• Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

     Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    Ce gouvernement d’affairistes et de millionnaires a décidé de faire la chasse aux chômeurs[1]. C’est une vieille lubie de la droite réactionnaire de faire croire qu’en resserrant les conditions d’éligibilité aux allocations chômage, voire en les supprimant, le chômage baissera. Voilà donc cette vieille sorcière mistifrisée de Pénicaud – on dirait cette caricature sortie de la vielle série Les Deschiens – laisse entendre via Le canard enchainé qu’elle prépare une loi pour contrôler un peu plus les chômeurs[2]. Passons sur le fait qu’on ait mis au ministère du travail la personne la plus riche du gouvernement : autant mettre directement Gattaz. Le principal point de ce discours de propagande est en vérité de faire croire que les chômeurs sont des chômeurs volontaires, des personnes particulièrement lascives, peu empressées de retrouver du travail, préférant avec leurs grasses indemnités partir en vacances aux Bahamas. Un jeune député macroniste particulièrement imbécile, Damien Adam pour ne pas le nommer, avait été particulièrement moqué lorsqu’il avait avancé cette idée loufoque[3], mais la façon de travailler de ce gouvernement montre qu’il ne s’agissait pas d’un simple écart de langage. C’est toute la philosophie sociale de ce gouvernement de la droite extrême qui se révélait dans cette incongruité. En vérité toutes les mesures ignobles de ce gouvernement vont dans le même sens, que ce soit la réforme du droit du travail, ou la réforme à venir du contrôle des chômeurs, on suppose que les chômeurs sont responsables du haut niveau du chômage que connait notre pays depuis une bonne trentaine d’années. Donc qu’il y aurait des gisements d’emplois en grande quantité à occuper, où ?, ce n’est jamais dit bien sûr, mais que la mauvaise volonté des chômeurs empêche d’être pourvus. Cette attitude des chômeurs est une perte à la fois pour l’économie en général et pour les finances publiques car un chômeur coûte cher à entretenir. Bien qu’il n’y ait aucune étude convaincante sur le coût du chômage pour la société, on peut l’estimer à environ 100 milliards d’euros par an[4]. La perte est évidente, mais dire que les chômeurs sont les seuls responsables parait appartenir à un âge révolu de la pensée économique : ce qui se disait avant la crise de 1930, avant que Keynes produise sa Théorie générale en 1936 et que Roosevelt et le New Deal changent radicalement la manière de voir cette question[5]. Le retour de la vieille idée réactionnaire de la responsabilité des chômeurs dans la montée du chômage est apparue à la fin des années soixante-et-dix, quand Margaret Thatcher, que Macron admire tant, et Ronald Reagan ont donné du clairon pour annoncer que la lutte des classes allait se faire à l’envers : les riches contre les pauvres. On remarque que le discours contre les chômeurs se durcit au fur et à mesure que le chômage augmente, mais aussi au fur et à mesure que les écarts de richesses s’accroissent. Un peu comme si en attaquant les chômeurs on voulait détourner l’attention sur les origines d’un phénomène structurel. La tendance est claire comme le montre le graphique ci-dessous, le chômage augmente depuis la fin des années soixante, et plus fortement depuis la moitié des années soixante-dix. Cette tendance est la même dans tous les pays du monde développé, elle peut être plus ou moins marquée, cela dépend de la construction statistique – le chômage n’est pas mesuré de la même manière de partout – et aussi bien sûr de la réaction des politiques publiques en la matière

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    Taux de chômage en France, Source Insee 

    L’approche macronienne qui se prétend nouvelle, relève uniquement de la pensée magique et n’a aucun fondement empirique, ni même théorique, ce qui veut dire que cette logique répressive ne permettra pas de créer un seul emploi supplémentaire. Mais en outre, on va voir que ces soi-disant mesures de « durcissement du contrôle des chômeurs » vont se révéler rapidement inopérantes pour réduire le chômage. Cette tendance à réduire les droits des chômeurs n’a rien de nouveau, elle est à l’œuvre de partout dans le monde développé depuis la fin des années soixante-et-dix dans le monde, et depuis très précisément 1983 en France, quand le Parti Socialiste s’est converti au standard européen et qu’on a commencé à faire du chômeur le bouc émissaire. Ce qu’on sait de la note qui a circulé après les révélation du Canard enchaïné, c’est qu’elle a été rédigée par Antoine Foucher, directeur du cabinet de Pénicaud, et ancien cadre du MEDEF, pour la neutralité de la fonction publique, on repassera, c’est comme si on demandait au renard de construire un poulailler sécurisé pour la volaille[6]. 

    Les causes de la montée du chômage 

    Evidemment si on veut combattre le chômage, il faut comprendre pourquoi celui-ci augmente, et pour cela s’appuyer sur une observation empirique du phénomène. La première leçon qu’on peut adresser au gouvernement Philippe et à Pénicaud est la suivante. Le chômage augmente quand la croissance est faible, et il diminue lorsque la croissance s’accélère. Les deux courbes sont dans une relation négative comme on le voit sur le graphique ci-dessous. Cela devrait suffire à démontrer que le chômage n’est pas volontaire, puisqu’en effet, quelle que soit l’époque, il n’y a pas de raison que le nombre de fainéants et de mauvais esprits, de profiteurs du système varie en fonction de la conjoncture économique, il devrait au moins être constant dans le temps. Les idées stupides de la droite stupide sont fondées sur les analyses de Pierre Cahuc et André Zylberberg dont j’ai eu l’occasion de dire ici tout le mal que je pensais[7]. Ces deux économistes dont le métier est principalement de produire des arguments politiques pour le MEDEF et le gouvernement, ont écrit un ouvrage il y a presque 15 ans maintenant qui résume tout ce que le patronat aime entendre à propos du chômage, mais qui en fait ne fait que recycler les vieilles idées du XIXème siècle repeinte dans une couleur plus vive et plus attrayante[8].  

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    Les deux médiocres avancent trois points importants mais malheureusement pour eux contrefactuels :

    - tout d’abord ils considèrent que le chômage est un élément naturel de l’économie de marché. Etant donné qu’il y a à la fois des entrées et des sorties du chômage ces deux cuistres supposent que le chômage stimule la croissance en permettant au marché une réallocation des ressources humaines plus performante. Déjà, invoquer des lois naturelles pour parler d’économie est une erreur des plus grossières, mais cette idée suppose qu’en facilitant les licenciements, on facilite l’émergence de nouveaux emplois dans des nouveaux secteurs, c’est la théorie du déversoir ou du déversement, une autre manière de parler de destruction-créatrice ;

    - ensuite que pour stimuler la croissance, il faut libérer les énergies entrepreneuriales : faciliter la vie des patrons en permettant de licencier comme on le veut, en diminuant les « charges sociales »[9]. Les faits leur donnent tort, depuis 1983, on abaisse les « charges sociales » notamment sur les bas salaires, comme on le voit dans le graphique ci-dessous, et cela sans effet sur le chômage. 

     

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    Source :  Rapport de la commission des comptes de la Sécurité sociale 2009 

    - enfin, en bons petits soldats du MEDEF, ils avancent que le SMIC est bien trop élevé en France, il est d’environ 50% du salaire moyen, alors que dans les autres pays de l’OCDE il est seulement de 38%. Autrement dit le SMIC français est responsable du chômage. Cette assertion fréquente chez les économistes du « bloc bourgeois » n’est pas démontrée par les faits. C’est même le contraire. Il y a d’abord l’ouvrage de Card et Krueger[10] qui montre que c’est exactement l’inverse. Cet ouvrage un peu ancien maintenant est intéressant parce que justement ses auteurs emploient la méthode dite expérimentale que Cahuc et Zylberberg prônent. Ensuite il y a le fait que l’Allemagne a introduit un salaire minimum en 2015, et l’a même augmenté en 2016[11], or contrairement à ce qu’avançaient les économistes du bloc bourgeois, donc Cahuc et Zylberberg, cela n’a eu aucune incidence sur le niveau du chômage[12], par contre cela a permis de sortir une partie des travailleurs de la situation de pauvreté en diminuant les « mini-jobs »[13]. En Espagne où le salaire minimum est de 825,65 € par mois, soit 55% du SMIC français, le chômage est près de deux fois plus élevé qu’en France. Dernier élément qui prouve l’inanité de cette approche, c’est l’expérience du gouvernement Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Ce gouvernement a procédé simplement à une hausse des minima sociaux, et donc il a donné un coup de pouce au SMIC : le droit du travail n’a pas été modifié, et les règles des indemnités chômage n’ont pas changé durant cette période : le résultat a été une baisse radicale du chômage – environ un tiers. C’est seulement à la fin de son mandat, c’est-à-dire quand la France est entrée dans l’euro, que le chômage a recommencé à augmenter. 

    Chômage et croissance 

    Comme on le voit, le débat tourne autour de la question de la croissance. Les thèses du bloc bourgeois sont que la croissance n’est jamais stimulée durablement par la demande – donc il ne sert à rien d’augmenter les salaires – mais toujours par l’offre. Stimuler l’offre c’est flexibiliser le marché du travail en diminuant la protection sociale, en abaissant les salaires, et ensuite on prie pour que cette démarche se répercute dans une baisse des prix qui profitera à tout le monde, y compris aux pauvres. L’évolution des trente dernières années montre que la faiblesse de la croissance – et donc l’insuffisance de la création d’emplois – provient d’abord d’une confiscation des gains de productivité du travail par le capital. Cela entraîne forcément une croissance des inégalités, mais aussi un blocage de la croissance. En effet si les salaires augmentent moins vite que la productivité du travail, il se crée naturellement un défaut de demande qui n’incite pas les détenteurs de capitaux à investir autrement que dans des valeurs spéculatives.  

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    C’est pourquoi les organismes internationaux comme l’OCDE[14] ou le FMI[15] ont pris le contrepied des positions défendues par le gouvernement extrêmement à droite de Macron-Philippe. Pour ces deux boutiques, la lutte pour l’emploi passe par une lutte contre les inégalités de revenus qui plombent la croissance. Il faudrait donc à l’inverse relever le salaire minimum pour relancer la croissance et l’emploi. Mais admettre que ce sont les salaires trop bas qui plombent la croissance et l’emploi, ce n’est pas possible pour un gouvernement de millionnaires, cela reviendrait à dire que ce sont les oligarques qui sont responsables du chômage et non les chômeurs eux-mêmes, ce serait revenir à Keynes en quelques sorte qui souhaitait une euthanasie des rentiers. Ce serait remettre en question tout le formatage intellectuel des économistes depuis une quarantaine d’années. Il est donc préférable pour son confort intellectuel de continuer à taper sur les chômeurs, ces assistés. Il est donc postulé que les allocations chômage seraient bien trop élevées et n’inciterait pas au retour à l’emploi. 

    Punir les chômeurs   

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    Pour montrer combien l’idée d’un chômage volontaire est fausse et injurieuse pour les chômeurs, il faut se servir des données que l’on a. Partons de l’étude de l’UNEDIC réalisée en 2016[16]. Tout d’abord il y a le fait que 58% des chômeurs seulement sont indemnisés. Donc 42% ne touche aucune allocation chômage. Ensuite, 1,7 millions de chômeurs touchent une indemnité tout en travaillant. S’ils touchent une indemnité, c’est parce qu’ils sont revenus à l’emploi, mais que leur salaire est insuffisant, par exemple, s’ils n’ont qu’un travail à temps partiel. Il ne reste donc que 1,9 millions de chômeurs qui ne travaillent pas et qui touchent des allocations chômage, soit 30% des chômeurs inscrits à Pôle emploi. Disons les choses autrement : sur les 6,2 millions de chômeurs qu’on comptait à cette époque – fin 2016 – 5,3 millions ne rentraient pas dans la mythique catégorie des chômeurs volontaires, soit 70% environ.

    Mais pour ceux qui ne travaillent pas et qui touchent une allocation, la position de chômeur est-elle enviable comme le suggèrent Cahuc et Zylberberg les économistes du bloc bourgeois ? Autrement dit les allocations chômage permettent elles de se la couler douce ? De partir en vacances aux Bahamas comme le suggère l’idiot de service Damien Adam ? La réponse est non, catégoriquement non. Pourquoi ? D’abord parce que les indemnités chômage ne durent pas. Elles ne peuvent excéder 24 mois. Cette durée est allongée si le chômeur est âgé. Ensuite parce que l’allocation chômage est en moyenne de 72% du salaire. On voit que le manque à gagner pour les salariés les moins qualifiés payés au SMIC est substantiel. Pour que Cahuc et Zylberberg comprennent cela, il faudrait pour qu’ils se rendent compte de ce qu’ils écrivent qu’ils vivent seulement un mois ou deux avec 72% du SMIC. L’avaricieuse Pénicaud devrait aussi suivre cette forme de thérapie, elle dirait moins de bêtises. La moyenne des allocations chômage versée est assez faible, 1000 € par mois pour l’ensemble des chômeurs indemnisés, et seulement 5 % des allocataires touchent plus de 1900 €. Il est donc assez évident que les chômeurs ont peu de chance de devenir aussi riche que la millionnaire Pénicaud en touchant des allocations chômage !

    Mais il y a encore autre chose que des simples calculs monétaires. La situation de chômeur est inconfortable. Il y a une surmortalité importante des chômeurs, ce qui veut dire que cette situation est d’abord une situation de souffrance. A la fin du XXème siècle, plusieurs études ont été produites sur ce thème

    « La mortalité des chômeurs est trois fois supérieure à celle d'un actif occupé au même âge, celle d'une chômeuse, deux fois supérieure »[17] 

     

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    Une étude parue dans The Lancet, a montré également que la crise de 2008 a augmenté le nombre de cancers dans le monde consécutivement à la montée du chômage[18]. Selon le chercheur de l’INSERM, Pierre Meneton, le chômage serait responsable en France de 20 000 à 30 000 décès, soit pratiquement autant que les décès dus au tabac[19]. Tout cela converge vers une même réalité : le statut de chômeur n’est pas une sinécure.

    On voit que le chômage n’est pas une bonne affaire pécuniaire, et qu’en outre c’est une situation horrible sur le plan de la santé. Etre obligé de rappeler cela est assez déprimant et montre combien les politiciens et les économistes aux ordres ignorent ce que c’est que de vivre dans la précarité matérielle et psychologique[20].

    Tout cela est très connu, et même des imbéciles comme Cahuc et Zylberberg ne peuvent l’ignorer. Alors pourquoi vouloir punir les chômeurs ? Les raisons à cette campagne contre les chômeurs sont multiples et variées. D’abord consolider le discours sur la compétitivité et contre l’assistanat. De Laurent Wauquiez à Eric Brunet[21], en passant par les macroniens, ils sont nombreux à dénoncer l’assistanat, « ce cancer français ». Les assistés ce sont tous ces gens qui touchent des allocations, chômage, RSA, etc. et qui donc sont sensés détourner le bon argent durement gagné par les patrons qui plient sous le poids de l’impôt confiscatoire. Ce sont les vieilles idées débiles de Margaret Thatcher. Il est facile de voir que les assistés ne sont pas forcément ceux qu’on croit, vu les sommes affolantes que le CICE détourne vers les détenteurs de capitaux (tout de même 20 milliards d’euros par an).  

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    Le second intérêt de ce discours de classe est de précariser un peu plus les salariés, c’est ce que fait Pénicaud. Il est vrai qu’elle est bien aidée en cela par la passivité et la désorganisation des syndicats trop occupés par la défense de leur pré carré. Les chômeurs sont faibles, encore moins organisés pour défendre leurs droits, c’est une cible facile à atteindre, car la situation de chômeur est honteuse, et la plupart des chômeurs ont intégré cette honte. Et pourtant comme dit Marx, Il faut rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité. En attaquant les chômeurs Pénicaud montre qu’elle ne craint pas de réactions et défie clairement ce qui reste de la gauche. Elle veut exclure les chômeurs de la société, les montrer comme de mauvais Français indisciplinés et coûteux, les mettre hors la loi.

    Il s’agirait donc d’ajouter des sanctions à la situation des chômeurs, une double peine en quelque sorte[22]. Contrôler les chômeurs, c’est bien beau dans les discours électoraux, mais en clair qu’est ce que ça veut dire ? En effet, vu le nombre de chômeurs à contrôler, environ 2 millions, il faudrait embaucher massivement à Pôle emploi ! Ce qu’on refuse de faire évidemment au nom de la rigueur budgétaire. En vérité l’imagination des conseillers de Pénicaud est assez étriquée voici ce qui sera proposé :

    - d’abord obliger les chômeurs à tenir en quelque sorte un carnet de leurs démarches pour trouver du travail. On suppose que cela se fera par Internet. Mais il est assez facile de voir que cette idée loufoque n’aura aucun impact, en effet, il suffira de répondre à des offres d’emploi de Pôle emploi tout en sachant pertinemment qu’on ne sera pas recruté. Ou encore de démontrer qu’on a déposé un certain nombre de CV, ici et là. 

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    - ensuite sanctionner ceux qui se feront prendre, par exemple, ceux qui manqueront un rendez-vous avec le conseiller d’orientation de Pôle emploi. Cela devient plus sérieux, au bout de deux rendez vous manqués, les allocations chômage seraient abaissées de 20% et si le chômeur persiste, ses allocations baisseraient de 50% ! Mais le tarif serait le même si le chômeur persistait à refuser deux offres successives d’emploi jugées raisonnables par son conseiller[23]. C’est une vieille sarkozyste, obliger les chômeurs à prendre un boulot sous-payé, voire délocalisé. Définir une offre raisonnable d’embauche est assez peu clair et ne le sera sans doute pas plus demain.

    On se doute qu’un tel projet outre le fait d’humilier un peu plus les chômeurs, permettra de nettoyer un peu plus les statistiques et donc de pousser dans le sens d’une baisse artificielle du chômage. Mais cela permettra d’entamer encore plus fort le vieux refrain selon lequel : qui veut travailler trouve du travail, seuls les fainéants n’en trouvent pas. En vérité le contrôle des chômeurs existe déjà, il avait été mis en place par François Rebsamen en 2014, mais les contrôles avaient montré que les chômeurs ne se comportaient pas du tout comme des assistés, et que massivement ils cherchaient à sortir d’une situation de précarité[24]. En outre, il avait été révélé par cette même enquête que 4% des chômeurs n’usaient pas de leurs droits. 

    Retour à la dure réalité  

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    Ces mesures ont commencé à être critiquées par les syndicats. La France Insoumise par la voix de son député Quatennens est sortie de sa torpeur en avançant que ce projet sournois s’attaquait plutôt aux chômeurs qu’au chômage[25]. Et de fait les chiffres sont cruels : en effet il y a aujourd’hui plus de 6,5 millions de chômeurs, mais seulement entre 250 000 et 300 000 offres d’emplois non pourvues[26]. Cela veut dire que même en forçant les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, même en le formant aux exigences du marché, il resterait au bas mot encore 6,2 millions de chômeurs ! C’est une réalité arithmétique. Autant dire que le chômage de masse perdurerait.

    Le chômage est une question sérieuse qui ne peut se régler par les bricolages macroniens qui ne font que mettre en œuvre les idées du MEDEF. Ces nouvelles agressions contre les chômeurs auxquelles Sarkozy, l’autre homme politique du grand capital, avaient renoncé par crainte de la réaction du peuple de gauche, sont poussées fortement par le petit banquier qui est accessoirement président de la République. Il suppose que la gauche est morte et enterrée, le Parti socialiste a disparu, le PCF et la FI, à quelques exceptions près, restent bien trop préoccupés par la défense des immigrés et des Palestiniens pour avoir des idées nouvelles en matière de soutien aux chômeurs. Quant aux syndicats, ils sont très divisés et dirigés par des bureaucrates qui ne sont pas vraiment intéressés par ces questions. C’est la chance si on peut dire de Macron : l’opposition a provisoirement disparu, et même si les Français n’adhèrent pas à ses idées d’un autre âge, il peut faire passer facilement ses lois mortifères. Bien sûr la sanction tombera un jour parce que le chômage est la première peur des Français, et donc si le chômage ne baisse pas, alors il sera débarqué, comme a été débarqué Sarkozy, et comme a été débarqué Hollande. 

    Conclusion 

    En dehors de ces fantaisies l’avenir de l’emploi est très sombre. McKinsey, un institut de recherche très prisé par les multinationales, vient de publier un gros rapport[27] qui explique qu’à l’horizon 2030 c’est environ 20% des emplois actuels qui sont menacés de disparition du fait de l’évolution technologique. Et parmi ces emplois, une grande partie de ceux-ci sont des emplois très qualifiés qui demandent une formation très poussée. Cette réalité de la mondialisation montre qu’au moins deux pistes de lutte contre le chômage sont sans issue :

    - d’abord l’idée selon laquelle en formant mieux et plus les populations, le taux de chômage baisserait. C’est une assertion qui est fausse sur le plan méthodologique. En effet elle se fonde sur le fait que les personnes qui possèdent le plus de diplômes sont celles qui sont le moins souvent au chômage. Mais cette vérité micro-économique est en contradiction avec l’approche macro-économique qui montre que les diplômes ont de moins en moins de valeur[28], ce qui est logique du point de vue de la loi de l’offre et de la demande. Autrement dit si tous les chômeurs étaient très diplômés, ils ne trouveraient pas plus de travail, car la formation ne crée pas l’emploi, mais permet de disqualifier seulement ceux qui en ont moins. Du reste on voit que le nombre des diplômés s’est accru radicalement depuis trente ans, alors même que le chômage a augmenté.  

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    - ensuite évidemment que si d’ici à 2030 20% des emplois seront détruits par le progrès technologique, la masse est tellement énorme – on parle de 400 à 800 millions d’emplois détruits au niveau mondial, que la théorie du déversoir ne pourra pas combler ce déficit : la destruction sera forcément plus rapide que la création[29]. C’est ce qu’admet le rapport McKinsey qui signale qu’il faut se préparer à élargir la protection sociale – l’inverse donc de ce que font Macron et sa bande ! On voit facilement pourquoi les capitalistes les plus éclairés sont favorables au Revenu universel, c’est un facteur de paix sociale, et la seule source potentielle de revenu qui permettra de consommer les mauvaises marchandises que le capital continue à produire. Mais dans ce contexte de destruction massive d’emplois il va être de plus en plus malvenu de considérer que l’immigration est une chance pour l’Europe et que celle-ci ne viendra pas gonfler le chômage[30].

    On voit que sur tous les points, et plus encore sur la question des inégalités et du chômage, le gouvernement de Macron-Phillipe-Pénicaud est en retard d’une bataille. Il ne s’agit plus d’adapter le vieux modèle de l’économie de marché, mais de changer de système de production et de consommation. Parmi les pistes raisonnables que nous pouvons avancer pour créer des emplois, il y en a au moins quatre :

    - la première est de diminuer la pression de la concurrence mondiale, et donc de diminuer les flux transfrontaliers de capitaux, de marchandises et d’hommes ;

    - la seconde est de favoriser les activités consommant de la main d’œuvre, par exemple l’agriculture biologique au détriment de l’agriculture conventionnelle, introduire des normes de qualité dans les productions industrielles ;

    - la troisième est la baisse de la durée travaillée ;

    - la quatrième est d’interdire les hypermarchés qui détruisent 5 emplois lorsqu’ils en créent un.

    On voit que toutes ces solutions – mais il y en a sans doute d’autres – sont à la fois créatrices d’emplois, et agissent dans le sens d’un plus grand respect vis-à-vis de l’environnement. Mais pour l’instant la classe politique n’est pas prête à sacrifier l’idée que seule l’accélération du progrès technologique est source de richesse et d’emplois.


    [1] http://www.lemonde.fr/gouvernement-philippe/article/2017/12/16/de-nombreux-millionnaires-parmi-le-gouvernement_5230633_5129180.html

    [2] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/12/27/les-pistes-du-gouvernement-pour-durcir-le-controle-des-chomeurs_5234906_823448.html

    [3] https://www.marianne.net/politique/plein-paradise-papers-depute-lrem-attaque-aux-chomeurs-partent-en-vacances-bahamas

    [4] https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2016/06/19/le-cout-public-du-chomage-plus-de-100-milliards-d%E2%80%99euros-par-an

    [5] William E. Leuchtemburg, Franklin D. Roosevelt and the New Deal, Harper, 2009.

    [6] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/12/26/20002-20171226ARTFIG00196-le-gouvernement-reflechit-a-durcir-le-controle-des-chomeurs.php

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-cahuc-et-andre-zylberberg-le-negationnisme-economique-et-commen-a126951256

    [8] Le Chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion, 2004.

    [9] Pour nos deux réactionnaires, les cotisations sociales ne sont pas un salaire différé, ni un salaire socialisé, mais seulement un coût supplémentaire.

    [10] David Card & Alan B. Krueger, Myth and measurement. The new economics of the minimum wage, Princeton University Press, 1995.

    [11] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/deux-ans-apres-sa-creation-le-salaire-minimum-allemand-est-augmente_1807091.html

    [12] http://www.slate.fr/story/112195/salaire-minimum-allemagne

    [13] https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/quel-premier-bilan-tirer-du-salaire-minimum-allemand/

    [14] https://www.oecd.org/social/Focus-Inequality-and-Growth-2014.pdf

    [15] https://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2016/06/pdf/ostry.pdf

    [16] file:///C:/Users/jean%20bon/Downloads/EBOOKS/UNEDIC%204%20Chiffres%20cle%CC%81s%20V1909.pdf

    [17] Annie Mesrine, « La surmortalité des chômeurs : un effet catalyseur du chômage ? », in, Economie et statistique, n°334, 2000. pp. 33-48.

    [18] Dr Mahiben Maruthappu, Johnathan Watkins, Aisyah Mohd Noor, Callum Williams, Raghib Ali, Richard Sullivan, Thomas Zeltner, Rifat Atun,  “Economic downturns, universal health coverage, and cancer mortality in high-income and middle-income countries, 1990-2010: A longitudinal analysis”, March 2016.

    [19] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/10-000-a-20-000-morts-par-an-dues-au-chomage_28753

    [20] Michel Dubout, Le traumatisme du chômage, Editions de l’Atelier, 2015.

    [21] J’ai déjà dit tout le mal qu’il faut penser de ce cireur de pompes d’Eric Brunet, Journaliste semi-instruit, il passe son temps à déballer des contre-vérités. http://in-girum-imus.blogg.org/de-la-misere-du-journalisme-en-2017-aujourd-hui-eric-brunet-a132347698

    [22] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/12/27/les-pistes-du-gouvernement-pour-durcir-le-controle-des-chomeurs_5234906_823448.html

    [23] http://www.20minutes.fr/economie/2193619-20171226-assurance-chomage-gouvernement-souhaiterait-durcir-controle-chomeurs

    [24] http://www.lepoint.fr/politique/controle-des-chomeurs-le-baton-pour-degonfler-les-statistiques-28-12-2017-2182818_20.php

    [25] http://www.bfmtv.com/politique/selon-adrien-quatennens-le-gouvernement-veut-s-attaquer-aux-chomeurs-et-non-au-chomage-1336804.html

    [26] Sur la difficulté de calculer les offres d’emploi non pourvues, lire https://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/CLOUET/52623. Sur l’évaluation la plus récente, voir http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/12/19/97002-20171219FILWWW00209-entre-200000-et-330000-offres-non-pourvues-faute-de-candidats-pole-emploi.php

    [27] https://www.mckinsey.com/global-themes/future-of-organizations-and-work/what-the-future-of-work-will-mean-for-jobs-skills-and-wages

    [28] https://www.alternatives-economiques.fr/diplomes-ont-perdu/00080183

    [29] La théorie du déversement est due à Alfred Sauvy, La machine et le chômage, Dunod, 1980. Elle visait à démontrer que le progrès technologique au bout du compte finissait toujours par créer des emplois.

    [30] Il y a quelques années deux députées du P « S », Karine Berger et Valérie Rabault s’étaient faites remarquer pour avoir publier un livre béta, Les trente glorieuses sont devant nous, Editions rue Fromentin, 2011. Elles avaient annoncé en bons petits soldats européistes que la France avait besoin de 10 millions d’immigrés en plus. https://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110321trib000609557/l-economie-francaise-a-besoin-de-10-millions-d-immigres-d-ici-a-2040.html

    « La popularité de Macron ne décolle pasLudovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 »
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  • Commentaires

    1
    LILI
    Dimanche 21 Janvier à 19:11

    Bonsoir,

    Votre propos tenu dans le paragraphe précédant la conclusion est tendancieux :  les idées que vous prêtez à Macron me semblent exagérer. Il sait bien que la gauche, PCF et FI ont soutenu et ont participé à des mouvements sociaux contre la loi travail, contre la fin des contrats aidés  et pour la fonction publique,   autant que soutenir les immigrés et les Palestiniens. 

    Macron veut imposer d'une manière brutale toutes ces lois mortifères : c'est la stratégie du choc qui lui permet d'écraser le modèle social, o u du moins ce qu'il en reste.

    Et quand bien même, les immigrés et les  Palestiniens  doivent être soutenus.

     

    Vous avez oublié de donner l'exemple de la politique de la demande au Portugal, qui est mesurée c'est vrai,  mais qui existe : augmentation des minimas sociaux, du smic, diminution de la durée de travail que la droite s'était employée à augmenter dans l'objectif d'une politique d e l'offre qui n'a pas marché.  En effet avec cette mauvaise politique 20% des jeunes portugais sont partis en Angola et ... en France ! 

    Vous, si LA gauche ne s'en sort pas, o u    a disparu : que proposez-vous ?  Que faites-vous concrètement si aucun syndicat n'est digne de vous ? 

    cordialement,  

     

     

    2
    Dimanche 21 Janvier à 19:30

    Je ne prétend pas avoir des solutions tout seul dans mon coin. Je me borne à enregistrer que les anti-Macron qui sont très nombreux sont mal organisés et se trompent dans leurs objectifs. Je pense qu'il y a un syndicalisme à repenser de fond en comble. Etre à la fois plus offensif et plus subtil dans ses analyses. Vous avez citez le cas du Portugal très bien, mais je pense que leur reprise est très fragile. parmi les solutions que je préconise, il y a un retour à la souveraineté nationale, et cela pour deux raisons :

    1. parce que le partage de la richesse se fait plus facilement entre les classes ;

    2. parce que le partage du travail est aussi plus facile.

    En outre dans un cadre national on peut équilibrer plus facilement sa balance commerciale. Si la France avait une balance en équilibre, elle aurait 1,5 millions de chômeurs en moins, ce qui n'est pas rien !

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