• Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Un peu décomposé à l’image et larmoyant dans le ton, Macron s’est livré à un exercice qu’il n’aime pas et pour lequel il ne se sent pas fait : reconnaître ses erreurs. Il ânonnait un texte de circonstance, manifestement bricolé. La logique de cette intervention était d’avouer deux fautes, la première d’avoir été un bouffon de première, expliquant ses écarts de conduite inadmissibles par la volonté de bousculer le système, avançant bêtement que depuis quarante la France n’avait pas été gouvernée, la seconde est qu’il ne se serait pas rendu compte de la gravité de la question du pouvoir d’achat. Cette défense est aussi erronée que piteuse. Puisqu’en effet, ayant été ministre de l’économie, ayant présidé à la confection de la loi El Khomri et à la mise en place du CICE depuis 2014, fantaisie qui coûte 20 milliards par an et qui coûtera encore plus cher en 2019, 40 milliards, sans que ces deux mesures aient eu une quelconque efficacité sur l’emploi et la croissance. Dire que depuis 40 ans on n’a rien fait pour réformer la France est carrément scandaleux. Il faut rappeler à Macron que sa dernière réforme de flexibilisation du marché du travail est la 18ème du genre depuis 1983. Et chaque fois ces réformes n’ont eu aucune efficacité sur l’emploi. Mais cette fable qui est colportée par les supporters du président est devenue maintenant leur seul argument de défense.

    Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Quelques heures avant il avait fait semblant d’engager le dialogue avec « les partenaires sociaux » et les partis, bref avec les forces les plus déconsidérées de la nation. Bien évidemment cette comédie s’est déroulée, alors même que les mesures qu’il avait décidé d’annoncer avait déjà été arrêtées. La première mesure qui se voulait spectaculaire était une hausse de 100 € du SMIC, on ne sait pas d’ailleurs si c’est du brut ou du net. Je pense que c’est du brut, ce qui ferait en net un peu moins de 75 € par mois. Faisons deux remarques sur cette hausse qui se voulait spectaculaire : 

    - la première est que l’inflation a atteint cette année 2,3 %. Une hausse de 75 € par mois représenterait 6% - 2,3% = 3,7 %. Pas de quoi se goberger, d’autant que cette hausse serait absorbée par les hausses programmées pour janvier, gaz, électricité, tarifs autoroutiers, etc. Dans un article passionnant, Jacques Sapir avait montré que le SMIC avait décroché de la l’évolution de la productivité du travail depuis le début des années 80 [1]. Je reproduis ce graphique ci-dessous. La courbe la plus haute est celle de la productivité du travail, et la plus basse est celle du SMIC. L’écart entre les deux courbes c’est une confiscation des gains de productivité du travail au profit des propriétaires des moyens de production. En outre, il semble que cette hausse du SMIC va être financée par une baisse des cotisations, de façon à être neutre pour l’entreprise, dans ce cas ce sera une perte nette pour le salarié qui devra augmebnter ses contributions personnelles à une mutuelle pour maintenir simplement sa couverture sociale constante. Mais ce n’est pas encore très clair, on va voir les conditions de développement de cette mesure. Si on se borne à ce type de tour de passe-passe, la colère va monter d’un cran encore ; 

    Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    - La seconde remarque est que le mouvement des gilets jaunes a obligé Edouard Philippe et Muriel Pénicaud à manger leur chapeau. En effet, hier encore Pénicaud assurait qu’il n’y aurait pas de hausse du SMIC parce que ça détruirait les emplois. Cette assertion n’a jamais été prouvée nulle part, pour une raison très simple, c’est que le coût du travail n’est qu’un élément parmi d’autres de la compétitivité. Mais si on suit Pénicaud, elle devrait maintenant démissionner puisque Macron s’apprête à détruire des emplois en augmentant le SMIC… un petit peu ! Philippe c’est la même chose, il a claironné pendant un mois qu’il n’y aurait pas de coup de pouce en janvier pour le SMIC, il vient d’être désavoué publiquement. Son départ est sans doute programmé, dès que les choses se calmeront, si elles se calment.

    Les autres mesures sont les suivantes :

    - une annulation de la hausse de la CSG pour les retraites inférieures à 2000 € par mois ;

    - et une demande aux entreprises de verser une prime de fin d‘année si elles le peuvent.

    La première mesure est d’un coût assez faible, mais on ne s’en plaindra pas, même si pour ces retraités le compte n’y est pas : en effet, les retraites seront revalorisées de 0,3% en janvier 2019, mais après que m’inflation ait été estimée à 2,3%. Et donc si on fait la soustraction, les retraités ont perdu 2% en réel sur leur pension, et même si on leur rétrocède 1,7%, cela fera toujours une perte de 0,3 pour les petites retraites. Quant aux retraites supérieures à 2000 €, la perte nette sera de 4% environ. Une autre mesure de type sarkozyste devrait entrer en vigueur, une défiscalisation des heures supplémentaires pour les salariés qui en ont, et une décharge des cotisations sur ses mêmes heures supplémentaires pour les patrons. Ce qui pourrait d’ailleurs inciter les employeurs en cas de reprise à accroître les heures supplémentaires sans embaucher. La seconde mesure n'est pas contraignante, et donc il est peu probable qu'elle ait une quelconque efficacité. Les entreprises qui en donnent une n'ont pas de raison de l'augmenter, et celles qui n'en donnent pas, pourront toujours dire que leurs moyens ne le leur permettent pas.

    Ces mesures devraient coûter selon les premières estimations 6 milliards € à l’Etat. La tribune les évalue à 12 milliards pour le budget, mais je pense qu’ils ne savent pas très bien compter[2]. Ce qui aurait pu être comblé très largement par un rétablissement de l’ISF et de l’Exit-tax. Mais Macron toujours fidèle à la défense des intérêts du grand capital s’y refuse, prétextant que ces exonérations fiscales finiront bien par se retrouver sous forme d’investissement et que l’investissement relancera la croissance et l’emploi.

     Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Gilets jaunes essayant de comprendre où Macron veut en venir 

    Je passe sur les propositions de rénovation de la vie publique, du genre on va faire des débats pour savoir ce que peuple veut. Si ce n’est pour dire que Macron abandonne au moins dans sa rhétorique l’idée d’une verticalité du pouvoir – ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais qui semblait indiquer que Macron voulait être un président autoritaire. Son comportement avec les gilets jaunes m’a remis en mémoire les imbécilités de François Fillon – l’autre candidat de l’Institut Montaigne[3] – j’avais repéré que l’homme aux costumes classieux at aux gros sourcils présentait le même programme que Macron, et quand on lui a demandé comment il allait faire passer ses réformes, il avait avancé qu’il enverrait la gendarmerie aux récalcitrants[4].

      Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Les gilets jaunes ont suivi attentivement l’allocution de Macron. Leurs réactions ont été très négatives. Même le très modéré Benjamin Cauchy a jugé la prestation du président pas du tout à la hauteur des enjeux. L’opposition dans son ensemble de la FI au RN en passant par Olivier Faure et Benoît Hamon, a aussi appuyé sur l’insuffisance de propositions : trop peu, trop tard. Il semble donc clairement qu’on s’oriente vers un acte V samedi prochain, à quelques jours des fêtes de Noël, la facture pour l’économie va s’alourdir. La plupart des gilets jaunes ont compris que la facture risque d’être payée par une baisse de l’efficacité de la couverture sociale, et donc par une hausse à terme du tarif des mutuelles qui devraient déjà augmenter fortement en janvier. Les gilets jaunes sont très motivés, et remontés contre les syndicats qui non seulement sont à la remorque complète du mouvement, mais qui en plus jouent un rôle démobilisateur, comme l’a fait la CGT en brisant dans l’œuf la grève des routiers qui pourtant était programmée pour cette semaine. Je crois que maintenant les gilets jaunes font de la démission une sorte de préalable pour libérer les ronds-points. On va bien voir sur le terrain, mais Macron ayant commencé à reculer, il n’y a pas de raison qu’il s’arrête en si bon chemin !



    [1] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/la-question-du-pouvoir-dachat/1453292201467360/

    [2] https://www.latribune.fr/economie/france/gilets-jaunes-macron-reoriente-sa-politique-vers-le-pouvoir-d-achat-800590.html

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    [4] https://www.mediapart.fr/journal/france/060916/fillon-promet-d-envoyer-la-gendarmerie-ceux-qui-sopposent-son-choc-liberal?onglet=full

    « Les gilets jaunes, acte IV, Macron doit démissionner De mai 68 à la haine des gilets jaunes »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    1
    Ben
    Mardi 11 Décembre 2018 à 13:26

    Quel faux-cul intégral, ce Macron, apparemment les sifflets qu'il a essuyé le 2 décembre dans les beaux quartiers (qui n'étaient pas que venant de gilets jaunes) suivis par ceux du Puy-en-Velay ont à peine entamés son arrogance naturelle envers le peuple (fort avec les faibles, faible avec les forts, voilà son credo,  suffit de voir les yeux de merlan en frit qu'il avait en face de Bolloré). Le retour de bâton lui avait pourtant été annoncé il y a deux ans par le jeune prolétaire à propos de son costard ("Faîtes attention quand même") mais le reste droit dans ses bottes, le Manu, malgré un mea culpa de façade. 

    Commencé un discours aussi important alors que le pays est pas loin d'une période pré-insurrectionnelle,  en insistant sur la violence des manifestations avant même de présenter les mesures concrètes qui seraient justement en mesure de calmer cette colère, il faut avoir un certain culot surtout que ces mesures n'en sont pas, comme le dit un député de droite "les cadeaux de ce soir sont les impôts de demain" (vu que les riches ne sont pas mis à contribution, c'est le contribuable moyen qui devra les financer), en bref  le cuistre nous fait encore un tour de bonneteau en se moquant ouvertement du monde, la prime de fin d'année étant le nec plus ultra du foutage de gueule caractérisé. Après avoir lâché des miettes, la bourgeoisie française représentée par son laquais n° 1 parie maintenant sur un essoufflement  du mouvement, en espérant qu'il se disloque à la fois sous les poids des modérés (cette enflure de Barnaba et les autres opportunistes qui comptent bien prospérer dans le futur sur le mouvement pour faire avancer leurs ambitions politiques personnelles), une partie du personnel politique et la majorité silencieuse bien sur. Le Figaro annonce que le soutien aux gilets jaunes s'effrite, voilà donc après le pays ait été bloqué depuis quatre semaines le maximum que cette bourgeoisie est prête à "lâcher" (en fait, elle ne lâche rien) pour acheter la paix sociale, la population aux fins de mois difficiles devra s'en contenter. 

      • Mardi 11 Décembre 2018 à 14:58

        Macron est une bonne tête à claques qui ne maitrise rien du tout, mais tout le monde a compris que ses annonces d'hier sont bidons. Voilà à quoi il sert, à montrer que l'Union européenne mène la danse au nom du grand capital. L'intérêt des gilets jaunes est qu'ils ont agi par dessus les bureaucraties syndicales et partisanes.

    2
    Ben
    Mardi 11 Décembre 2018 à 19:07

    C'est sur que quand on voit les gilets jaunes à l'oeuvre, on se dit que si c'était eux qui avaient mené la bataille contre la privatisation de la SNCF au printemps dernier en lieu et place de la CGT avec sa tactique débile de grève perlée, le résultat aurait pu être différent, j'ai entendu un de ces cons d'éditorialistes qui font la leçon à la France entière du matin au soir sur les ondes, un gâteux du nom de Claude Weill, disant que l'homme le plus sensé depuis le début de la crise était Laurent Berger (prière de ne pas s'écrouler de rire). La preuve que ce gouvernement se moque des gilets jaunes, et ça m'étonnerait que BFM en ait parlé, c'est que pendant que la France attendait le discours de Macron, le sénat votait une heure auparavant l'allégement de l'exit tax. Pour ce qui est de l'Union européenne, une pancarte avec l'inscription Frexit a pu être aperçu sous l'arc de triomphe le 1er décembre, s'agissait-il d'éléments d'extrême droite comme les chaînes info l'ont martelées, étant donné la masse de mensonges qu'elles déversent, je reste circonspect. 

      • Mercredi 12 Décembre 2018 à 14:35

        Oui on essaie de recycler Laurent Berger, le vieux reteint de Jacques Julliard de Marianne, tente de recycler la courroie de transmission du MEDEF comme dialogueur en chef d'avec le gouvernement. Le Sénat c'est Larcher et LR, ils ont le même programme que Macron et Fillon, donc ils défendent l'Exit tax. Plusieurs pancartes ont fait leur apparition sur les Champs Elysées réclamant le Frexit, il semble que ce serait plutôt les militants de l'UPR. Sur le terrain, les Gilets Jaunes, sont conscients de deux choses : d'une part qu'ils veulent la peau de Macron, et ils le disent ouvertement 2. que les demandent qu'ils formulent sont incompatibles avec l'Union européenne, et donc qu'il faudra bien en sortir. Curieusement, ils ne sont pas militants de l'UPR, moi je n'en ai pas rencontré ni aux péages, ni sur les ronds-points, ni du PARDEM. Ceux qui prennent la parole et qui sont les plus radicaux sont pratiquement tous des salariés, mal payés et exploités, sans formation particulière. Beaucoup de SMICARDS, et justement ils formulent facilement un discours politique très conscient et très radical. Je n'ai pas rencontré non plus de lepenistes. Mais sans doute l'échantillon que je fréquente n'est pas représentatif. Plus encore qu'à Mai 68, la référence c'est 1789 et la prise de la Bastille, puis la décapitation !!!!smile

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :