• Addendum sur la dette argentine et son remboursement

     

    Jorge Capitanich, chef du gouvernement argentin

     

    Réponse à un correspondant

     

    A propos de mon billet précédent, Louis Peretz m’écrit ceci :

    « On reste sur ce principe idiot qui consiste pour les Etats à emprunter plutôt que de faire marcher la planche à billets dont ils ont une peur irraisonnée. Je ne comprends pas pourquoi l'Argentine est tombée dans le panneau. »

    L’Argentine n’est pas tombée dans le panneau, les dirigeants corrompus de cette époque ont profité de l’endettement de l’Argentine en détournant une partie des fonds versés pour venir gonfler leur compte en banque aux Etats-Unis. Mais le plus important n’est pas là, le plus important c’est à quelle création de monnaie correspond une dette, qu’elle soit publique ou non. Louis Peretz propose de faire marcher la planche à billets. Les économistes orthodoxes vont évidemment crier à l’horreur, à la spoliation par l’Etat, etc… En vérité faire marcher la planche à billets a deux conséquences :

    - la première est que cet excès de monnaie engendre obligatoirement de l’inflation, inflation qui ronge le rendement des rentes ;

    - la seconde est que dans ce cas l’Etat garde la création de monnaie sous contrôle. Or lorsque les Etats empruntent sur les marchés financiers, ce ne sont plus les Etats nationaux qui créent de la monnaie, mais les banques privées. Elles créent cette monnaie, parce qu’évidemment elles ne prêtent pas leur argent. Mais comme dans le même temps l’inflation salariale disparaît du fait de la pression de la mondialisation sur les salaires, cet excédent d’argent est devenu difficile à détruire.  Il s’ensuit qu’il va se balader un peu partout et venir gonfler les placements spéculatifs qui engendrent des bulles qui tôt ou tard explosent.

      

    Alex Kiciloff ministre de l’économie argentin

     

    Il résulte de cela que le fonds de l’affaire c’est la mondialisation de la finance comme du reste. Refuser de payer la dette argentine c’est refuser de fait la mondialisation, refuser de dépendre des marchés extérieurs pour sa propre survie. Cette crise argentine dévoile donc clairement ce qu’est la mondialisation : une machine à extirper de la valeur dans un monde où les conditions d’expansion du capital sont restreintes. Pour toutes ces raisons, d’une manière ou d’une autre, on assiste au début de la démondialisation, puisqu’en effet, il apparaît que les Etats pour leur propre survie doivent se sortir du piège, de la dépendance, des marchés extérieurs. Seuls des imbéciles ou des malveillants comme Alain Minc pouvaient parier sur une mondialisation heureuse, il apparaît que la mondialisation est une manière de continuer la guerre des classes par d’autres moyens. On voit donc que la renationalisation des économies est un enjeu capital pour modifier la réalité économique et sociale et donc le partage de la valeur entre les riches et les pauvres. C’est pour cette raison qu’en Amérique latine comme dans l’Union européenne, le peuple doit se réapproprier ce qui lui appartient de fait : l’Etat.

     

    L’Argentine

     

    Un point important me semble-t-il est que la gestion de ce conflit est amenée en Argentine par des hommes jeunes et dynamiques, Alex Kicillof et Jorge Capitanich, alors que leurs adversaires, le juge Thomas Griesa, Paul

    Singer et le président Barack Obama, paraissent complètement usés. Nous espérons qu’ils trouveront des moyens pour résister.

    Le gouvernement argentin a réagi à cette agression de la canaille de la finance alliée à la canaille politique étatsunienne, en menant le combat autant sur le plan médiatique que sur le plan juridique et politique. Des affiches géantes ont inondées Buenos Aires pour dénoncer les fonds vautours. On remarque que les Etats-Unis sont aussi désignés comme complice de cette finance internationale cupide. Le premier ministre argentin, Jorge Capitanich, a mis en doute l’idée que la justice américaine était indépendante. Non seulement elle est désignée comme étant au service des fonds vautours, mais en outre, le gouvernement américain est mis en cause d’une manière plutôt violente. Il est tout de même curieux que les apologues du marché, de la loi de l’offre et de la demande, en viennent, dès qu’ils peuvent récupérer quelque argent à se servir de l’Etat. En vérité si la loi de l’offre et de la demande existait, 90% des banques eussent été en faillite, et les fonds vautours ne pourraient rien récupérer sur le dos du peuple parce que du point de vue de la loi de l’offre et de la demande gagner de l’argent équivaut en théorie à une prise de risques que les richissimes fonds d’investissement ne veulent pas prendre.


    A la crise de la dette publique argentine, s’ajoute maintenant une nouvelle crise diplomatique dont le gouvernement d’Obama n’avait pas besoin en cette période où il est empêtré sur tous les fronts. Evidemment le gouvernement argentin joue sur du velours. En effet les Etats-Unis sont plus que détestés en Amérique latine, et seules quelques voix de conservateurs inconséquents se sont élevées en Argentine pour dire que la demande des fonds vautour était légitime. C’est aussi un moyen de resserrer la nation autour d’un projet collectif commun. L’affaire est loin d’être terminée, et l’Argentin n’ayant pas manifestement envie de se plier au jugement de l’infâme Thomas Griesa, l’Argentine semble s’orienter vers des instances internationales pour échapper au manque de clarté du droit américain qui finit toujours par se retourner contre les pays les plus faibles. Dans cette quête, elle pourra toujours compter sur une opinion internationale massivement hostile aux errements de la politique étrangère américaine.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/07/31/apres-avoir-fait-defaut-l-argentine-ne-s-avoue-pas-vaincue_4465462_3222.html

    « Où va la finance internationale ?Suzanne Bernard, Le temps des cigales, Jean-Jacques Pauvert, 1975 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :