• Assaut général contre l’art contemporain !

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Tout le monde s’intéresse à l’art, son histoire, sa place dans la société. On écrit beaucoup sur ce sujet, sans doute parce qu’il recèle beaucoup de mystère. C’est que ça ne va pas de soi. Mais le sujet sur lequel on écrit le plus, c’est l’Art Contemporain pour en dire tout le mal qu’on peut en penser. Comme il y a une révolte contre la société libérale mondialisée, il y a aussi une révolte contre l’Art Contemporain. On pourrait se dire qu’attaquer violemment l’Art Contemporain c’est lui accorder bien trop d’honneur. Et c’est vrai que d’un certain point de vue, son influence est tellement proche du néant, qu’on se dit que ça ne vaut pas le coup de critiquer une forme merdique dans le vrai sens du terme – l’Art Contemporain revient avec la régularité d’une pendule à des formes scatologiques – des représentations dites artistiques. Mais il faut comprendre qu’à s’y intéresser, on discute d’abord des formes intellectuelles dans lesquelles se débat notre société néo-libérale. L’Art Contemporain a été attaqué sous trois angles différents. Le premier est celui de sa laideur et de la répulsion qu’il engendre. Cette laideur programmée est à la fois une volonté de nous soumettre à une idée du monde sans attrait et désespérante, mais aussi le reflet d’un manque de savoir faire évident – une perte du métier – couplé à une défaillance des capacités créatrices. S’il est difficile de définir la beauté parce que ses canons peuvent apparaître changeants, il est plus aisé de définir la laideur : c’est l’Art Contemporain comme reflet d‘un monde envahi, enlaidi et détruit par la marchandise. C’est un peu la thèse d’Annie Le Brun. Le second angle sous lequel l’Art Contemporain est attaqué, c’est celui de la construction d’un art officiel. En effet des bureaucrates qui se disent experts définissent qui est un artiste ou non : est un artiste un individu à qui ils ont distribué des subventions. Donc la même merde exposée sous le label du ministère de la culture, de Beaubourg ou d’une grande fondation, sera de l’art, tandis que si elle n’est signée par personne, elle ne sera qu’une merde encombrante car impossible à admirer. Christine Sourgins montre par exemple comment il s’agit du’n tout petit milieu, très influent, les uns sont professeurs, les autres sièges dans les commissions où se décident les subventions, ils peuvent aussi avoir plusieurs casquettes en même temps. Pour elle cette bureaucratisation est à l’origine de l’effondrement de l’art à l’époque moderne : sa bureaucratisation rend visible des productions qui ne valent pas un clou, et rend invisible le reste.

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    Une merde de Rob McCarthy 

    Tous les contempteurs de l’Art Contemporain ont remarqué que dans ce système ce qui  comptait finalement le plus c’était l’argent. Qu’on s’appelle Pinault ou autre chose, l’Art Contemporain offre des possibilités de spéculation très étendues. En tant que mécène il permet les dégrèvements d’impôts, et en tant qu’investisseur il promet des profits futurs. Evidemment on sait qu’il y a un rapport étroit entre la merde et l’argent. Martin Luther aimait à raconter cette fable selon laquelle l’or était l’excrément du Diable, et donc il fallait s’en prémunir à tout prix, si je puis dire[1]. Les artistes qui aspirent à ce statut sont très remarquables de par leur cupidité. C’est sans doute cela qui va les distinguer du mouvement Dada dont ils sont les ultimes mais malheureux rejetons. Et donc évidemment, le fait que ces « artistes » aient souvent des rapports scabreux avec les excréments n’est pas tout à fait un hasard, ni une simple régression, c’est aussi un amour de l’or. Ce n’est pas très nouveau, devant sa soif de l’or, Breton avait surnommé Salvador Dali, Avida Dollars – anagramme de son nom, mais enfin Dali avait du métier. La merde est un des sujets favoris de l’Art Contemporain. 

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    Un imbécile, avec la tête de l’emploi, faisant sa propre promotion 

    On s’intéresse à l’histoire de l’art depuis très longtemps. Et depuis longtemps on annonce sa mort. C’est Hegel qui, me semble-t-il, le premier a théorisé cette disparition en la rapprochant de la marchandisation de l’art, les œuvres devenant alors séparées de la société[2]. Que ce soit les surréalistes ou les situationnistes, ils renvoyaient leur position à l’histoire des avant-gardes artistiques. André Breton restait à cheval sur une vision assez ancienne des arts, privilégiant la peinture pour essentiellement en faire le vecteur d’une nouvelle façon de penser, prélude à la révolution totale. Il publie un ouvrage décisif, Le surréalisme et la peinture en 1928, chez Gallimard. Cet ouvrage aura plusieurs éditions, avec des ajouts nombreux destinés à montrer la vitalité du surréalisme. Cet ouvrage capital va à la fois structurer le maché de la peinture d’avant-garde, et en même temps produire un discours sur ce qu’on peut et doit attendre de la peinture. Mais on remarque que justement ce discours n’est pas cynique, il reste encore du côté de l’émerveillement. Critiquant abstraction, il revendiquera des formes nouvelles de réalisme, centrées sur les rêves et l’inconscient, comme des portes ouvertes sur un nouveau monde à venir. Breton qui n’avait aucune compétence particulière pour peindre ou pour dessiner, s’intéressera aussi à créer des poèmes-objets, tout seul ou avec ses amis. Il ouvre officiellement la porte à un art autodidacte, certes débarrasser des techniques, mais qui ouvre l’imaginaire. Sans doute est-ce là une des raisons de sa rupture avec Dada, cette façon de ne pas rompre avec une certaine idée de l’art. tout autre a été la démarche duchampienne qui serait en quelque sorte la porte d’entrée de l’Art Contemporain. Marcel Duchamp est en effet un peintre, un plasticien. Fils de notaire, il possède une solide formation : il sait dessiner et peindre, son frère est le peintre Jacques Villon. Mais après des succès certains, Nu descendant de l’escalier ou La mariée mise à nu par ses célibataires, même, il va lancer la mode du ready made, qui consiste à signer de son nom un objet,par exemple un urinoir et de l’exposé, sans plus d’explication. La première fois, ça peut surprendre, la répétition devient une simple maniaquerie paresseuse. Mais rapidement Duchamp va s’éloigner de ce genre de provocation, il va se faire joueur d’échecs de haut niveau, il publiera un ouvrage fameux sur les finales de pions, L’opposition et les cases conjuguées sont réconciliées, avec Vitaly Halberstadt, et sera même le secondant d’Alexandre Alekhine, le champion du monde. Quand on lui demandera pourquoi il a renoncé à la peinture et à l’art, il va dire que les peintres sont des gens ennuyeux, pire encore, selon lui « si tous les joueurs d’échecs sont des artistes, tous les peintres ne sont pas des joueurs d’échecs ». Son attitude l’éloigne volontairement d’un milieu qu’il considère comme inintéressant, un ramassis d’imbéciles[3]. Il renonce du même coup à la richesse matérielle qui va avec le prestige de l’artiste, il vivra à New York d’une modeste allocation de la ville. Sa vie et son œuvre sont à l’exact opposé de ce que sera ensuite l’Art Contemporain, un milieu chasseur de subventions et de prébendes qui s’occupe de manière très organisée à faire monter les prix, et qui pourtant se réclame de Duchamp ! 

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    André Breton, poême-objet, 1935 

    Guy Debord écrira deux textes qui traitent du rôle de l’avant-garde artistique et son dépérissement : le premier c’est Histoire de l’Internationale lettriste, texte qui fut enregistré sur bande magnétique en 1956[4]. Le second est le fameux Rapport sur la construction des situations qui date de 1957[5]. Les deux textes ont la même visée, situer l’art au-delà de la sphère culturelle habituelle, et aller dans le sens de faire de sa vie une véritable œuvre d’art, notamment en s’engageant dans la révolution totale. Ils analysent l’histoire de l’art d’une manière assez linéaire, c’est-à-dire que chaque période historique est déterminée à la fois par une économie, des rapports sociaux et des formes artistiques qui peuvent avoir été cependant subversives. Mais rapidement les Situationnistes, après avoir essayé d’infiltrer le milieu des plasticiens, vont se détacher de la sphère de l’avant-garde artistique. On l’oublie assez souvent, Guy Debord a, avant la création de l’Internationale situationniste, travaillé à la réalisation de métagraphies dont certaines ont été exposées, et il a réalisé des ouvrages très particuliers avec Asger Jorn, Mémoires notamment, qui tiennent plus de l’œuvre d’art surréaliste que de la forme « livre » proprement dite. Mais quand il publie Rapport sur la construction des situations, une page est tournée, l’œuvre d’art ne l’intéresse plus et il aura à cœur de purger l’Internationale situationniste de ses éléments « artistes ». Il suit en quelque sorte la logique duchampienne, il se retire de la posture de l’artiste d’avant-garde qui provoque par ses œuvres. Si je parle aussi longuement de Guy Debord, c’est que très souvent dans le milieu de l’Art Contemporain on retrouve son nom comme référence et justification. En 1989, au grand dam de Guy Debord d’ailleurs, le Centre Pompidou avait réalisé une exposition sur le mouvement situationniste intitulée « Sur le passage de quelques personnes sur une assez courte unité de temps : à propos de l’internationale situationniste ». Le Centre Pompidou est d’ailleurs considéré comme la matrice de l’Art Contemporain, non pas seulement parce qu’il achète et expose des œuvres représentatives de ce courant, mais aussi parce qu’à coups de conférences et de textes, il indique ce qu’il faut penser de l’Art Contemporain si on ne veut pas apparaître comme un imbécile dans les dîners chics. Faisons ici une petite parenthèse, le Centre Georges Pompidou, appelé souvent Beaubourg, a été un temple de l’art moderne selon les vœux mêmes du défunt président de la République. En même temps qu’il avait programmé la production de cette horreur architecturale et intellectuelle, il était, rappelons-le, le premier homme politique à s’attaquer de front à la Sécurité sociale, et c’est celui qui fera voter une loi pour que l’Etat emprunte sur les marchés et non auprès de la Banque de France, ce n’est pas un hasard. Déjà le libéralisme économique se mariait fort bien avec cette fausse ouverture de l’esprit que la bourgeoisie aime tant mettre en scène. 

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    Un collage de Guy Debord en hommage à Jacqueline Harsipe, mannequin, qui s’était suicidée 

    On voit donc que l’Art Contemporain se distingue de l’Art Moderne, non seulement dans ses intentions, mais aussi dans sa pratique. Picasso savait dessiner, Dali également. En dénigrant tout idée de « beau », les artistes contemporains entretiennent un relativisme qui en réalité se marie très bien avec le néolibéralisme. Ce n’est pas un hasard si Jeff Koons qui vend ses productions jusqu’à une centaine de millions de dollars est le personnage le plus emblématique de ce système : il travaille main dans la main avec Bernard Arnault, et il gère une petite entreprise d’une centaine de personnes. Il a dépassé les 90 millions de dollars pour la vente aux enchères d’un petit lapin moulé sur su structure gonflable. Si une certaine tendance de l’Art Moderne visait à revenir à des techniques relativement pauvres pour aller vers le populaire, ce n’est pas le cas de l’Art Contemporain, vous me direz que dans d’autres domaines, on prend Michel Houellebecq pour un écrivain, bien qu’il possède un vocabulaire des plus rudimentaires. Les œuvres ne peuvent exister sans le discours qui l’accompagne. C’est sans doute là la nouveauté. Même une merde d’artiste doit être explicitée : ce sera au choix, on est dans la merde et l’artiste est là pour vous le rappeler, ou alors l’Art c’est de la merde. Le discours général est que le beau n’existe pas, c’est ressassé à coups d’expositions. Alors si le beau est officiellement une réalité indéterminée, qu’est-ce qui compte ? Et bien le marché ! Suivant la bonne vieille logique libérale si on donne 91 millions de dollars pour une débilité signée Jeff Koons, c’est que ça les vaut car le marché ne se trompe jamais, c’est bien connu – les crises financières et économiques ne sont que de simples accidents. On a deux soutiens qui se tiennent bien la main : d’abord le marché qui est sensé sanctionner la « valeur », et l’instance critique au sens de Bordieu, qui justifie ex-post en produisant un discours qui se voudrait philosophique mais qui le plus souvent est creux, par exemple on insiste sur la tolérance pour les différences sexuelles ou raciales. A travers les « explications » qu’on donne à ces œuvres, on justifie sur le plan politique le multiculturalisme et la mondialisation. D’une manière récurrente on met aussi en avant des formes pornographiques qui n’intéressent à vrai dire pas grand-monde. Jeff Koons se représente en train de copuler avec la Cicciolina, ex-star du porno, ex-politicienne qui en sait long sur les mécanismes de la publicité, sensée être devenue son épouse devant l’Eglise ! Mais au moins Jeff Koons est un petit entrepreneur, à défaut d’âtre un artiste, il ne cache pas son but : faire le maximum d’argent dans un minimum de temps. Dans sa manufacture, il emploie une centaine de personnes ! C’est le nombre qu’il faut pour mettre en scène un génie par ailleurs présenté comme individuel.  

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    Qu’importe le contenu de la représentation artistique ! Le tout est de le justifier par des écrits ou par des critiques qui seront publiées sur du papier glacé. La pornographe Catherine Millet fut la directrice d’Art Press, mais elle fut aussi conservatrice avant de connaitre le succès en vendant ses frasques sexuelles sous la forme d’un livre. Elle fut une pièce décisive, avec ses différentes casquettes, pour faire la promotion de l’Art Contemporain[6]. Cette tendance de l’Art Contemporain au bavardage oiseux n’a pas seulement pour objectif de montrer le vide sidéral de la pensée artistique. Les artistes plasticiens auto-proclamés ont aussi la prétention à nous éduquer : si le peuple est plus que réticent à accepter leurs œuvres, ce n’est pas que celles-ci sont sans intérêt, mais c’est selon eux elles ne sont pas comprises par manque d’éducation, éducation qu’ils auraient reçu grâce à un grand travail d’autodidaxie, à la force du poignet en quelque sorte. Et donc leurs nombreux bavardages ont pour mission de nous convaincre que leurs « merdes » sont d’un niveau supérieur, au-delà du bien et du mal, au-delà de la beauté. Un artiste plasticien, Jota Castro, qui a travaillé longtemps pour l’Union européenne a décidé un jour de se faire artiste plasticien. Démontrant par là que c’était un métier de fainéant. Derrière ses provocations à quatre sous, il s’agit en fait de faire de la réclame pour l’intégration européenne. Il va donc défendre l’idéal européiste sous couvert de faire l’artiste. Mais ce garçon dont le talent est proche de zéro et la pensée politique tout autant indigente, s’il défend le néolibéralisme, c’est aussi parce qu’il est rompu à ses combines qui consistent à s’appuyer sur le magistère de l’Etat comme levier pour stimuler le marché et en recevoir des contreparties financières. Il va sans dire que Jota Castro, s’il n’a aucune capacité technique à produire de l’art, ne manque pas ni d’entregent, ni de subventions. Cet exemple est édifiant : sous couvert de subversion par le biais de provocations de potache, on défend le pire conformisme, celui du marché et de la marchandise. Donc nous voyons des artistes plasticiens s’attaquer pêle-mêle au racisme, à l’exclusion des minorités, à l’homophobie bien évidemment, aux frontières et aux drapeaux, s’inscrire dans les pas du politiquement correct du moment, mais curieusement jamais ou rarement aux multinationales, à Bernard Arnault ou François Pinault. Un chien ne mord pas la main qui le nourrit. Le pire est sans doute là, derrière des œuvres qu’on peut qualifier d’immondices, il y a la volonté de formater une réflexion. La proximité avec la pensée libérale se trouve là aussi : le marché est toujours bon, donc les traités de libre-échange sont par définition bons pour le citoyen, comme l’Art Contemporain l’est aussi pour son paysage mental. Il y a donc bien une visions totalitariste qui se cache derrière cet embrigadement.

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    Jota Castro, The flag, 2000 

    Le système fonctionne de manière à ce que les différents niveaux décisionnels soient imbriqués. Christine Sourgins nous dit qu’en France il y a 22 000 artistes plasticiens, et un même nombre de fonctionnaires qui s’occupent de diffuser la culture et de la subventionner. Ces fonctionnaires non seulement choisissent les artistes et les expositions qu’ils vont soutenir, mais ils vont encourager les enseignants à intéresser leurs élèves à des expositions dont par ailleurs ils n’ont rien à faire. Cet ensemble bureaucratique n’est pas sans fonction, il sert de cadre et de justification au marché de l’art proprement dit : il fait la cote ! En vérité le marché de l’Art Contemporain est l’autre face de la sécession des élites. Celles-ci ont fait sécession avec le peuple et avec la nation[7], elles vivent un entre-soi que Pinçon et Pinçon-Charlot ont fort bien décrit dans son ancrage géographique ou sociologique : tout ce qui est cher est beau et bon, et les riches ont mérité de le consommer[8]. Dans cet objectif sécessionniste, imposer la laideur à la face du monde a une double justification politique :

    – démontrer avec arrogance que le peuple qui rejette l’Art Contemporain est complètement débile, et qu’à ce titre il n’a droit qu’à des miettes de la société de consommation et ne mérite donc aucune attention supplémentaire. Il faut donc l’éduquer pour qu’il finisse par admettre le même goût pour la laideur que les classes supérieures semi-instruites ;

    – mais également mettre en avant sa propre imbécillité pour narguer les plus pauvres en faisant l’étalage de leur propre vulgarité, le couple Macron dans le genre a atteint des sommets, par exemple lors de la fête de la musique 2018 à l’Elysée, transformé pour l’occasion en boîte de nuit pour touristes à la recherche d’émotions, en faisant étalage de ses goûts musicaux, croyant que ceux-ci pouvaient coïncider avec les goûts du peuple. Contrairement à une idée souvent admise sans précaution, les riches sont aussi stupéfiants de bêtise[9]. Il suffit de voir Donald Trump agir sur la scène internationale, ou encore Bernard Arnault se faire piéger par François Ruffin[10].

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    Le couple Macron faisant étalage de ses goûts de chiotte lors de la fête de la musique 2018 

    Je me suis posé la question de savoir pourquoi il y avait une telle levée de bouclier contre l’Art Contemporain. La réponse me parait assez simple, c’est parce qu’il y a une révolte contre l’ensemble du système néolibéral, cosmopolite et mondialiste. Remarquez une chose importante : les politiciens champions de la mondialisation tentent à nous séparer de nos racines, on verra un ignorant comme Macron avancer par exemple qu’il n’y a pas de culture française[11]. Ça convient très bien à l’Art Contemporain qui suggère que l’art d’aujourd’hui n’a pas de passé – mais s’il n’a pas de passé, c’est peut-être parce qu’il n’a pas d’avenir. Les mouvements révolutionnaires se sont toujours définis dans la continuité historique. Quand Debord et ses amis lettristes déplorait la destruction de la rue Sauvage, c’est parce qu’ils y voyaient le peuple coupé de son histoire[12]. Or en matière artistique c’est bien la mémoire que l’Art Contemporain tente d’oblitérer. Mais il y a encore autre chose, l’Art Contemporain en faisant sa réclame suppose un développement linéaire des sociétés et donc de l’art : aujourd’hui est mieux qu’hier et moins bien que demain. Et justement par son existence il prouve exactement le contraire. Remarquez que cette idée selon laquelle l’art évolue de manière linéaire est incluse dans l’idée d’un développement économique positif qui se traduit par une meilleure consommation pour tous. Cette fable a duré peut-être deux siècles. Mais comme la croissance économique marque aujourd’hui ses limites, l’évolution de l’art suit le mouvement, rongé lui aussi par une loi d’entropie qui le ringardise avant d’atteindre la maturité. En matière d’histoire de l’art, il est tout à fait possible aujourd’hui de dire c’était mieux avant en étant sûr que cela ne sera pas démenti. 

    Assaut général contre l’art contemporain !



    [1] Georg Simmel, La philosophie de l’argent, [1900], PUF, 1987, voir aussi Massimo Fini, L’argent excrément du démon, Editions du retour aux sources, 2016.

    [2] G.W.F. Hegel, Esthétique, tome 1, Livre de poche, 1997. Ce sont des notes de cours prononcés entre 1818 et 1829.

    [3] Marcel Duchamp, Entretiens avec Pierre Cabannes, Belfond, 1967.

    [4] In, Enregistrements magnétiques (1952-1961), Gallimard, 2010.

    [5] Guy-Ernest Debord, Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l'organisation et de l'action de la tendance situationniste internationale, Internationale situationniste, 1957. 

    [6] L’art contemporain en France, Flammarion, 1987. D’une bêtise abyssale, elle affirma regretter de ne pas avoir été violée ! Elle s’est rattrapée en allant tailler des pipes dans les toilettes des grands cafés, exploits qu’elle raconte dans La vie sexuelle de Catherine M., Le seuil, 2001.

    [8] Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, La violence des riches, La découverte, 2013.

    [10] Voir le film Merci patron !

    [12] Potlatch n° 7, 3 août 1954.

    « Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de MacronLes gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII »
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