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    Les réformes de Macron

     

    Il ne se passe pas un jour sans que le petit Macron se fasse remarquer.

    « Le rêve européen est encore possible, mais il passe par des efforts sur nous-mêmes »

    EMMANUEL MACRON, ministre de l’économie, le monde du 21 octobre 2014

    En vérité si on le traduit de la langue de bois usuelle dans laquelle parlent nos gouvernants, il voulait dire, le cauchemar européen peut se prolonger à condition que les pauvres continuent de se laisser tondre sans rien dire

    Mais en même temps Macron fait semblant d’être aussi un peu ministre dans son petit costume, et donc il fait une loi – une énième loi – qui va nous dit-il faire repartir la croissance. Cette loi devrait être présentée le mois prochain devant le parlement. Le jeune Macron qui ne connait pas vraiment le sens des mots appelle cela un New Deal par référence à Roosevelt. Sauf que le New Deal de Roosevelt visait d’abord à donner des droits nouveaux aux travailleurs et à ranger l’Etat à ses côtés. Ici il s’agit d’appliquer des recettes complétement éculées, sans doute inspiré par Jacques Attali, censées libérer les capacités d’entreprendre des marchés. Le discours est toujours le même, c’est celui de la droite libérale : plutôt que d’aider les pauvres et partager les richesses on va tout faire pour agrandir le gâteau, ce qui serait le plus simple, selon cette droite pourrie pour régler la lancinante question de la pauvreté.

    L’idée est la suivante : la déréglementation est la clé du succès, ainsi le recul de l’Etat amènerait immanquablement la croissance, la croissance l’emploi, et l’emploi le recul de la pauvreté. Il est facile de remarquer que cette logique est la logique traditionnelle de la droite qui déjà au XIXème siècle nous expliquait que les redistributions de la richesse n’avait aucun sens et que surtout les allocations chômages bridaient l’emploi et la croissance. Cette logique n’a jamais fonctionné nulle part. Mais à court terme elle a le mérite de renforcer les taux de profit.

    Concrètement qu’en est-il ? Et bien nous dit Macron on va déréglementer les professions réglementées : la concurrence ainsi générée entre les pharmaciens, les huissiers de justice ou encore les notaires va les conduire à abaisser leurs coûts ce qui sera bénéfique pour les consommateurs. Mais on fera remarquer que les marges des pharmaciens sont déterminées par les laboratoires, que les notaires encaissent d’abord des taxes pour le compte de l’Etat sur les transferts de biens et sur les successions. Si le surcroît de concurrence devrait amener la multiplication des huissiers et des pharmaciens, les Français ne consommeront pas plus d’actes, ni même plus de médicaments, tout au plus ils se partageraient le gâteau. Comme on le comprend mieux avec l’exemple des médicaments : la concurrence dans la distribution n’élargit pas le chiffre d’affaire.

    Mais Macron est plein d’idées. Comme il est de gauche – du moins il le dit, et peut-être est-il assez stupide pour le croire – il veut bien aider les pauvres. Donc à nos amis les pauvres, il va se débrouiller pour leur offrir des moyens de déplacement de pauvres, les pauvres prendront le bus. Pour cela et comme il est bien bon, il va déréglementer la gestion des réseaux d’autocars qui seraient bridés par la SNCF, méchante boutique à demi-étatisée. Il suppose qu’ainsi les tarifs des bus vont être divisés par deux ou par trois et que les pauvres vont enfin pouvoir se déplacer. Pour aller où ? Pour quoi faire ? On ne sait pas, mais le petit Macron qui est aussi bête qu’Attali pense que le besoin de se déplacer est besoin essentiel, même si on ne sait où aller.

    Parmi les autres idées lumineuses de Macron, il y a l’extension du travail le dimanche. Celle-ci est présentée comme une opportunité de créer des emplois et de stimuler la croissance. C’est bien sûr faux. En vérité cette proposition qui s’inspire du rapport Attali qu’avait commandé en son temps Sarkozy, va renforcer les grandes surfaces : c’est le but. Macron et Attali pensent – encore que penser soit un grand mot – que la généralisation des grandes surfaces va faire baisser les prix, et donc que cela stimulera le pouvoir d’achat. En vérité, le seul effet certain de cette déréglementation, qui commence à être mis en œuvre depuis le fameux rapport Bailly, c’est qu’il va un peu plus tuer le petit commerce. Or on sait que lorsqu’on crée 1 emploi dans un hypermarché, on en détruit 5 dans le commerce de proximité.

    Du reste un des signes très inquiétants est qu’après l’industrie, le commerce à son tour est en train de détruire des emplois.  Ce qui veut dire que l’accélération de la désindustrialisation de la France ne pourra pas être compensée par une montée de l’emploi dans les commerces. Ce qui n’est pas étonnant parce que pour que le commerce reparte, il faudrait d’abord que le pouvoir d’achat reparte un peu. Mais ça, c’est trop compliqué pour la petite tête de Macron. Au rythme où les choses se compliquent, on ne voit pas très bien quand la courbe du chômage pourrait enfin s’inverser.

     

    Le retour de Martine Aubry

      

    Le retour sur le devant de la scène de Martine Aubry ne se commenterait pas, s’il n’était l’image de la décomposition accélérée du PS. Elle a développé une critique forte de la politique de Hollande qui la rapproche des frondeurs. Pour éclaircir le débat il faut rappeler que Martine Aubry est la fille de Jacques Delors qui était un grand défenseur de l’Europe telle qu’elle s’est faite, un tenant de la deuxième gauche navigant avec aisance entre la droite et la gauche, mais aussi le mentor de François Hollande. Bien entendu elle a rappelé deux évidences, d’une part que la politique de Hollande, Macron et Valls est une politique de droite, et d’autre part que cette politique ne génère ni croissance, ni emploi. Ce qui est vrai, mais ce qu’elle a oublié de dire, c’est qu’une politique qui romprait avec le dogme de l’équilibre budgétaire et les tourments de l’austérité, n’est pas possible dans le cadre de l’euro et de l’Union européenne.

    Cependant, le fait que Martine Aubry s’allie aux frondeurs du PS a deux significations :

    - la première est que les grandes manœuvres pour la reprise en main du PS ont commencé. Il va de soi que de très nombreux élus du PS craignent de se retrouver au chômage conséquemment à l’inepte politique de Hollande, et donc qu’il vaut mieux prendre ses distances avec elle. C’est là-dessus que la bataille pour le contrôle de l’appareil va faire rage, et il est probable que ce sera Manuel Valls le grand perdant ;

    - la seconde est qu’Hollande, Valls et Macron, avec une marge de manœuvre de plus en plus réduite, vont être finalement éjectés du PS et renvoyés dans leur camp naturel, celui de la droite libérale.

     

    Les inflexions de la politique européenne

      

    Macron et Sapin – l’ami de la « bonne » finance – sont allé à Berlin et multiplient les contacts avec Bruxelles. L’idée est la suivante : d’une part obtenir que Bruxelles ne sanctionne pas le budget français et admette des délais pour que celui-ci revienne à l’équilibre, en échange, on accélère les réformes de droite, les réformes libérales notamment en ce qui concerne le démantèlement du droit du travail (on appelle cela dans le langage des économistes, la flexibilité du marché du travail) et la baisse massives des allocations chômage ; et d’autre part on va réclamer un plan de relance de l’investissement à l’échelle européenne. Macron a avancé le chiffre de 50 milliards d’euros de nouveaux investissements qui seraient débloqués par l’Allemagne. On présente cela comme la contrepartie des efforts français qui ont consisté dans un allègement de 50 milliards d’euros de charges patronales. Deux questions se posent :

    - la première, est-ce qu’il y a une chance que Berlin (Merkel) accepte ? La réponse est oui, c’est possible parce que non seulement l’Allemagne est maintenant entrée en récession, mais aussi parce que le SPD le demande, et que par ailleurs elle a à faire face à l’opposition des eurosceptiques allemands qui voudraient bien eux aussi en terminer avec l’euro ;

    - la second est, est-ce que cela peut relancer la croissance et l’emploi ? La réponse est non. Essentiellement parce qu’on ne soigne jamais une crise de la demande en relançant l’offre, et plus accessoirement parce que des politiques de relance ont peu de chance de fonctionner dans un cadre dérégulé.

    Il reste que l’Union européenne étant aujourd’hui un bateau à la dérive et ayant épuisé les possibilités d’une relance par l’injection massive des liquidités, elle est forcément à la recherche de quelque chose qui marcherait enfin. Et c’est pourquoi je pense qu’il va y avoir une inflexion rapide de la politique économique en Europe.

     

    Les signes d’une accélération de la crise

     

    Il y a au moins deux signes qui ne trompent pas, d’une part c’est la brutale chute des bourses dans le monde, et l’évolution des spread souverains. Par exemple le CAC 40 qui était avant la crise de 2008 aux environs de 6600 points vient de passer la semaine dernière au-dessous des 4000 points. La situation à Paris n’est pas exceptionnelle, elle s’est répétée sur toutes les places. Les raisons principales de ce décrochage sont d’abord à rechercher dans la stagnation économique quasi générale. Les pays émergents ont dû revoir leurs prévisions de croissance à la baisse, l’Allemagne entre en récession, et la situation des banques inquiète. On pourrait dire que c’est dans la baisse des anticipations de profit que les Bourses plongent.

    Mais il y a un autre phénomène inquiétant. C’est le retour de spread positif sur les dettes souveraines. Le spread c’est l’écart de taux entre deux produits. Pour ce qui nous concerne ici c’est l’écart qui peut apparaître sur les marchés entre le taux d’intérêt attaché à la dette allemande par exemple et le taux d’intérêt attaché à la dette grecque. Cet écart était devenu minime, grâce principalement aux injections massives de liquidités de la part de la BCE. Mais voilà qu’il repart à la hausse. Cela a deux conséquences immédiates :

    - la première est que les économies européennes vont augmenter leurs divergences, que ce soit du point de vue des investissements ou de la croissance ;

    - la seconde est que la dette des petits pays du sud de l’Europe va se remettre à gonfler, demander encore un nouveau tour de vis aux dépenses de l’Etat.

    Si on considère que l’austérité engendre la dépression, et par suite la perte de recettes fiscales, ce qui aggrave le cercle vicieux de la dette, alors on a des raisons de s’inquiéter. Le mois de novembre devrait être très difficile et mettre un peu plus à nu les contradictions présentes de l’économie mondiale.

     

    Les audaces de Paul McCarthy

     

    Terminons par parler d’art moderne, ce qui est toujours rigolo. Paul McCarthy « artiste » américain a installé, avec la complicité de la Monnaie et de la FIAC un machin haut de 24 mètres, une structure gonflable sur la place Vendôme. Evidemment beaucoup de monde a trouvé ça laid et inutile. Certains y ont vu un arbre, d'autes un plug anal. Et finalement le « tree » a été dégonflé. Des pitres soi-disant de gauche comme Hollande ou Anne Hidalgo sont venus au secours de l’artiste pour dénoncer cette agression scandaleuse, sans voir que pour beaucoup cette érection d’une sorte de plug anal était évidemment une agression. D’ailleurs c’est bien le but de Paul McCarthy, agresser le public, le déranger. Mais alors on ne voit pas pourquoi on se plaindrait par la suite d’une résistance à l’art moderne. Accepter passivement une telle œuvre n’est-ce pas contraire à l’esprit de l’œuvre lui-même ? Mais quel que soit l’avis qu’on ait sur cette œuvre d’art, il est bon de s’intéresser sur les relations que le peuple entretient avec ces œuvres d’art, puisqu’en effet, si on les expose en public, c’est bien pour que le public donne son avis. Et on peut dire sans risque de se tromper que le peuple, contrairement à Hollande qui par ailleurs a du temps à perdre pour aller voir les pièces de théâtre de BHL, a un avis négatif sur cette question. Dès lors comment s’étonner qu’il sabote cette « œuvre » ?

      

     

    Rappelons que Paul McCarthy n’en est pas à sa première provocation, il avait déjà mis en place un étron géant et gonflable. Comment devrait réagir le public face à de telles provocation ? Simplement glousser un bon coup en disant que la blague n’est pas mauvaise ? Admirer la beauté de l’œuvre ? La prouesse technique de l’artiste ? Paul McCarthy aime bien provoquer - agresser - les pauvres ploucs que nous sommes, mais il aime moins recevoir la monnaie de sa pièce.

    En vérité Pau McCarthy appartient à cette catégorie d’artistes qui font dans le démontable et le massif, un peu comme Christo qui emballait le Pont Neuf. Mettre en place des structures massives et démontables permet d’obtenir des budgets importants à partir d’une idée vague, qui, parce qu’elle est du domaine de l’art, ne serait pas discutable, ni soumise à un début de justification. Bien évidemment si ce type de fantaisie ne trouvait pas un financement l’œuvre n’existerait pas, elle existe donc par l’excès de monnaie qui circule et n’émane pas particulièrement d’une envie irrépressible de création de ce pauvre Paul McCarthy. Elle le résultat improbable des deux maux de notre société moderne : l’excès de liquidité et la domination de la technique.

     

    Liens

     

    http://www.lesechos.fr/economie-france/dossiers/0203864091073-une-loi-fourre-tout-pour-doper-la-croissance-1054380.php

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/10/18/le-retour-du-spread-plus-si-souverain_4508540_3234.html

    http://www.graphbourse.wadnon.com/prevision-effondrement-et-krach-du-dollar-en-2014-selon-aivazov/

    http://www.midilibre.fr/2014/10/16/les-pauvres-en-bus-d-emmanuel-macron-declenche-la-polemique,1066863.php

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/10/18/le-retour-du-spread-plus-si-souverain_4508540_3234.html

    http://www.itele.fr/economie/video/a-berlin-macron-et-sapin-jouent-les-vrp-de-linvestissement-europeen-97552

    « Moishe Postone, Critique du fétiche capital, PUF, 20132014 l’année terrible, la prise de pouvoir de Pierre Gattaz, la fin programmée du PS »
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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Mardi 21 Octobre 2014 à 20:03
    Réformes Macron
    Macron et les autres sont des diafoirus de l'Economie. Imbus d'eux-mêmes et persuadés qu'ils ont la solution, ils sont les parachutes de la gauche (?)libérale. On n'est pas sortis de l'auberge.
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