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    Actualités 6

     

    A bout de souffle

    Ces jours-ci tout le monde se pose la question de savoir quel sera le futur d’Hollande. Ou plutôt quelles marges de manœuvres lui reste-t-il pour essayer d’évoluer positivement, alors qu’il atteint un niveau inédit de méfiance dans l’opinion et qu’il est en passe de perdre sa majorité à l’Assemblée nationale. Ridiculisé dans sa vie privée comme dans sa vie publique, on se pose de plus en plus de question sur sa capacité à terminer son mandat. Certes les institutions le protègent, mais la situation est un peu plus complexe. La politique de Hollande, dans la stricte continuité de celle de Sarkozy, est un échec complet, et en outre elle a aggravé la situation dans la mesure où cette désindustrialisation accélérée obère durablement les possibilités de la France de sortir enfin de la stagnation. 

    Jacques Sapir dans un billet récent suggérait que la seule solution pour Hollande était une dissolution rapide de l’Assemblée. Il suppose en effet que Valls sera rapidement obligé de trahir Hollande s’il ne veut plonger avec lui dans les poubelles de l’histoire. En outre, en dissolvant l’Assemblée, Hollande prendrait de court aussi bien l’UMP que le FN, deux partis qui ne sont pas prêts à gouverner et qui seraient obligés pour le faire de s’allier. En outre, en se mettant en retrait Hollande enrayerait sa dégringolade dans l’opinion et pourrait faire apparaître ainsi l’opposition comme aussi nulle que lui, préservant alors ses chances de revenir en 2017, c’est un peu ce qu’a fait Chirac en 1997.

    C’est ce qu’on nommerait une tactique intelligente. Mais je ne pense pas qu’Hollande l’adopte pour plusieurs raisons. La première est que les députés du PS feront tout pour préserver leur siège. Ils savent qu’une dissolution aujourd’hui serait une catastrophe pour eux. La seconde est que Hollande, comme Macron et sans doute quelques autres vont penser que la conjoncture économique pourrait bien se retourner et qu’enfin une éclaircie apparaisse sur le front de la croissance et de l’emploi. Cette idée est confortée par le fait que maintenant les choses commencent aussi à aller mal en Allemagne et qu’il semble que celle-ci soit dans l’obligation de changer de stratégie. Et en effet si l’Allemagne change son fusil d’épaule, après avoir ruiné l’ensemble de l’Europe, cela peut améliorer un peu la situation, au moins à très court terme. L’autre raison tient au caractère d’Hollande. Sous ses dehors bonnasses et mous, Hollande est un caractère têtu. Je pense qu’il veut apparaître comme l’homme qui a réformé la France en profondeur, le Schröder français en quelque sorte.

    Mais au-delà de la déconfiture de Hollande qui en est à se justifier d’aimer les pauvres après la publication du livre de son ancienne maîtresse, ce qui est important c’est je crois la méfiance de l’opinion vis-à-vis des institutions. En effet, si Hollande est dans une telle situation c’est bien sa faute et son égarement qui en sont responsable, mais c’est aussi parce que les institutions lui permettent de jouer une partition différente de celle pour laquelle il a été élu en 2012. Borné et arrogant, Hollande n’a même pas fait l’effort d’adopter une seule mesure de gauche sur le plan économique. Au contraire, il a aggravé la dérive libérale de la France, que ce soit par sa volonté de conforter les tendances antérieures de la fiscalité, ou que ce soit dans l’absence d’une réforme bancaire digne de ce nom. On remarque d’ailleurs que ce n’est pas tant la droite parlementaire qui voit sa cote s’améliorer que la gauche parlementaire, PS en tête, qui s’effondre au motif que voter finalement ne change rien.

    Y aura-t-il en France un mouvement suffisamment puissant pour que les institutions évoluent, comme par exemple en Islande où le peuple fut appelé à réécrire la Constitution ? Cela semble être un peu tôt encore. On remarque à cet égard que la petite taille de l’Islande fut un atout décisif pour ce genre d’exercice. Deux points me semblent importants pour l’avenir, le mode de désignation des élus et les modalités de contrôle de ceux-ci. C’est un débat qu’il faut ouvrir et approfondir dès maintenant. Certains commencent à évoquer l’idée d’en finir avec la démocratie représentative, arguant à juste titre que celle-ci finit toujours par s’éloigner de ses missions et donc par trahir le peuple. Cet argument même s’il est juste ne doit cependant pas masquer le fait qu’une grande majorité de la population n’a pas l’intention de perdre beaucoup de temps dans les affaires politiques et partant, s’accommodera toujours de la représentativité.

     

    L’exemple Thévenoud

      

    Comme si Hollande n’avait pas de souci, voilà l’affaire Thévenoud. Thomas Thévenoud avait été nommé, après la formation du deuxième gouvernement Valls, secrétaire d’Etat au Commerce extérieur. Quelques jours après sa nomination, il a été contraint de renoncer à son poste. La raison était qu’il avait « oubli » de déclarer ses revenus pendant plusieurs années. Bien qu’il se soit mis à jour de ses impôts, le personnage est apparu pour ce qu’il est : une canaille avide d’argent, pensant pouvoir bénéficier de passe-droit. C’est ainsi qu’on révéla dans la foulée de sa démission que pendant trois ans également il avait pris des libertés singulières avec le paiement de son loyer. Mais cerise sur le gâteau, on s’aperçut aussi que se femme qui avait obtenu le poste de secrétaire du président du Sénat, avait été mise en congé sans traitement, au motif qu’elle était nécessairement solidaire de son époux dans ses relâchements vis-à-vis du fisc.

    L’ambiance s’est encore un peu plus crispée quand Thévenoud a refusé de lâcher son siège de député, préférant abandonner le radeau à la dérive du PS plutôt que son poste. Cette histoire est exemplaire de la canaillerie des représentants élus. Ils prennent des libertés avec un peu toutes les règles, mais surtout ils se veulent au-dessus de tout contrôle populaire. Il va de soi qu’une telle attitude achève de ruiner l’image de nos professionnels de la politique.  Certes la carrière politique de Thévenoud est finie, mais tout de même, tout cela nous renvoie au slogan « tous pourris ». En tous les cas cette nouvelle défection fragilise un peu plus la majorité susceptible de soutenir Valls à l’Assemblée, les « frondeurs » du PS ayant décidé de s’abstenir, et donc donne un peu plus de consistance à l’idée d’une dissolution.

     

    Le Front National et son avenir

    Evidemment le Front National est le grand gagnant de la décomposition accélérée de la scène politique. N’ayant jamais exercé le pouvoir ce parti peut se targuer d’une certaine virginité et s’abriter derrière le slogan évoqué plus haut : « tous pourris ». Marine Le Pen a bien sûr sauté sur l’occasion de dire que son parti est prêt à gouverner, prenant le contrepied de l’UMP qui avait décidé de ne pas cohabiter avec Hollande. Elle apparait ainsi plus sérieuse et plus respectueuse des institutions que les couillons de l’UMP.

    En vérité elle n’est pas prête à gouverner pour au moins deux raisons. La première est que son parti n’arrive pas à produire des cadres de bon niveau, et on voit que certains des maires FN qui ont été élus en mars dernier, sombrent dans la caricature. La seconde est qu’elle n’a pas les moyens pour l’instant d’imposer une alliance électorale à l’UMP. Or seul le FN est bien loin de pouvoir se saisir de la majorité.

    Les alliances pour le FN sont impossibles. La raison en est que l’UMP est tellement dévalorisé, que de lui proposer une alliance pour gouverner dévaloriserait l’image de marque du FN pour longtemps. En outre, le voudrait-telle que l’UMP n’en voudrait pas. Leur tactique est plutôt de gagner le premier tour des élections présidentielles et ensuite d’affronter au second tour Marine Le Pen, pensant que même avec une forte abstention, celle-ci sera rejetée par l’électorat. Et ce calcul est juste à court et à moyen terme.

    Cet ensemble de raisons montre qu'il est enfantin de nous faire croire à un vote utile qui nous préserverait du fascisme incarné par le FN. Ce n'est plus qu'un argument de basse cuisine électorale0 La seule manière de combattre le FN, et le PS et l'UMP, c'est de proposer un programme et une pratique qui les renvoient dans les limbes de la politique. Car la montée toute relative du FN quoiqu'on en pense par ailleurs est d'abord le résultat de l'incurie des deux principaux partis de gouvernement.

    L’Ecosse indépendante

      

    Les éditorialistes font semblant de découvrir la possibilité de l’Ecosse d’accéder à l’indépendance. Pourtant c’est ce que j’évoquais au mois d’avril dernier. Les choses se précisent aujourd’hui et que le « oui » va l’emporter. Dans le débat électoral on a vu plusieurs arguments s’avancer : d’abord les indépendantistes écossais affirment ainsi rejeter la politique économique et sociale conservatrice de David Cameron. Ensuite, on a vu le même Cameron s’allier curieusement au Labour pour vanter les mérites de l’association au sein du Royaume Uni. Cette alliance ressemble à s’y méprendre à celle de l’UMP et du PS lorsque par exemple il s’agit de voter les traités européens. Mais justement cette alliance « anglaise » semble avoir les effets inverses sur l’électorat. Plus le temps passe et plus les Ecossais se rendent compte que d’être un petit pays n’est pas forcément un handicap, au contraire. Un peu comme en 2005 lorsqu’on voulait nous dissuader de voter contre le TCE, plus les arguments des politiciens hostiles à l’indépendance sont avancés, et plus le oui progresse. Il faut dire que David Cameron représente toute l’arrogance anglaise, ce qui ne peut qu’heurter les Ecossais qui ont déjà beaucoup souffert de cette condescendance. On a même été cherché l’abominable Barroso pour menacer l’Ecosse de représailles si elle votait mal : elle serait alors privée de rejoindre l’Union européenne ! Cet argument autoritaire est assez extravagant. Coup de pied à l’âne, on a vu aussi les « orangistes » irlandais se proposer de défiler en faveur du non à Edinburg même ! Du plus mauvais effet, les républicains écossais considèrent cette démarche comme une provocation.

    Quoi qu’il en soit, ce séisme d’un probable « oui » au référendum, appelle deux remarques. La première est que l’Ecosse est aujourd’hui un pays plus riche que l’Angleterre, grâce au pétrole. Cette richesse lui permet d’avoir un taux de chômage relativement faible et un niveau d’éducation plus élevé que de partout en Europe, y compris en Allemagne.

    La seconde est que cette séparation de l’Ecosse d’avec le Royaume Uni est un modèle pour les pays qui pour l’instant craignent de sortir de l’Europe. Si l’Ecosse peut sortir à son avantage du Royaume Uni, il n’y a guère de raison pour que la France ne puisse pas sortir de l’UE à son profit !

    Les Anglais craignent effectivement cette sortie, parce que le Royaume Uni serait alors réduit à la portion congrue et l’Angleterre paraîtrait lors très petite. Quand on compare ce qui va rester du Royaume Uni, à ce qu’était l’Empire britannique, c’est très étonnant comme la tendance historique paraît aller à l’encontre des dogmes libéraux qui laissent croire qu’il n’y a de salut que dans la mise en œuvre de vastes ensembles compliqués comme l’UE ou celui qui se dessine à travers le Traité transatlantique.

    Par ailleurs Paul Krugman a mis en garde l’Ecosse sur le fait qu’elle soit indépendante tout en continuant à utiliser la monnaie anglaise. Certains en ont déduit que Krugman était opposé à l’indépendance de l’Ecosse, ce qui est faux, il souligne que le fait de dépendre de la Livre sera sûrement un handicap assez rapidement. Mais je pense que cela est exagéré, les Ecossais auront toujours la possibilité de créer ultérieurement leur propre monnaie. Ils pourraient également avoir la folie de se jeter dans l’aventure de l’euro.

     

    Liens

     

    http://russeurope.hypotheses.org/2788

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20140909.OBS8665/thomas-thevenoud-n-a-pas-non-plus-paye-son-loyer-pendant-trois-ans.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140907trib000847710/marine-le-pen-reclame-a-nouveau-une-dissolution.html

    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/09/09/que-peserait-une-ecosse-independante_4483812_4355770.html?xtmc=ecosse&xtcr=2

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/09/09/independance-de-l-ecosse-les-orangistes-nord-irlandais-s-en-melent_4483763_3214.html

    http://www.courrierinternational.com/article/2014/09/10/paul-krugman-l-ecosse-serait-une-espagne-sans-soleil

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