• Approfondissements de la post-démocratie

    Il est un signe qui ne trompe pas et qui dénote une régression des formes sociales dans lesquelles nous vivons : les libertés collectives et individuelles se restreignent de jour en jour. Cette semaine nous avons eu de nouvelles illustrations de cette dérive. Certes nous ne sommes pas encore dans une situation où la liberté de penser et d’écrire est limitée, mais ça ne saurait tarder.

     

     

    Les dégâts de la loi El Khomri

      Approfondissements de la post-démocratie

    Le premier exemple qu’on prendra est lié à la loi El Khomri dont le gouvernement ne sait plus que faire. En effet, il ne peut reculer, car cela le décrédibiliserait non seulement aux yeux des quelques soutiens électoraux qui lui restent, mais aussi aux yeux de la Commission européenne qui parraine l’opération de toilettage du code du travail. Mais, surpris par la vigueur et la persistance de la révolte contre cette loi pourrie, il propose tout simplement d’interdire les manifestations. Cette interdiction de manifester est inédite, sa dernière mouture remonte à l’époque de la guerre d’Algérie. Des élus socialistes se sont émus de cette énième mouture du virage à l’extrême-droite du gouvernement. Du coup on a négocié une manifestation statique puis semi-statique avec la CGT[1]. Il va de soi que la CGT a eu tort de se prêter à ce genre de manœuvre qui va sûrement faire la part belle aux casseurs. Mais sans doute que la centrale de Montreuil cherche à préserver la bonne opinion que les Français ont du mouvement : plus de deux français sur trois soutiennent le mouvement contre la loi[2]. Il va de soi que l’impopularité et la maladresse du gouvernement sont pour beaucoup dans la persistance de cette révolte. C’est assez rare que plus de trois mois après le début de la lutte contre la loi, celle-ci continue à bénéficier d’un soutien aussi fort, malgré la propagande des médias, malgré les soi-disant accommodements présentés par le gouvernement. Comment expliquer cela ? Bien entendu parce que la loi est comprise comme étant mauvaise, mais aussi parce que cela devient vraiment insupportable que les gouvernants ne tiennent aucun compte de l’avis du peuple. Comment en effet justifier le vote d’une telle loi quand les deux tiers de la population est contre ? Certes on peut toujours dire que le peuple ne comprend rien, le peuple est stupide, mais comme les gouvernants ne réussissent à rien, on ne voit pas comment ils pourraient faire semblant qu’ils comprennent quelque chose.

      Approfondissements de la post-démocratie

    Vidéo à l’appui on a ressorti les propos de Hollande qui, en tant que député de l’opposition en 2006 critiquait le démantèlement du modèle social sous la férule de la droite[3]. Ce contraste entre ce que disait Hollande en 2006 et ce qu’il fait en 2016, prouve à l’évidence qu’il n’est qu’une canaille, un menteur. Il va de soi que ce grand écart ne lui facilitera pas la tâche s’il lui venait la lubie de se représenter en 2017. Mentir d’une manière aussi effrontée n’améliore pas les rapports entre les soi-disant élites et le peuple et montre que la démocratie la plus élémentaire ne peut plus fonctionner.

     

    L’Europe en dehors de la démocratie

      

    Approfondissements de la post-démocratie

    Mais l’oligarchie qui ne sait plus à quel saint se vouer, a été surprise par la vigueur des opposants au maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne. Ce sont des choses qui ne peuvent pas plaire aux libéraux européistes qui font semblant de ne pas comprendre pourquoi les gens n’aiment pas l’Union européenne. Voilà donc que cet imbécile de Jacques Attali disserte sur la nécessité de priver le peuple de parole[4]. Il souligne que Cameron a fait une bêtise, et qu’il n’aurait pas dû proposer ce référendum. Car nous dit-il cela revient à nier les acquis politiques, les progrès en la matière. Donc il faudrait nous dit le docte Attali sanctuariser ce progrès, autrement dire interdire sur tel ou tel point de revenir en arrière. Ces élucubrations supposent :

    1. qu’Attali et les experts, les politiques, les oligarques, savent bien mieux que le peuple ce qui est bon pour eux, et donc que si le peuple rejette massivement l’Union européenne et ses turpitudes, c’est qu’il est idiot, ou peu instruit, ce qui est la même chose. A cette idée loufoque on opposera le fait que d’autres experts considèrent que l’Union européenne est une erreur politique sur laquelle il faut revenir, et qu’en outre les défenseurs de l’Union européenne n’ont pas fait la preuve de la pertinence de leurs analyses. C’est bien pour cette raison que le peuple doit toujours être écouté.

    2. que le progrès économique, social et politique est linéaire. Donc il faut aller de l’avant et surtout ne pas revenir en arrière. Mais c’est ce que disaient les tenants du Grand Reich qui prétendaient bâtir une Europe de la paix et de la prospérité pour les siècles à venir. On comprendra qu’il fut heureux qu’on soit revenu sur cette « avancée », mais surtout on fera remarquer au malheureux Attali qu’on est revenu en 1945 sur cette erreur entre autre aussi parce que le peuple s’est soulevé contre elle.

    « Certains ne verront dans cette prise de position qu’une tentative désespérée d’une oligarchie dépassée pour maintenir un ordre démodé, en méprisant les désirs des peuples. » écrit Attali dans sa chronique. Pour une fois il ne se trompe pas, c’est bien ce qu’on comprend. Mais le fond de l’affaire est bien qu’en avançant de telles idées, il corrobore ce que disait déjà l’ignoble Juncker l’an dernier à propos de la Grèce : « il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »[5] du temps ou Tsipras faisait encore semblant de vouloir changer les choses. On voit que l’enjeu dans tous les cas est de savoir combien de temps une institution – qu’elle soit nationale ou supranationale – peut fonctionner contre le peuple. Dans les propos de Jacques Attali se lit une sorte de panique, car en effet, si le projet européen avait fait la preuve de son excellence pourquoi les gens voudraient en sortir ? Et puis le peuple a tout autant que Jacques Attali le droit à l’erreur n’est-ce pas ?

    Attali est vraiment un homme du passé. Il ne se rend pas bien compte que le peuple outre des améliorations bien légitimes de ses conditions de travail et de vie, développe une tendance de plus en plus forte pour aller au contraire vers plus de démocratie directe. En outre la politique dans un Etat démocratique consiste à manifester d’une manière ou d’une autre un choix. Sanctuariser des formes politiques qui ne sont des progrès que pour des esprits aussi faibles que Jacques Attali, c’est nier aussi bien le fait que l’histoire remet en cause pour des raisons diverses et variées, les formes de la vie sociale, que l’incertitude des choix. Je rappelle à Attali que les traités quels qu’ils soient ont toujours été remis en question d’une façon ou d’une autre. Bref la fin de l’histoire n’est pas pour demain et le temps fait toujours que d’une manière ou d’une autre les sociétés corrigent avec plus ou moins de retard leurs erreurs. 

    Pour ceux qui veulent s'amuser un brin, qu'ils suivent le lien ci-dessous 

    https://www.youtube.com/watch?v=aeVPRkpULa0

     


    [1] http://www.marianne.net/cgt-gouvernement-inventent-manifestation-semi-statique-100243851.html

    [2] http://www.leparisien.fr/economie/sondage-les-francais-connaissent-mal-la-loi-travail-mais-sont-contre-19-06-2016-5898189.php

    [3] http://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/code-du-travail-quand-hollande-en-2006-denoncait-le-hollande-de-2016-25-02-2016-2020921_1897.php

    [4] http://blogs.lexpress.fr/attali/2016/06/20/sanctuariser-le-progres/ On pourra toujours me reprocher de citer un « penseur » sans intérêt. Mais je me défendrais en disant qu’il n’est intéressant que parce qu’il est le représentant d’une tendance aussi inculte qu’arrogante et qui prétend diriger notre pensée.

    [5] http://www.upr.fr/actualite/europe/le-president-de-la-commission-europeenne-met-les-points-sur-les-i-il-ne-peut-pas-y-avoir-de-choix-democratique-contre-les-traites-europeens

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