• Attentats à Paris le 13 novembre 2015

      

    Le vendredi 13 novembre 2015 ont eu lieu à Paris les attentats les plus meurtriers depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Le bilan provisoire est au moins cent vingt morts. L’émotion est évidemment très forte étant donné la sauvagerie de ces actions coordonnées qui ont eu lieu simultanément dans différents endroits de la capitale. On est frappé par l’ampleur d’une telle action qui fait basculer la France dans le camp des pays ravagés par les guerres et les attentats. Les témoignages font état de véritables scènes de guerre… sauf que ce sont des innocents qui en sont les victimes unilatérales. Les images présentées sont glaçantes. Des terrasses de café ont été mitraillées et le Bataclan, une boîte de nuit de la capitale, paye un lourd tribu d’une centaine de morts.

    En vérité ces attentats étaient annoncés de très longue date, cela fait plusieurs mois qu’on savait que des actes de grande ampleur se préparaient contre la France. Valls et Cazeneuve en avaient parlé. Des questions seront sûrement posées en ce qui concerne les responsabilités. Mais je ne crois pas que les défaillances soient de la responsabilité d’un ministre ou d’un gouvernement. C’est plus généralement le résultat d’une évolution dramatique des formes de société en Europe. Et si c’est Paris qui a été frappé le 13 novembre, on se souviendra qu’il y a dix ans c’était Londres qui avait subi une vague d’attentats de nature similaire qui avait fait une cinquantaine de morts. En 1995 Paris avait déjà subi des attentats islamistes de grande ampleur faisant des centaines de blessés et une dizaine de morts.

      

    La France semble payer aujourd’hui le prix d’une implication un peu obscure dans les conflits qui ravagent le Moyen-Orient. Ces attentats portent clairement la marque de la mouvance islamiste : plusieurs terroristes se sont fait exploser dès lors qu’ils étaient acculés par la police. Il semble donc que cette série d’attentats doive être resituée dans la continuité des assassinats qui ont été commis dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie. On espère que cette fois les padamalgames ne vont pas encore trouver des excuses bidons et dénoncer une fois de plus les victimes des attentats comme l’ayant bien cherché et perdre du temps à lutter contre l’islamophobie. La chair à canon utilisée dans ces attaques est semblable à celle qui a servi aux meurtres de Charlie : des paumés suicidaires qui se sont fait sauter en espérant rejoindre le paradis d’Allah et profiter des soixante-dix vierges. 

    Comment analyser ces événements ? 

    L’ampleur de ces actes de violences, le nombre de morts, nous fait penser plus à une guerre qu’à une série d’attentats terroristes. Il n’y a pas trente-six manières d’analyser les causes de ces attaques. La première et la plus hâtive est de les relier à l’immigration d’origine arabe ou musulmane. C’est sans doute de ce côté-là que le Front National appuiera. Il sera facile de montrer que les personnes impliquées dans ces attentats sont bien issues de l’immigration. La droite dénoncera le supposé laxisme de la « gauche » en matière de sécurité et avancera l’idée d’un contrôle policier renforcé sur les populations.

      

    La seconde façon d’analyser cette situation dramatique est de penser que nous sommes en guerre. C’est une guerre d’un genre spécial et difficile à définir parce qu’elle n’est probablement pas initiée par un seul centre bien identifié comme Daesch ou Al-Qaïda. Les groupes terroristes islamiques sont à la fois déterritorialisés – donc difficilement identifiables à une nation – et concurrents entre eux. Plus qu’une guerre de religion, c’est une guerre de civilisations dont il s’agit.

    Si les attentats sont liés à la position de la France dans le conflit au Moyen Orient, ils profitent également d’un affaiblissement continu de l’Etat et pour tout dire d’un recul de la laïcité qui s’est traduit par l’abandon de pans entiers du territoire. En ce sens il apparaît que cette guerre est la conséquence du libéralisme économique et politique qui mise sur la disparition de l’Etat. S’il est exclu de considérer que les « immigrés » sont forcément les responsables de ces attentats, il est tout autant exclu de nier le lien qu’il peut y avoir entre l’immigration et ces mêmes attentats.

    Des solutions simples et faciles à appliquer, il n’y en a pas. Ceux qui s’avanceront dans ce sens seront des menteurs ou des opportunistes. Certes on peut mettre sous surveillance renforcée les mosquées sensibles qui transmettent des massages plus que douteux et qui même parfois servent de caches d’armes. On peut aussi démanteler les réseaux islamistes qui se forment dans les prisons. Mais c’est insuffisant parce que ceux qui se livrent à de tels attentats peuvent tout à fait travailler clandestinement à leur propre perte. 

    Éradiquer les bases du terrorisme islamiste en France 

    C’est possible, mais forcément un travail de longue haleine. Les pistes de réflexion sont les suivantes :

    - lutter contre la marginalisation des territoires, ce qui sous-entend non seulement que l’Etat doit y intervenir pour y faire respecter les lois de la République, mais aussi pour y assurer « une vie normale » où la précarité ne serait plus la règle, mais l’exception, donc où il y aurait du vrai travail, correctement rémunéré ;

    - défendre la laïcité. Il faut durcir la défense de la laïcité de partout. Marginaliser progressivement les religions, y compris l’Islam bien entendu. Faire l’inverse de ce que préconisent les libéraux qui proposent de financer les mosquées et les Imams de façon à mieux les intégrer à la République. Il faut marginaliser le fait religieux, rendre la religion invisible. Dans ce contexte l’Etat doit lutter contre les discriminations engendrées par les religions envers les femmes. La question du port du voile est centrale. Sans doute que dans les jours qui viennent la police va fermer quelques mosquées et aussi renvoyer quelques imams, en mettre certains en prison, ou les assigner en résidence. Mais ce sont des mesures plus générales qui doivent être entreprises ;

    - restaurer l’Etat, c’est aussi restaurer la nation et la république. Pour cela il faut en finir avec les vieilles lunes d’une autre Europe, car si la situation sociale se dégrade un peu partout en Europe, c’est bien parce que celle-ci à travers ses institutions a encouragé les Etats à ne plus prendre aucune responsabilité en matière d’emploi et de protection des plus faibles. Mais je fais remarquer aussi que l’Union européenne via la Commission favorise le communautarisme, parce qu’elle sait que le communautarisme – qui s’appuie toujours sur les religions – est l’ennemi de l’Etat national. 

    Le but du terrorisme islamiste 

      

    C’est bien entendu de semer la peur dans les populations et de montrer que des Etats récalcitrants sont punis dans leur chair vive. C’est une forme de propagande qui vise aussi à susciter des vocations chez des âmes simples. Bien entendu, les terroristes, même si ce ne sont pas des lumières, savent très bien que la réaction qui va se faire sera de rassembler les populations contre sa logique et de renforcer de fait le contrôle étatique, mais ils comptent bien sur le long terme faire admettre leur chantage et en obtenir des bénéfices. En même temps c’est une manière un peu illusoire de montrer qu’ils sont aussi capables d’ouvrir un nouveau front en Europe. 

    Si on voulait démontrer la connexion entre l’islamisme radical et le ascisme, il suffirait de se rendre à l’évidence : les attentats vont renforcer l’Etat policier le contrôle social. On espère que l’élan qu’on avait perçu en janvier 2015 sera élargi et permettra des avancées sérieuses dans le sens d’une république renforcée qui dépasse les clivages et fasse front contre les peurs.

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