• Actualités 9

    Il se passe beaucoup de choses dans l’actualité. Et cela ressemble à une accélération de l’histoire plus qu’à une poussée de fièvre d’un printemps tardif. Une des probables raisons à cela est que plus encore aujourd’hui qu’hier les rouages de la démocratie bourgeoise et parlementaires ne semblent plus capables d’offrir un semblant de perspective. On mesure de plus en plus ce grand écart entre les dirigeants qui appliquent une politique qui torture jour après jours les populations, et ces mêmes populations qui s’exaspèrent. En regardant les images de Valls et Hollande déconner comme si de rien n’était et en les mettant en face des manifestations en France et en Belgique on comprend que notre système économique, social et politique est à bout de souffle.

     

    Entre social-traitres on se comprend

     

    Manuel Valls est allé se faire applaudir à la Mutualité qui en a vu d’autres. Cette centrale syndicale connue pour anticiper les desideratas du MEDEF fêtait ses 50 ans de misère. Quoiqu’elle ait connu une phase « autogestionnaire » à la fin des années soixante et au début des années soixante-et-dix, elle a toujours roulé pour le patronat, espérant avoir quelques miettes de cette belle tendance à la soumission. Cette vieille boutique pensait qu’ainsi elle resterait longtemps à la pointe de la modernité.

    Toujours constante dans le reniement, elle recevait donc Manuel Valls qui, ami de l’entreprise et du MEDEF, se sentait un peu chez lui. Il ne s’est pas livré à ses provocations habituelles sur le contrat unique ou sur la nécessité de rabioter encore un peu de ce qui reste de la protection sociale. Mais par contre il a fait une révélation qui vaut son pesant de cacahuètes : jeune il avait été adhérent de la CFDT. Il n’était pas vraiment un travailleur, il avait adhéré à ce syndicat quand il était attaché parlementaire. On pourra en déduire si on a l’esprit mal tourné comme moi que ceci explique cela.

    Aujourd’hui le syndicat est attaqué tout azimut, et les déboires de Thierry Lepaon sont évidemment un prétexte pour s’attaquer à la CGT. Et on se dit que finalement les salariés sont plutôt coincés entre des syndicats peu représentatifs et sans imagination, et des syndicats très peu combattifs, pour ne pas dire plus. Or il va de soi que nous sommes dans une époque où les salariés auraient besoin d’un syndicalisme offensif qui ouvre des perspectives sur la transformation sociale.

     

    Hollande à mi-mandat

     

    Hollande est intervenu hier soir pour parler de sa politique, des difficultés des Français et pour tenter de démontrer qu’il n’est pas un homme de droite, un pur libéral. Bien entendu c’était de la politique spectacle, en un sens que rien de profond ne pouvait se dire ni s’analyser. La loi du genre voulait qu’on l’oppose pendant une partie de l’émission à des Français plus ou moins représentatifs, une femme chef d’entreprise, un jeune manifestement d’origine maghrébine, une chômeuse. C’était un festival de quotas de minorités. Mais glissons sur cette mise en scène et passons au discours proprement dit.

    S’il a reconnu des erreurs, ce ne sont pas des erreurs de perspectives, il n’a pas remis en question sa politique, il a parlé seulement de s’être trompé quant à la courbe du chômage et de son inversion. Confondant entêtement imbécile et volonté politique, il s’est justifié en disant qu’il fallait accélérer les réformes libérales. Sa rhétorique suppose que nous vivons dans une économie mondialisée et que nous devons prendre cela comme une calamité naturelle qu’il est impossible de changer. De même qu’il ne serait pas possible de changer notre insertion dans l’Union européenne. Partant de ces prérequis, il va de soi que si on admet la compétition exacerbé, qu’on ne vise pas à la freiner par un peu plus de solidarité, il n’y a plus qu’à poursuivre une politique qui a démontré sa nocivité comme son absence de résultats bêtement économiques en matière de croissance et d’emploi, en priant pour qu’un miracle arrive. Mais nous ne sommes plus dans le rationnel, seulement dans la pensée magique. Il n’envisage pas une minute que c’est fondamentalement que sa politique est erronée : la politique de l’offre n’a jamais marché, elle a toujours aggravé la crise, et bien sûr on n’a jamais soigné une crise de surproduction ou de la demande en relançant l’offre.

    Pour le reste il s’agissait d’un catalogue de mesures hétéroclites censées générer des économies, renforcer la compétitivité, l’éducation, le service civique des jeunes, etc. Evidemment rien de bien nouveau. Il a affirmé aussi des fois qu’on l’oublie que c’est lui et non Valls qui inspirait les réformes et qu’il en prenait l’entière responsabilité, se présentant comme un homme courageux tenant fermement le cap au milieu de la tempête.

     

    Pauvre Belgique

     

    En Belgique le nouveau et très chancelant gouvernement s’est aligné sur la doxa bruxelloise. On commence à connaître la chanson : allongement de la vie de travail, baisse des retraites, gel des salaires des fonctionnaires, les joyeusetés habituelles. L’idée est d’en finir une fois pour toutes avec l’Etat providence qui décidemment a du mal à coexister avec la logique de l’Union européenne. Mais les syndicats ont mieux réagi qu’en France et ont programmé une grève générale pour le 15 décembre de cette année. Il semble qu’elle sera très suivie. Ce qui pourrait sonner un réveil des luttes à l’échelle de l’Europe occidentale.

    Ce n’est pas la première fois bien sûr que les Belges manifestent contre l’austérité, mais cette fois ils semblent un peu plus déterminés, et quand on voit les réactions des manifestants, on comprend peut-être un peu mieux que l’exaspération n’est pas qu’un sentiment français.

     

    VIVE LA GREVE GENERALE !!

     

    A mon sens c’est bien la seule manière de faire reculer les panzers divisions du libéralisme transnational qui nous martyrise jour après jour et qui nous promettent encore bien des misères dans les années à venir avec les conneries incluses dans le fameux Traité transatlantique. C’est seulement dans ces moments de peur que l’oligarchie recule. Et elle recule d’autant plus que le mouvement est large et profond. Il semble que ce soit le cas aujourd’hui en Belgique et nous espérons bien sûr qu’en France nous retrouvions un peu des syndicats couillus qui suivent cette voie émancipatrice. L’an dernier c’était en Espagne et au Portugal qu’on voyait ça. Il est étrange que la France et l’Italie – pour l’instant – soient absentes de ce genre de luttes.  En Belgique cette manifestation a engendré de grandes violences, à la brutalité des forces de l’ordre é répondu celle des manifestants et de nombreux policiers ont été blessés.


    En France justement  

    On raconte souvent que les jeunes – du moins en France – sont de moins en moins politisés, et qu’ils sont bien trop passifs. En plus ils sont relativement minoritaire – vieillissement de la population oblige – on se souvient qu’à l’inverse les « jeunes », même s’il faut prendre ce qualificatif avec des pincettes, étaient la classe la plus nombreuse au moment de Mai 68. Pourtant ce sont des jeunes qui luttent un peu partout contre des projets comme l’aéroport de Notre Dame des Landes, le barrage de Sivens. La mort tragique de Rémi Fraisse est venue rappeler que manifester son opposition aux politiques crapuleuses des lobbies pouvait être sanctionné par la mort. La nuit où est mort Rémi Fraisse, âgé seulement de 21 ans, Médiapart rappelait que 400 grenades avaient été tirées contre les manifestants. Des images, des films ont circulé rapidement pour montrer que la violence des forces de l’ordre avait été pour le moins disproportionnée.


    Au-delà de la légitime émotion qu’on peut ressentir, on semble voir réapparaître de nouvelles formes de mobilisation qui échappent à l’enrégimentement politique. Ci-dessous, j’ai mis un lien où on voit Mathieu Burnel tenter d’explique ce qui se passe et ce qui nous attend face à des politiciens autant chevronnés que dépassés par les événements. Cette émission était intéressante aussi parce qu’on y voyait le vieux – très vieux – Pascal Bruckner, autrefois complice de l’académicien Finkielkraut, dans une entreprise de justification hédoniste de Mai 68[1], expliquer d’un ton paternaliste au jeune Mathieu Burnel que toute cette violence, toute cette lutte n’avait pas de sens en dehors des structures démocratiques officielles.

    Cette mort de Rémi Fraisse a déclenché tout de suite un mouvement dans les lycées et des manifestations un peu partout en France. Il est bien sûr trop tôt pour en déduire quoi que ce soit, mais cela confirme, même si c’est plutôt confus, une affirmation nouvelle d’une conscience en rupture avec les codes de civilité qu’on tente de nous imposer dans un veste mouvement de domestication. Même le vieux Edgar Morin qui pendant très longtemps s’était écarté des luttes politiques contemporaines, semble avoir compris que les enjeux de ce qui s’est passé à Sivens et qui risque de se reproduire sur d’autres sites similaires, dépassent la simple contestation écologique d’un monde industriel à la dérive. 

    Liens

     

    http://www.marianne.net/Manuel-Valls-degaine-sa-vieille-carte-CFDT_a242625.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2996

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/11/06/au-moins-100-000-personnes-defilent-contre-les-coupes-budgetaires-en-belgique_4519589_3214.html

    http://www.lesoir.be/699955/article/actualite/belgique/politique/2014-11-05/manifestation-nationale-douze-policiers-blesses-photos-et-videos

    http://www.mediapart.fr/journal/france/041114/sivens-400-grenades-ont-ete-tirees-la-nuit-de-la-mort-de-remi-fraisse

    http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/membre-du-comite-invisible-reagit-mort-remi-fraisse/

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/11/04/remi-fraisse-victime-d-une-guerre-de-civilisation_4517856_3232.html



    [1] Ils ont écrits ensemble deux ouvrages, aussi mauvais l’un que l’autre, Le nouveau désordre amoureux, issu d’une lecture hâtive pour ne pas dire plus de Charles Fourier, et L’aventure est au coin de la rue, le titre est très drôle connaissant le parcours de ces deux pères La Pantoufle

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