en scène la pétition qui réclame un nouveau référendum[4]. Ce qui suppose que chaque fois qu’on vote mal il faut revoter, comme dans le cas Irlandais, ou comme dans le cas français et néerlandais, quand en 2008 on fait passer par la voie parlementaire ce qui avait été refusé par référendum. Certes on peut se poser la question de savoir à partir de quel seuil le référendum est valide. Mais pour l’instant, et tant qu’on se contente pour les élections législatives ou locales d’un seuil de 50% + 1 pour acter la victoire, il n’y a pas lieu d’en discuter. 

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    J’ai également quelques amis qui pensent que sur des sujets aussi engageants, il ne faut pas laisser le peuple s’exprimer. Ça rejoint l’idée d’Attali dont nous avons parlé[5] : lorsqu’il y a un progrès dit-il, il faut le sanctuariser. Le problème c’est que c’est lui, Attali, en tant que soi-disant expert, qui décide que l’Union européenne est un progrès. Si le peuple pense le contraire que doit-on faire ? La démocratie c’est sans doute d’abord la capacité à remettre en question les formes institutionnelles dans lesquelles nous vivons, et les idées que nous en avons. Un des arguments majeur de ceux qui sont opposés au référendum c’est de dire que certains droits fondamentaux doivent être exclus de toute discussion. Ils me renvoient souvent cette idée que la peine de mort serait rétablie si on pouvait faire un référendum là-dessus. Bien qu’étant contre la peine de mort, et bien que je ferais campagne contre dans le cas d’un référendum sur ce sujet, j’avoue que je comprends que l’on doive acter les volontés populaires puisqu’en effet je ne crois pas être meilleur que le peuple, et donc j’admets que c’est moi qui puisse avoir tort.

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    Les tendances d’une « petite » Europe

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    La question qui se pose est de savoir si l’exemple britannique va ouvrir la voie à d’autres sorties, la Finlande, le Danemark, la Grèce sont des candidats naturels, mais il se pourrait aussi que la France les rejoigne plus rapidement que prévu. Les européistes pensent avoir trouvé la parade : aller vers plus d’intégration mais en réduisant la voilure de l’Union européenne à la seule zone euro, à dix-neuf pays donc. Manuel Valls, Hollande, Jean Quatremer et Sarkozy[6], ont tous la même idée : réécrire un traité qui irait dans le sens d’une plus forte intégration. Ils veulent aller vite disent-ils car l’Europe doit changer ou mourir. Mais l’Europe peut-elle changer ? Poser la question c’est déjà avouer que l’Europe a failli.

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    Refaire un traité, alors que comme le signale Quatremer nous en sommes déjà à 80 000 pages de traités divers et variés rien que pour le Royaume Uni ! Qu’y mettrait-on dans ce traité ? Valls suggère qu’on y mette la défense, la surveillance des frontières et Macron demande un ministère fédéré pour l’économie de la zone. Bien entendu une défense intégrée européenne ferait que notre souveraineté nous échapperait encore un peu plus. Espérons que cela ne se fasse pas, un Donald Tusk serait bien capable de nous entrainer dans une guerre avec la    Russie.

    Mais en réalité un nouveau traité ne changerait rien à l’affaire : la fuite en avant vers plus de fédéralisme ne masquerait pas longtemps les divergences entre les 19 justement. Donnons un seul exemple : la Finlande ne veut pas payer plus pour les dettes de l’eurozone et a déjà averti qu’elle voulait quitter la monnaie unique[7]. On ne voit pas comment elle signerait un tel traité. En outre les pays du sud de l’Europe sont lourdement déficitaires par rapport aux pays du Nord. Ils n’accepteraient ce nouveau traité que si l’Eurozone consentait à mutualiser l’ensemble des dettes des pays qui la composent. Je peux me tromper, mais je ne vois pas l’Allemagne se lancer dans cette aventure, sachant que le parti AfD ferait campagne avec de grandes chances de succès contre la ratification d’un tel abandon de souveraineté.

     

    On va voir les initiatives qui vont être entreprises dans les jours qui viennent, déjà on a vu que Merkel était très réticente pour laisser à la France l’initiative d’une refondation. Mais les divergences qui se sont fait jour montrent que, quelles que soient les bonnes volontés, les marges de manœuvre sont pour le moins limitées.  Certains font semblant de croire qu’un référendum sur la sortie ou le maintien de la France dans l’UE serait perdu par les anti-européens, rien n’est moins sûr. J’ai déjà souligné dans un précédent billet que l’enquête du Pew Research Center faisait état d’un écart de 13 points entre ceux qui sont satisfait de l’Europe et ceux qui ne le sont pas[8]. Ce n’est pas un hasard si Hollande a refusé tout net un référendum sur ce thème à Marine Le Pen, il pressent que cela serait perdu.

     



    [1] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/le-brexit-n-est-pas-un-divorce-a-l-amiable-previent-juncker-582178.html

    [2] http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/06/25/brexit-regret-des-britanniques-dechantent-et-regrettent-deja-d-avoir-vote-leave_4958123_4832693.html

    [3] https://www.franceinter.fr/emissions/une-histoire-dans-le-monde/une-histoire-dans-le-monde-24-juin-2016

    [4] http://tempsreel.nouvelobs.com/brexit/20160625.OBS3371/brexit-un-million-de-signatures-pour-un-nouveau-referendum-ils-ne-s-avouent-pas-vaincus.html

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/approfondissements-de-la-post-democratie-a126219140

    [6] http://www.lejdd.fr/International/Europe/DIRECT-Le-Brexit-l-emporte-la-livre-s-effondre-792395

    [7] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/05/04/31002-20160504ARTFIG00108-sortie-de-l-euro-le-debat-dont-on-peut-parler-sereinement-en-finlande.php

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/chronique-de-la-sortie-du-royaume-uni-de-l-union-europeenne-a126244048

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