• Attaques en règle contre les chômeurs

     Attaques en règle contre les chômeurs

    Les attaques contre les chômeurs se multiplient du côté de la droite extrême macronienne qui s’appuie aussi sur le MEDEF. C’est que malgré le CICE et la loi El Khomri qui devaient créer des centaines de milliers d’emplois, le chômage reste à un niveau très élevé. En juillet 2017, c’est 1% de chômeurs en plus, et en aout 2017, c’est encore 0,6% de chômeurs en plus[1]. On sait que depuis l’élection de Macron le gouvernement ne communique plus sur les chiffres du chômage mensuel, comme s’il doutait pleinement de la réussite de sa politique. Mais même en communiquant sur ces chiffres une seule fois par trimestre, il est patent que nous somme sur une mauvaise pente[2]. L’embellie que nous avons connue n’a pas passé l’été.

    Le CICE est un échec complet, il devait générer un million d’emplois selon Gattaz. Il a coûté 60 milliards d’euros en 3 ans pour une préservation, selon France stratégie, entre 50 000 et 100 000 emplois[3]. Ce qui veut dire que les emplois sauvegardés auraient coûté à l’Etat entre 300 000 et 600 000 € par an !

      Attaques en règle contre les chômeurs

    Contrairement aux mensonges de Pierre Gattaz, le MEDEF avait bien promis de créer 1 million d’emplois contre le CICE et donc contre un abaissement des cotisations sociales[4]. Ces vieilles recettes remontent en fait à la fin des années 80 en France, elles étaient à l’époque portée par le CNPF et par le père de Pierre Gattaz, Yvon Gattaz[5]. Ce débat était porté par la campagne pour les présidentielles de 1988. Raymond Barre, le CNPF et quelques économistes de la droite libérale était les porte-parole de ce combat douteux. A cette époque les chiffres valsaient, les uns promettaient 400 000 emplois créés, les autres allaient jusqu’à 1 million. En vérité la seule période pendant laquelle le chômage de catégorie A a baissé d’1 million est celle de la législature de Lionel Jospin. Vous noterez que pendant cette législature 1997-2002, le gouvernement n’a pas touché aux règles des allocations chômage, et n’a pas modifié les taux de cotisation sociale. Mais par contre comme le préconisait à l’époque l’OCDE qui constatait que les salaires avaient pris beaucoup de retard sur les profits, il a relancé la consommation via une hausse des minima sociaux et du SMIC. La croissance a été forte et naturellement le chômage a baissé, comme la dette publique a baissé. A cette époque le déficit de la Sécurité sociale a été résorbé[6]. 

    Attaques en règle contre les chômeurs

    Depuis de l’eau a passé sous les ponts, la crise de 2008 a encouragé la droite extrême à reprendre sa croisade contre les travailleurs. Il est très probable que ce sont les réformes dites de structure qui ont aggravé la situation économique déjà précaire. Les recettes sont toujours les mêmes : diminuer les salaires indirects via la baisse des cotisations patronales, diminuer les droits des travailleurs, durcir les conditions d’éligibilité aux allocations chômage.

    Comme le montre le graphique que nous avons mis en début de ce texte, le chômage augmente, bon an, mal an, depuis dix ans. C’est la faillite complète des réformes dites de structure entreprises par Sarkozy, Hollande et maintenant Macron. Notez que la politique économique de Hollande a été développée par Macron, en tant que conseiller pour l’économie puis comme ministre de l’économie, c’est lui qui a conçu le CICE et la loi El Khomri. C’est lui qui est donc responsable en premier de la montée continue du chômage. 

    A la recherche d’un bouc émissaire

    Attaques en règle contre les chômeurs 

    L’impuissance des politiciens au pouvoir depuis 10 ans, Macron compris bien sûr, pour faire repartir la croissance et l’emploi est patente. Cette politique de complaisance avec le patronat et les grandes entreprises qui consiste à faire des cadeaux fiscaux, a montré qu’elle n’était pas adéquate à la situation et qu’au contraire elle l’aggravait. Mais Macron ne peut pas reconnaître qu’il vit dans l’erreur et qu’il ne comprend pas la situation réelle du pays. Non seulement parce que cela est incompatible avec les intérêts de court terme de la classe qu’il sert et défend, mais aussi parce qu’il n’est peut-être pas assez instruit sur le plan de la chose économique pour le comprendre. L’incohérence des propos qu’il tient a été soulignée plusieurs fois, elle est la marque d’un manque d’armature intellectuelle. Et ça commence à se voir. C’est sans doute ce qui lui fait perdre de plus en plus ses nerfs.

    La seule solution qui reste à « cette classe oisive » qui est celle des politiciens, est de taper sur les plus faibles, et donc de dénoncer les chômeurs. Et en effet, si ce n’est pas de la faute de l’Etat et des entreprises que le chômage augmente, cela ne peut être que de celle des chômeurs ! C’est un vieil air connu. On peut remonter au XIXème siècle : si on est pauvre, c’est seulement de notre faute, parce qu’on ne fait aucun effort pour s’adapter à la demande de travail des entreprises, et qu’on est trop fainéant pour s’adapter à la rigueur des temps. Avant la grande crise de 1929, on avançait même que le chômage provenait de la trop grande puissance des syndicats, de l’abondance des allocations chômage, bref des rigidités du marché du travail, même Keynes marchait dans cette combine. Tous les économistes étaient sur ce même point de vue. Et puis au fur et à mesure que la crise s’approfondissait, on s’est rendu compte que la suppression des allocations chômage, que la diminution des droits des travailleurs ne résolvait pas le problème. C’est ce qui a poussé Keynes, après quelques autres à vrai dire, à considérer que le chômage n’était pas volontaire. En effet, s’il était volontaire, on ne voit pas pourquoi le taux de chômage diminuerait lorsque la croissance augmente, il devrait être constant, le nombre de fainéants ne dépendant pas de la loi mais plutôt de leur caractère ou leur nature. Dire que le chômage est volontaire est bien la marque d’une droite volontairement archaïque.  

    Attaques en règle contre les chômeurs

    On a envoyé Castaner en première ligne pour faire le sale boulot. En tant que porte-parole du gouvernement, il est venu à son tour injurier les chômeurs. Rappelons que Castaner a toujours été un individu plutôt médiocre, qu’il n’a eu son bac qu’avec deux ans de retard, et encore au rattrapage. Mais il a eu l’idée de faire de la politique, ce qui lui a permis de n’avoir jamais à travailler ! Pendant un moment il a fait semblant d’être de gauche et s’est inscrit au Parti socialiste. Il a accompagné celui-ci dans sa déconfiture et a participé à son euthanasie. Il affirme que les chômeurs sont des gens sournois et mesquins qui profitent du système pour se taper deux ans de vacances. Même Sarkozy n’aurait pas osé dire des choses pareilles ! Mais la droite extrême macronienne n’a plus aucun tabou. Pour affirmer de telles stupidités, il faut être vraiment cynique, ou encore ne rien connaître de son sujet. Or évidemment un chômeur est d’abord une personne en difficulté qui subit l’angoisse de ne pas retrouver du travail au terme de ses allocations chômage. Ses revenus baissent également, et très souvent un chômage prolongé engendre des difficultés familiales. Cela se traduit par une surmortalité et une surmorbidité des chômeurs[7]. Entre 10 000 et 20 000 personnes par an décèderaient du fait de leur état de chômeur. Mais Castaner s’en moque de cette réalité, tout à sa tâche de flatter le patronat, il pense que les chômeurs n’ont aucun pouvoir de se venger de sa cuistrerie. Il pense que les beaux-jours ne finiront pas. On reconnait dans cette démarche une haine de classe, mais aussi un retour en arrière, comme si les leçons de la grande crise des années trente étaient oubliées. Revenir à la théorie du chômage volontaire serait risible si cela ne provenait pas des milieux qui ont sensés orienter la politique de la France. 

    Revoilà Gattaz !  

    Attaques en règle contre les chômeurs

    Gattaz s’est payé cet été un beau château dans le Lubéron, le château de Sannes pour onze millions d’euros. L’austérité ce n’est pas pour tout le monde, et sûrement pas pour un héritier. On sait en effet que la fortune de Pierre Gattaz provient d’abord de son père. Mais sans même parler de l’optimisation fiscale à laquelle il est abonné, Pierre Gattaz a touché à peu près 900 000 € par an du CICE[8], soit en 3 ans près de trois millions. Ça aide assez pour se payer une luxueuse demeure.

    Mais l’arrogant Gattaz vient narguer ouvertement les chômeurs. Il nous explique qu’il faut contrôler quotidiennement ou à la rigueur de façon hebdomadaire les chômeurs pour savoir s’ils utilisent correctement les allocations chômage pour chercher un emploi[9]. Le côté bouffon de sa proposition ressort du fait que pour contrôler les chômeurs, il faudrait embaucher des fonctionnaires supplémentaires à Pole emploi, ou alors mettre des bracelets électroniques aux chômeurs. En vérité l’absurdité de cette proposition vise à enfoncer le clou de l’incitation : selon la droite extrême macronienne, une diminution radicale des allocations chômage renforcerait l’incitation des chômeurs à sortir du chômage et à prendre n’importe quel emploi.

    Le but de cette polémique venant d’un homme très riche par héritage[10], est double :

    - d’une part préparer les esprits à la réforme de l’allocation chômage qui va sans doute se traduire par une baisse radicale de la durée et du montant[11], d’une manière ou d’une autre. Il semble cependant que sur ce point le gouvernement et le MEDEF ne soient pas d’accord, notamment parce que le gouvernement voudrait bien suivre les recommandations des deux économistes libéraux-ultra, Cahuc et Zilberberg, en instaurant un système de bonus-malus, tandis que le MEDEF voudrait que l’impôt général prenne en charge une grande partie de l’allocation chômage.

    - d’autre part à dédouaner les décideurs de toute responsabilité dans la montée du chômage qui s’annonce. 

    Un simple calcul invalide l’idée de chômage volontaire 

    Je l’ai déjà dit plusieurs fois, il y a à l’heure actuelle, et officiellement, selon les statistiques de l’INSEE, 6,3 millions de chômeurs toutes catégories confondues et 3,4 millions de chômeurs en catégorie A. Or il y aurait environ 250 000 offres d’emplois non satisfaites. Parmi ces emplois proposés, certains sont de très courte durée ou très pointus du point de vue de leur formation. Une simple soustraction montre que quels que soient les efforts des chômeurs pour se conformer aux exigences du marché du travail, en améliorant la formation, en se forçant à être plus mobile, il restera toujours plus de 3 millions de chômeurs en catégorie A et plus de 6 millions de chômeurs toutes catégories confondues. Le problème restera entier.  

    Attaques en règle contre les chômeurs

    Ce simple calcul est la démonstration de l’échec de la théorie de l’offre visant à stimuler la croissance pour créer des emplois. En effet l’idée selon laquelle une hausse des profits engendrerait croissance et emploi est en échec depuis au moins le début des années quatre-vingts en France. Les profits ne se réinvestissent pas dans les investissements productifs parce que la demande est trop faible. Le chômage est donc bien le résultat de la déflation salariale et d’un excès de profit. Dire que les chômeurs sont volontairement au chômage est une contre-vérité, une paresse intellectuelle et une démission politique.  La logique de la Commission européenne, que Macron s’applique à mettre en œuvre en France via les GOPE 2017, est impuissante à enrayer le chômage de partout en Europe, même s’il a officiellement baissé, il reste très largement au-dessus de ce qu’il était en 2008, et il est bien plus élevé dans la zone euro que dans le reste de l’Union européenne[12]. Il serait temps de se poser les bonnes questions au lieu de stigmatiser les chômeurs qui sont les premières victimes de cette politique. En Espagne et en Grèce où les rigidités du marché du travail ont disparu complètement le chômage est bien plus élevé qu’il n’est en France

    Attaques en règle contre les chômeurs

     

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/emploi/article/2017/08/24/le-chomage-augmente-de-1-en-juillet_5176154_1698637.html et http://www.lepoint.fr/economie/pole-emploi-les-chiffres-du-chomage-en-aout-sont-attendus-ce-mardi-26-09-2017-2159872_28.php

    [2] http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/04/la-ministre-du-travail-va-enfin-pouvoir-commenter-les-mauvais-chiffres-du-chomage_a_23196278/

    [3] https://www.humanite.fr/300-000-600-000-euros-par-emploi-le-gachis-du-cice-616767 et http://www.strategie.gouv.fr/publications/rapport-2017-comite-de-suivi-credit-dimpot-competitivite-lemploi

    [4] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/09/24/20002-20140924ARTFIG00121-les-propositions-tous-azimuts-du-medef-pour-creer-un-million-d-emplois.php

    [5] http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140915tribc7e3ec041/quand-le-medef-reactive-ses-vieilles-recettes-pour-alleger-le-code-du-travail.html

    1 Les autres dimensions de la politique économique de Lionel Jospin sont parfaitement condamnables, privatisations à tout va, négociation calamiteuse de l’entrée de la France dans l’euro.

    [7] http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20150325.OBS5465/le-chomage-tue-entre-10-000-et-20-000-personnes-par-an.html

    [8] https://www.humanite.fr/comment-pierre-gattaz-se-sucre-sur-largent-public-546073

    [9] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/10/18/controle-des-chomeurs-la-proposition-de-gattaz-fait-polemique_5202904_823448.html

    [10] Sa fortune est estimée à plus de 400 millions d’euros. https://www.challenges.fr/classements/fortune/2016/fiche/pierre-gattaz-et-sa-famille_255

    [11] http://www.latribune.fr/economie/france/indemnisation-bonus-malus-les-enjeux-de-la-reformes-de-l-assurance-chomage-754545.html

    [12] https://www.touteleurope.eu/actualite/le-taux-de-chomage-en-europe.html

    « Macron aggrave son casDe la misère du journalisme en 2017, aujourd’hui Éric Brunet »
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