• Bilan du quinquennat de François Hollande

     Bilan du quinquennat de François Hollande

    Qualifier l’échec d’Hollande 

    Un peu avant l’heure plusieurs journaux ont commencé à tirer le bilan de la présidence de François Hollande. Il est vrai qu’il est facile de dire que cette présidence fut des plus médiocres et qu’on ne voit pas ce qu’une année supplémentaires d’exercice du pouvoir pourrait bien changer : il suffit par exemple de regarder la courbe du chômage pour se rendre compte que son arrivée à la présidence de la république n’a servi strictement à rien. Le chômage a suivi exactement la même pente que sous Sarkozy. On rappelle que lorsqu’Hollande est arrivé au pouvoir en mai 2012, le PS et la gauche dite de gouvernement avait la majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat, détenait la présidence de 22 région sur 24, et de la grande majorité des départements. Cette majorité de soutien presqu’inconditionnelle a depuis été largement écornée par les différentes élections intermédiaires : le PS a perdu la présidence du Sénat, puis s’est fait ravir la majorité des régions par la droite, a été battu aux municipales et enfin il voit une hémorragie de ses militants qui en font maintenant un parti ultra-minoritaire en France, alors qu’il était le premier parti d’élus il y a peu. Mais pour être juste avec Hollande, il faut rappeler que sa politique est dans l’exacte continuité de celle de son prédécesseur. Lui et ses conseillers n’ont fait qu’aggraver la tendance déjà à l’œuvre.

    Bilan du quinquennat de François Hollande

    Il serait injuste d’isoler la personnalité de Hollande dans ce désastre, du reste les Français le comprennent assez bien puisqu’ils rejettent dans un même mouvement aussi bien Sarkozy que son successeur. Et si Hollande est encore bien plus détesté que Sarkozy, c’est essentiellement parce qu’il est apparu plus sournois que son prédécesseur. Au fond le problème de Hollande est qu’il s’est fait élire comme un homme de gauche, avec l’idée d’un changement politique, et qu’il a fait une politique pleinement de droite. Cette politique économique est clairement la politique de l’offre, cette politique de l’offre qui échoue partout où elle est employée, consiste à penser que les règlements, les impôts, les interventions de l’Etat, freinent la croissance économique et par suite pénalisent l’emploi. Les deux mesures phares du quinquennat Hollande auront été le CICE et la loi sur la réforme du code du travail. Le CICE qui aura coûté à l’Etat environ 60 milliards d’euros entre 2014 et 2017, était censé compenser la création d’emploi – Gattaz nous en promettait 1 million – par des crédits d’impôts. Il s’agissait en fait d’une baisse des charges programmée, supposant que le coût du travail était un frein à l’embauche. Cette mesure forte financièrement n’a pas eu le plus petit début de commencement de réussite comme c’était prévisible.  

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    Mais Hollande qu’on accuse souvent à tort de passivité n’en a pas moins persisté dans l’idée de mettre en œuvre un peu plus de théorie de l’offre. Confondant volonté politique et entêtement imbécile, il a donc programmé une réforme du droit du travail. Cette réforme qui est appelée El Khomri et qui doit aider les patrons à embaucher en ayant plus de flexibilité sur le marché du travail. Mais comme je l’ai dit à la suite de quelques autres, aucun économiste fut-il de la droite la plus libérale, la plus obtuse, n’a jamais pu exhiber un lien entre flexibilité du marché du travail et créations d’emplois, sinon la Grèce et l’Espagne seraient au plein emploi. La colère contre cette loi qui rappelle d’ailleurs les précédents essuyés par Edouard Balladur et son CIP en 1994, et Dominique de Villepin et son CEP en 2006, a engendré une forte mobilisation de la jeunesse. S’il fallait une preuve du caractère droitier et libéral de la présidence Hollande c’est sans doute dans cette loi El Khomri qu’il faudrait la voir[1]. La logique de ces deux mesures phares du quinquennat Hollande réside d’abord dans le fait qu’elle suppose que le chômage est volontaire, et donc qu’il suffit d’ôter des protections émollientes pour les salariés afin que ceux-ci réajustent leurs prétentions salariales à la baisse et retrouvent le chemin de l’emploi. Cette vision est typique de la manière de raisonner du XIXème siècle : ni l’Etat ni les patrons ne sont responsables du chômage, seuls le sont les travailleurs par leur fainéantise. En même temps qu’Hollande détricote la solidarité entre les travailleurs sur le marché du travail, il appuie à la fois sur la responsabilité des chômeurs dans leur sort, et sur la nécessaire compétitivité – le darwinisme économique. 

     

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    Le rôle des conseillers

     

    Hollande n’est pas tout seul en situation d’échec, non seulement il est dans la continuité de toute la droite qui l’a précédé, mais il est accompagné dans cette déconfiture par Emmanuel Macron qui est l’inspirateur de cette politique économique catastrophique. Ce même Macron qui a regretté que la France n’ait pas eu en son temps une Margaret Thatcher pour faire les réformes nécessaires à l’épanouissement du libéralisme en France, ce même Macron qui regrettait que la Français aient coupé la tête du roi[2]. Je passe sur ses idées stupides sur le statut des fonctionnaires. Mais Macron n’est pas le seul conseiller de Hollande pour les questions économiques. D’autres ont eu un rôle important, par exemple Laurence Boone, ou cette tête à claques de Jean-Jacques Barbéris qui sont repartis vers le secteur privé avec des salaires mirobolants.

    Ces jeunes conseillers qualifiés par la presse de surdoués, ont pourtant fait la preuve de leur incompétence. Mais ce n’est pas leur incompétence qui est en cause, plutôt celle de Hollande qui les choisis en fonction des idées débiles qui lui servent de guide dans le maquis de la politique économique.

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    Les conseillers d’Hollande, au milieu Jean-Jacques Barberis 

    Dans une interview récente de Pierre Rosanvallon qui ne chie pas la honte accable Hollande de tous les maux. Mais ce petit magouilleur qui avait commencé sa carrière par une critique radicale du capitalisme libéral[3], puis qui s’est reconverti en commis voyageur du réformisme – c’est-à-dire du démantèlement de l’Etat Providence – fait semblant de ne pas voir que ce sont ses propres idées, il est la tête pensant de la deuxième gauche (ou seconde droite comme on veut) genre Terra Nova, qui ont été mises en scène par Hollande et son gouvernement. Se rangeant dans le sillage du communiste défroqué François Furet, il est arrivé à faire une carrière au Collège de France où parfois il se fait passer pour historien. Quand on met face à face les propositions de Rosanvallon qui en 1995 soutenait la réforme des retraites Juppé, et la mise en œuvre de ses propositions par Hollande on ne voit pas ce Que le premier peut encore reprocher au second. 

    Logique européiste 

    Je trouve Hollande bien plus cohérent que ce qu’on dit généralement. Il poursuit un but assez simple, mettre la France en conformité avec l’Union européenne et la préparer à la signature de TAFTA qui formerait un bloc occidental plus ou moins solide. Le M’PEP rappelait que la loi El Khomri avait été inspirée de conserve par le MEDEF et par la Commission européenne. Le problème est que cette logique ne produit que des mauvais résultats sur le plan économique et social. Il serait donc illusoire de critiquer et de stigmatiser Hollande et son gouvernement sans oublier cette dimension. Car le glissement politique du P « S » de la gauche vers la droite n’est que le résultat de l’approfondissement de l’intégration européenne. Il n’y a pas de politique de gauche sans sortie de l’Union européenne et de la monnaie unique. Les traités européens, comme la monnaie unique, empêchent toute alternative à l’austérité. La raison en est d’abord que la monnaie unique ne permet pas de relancer la demande au niveau national, ni de rééquilibrer le partage de la valeur entre travail et capital, les dévaluations ne sont pas permises. Mais en outre, une politique alternative devrait revenir sur les privatisations, celles des services publics, mais aussi probablement celles des banques. Or les nationalisations sont interdites par Bruxelles. Mais il y a encore pire. Les traités européens ont commencé à mettre ne œuvre la mobilité de la main d’œuvre en Europe, notamment par le biais des travailleurs détachés. Or il n’est pas possible de dénoncer cette concurrence déloyale entre les travailleurs, sans dénoncer du même coup les traités européens. La question est bien entendu d’homogénéiser les conditions de travail des salariés et non de les balkaniser. C’est en effet seulement dans le développement de cette homogénéité, comme le soulignait Alain Supiot[4] que le progrès social est possible, c’est cette idée que défendait et que défend encore l’OIT. Tout ce qui se développe dans le sens inverse met en opposition des travailleurs au statut différent.

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    Conclusion 

    Cet échec manifeste du quinquennat de Hollande ne doit pas être regardé du point de vue de sa personnalité. Certes on peut le trouver à juste raison fourbe et sournois, menteur et dissimulateur. Mais ne regarder cet échec que cette manière fait perdre de vue l’essentiel : l’échec de Hollande est l’échec d’un système, c’est l’échec du libéralisme dans sa forme européiste. Oublier cela est courir directement à la faillite politique. Le seul programme cohérent pour 2017 sera celui d’une sortie directe de l’Union européenne, car sans cela il n’y  a pas de politique économique alternative possible. On attend que Mélenchon se prononce en ce sens. Il pourrait bien y être forcé à la fois parce que le Brexit semble être acté maintenant, mais aussi parce que pour d’autres raisons la Grèce malgré les contorsions de Tsipras pourrait être aussi déclarée en faillite dans les prochains mois. Or il va de soi qu’il y aura bel et bien une vie en dehors de l’Europe. Après tout il faut savoir rebrousser chemin quand il est manifeste qu’on s’est trompé. Ce fut le cas durant les années sombres de l’Occupation : il était manifeste que l’Europe allemande était une erreur ruineuse, et il a bien fallu en revenir à la nation ce qui a permis un peu partout les avancées sociales que l’on sait. Après tout la nation moderne est une idée révolutionnaire !

     

    Liens 

    http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160331.OBS7509/hollande-autopsie-d-une-presidence.html

    http://www.m-pep.org/C-est-l-Union-europeenne-et-le-Medef-qui-ont-inspire-le-projet-de-loi-El-Khomri

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/les-consequences-des-ajustements-sur-la-loi-el-khomri-a125406174

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/de-imbecillite-en-politique-l-exemple-de-macron-a120329584

    [3] Sa thèse a été publiée sous le titre suivant, Le capitalisme utopique, Le seuil, 1978. Rosanvallon qui a d’abord appliqué à la lecture de Smith la grille de lecture de Marx,  a été partie prenante pour ne pas dire plus de l’évolution de la CFDT vers un libéralisme échevelé.

    [4] Alain Supiot, L’esprit de Philadelphie, Le seuil, 2010.

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