• Attentats à Bruxelles

     Attentats à Bruxelles

    On a l’impression d’une répétition des images qu’on avues et revues depuis les attentats de novembre 2015. Des images d’une mort absurde, des êtres ravagés par la douleur et la peur. Ce que nous avons connu à Paris semble s’étendre maintenant à d’autres pays européens. Le cauchemar se répète et nous nous sentons maintenant solidaires de ces malheureuses victimes.

      Attentats à Bruxelles

    La Belgique est maintenant touchée par de nouveaux attentats. Revendiqués par l’Etat Islamiques, il semblerait qu’il s’agisse d’attentat-suicide. Deux lieux ont été ciblés, l’aéroport de Bruxelles et la station de métro Maelbeek située dans le quartier des institutions européennes. Il y a de nombreux morts plus de 30, et au moins deux cents blessés. La Belgique est en deuil, mais les Français qui ont subi les attentats de janvier 2015 et du 13 novembre dernier se sentent forcément solidaires. On remarquera que ces attentats interviennent juste après l’arrestation dans Molenbeek, quartier populaire de Bruxelles, de Salah Abdesalm un des terroristes recherchés pour les attentats de Paris justement. On s’est aperçu à cette occasion que dans ce même quartier de nombreux djihadistes avaient séjourné, ce qui a permis à certains journalistes de qualifier Molenbeek de plaque tournante du terrorisme en Europe. De là à penser qu’il y a un lien entre les deux événements, on ne franchira pas ce pas. Bien sûr le lien est possible, mais pour l’instant je ne le crois pas parce que cela voudrait dire que l’Etat Islamique est bien plus puissant qu’on ne le pense généralement, étant capable de réagir immédiatement à l’arrestation de l’un des siens.

    Attentats à Bruxelles

    Deux des suspects identifiés dans ces attentats seraient les frères El Bakraoui qui connaissaient Abdesalm et qui auraient participé aux attentats de Paris. Mais des attentats tels que ceux de Bruxelles ne peuvent être mis en place sans un minimum de préparation. Le deuxième point est de savoir que visait l’EI à travers ces attentats ? La Belgique ou l’Europe en tant qu’institution ? Les choses ne sont pas très claires sur ce point. Certes il est dit que l’Etat Islamique frappe la Belgique parce qu’elle est un Etat croisé, et donc qu’elle est punie comme tous les Etats croisés qui se mettent sur la route de l’EI, mais les explosions au métro Maelbeek semble dire aussi autre chose.

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    Le but était de faire le maximum de victimes dans des zones denses de passage et de frapper indistinctement ceux qui se trouvaient là par hasard. Ces actes de terreur visent à déstabiliser les populations justement à un moment particulier où l’Europe n’arrive pas à se sortir de cette crise des migrants. Ces mêmes migrants qui ont été désignés par le Pape comme des envahisseurs[1]. Le nombre des attentats islamistes dans le monde entier est impressionnant. Rien que depuis le début de 2016 on en compte une trentaine. Tout se passe comme si il y avait une accélération : au fur et à mesure que l’Etat Islamique perd du terrain en Syrie et en Irak[2], un autre front se développe en Europe ou en Afrique. 

     

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    L’inconsistance d’une analyse sociologique des attentats 

    Face à une telle récurrence d’attentats meurtriers, il faut se poser la question de savoir quel est leur but. Certes on comprend bien qu’il s’agit de faire des morts, beaucoup de morts et de choquer l’opinion. Mais cela n’est pas un véritable but. Pour l’instant on a tendance à considérer que les attentats sont perpétrés par des individus un peu simples d’esprits, des déclassés, des marginaux. Et qu’au fond si nous avions été plus aimables avec ces immigrés, si on les avait mieux soignés, ils n’en seraient pas venus à de telles extrémités[3]. Ces analyses sociologisantes qui sont assez présentes sur la gauche de l’échiquier politiques sont à tout le moins insuffisantes :

    1. parce qu’elles ne disent strictement rien sur les buts des commanditaires et ne s’intéressent qu’aux exécutants des basses œuvres. Même si on considère que cela est vrai pour les poseurs de bombes, cela ne dit rien des buts de guerre de l’EI ou des organisations assimilées ;

    2. parce que ni la pauvreté ni le déclassement ne peuvent expliquer des conduites de mort de ce type. Il est facile de voir, pour ceux qui ont un peu de mémoire, que dans les années 50-60 le nombre des pauvres en France était très élevé, ceux-ci vivaient dans un état de dénuement qui ne peut se comparer en rien avec ce que peuvent vivre les pauvres immigrés dans les cités. En ce temps les pauvres vivaient dans des logements insalubres – même pas de douche – souffraient de la faim  et du froid. Et si souvent ils se révoltaient ils n’allaient pas pour autant faire sauter des innocents en se faisant exploser au milieu de la foule.

    L’explication sociologisante ne tient pas debout, non pas parce que les auteurs des attentats ne seraient pas des déclassés, mais parce qu’elle n’explique pas les causes profondes de ces attentats. Elle fait comme si le seul ressentiment expliquait des actes meurtriers, comme si les auteurs de ces attentats décidaient tous seuls dans leur coin de se faire sauter. Or ces attentats revendiqués par l’EI ne sont pas des entreprises individuelles, mais des entreprises coordonnées par une organisation armée militairement et idéologique qui affiche ses buts de guerre. Autrement dit ces terroristes agissent au sein d’une organisation, au nom d’une idéologie politico-religieuse et dans le but de gagner une guerre. 

     

    Quel est le lien de Daech avec l’impérialisme américain ?


    La seconde fausse piste dans l’analyse des attentats est de les considérer comme la réponse du berger à la bergère. Autrement dit « nous occidentaux » nous sommes des fauteurs de guerre et nous ne récoltons que ce que « nous » avons semé. C’est une approche qui plait assez à l’extrême-gauche. Elle suggère que les pays musulmans sont toujours sous la domination de l’impérialisme américain, et donc malgré les dégâts collatéraux et les condamnations de façade de ces attentats, la responsabilité ultime de ceux-ci en revient toujours aux occidentaux.

    Cette approche est doublement fausse. D’abord parce qu’elle suggère que les pays arabes n’ont aucune autonomie dans leurs trajectoires politiques et n’agissent qu’en réponse à une attitude prédatrice et arrogante des occidentaux. Evidemment nous avons tous conscience de la responsabilité des Etats-Unis dans l’émergence des monstres comme Daech ou Al Qaïda. Dire le contraire serait irresponsable. Mais ce n’est que la moitié du problème. Parce que cela n’explique en rien l’offensive politico-religieuse du salafisme qui se développe à partir du milieu des années soixante-dix, c’est-à-dire après le premier choc pétrolier, quand les pays du Golfe, grands financiers du Djihad, commencent à avoir des moyens illimités pour entretenir les groupes armés, pour financer des imams qui iront prêcher la bonne parole aux quatre coins de la planète. Il est curieux de ne pas voir que cette tendance à la guerre est la continuation par d’autres moyens de l’impérialisme arabe ancien et conquérant des VIIème et VIIIème siècles. C’est pourtant de cet impérialisme islamiste conquérant  dont se revendique l’action de Daech. C’est bien lui faire injure que de ne pas prendre cette affirmation au sérieux.

    Le second aspect de la question est que l’EI frappe indistinctement des pays occidentaux impliqués dans les frappes sur la Syrie et des pays très éloignés, des pays  d’Afrique noire par exemple qui n’ont rien à voir ni de près ni de loin avec le commerce des armes ou même avec les batailles qui se déroulent en ce moment au Moyen-Orient. Mais ces attentats ont tous comme objectif d’étendre l’emprise territoriale de l’EI et confirme que celui-ci a une logique propre qui est indépendante des errements de la politique étrangère américaine. Le caractère religieux de cette guerre se lit également dans les attentats de l’EI contre les Chiites. Par exemple le 29 janvier dernier un kamikaze de l’EI se fait sauter à l’intérieur d’une mosquée chiite  à Al-Asha en Arabie Saoudite[4].

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    Sommes-nous en guerre ? 

    Ce sombre tableau montre que nous n’avons guère le choix : nous sommes en guerre contre une nouvelle forme de totalitarisme, ce que certains ont appelé l’islamo-fascisme[5]. Ce vocable a été utilisé semble–t-il pour la première fois par Manuel Valls au début de l’année 2015. Certes ce concept est des plus flous puisque certains s’en servent pour critiquer la conception autoritaire d’Erdogan dans la pratique du pouvoir, Erdogan qui de temps à autre se réfère à Hitler comme bon exemple de ce qu’il faut faire, mais ce concept peut viser aussi Daech dont les relations avec le pouvoir turc ne sont pas sans ambigüités. Mais en tous les cas il y a bel et bien une mouvance islamiste qui vise à la corruption et à la destruction du pouvoir démocratique en Europe. L’Europe est considérée à juste titre comme le ventre mou de la démocratie : espace décadent aux frontières complètement ouvertes du fait de la rhétorique de la liberté de circulation des hommes, des capitaux et des marchandises, ses formes institutionnelles ont affaibli les Etats nationaux qui la composent et la rende très vulnérable aux attentats, d’autant qu’elle compte une grande quantité de musulman sur son sol. Même si seule une petite minorité des musulmans installés en Europe est active, il faut poser la question du rapport que les djihadistes entretiennent avec le reste de la population. On voit périodiquement des jeunes musulmans qui s’appliquent à cracher sur la France ou sur la Belgique ou sur l’Allemagne, ou à brûler leur drapeau : même si tous ne passeront pas à l’acte, ils considèrent ces nations comme des zones à conquérir. C’est le vivier du Djihad.

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    Ci-dessus, Hitler et al-Husseini, le 28 novembre 1941 

    Mais si nous sommes en guerre alors il faut commencer par se fixer des objectifs stratégiques et tactiques pour la gagner. Ce n’est pas l’Europe en tant qu’institution qui peut le faire, elle n’a en ni l’envie ni les moyens intellectuels et matériels, mais seulement les Etats européens.

    La première étape consiste à comprendre et isoler le phénomène djihadiste sur notre sol et puis l’éradiquer. Ces groupements ne redoutent rien moins qu’un Etat ferme et solide dans ses principes. Un retour à une laïcité forte et sans ambiguïté sera un premier signe. Il va de soi que les imams qui prêchent la terreur, ou même qui prêchent la Charia dans des pays laïques, doivent être soit emprisonnés, soit renvoyés d’où ils viennent. Il est temps de marginaliser la religion par rapport à la vie scivile. Il va de soi que le laxisme en matière de migrations est un très mauvais signal qui fait apparaître justement l’Europe comme un espace facile à déstabiliser et à conquérir. Beaucoup ont évoqué le fait que les récents mouvements migratoires avaient permis l’entrée en force de futurs terroristes. Pour ma part je pense que cette idée est fausse. D’une part parce qu’il existe déjà sur place de la chair à canon disponible comme le montre l’identité des terroristes, et d’autre part parce qu’il suffirait qu’une poignée de terroristes aient accompagné les centaines de milliers de migrants qui sont arrivés depuis deux ans sur notre sol. Une partie de la question trouvera sa réponse dans la liquidation de Daech. En effet une défaite de Daech prouverait d’une manière évidente aux djihadistes que leur combat n’a aucun avenir, ni aucun appui.

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    En attendant, Nous sommes avec nos amis belges et nous pleurons les morts avec eux.  

     

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2016/03/02/invasion-europe-arabes-pape-francois-immigration-vatican_n_9367926.html

    [2] Il semble que depuis l’entrée en jeu de l’armée russe, l’EI a subi des revers décisifs, bien qu’on ait suggéré que la Russie frappait plutôt les opposants d’Assad que l’EI.  cf. http://www.lesclesdumoyenorient.com/2016-vers-un-reflux-de-l-Etat-islamique-Cartographie-du-conflit-en-Irak-et-en.html

    [3] On trouve ce genre de raisonnement dans Le monde sous la plume d’un obscur professeur de philosophie, Jacob Rogozinski. Mais c’était déjà en germe dans les élucubrations d’Emmanuel Todd à propos des attentats contre Charlie. http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/22/contre-le-fanatisme-islamiste-reduisons-la-misere_4887410_3232.html

    [4] http://www.ladepeche.fr/article/2016/01/29/2266327-arabie-attaque-armee-contre-une-mosquee-chiite.html. Le modus operandi est le même partout, mais dans ce cas il est difficile de croire qu’il s’agit d’une réponse à l’impérialisme américain.

    [5] Voir par exemple : http://www.atlantico.fr/decryptage/islamo-fascisme-et-complaisance-occidentale-eric-verhaeghe-2520477.html

    « Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011Bilan du quinquennat de François Hollande »
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